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aucune des environs; il se réservait à se décider s'il resterait en religion, s'il en sortirait, quand il saurait quelle abbaye il aurait plu aux états généraux de conserver. Dom Ragot était d'un caractère plus résolu que dom
Beaugrand ; il avait entendu tous les raisonnements des membres philosopfii's de l'Assemblée constiluante sur les vœux religieux, qu'ils regardaient comme contraires à la nature. 11 n'avait pas été fort touché par les arguments émis en faveur de cette cause. Dom Ragot estimait qu'a* vant tout, le droit de la nature consistait dans un principe de liberté ; que le premier droit naturel résidait dans la liberté de mourir au monde, pour vivre dans son âme, selon sa foi; que la première des libertés inhérentes à ihomiiie intelligent et social était de pouvoir s'unir pour prier dans une même retraite à ceux qui partageaient les mêmes douleurs et les mêmes espérances. Dom Ragot avait débuté dans l'abbaye de Pruli ; on Tavait transféré dans la douce abbaye de Notre-Dame de Royaumont ; il était décidé à vivre et mourii' dans l'enceinte de ces murs, où il trouvait la pieuse liace de saint Louis.
Dom Claude Luzurc ou Luxeuil demeura voilé dans ses intentions. La situation était perplexe et l'alternative asseï embarrassante. On ne se rend pas assez compte de cet élonnement solennel qu'éprouve Thomme ayant marché dans une voie pendant de longues années, el qui entend Fautorité politique lui signilier à' l'âge de quarante-huît ans Tordre de changer de carrière. Lorsque l'âme a pris son pli dans la vie, il est trop lard, à quarante-huit ans, pour recommencer un nouveau genre d'existence. Quelle liberté et quelles joies offrait le siècle, aux messieurs de Royaumont? Joies et liberté, on les aurait toutes, on n en aui ait pas beaucoup ; on les aurait toujours, on ne les aurait pas longtemps.
Dom Prévost l'aîné, eu donnant aux municipaux d'Asnières l'exposé de ce qu'il comptait faire, crut devoir eur
S4â HISTOIRE D£ ROYAUHOMT.
Irer daiib quelques explications empruntées au droit; il Vauiorisait des arguments développés à l'assemblée nationale parGuillotin et M. de la Rochefoucauld; sien ouvrait la porle des cloltreSy si on jTermfdt Boyaumont, on Aeiraît donner aux religieux l'équivalent de.ce qu'ils quittaient. Les uns et les autres, en entrant dans le doltre, avaient fait des sacriticcs; il était de tonte justice que l'on prît des mesures , afin que nul ne regrettât son ancien élatw Dom Prévost l'aîné répondit donc, en faisant ses réservest qu'obtempérant aux décrets de l'assemblée nalionale et respectant tout ce qui pouvait être émané d'elle, il ne pouvait maintenant faire de dédaratton, attendu qu'il ignorait sur quel fonds serait hypothéquée sa pension ou traitement; le joui uu il était entré à lioyauuiont, il avait par le fait, sinon parles paroles, contracté des conditions avec la société civile ; il avait dit : J'abandonne mon patrimoine et ma liberté, pour jouir de tels et tels avantages ; sans cd&nousine contracterions pas. Ces avantages entrent dans le contrat civil. Si donc, Ton voulait forcer dom Prévost à quitter Royaumont, comme d'ailleurs il ne pouvait rentrer dans les droits qu'il avait à ses biens patrimoniaux, il exigeait d abord de savoir quelle com* pensation et quel sort on lui réservait, à raison de ses sacrifices. Ayant quitté sa propriété paternelle, ou plutôt l'ayant jéohangée .contre celle des religieux profès de Royaumont, sous la sanclioïi des lois, il réclamait aujoui tl huî une propriété, siirun fonds qu'il pût connaître.
Uom Dumontier fut bref dans la déclaration de ses intentions; son projet était identique à celui de dom Prévost rainé; il verrait à se décider si l'abbaye de Royaumont était conservée.
