LIVRE QUATORZIÈME
mystérieuses qui s'attachent aux origines. L'illustre auteur des Moines d'Occident a pu retrouver, à travers des faits surnaturels et ascétiques, la physionomie de Tapôtré de la Galédonie, ce populaire Golumb-Kill, sorti du monas* tère de Clonard en Irlande ; le noble écrivain a représenté « ce grand vieillard aux traits réguliers et doux, à Tac- * cent suave et puibsaiil, tonsuré à rirlaiidaise, avec le haut * de la tête rasé et les cheveux pendants par derrière, re« Yétu de la coule monastique, assis à la proue de sa barque d'osier recouverte de peaux, naviguant à travers Tar* chipel brumeux et les lacs étroits du nord de PÉcosse, portant d'île en île, de plage en plage, la lumière, la justice, la vérité, la vie de l'âme et de la conscience. » Cette poésie de3 origines qui entoure le héros de TAngie* terre saxonne ne pouvait s'attacher au rôle douloureux de dom Ganonne. Ce religieux était dans la tenue des bernardins, avec cette nuance mixte de costume de transition qu'imposent toutes les époques de chaos. 11 ne s agissait, pour lui, que de signer le démembrement du Royauniont de Blanche de Castiiie, de rédiger des actes mortuaires et de discuter au nom de ses collègues une question de goût en matière de cercueil et d'ensevelissement.
Le lendemain santedi, 12 janvier 1791, l'administrateur civil, Joseph Blagnicres, voulut entendre de la bouche même de chaque religieux Texprcssion de leurs projets et chacune de leurs déterminations dernières pour les consigner avec les formes légales, y faire apposer la signature de chacun, et donner ainsi à ce troisième interrogatoire toute authenticité. Mais rien n*était modifié dans leurs dispositions individuelles. Chacun ayant comparu devant l'administra leur délégué, signa une déclaration dans le sens que dom Canonne avait indiqué la veille: Jean-Pierre Beaugrand ne quitterait Royaumont qu'à toute extrémité ; il ne mettait que la reslriction d'une aggravation de ses infirmités : comment vivre en commun dans
ce cas'.' Claude Luxeuil ou Luzure hésita et se déclara dnns une incertitude absolue et dans l'incapacité de faire ua choix. Charles Pr^ost, ex-bibliothécaire de l'abbaye, avait fini par se fixer à Une idée de liberté. H répétait qu'il y aurait trop de dépenses pour restaurer les bâtiments de ' Fabbaye, et qu'il préférait la vie libre : il voulait se retirer où bon lui semblerait. Théodore Dumontier, quoique flottant encore, inclinait pour la vie libre; « il voulait aller vivre au grand air. » Rémy Simon, Honoré Geslin, Henri Prévost parlèrent également de vivi*é librement, et de se retirer où ils jugeraient à' propos. Dom Ganonne, qui ne soupçonnait pas 1793 plus que les autres, persistait  rester à Tabbaye. Dom Ragault était absent et ne put donner par écrit la déclaralion de ses intentions. Le cidevant prieur, Pier/e iiuard, manquait depuis le mercredi précédent.
Lorsque chaque religieux eut déclaré ses intentions par écrit et quMl eut signéS la mission de l'administrateur de Gonesse étant terminée, ce dernier demanda au père Ca-
nonne de se constituer le gardien de l'uLbaye, comme bien national. Le P. Canonne s'y engagea, et signa devant les commissaires* 11 ne restait plus qu'à attendre la dernière heure; elle sonna; un décret de l'assemblée natio- nale, du 22 mars 1791, ordonna la vente de Tabbaye de Royaumont, renversa les espérances de quelques^-uns, donna satisfaction aux aspirations indépendantes de quelques autres et mit lin aux fluctuations de tous. Ce décret ayant une importance capitale, l'histoire réclame de le reproduire ici en son entier, d'après le procès-verbal officiel de la séance de l'assemblée nationale.
L'assemblée nationale, dans sa séancedu mardi 22 mars 1791, sous la présidence de M. de Montesquieu, fut saisie de diverses moUons de MM. iiiquetti Painé, dit Mirabeau,
^ Ces signatures sont nettes et fermes. aux iirefttve* cfe Sebtfi-^t^