‹ Histoire de RoyaumontChapitre 175 sur 263 · LIVRE OQATORZIÈlfE. 5S · texte numérisé non relu

LIVRE OQATORZIÈlfE. 5S

les derniers moines en étaient-ils responsables? les bernardins de Royauinont élaiciit-ils descendus bien bas dans la décadence générale ? Avaient-ils à s'imputer la chate de Royaumont? Si l'on est impartial, et qu'on étudie les faits, on irerra qu'on a exagéré immensément la corruption prétendue des monastères dans les trois derniers siècles. Il suffit de se souvenir, à travers quels verres grossissants certains adversaires si peu partiaux, le protestantisme, le jansénisme et le philosophismo du dix*hmtième siècle, considérèrent la tribu cénobitique. On ne s'est pas tenu, davantage assez en garde à l'égard des derniers habitants de l'abbaye de Royaumont ; ils pou- V lient n*avoir pas tous une égale distinction personnelle et 01 igiiieiie ; mais en somme, ih sont loin de mériter le dédain de la postérité.

On a déjà produit, dans le livre précédent, des éléments d'infonnation sur le degré de d^énérescence des moines de Royaumont. Une enquête, auprès de vieillards qui furent les contciiiporains des derniers religieux, a conduit à cette conclusion, qu'on doit être réservé, et ne pas accueillir facilement les commentaires et les critiques infamantes, qui ne s'offîrent point appuyés sur des preuves solides.

Le dix-neuvième siècle sait comment on constitue, au

1110) en de l'apsodics périodiques, la calomnie en permanence, contre une nation, contre une adruiinstralion, un corps ou un individu que l'on veut perdre; il sait comment on rend impopulaires certaines causes. Or, après des interrogatoires discrets et multipliés auprès des vieillards qui virent Royaumont avant 1789 , ou bien l'on obtient des éloges sans restrictions, ou bien Ton surprend des accusations basardées, dans lesquelles la malice a sa part et où perce le besoin étrange de déverser du licl sur une classe d'hommes que les dernières générations du dixhuitième siècle avaient lait prendre en antipathie. Ëtquel

était le crime de ces huit ou dix moines qui habitaient

Royaumont? N'était-ce pas surtout d'être de leur temps, et do venir à la fm d'un siècle où tout s'écroulait? Si quelqu'un a failli, ce ne serait pas une raison de s* on aller colporter cette misère de nos pères avec une impudeur parricide : il faudrait plutôt se voiler le front» et jeter sur des faiblesses humaines la miséricorde du si< lence. Quiconque voudrait ramasser, dans quelque vague rumeur populaire d'un commérage paysanesque d'Asnières ou de Viarmes, un indice obscur d'un prétendu scandale, pour jeter aux moines de Koyaumont sa haine posthume et rétrospective, ferait preuve d'une âme médiocre : il mériterait qu'on lui jetât à la face la parole du Christ, prononcée à Toccasion de la femme adultère : « Si vous êtes sans péché, jetez-leur le premier la pierre. » Oui, que celui dont le mal n'a jamais offensé la pensée, dont les mœurs, toujours et ù toute époque de la vie irréprochables, en remontreraient aux anges même, que celui-là se montre exigeant et inexorable. Mais Ton doit flétrir cette probité douteuse, cette moralité mensongère et arrogante, ce puritanisme hypocrite, qui prétendrait donner des leçons de vertu au monde entier et se poserait en contempteur superbe des derniers moines de Royaumont*

Le cœur se serre en voyant les scènes des mois de mai, juillet, août et décembre 1791 . On vend Royaumonf , on le

dissèque, on Téparpille, on le jette aux quatre coins du ciel, comme on vendrait pour s'en ilcLarrasser. les dépouilles d une famille flétrie dont il faut effacer le moindre vestige.La vente eut lieu les 9, 1 5 et 5 ! mai ; on procéda aux enchères successivement, par lots séparés, le premier comprenant la mense conventuelle^, le second la manse

* Le premier lot comprenait : !• l'église, les grilles, les stalles, le grand

niitcl, la Imsse-conr à franche, arec sns liAtimoiits, le logement des roli^-^ieiix, le cloUrc dans lequel était un peUt bassin avec un jet d'eau ; les petits et

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