LIVRE nEtJVIÈME
Merré eut à entamer des négociations. Ses regards se tournèrent Ters^ une localité située dans les parages, ou plutôt dansie voisinage de Chantilly.
L'année 1495, le R. P. abbé de Royaumont s'adressa
au roi Charles VIÏI, pour rétablir les droits de l'abbaye surunpoini de ses possessions limitrophes de Chantilly. On a déjà parlé de Montataire, pittoresque localité, entre Greil et Saint-Leu, avec ses montagnes qui encadrent la rivière de l'Oise, avec ses carrières souterraines qui se prolongent sons )e sol durant près d'une heure, avec ses maisoîis (rouvi ici s creusées dans le roc sculpté, dentelé par le Leiups, coiiiine des antres de bête l'auve ou des grottes d'anachorètes. On suppose que de Tune de ces cavernes, le onzième siècle vit sortir Pierre THermite, avec sa physionomie rude et sauvage, pieds nus, cheveux en désordre, véfu d'une tunique de grosse laine, pour embraser d'enthousiasme les voyageurs de la I';ilestine. Un solitaire, agenouillé au pied d'un autel de rocaille, perpétue à Montataire, encore de nos jours, le souvenir du missionnaire qui prêcha la première croisade ^ Lorsque le quinzième siècle touchait à sa lin, les religieux de Royaumont demandèrent au roi de France, le 4 février 1495, qu'on relevât les fourches patibulaires de la justice de Montataire. Us exposaient qu'ils étaient seigneurs de Montataire-lez-Greil, où ils avaient toute justice, haute, moyenne et basse ; et que de tout temps et ancienneté, il y avait eu, dans cette terre et seigneurie, justice patibulaire, qui était à trois piliers^ au lieu de la justice près d'un chemin, îiux portes de Montataire. Mais la guerre des Anglais et les divisions des Bourguignons et des Armagnacs ayant eu un trop long cours dans le royaume, le pays était demeuré longtemps inhabité, la seigneurie délaissée ; la justice était tombée en ruine.
* V. sur Montatatrf Canibri, Description du d^, 4e i'ÙUCt Çit €t ià, étude historique de M°"> Denoix des Vergues.
Toutefois, Montatâire possédait un château dont on peut encore admirer la construction et les iipportantes tours féodales ; plusieurs de ses appartements devaient, au seizième et au dix^septième siècle, donner asile à des personnages qui eurent un nom dans riiisloire *. On voit, par un litre, que le roi Robert liiil a Senlis, en 1027, une assemblée ou placitum^ dans laquelle on prescrivit à Albert de Creil de restituer à labbaye de lumiéges la seigneu* rie de Montataire dont il s'était emparé. Comment s'harmonisaient Tautorité de Tabbaye de Royaumont et Hm- 1)01 tance hiérarchique du châtelain laïque de Montataire? c'était le système féodal qui avait la clinr^c de le débrouiller. Jean de Merrè demanda au roi Charles Vill que la justice de Montataire fût relevée dans Tintérét de
* On cite la chambre de Henn IV ; on indiquo, dans les étages supérieurs du ehftteau de Montataire, un réduit fort original, contenant à peine une chaise et une table. On eroit que c^est 1& «nie ee serait recueilli Tillustre
Wassillon, cl qu'il aurait compost? son Petit-Carême.
On y remarque un escalier en mosaïques, et des chambres, toutes du temps, avec un cacliet spécial. On raconte que, dans une de ces pièces, se tinrent au seisième siècle, les prêches et oonciliabutes du calTinisme naissant. C'est dans ce ehftteau, que le cardinal de Chatillon, frère de l'amiral de Goligny, et passé au calvinisme, épousa Gabri<^l!f Hmiferivr Geprélat affecta de paraître vêtu des insignes de la dignité épiscopale pour la cérémonie de célébration de son mariage. Cbatillon, vanté par Rabelais, inspira des vers à Ronsard r
Je n'nymc son (i^rronr, mais haïr je no puis Ln si digne prélat dont serviteur je suis.
Lesparrc, frère de Lautrec, ayant eu le crâne fracasse, à la bataille de
Pampelunc, vint mourir mi château do Montataire. Ce châtonu a vu aussi Losparre de Madaillan, h'-m-^ de Faucogney et de la cam[ nu'[ f de 1085 contre les Turcs. Le château est habité aujourd'hui par le baron de Coudé, lequel continuerait à tenir haut le célèbre blason : Vieux Cmdé^ loyauté, Lafosse, un des plus habiles vétérinaires de l'Europe, dont l'empereur Joseph 11 fit placer le buste dans les salles de son académie, auteur d'un Manuel de Cavalerie d'un Cmira (/'llippiatrigiw, vivnit à Montataire, sous le premier empire ; il avait acquis i ancien Prieuré de Montataire, qui était probablement la vieille propriété deHN. de Royaumont. LecliiRiiste Weyland-Slhal, fabriquait, du temps de la RépublîqiM de floréal an YIII, à Montataire,de la poudre qui ne souOrait nulle C(Micttrrenee» dit le con<* trùleur des armes du temps.
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