LIVRE TREIZIÈME
de Aegnault, député de Saint-Jean d'Angely, de Merlin, Andrieux, Lanjuinais, concernant Tétai de défense des iîx>ntîères du Nord, et la question de la libre circulation des
^laiiis ; et puis elle passa à la questioa des biens nationaux. — « L'assemblée, dit le procès-verbal, après avoir « entendu le rapport de son comité d'aliénation, et vu <c 1 avis du directoire du département de Seine-et-Oise^ et « ceux des différents districts qui en dépendent, décrète : «V qu'il sera procédé à la vente de la maison conventuelle « des biens dépendants de la ci-devant abbaye de Ruyau- « mont, sise diclrict deGonessc, dans les formes prcscri- « tes par les décrets sur raiiénation des domaines natio- « naux ; 2^ que les religieux actuellement résidant dans « l'abbaye de Royaumont, et qui désirent vivre en com- «c mun, se retireront dans la maison convenfuclle de la « ci-devanl ahbaye do Vaux de Cernai, sise district de (( Duurdan, et dont la vente sera provisoirement suspen- « due^ »
CoUationné à l'original par nous, secrétaires de l'assemblée nationale à Paris, le 23rinarsl79i.
Signé : S. E. Gnor<N£L. •
Charles Goghoh.
D. Lemaréchal.
Cette pièce est scellée eu cire rouge, du sceau de l'assemblée nationale ; une couronne de feuilles entoure le mot : Assemblée nationale. On voit trois fleurs de lis, avec ces mots : la /oi, le roi,
£n dessous se lit le millésime 1789*.
Ce décret fatal de la vente de Ro^ aumont porta le dernier coup : lorsqu'un être cber vient de mourir, on ne peut se résoudre à l'idée de la mort ; le phénomène du trépas nous est si antipathique et si incompréhensible,
* Moniteur universel du '23 mars 17U1. '
* Arches de Seine- et-Vise.
que dans la première heure on n'admet pas qu'un défunt bien-aimé, à la vie duquel on était comme soudé soi« môme, ait cessé de vivre; et tant que sa douille mor^
telle, quoique jîlacée, reste encore sous le môme toit que nous, uous nous persuadons par un stratagème momentané de la sensibilité^ que notre ami est encore de ce monde, qu'il nous sait auprès de lui et avec lui ; mais il faut enfin céder à la cruelle évidence, lorsque le corps est emporté à sa dernière demeure, et que sa place est restée vide et silencieuse dans nos loyers déserts et attristés. C'est ce qu'épi cuvèrent les religieux de Royauraoïii. Atterrés et confondus, ils avaient cherché, depuis rouverlure des états généraux, à se tromper eux-mêmes sur les conséquences des graves événements qui s'étaient produits jusque-là. A'dater du 22 mars 1791 , la vérité désespérante se faisait jour; loul était lini pour Royaumont, lepactede l'année 1228 était rompu, le testament du roi Louis VIIÏ foulé aux pieds, la pensée de Blanche de Coslille méconnue ; on mettait à néant la charte de fondation du grand roi saintLouis, que tant de générations de Français avaient respectée depuis six siècles. Boyaumont allait être détourné de son antique (leslinalion, perdre son prestige séculaire, et redescendre a des usapes profanes.
C'est lorsque ia mort a passé sur un iront et que Tirrévocablea mis sa froide main sur des yeux éteints, dans lesquels ne se lira plus une pensée vivante, c'est alors que se lèveFheure des cuisants remords; on interroge sa conscience, on épie les torts qu'on a eus envers la personne décôdôe. Avec quelle amertume on se reproche à soi-même les peines que l'on causa à l'être disparu ! On s'imagine qu'on a contribué à sa mort, et que plus de dévoument et d'amour auraient écarté ou ajourné la catastrophe. Y avait-il des remords dans le cœur des bannis de Royaumont? Depuis le 22 mars 1791 , ce ne furent plus à l'abbaye que des scènes de desiruction et de démolition. Jusqu'à quel point