L'intttTogatoire de dom Canonne n'offrit aucune particularité; il répondit, coinmc tous, qu'il ialhiit attendre, et que, profilant des dispositions du décret, il se réservait de se déclarer par la sui^e. Ik>m Canonne était le linan-
LIVR£ QUÂIOIIZIÊMË.
cier da monaslèré, comme dom Huard en était rautorité. Sans s'élever à une grande hauteur d'intelligence, la nature positive de dom Canonne le rendait Iinbile dans les chiffres. II avait dii faire les honneurs de Tabbaye au roi de Suéde Gustave III , il les fit au nom de tous les religieux largement; mais «près les heures d'apparat, dom Canonne rentrait dans ses fonctions d?économe. Ce n'est point sans de vagues et tristes pressentiments, que dans 'l'espace d'une quinze ine d'années,' il avait vu se succéder en France plus de quinze ministres des finances; cette monarchie malade seiiildait livrée à des luédecins i iupiriques, qui essayaient de toutes sortes d'expédients; et les hommes de sens se demandaient s'il n'y avait pas des symptômes d'agonie. Dom Caiionne était une sorte de MollienS au petit pied, qui aurait rêvé, pour les intérêts temporefe de-Royaumont une vraie réforme financière. Mais il ne s'agissait pas de réformes, lors de la visite de la municipalité d'Asnières.
Le pian de dom Simon% de dom Geslin, de dom Prévost jeune, ne différait pas sensiblement des idées précédemment émises ; la sagesse» en effet, conseillait d'attendre provisoirement à Hoyaumont, et de voir se dessiner, les événements. Dom Prévost jeune, qui était le plus jeune religieux du monastère, nul plus de pétulance que ses confrères dans l expiession de ce qu'il comptait devenir; l'abbaye de Hoyaumont était la sientie^ disait-il; il n'en connaissait pas d'autre; son langage se colorait des ima-
* M. le comte MoUien, ancien ministre du Trésor, à la lin du dix-huilième ot au commencement du dix-neuvième siècle, fut un grand économiste. U prit part à de grandes mesorra, la conttractfon du mur d'enceinte de Fftris, . sous Louis XVi, ramortissem m ! 1 c> la dette, la l'évolution projetée par M. de ?ergennes dans le régime douanier.
* Nous avons entendu quelques vagues iiimeurs sur le compte de dom Simon et de dom Prévost jeune. Mais rien n'est moins prouvé qpe co que l'on a dit : quelques indices portent fortement à penser que ces deux religieux, sur lesquels nous n'aurions pu établir une enquêt/^ romplète, ont pu être victimes de ce détestable p'Mieh;int de la nature huniame qui se complait à croire le mal facileiueiit, a i luveuter, à le grossir, à le colporter.
gcs que fournit une imagination encore jeune et vive ; son union à l'abbaye de Royaumont représentait pour lui l'indissoluble alliance du mariage; si Fabbaye sa chère épouse continuait de subsister, il l'acceptait ; il agitait
ensuite la question de la dot ; il ne sorlh'ail, disait-ii, de Roynumont, (lue lorsque la question d< ^ liiciis matrimoniaux serait nettement vidée, et sa pension bien établie; il ne serait pas juste, d'après ses'eipressions textuelles, qu'après avoir abandonné son bien et passé sa jeunesse dans ladite abbaye, on le jetât sur les grands chemins, livré à une vie précaire et incertaine et même à la pauvreté et à la misère.
Après celte entrevue avec la municipalité d'Asnières, qui se termina par un léger incident^, les religieux de Royaumont traversèrent quatre mois sans être inquiétés, mais participant néanmoins à Fanxiété universelle. La paix semblait avoir dispara du globe, comme parle un historien ; des orages s'amoncelaient de tous côtés, et un terrible pressentiment de danfjers imminents, d liorreurs prociiaines semblait planer sur la race humaine. Quand vint le mois d'octobre 1790, tous les voiles furent déchirés. L'assemblée nationale porta le décret suprême de la suppression absolue; voici les termes de la loi d'octobre : € Art. La loi constitutionnelle du royaume ne reconnaît plus de vœux monastiques solennels de personnes de i un ou de l'autre sexe ; en conséquence, les ordres et congrégations sont supprimés. Art. 2. Les individus de
^ Les officiers municipaux demandaient au prieur de Royaumont de signetla d^lanition touchant Vétat de fai vente et de la recette des bois, fourni
par le maître des Lois charpéde celte administration. Dom II uard refusa de siguer, parce (jne celle venic ii' tvaif été ni garantie, ni signée de lui.
Les religieux avaient vendu, pul)liquement et Toloutairenient, Jes bestiaux de la basse-cour, savoir : IS à 80 vacbes ; 1 taureau ; S ou 4 ehevaux de labour; 1 cheval de monture. LesofSàers municipaux les sommèrent de déclarer cette vente. Les religieux ne Toulaient «Innnnr 'le déclarations que pour les choses présentement pof<édées : les muiucipaux protestèrent et signèrent leur protestation. Lesreligicux persistèrent dans te reftis designer. (Arphives de Seine-etp4)i8e.)