‹ Histoire de RoyaumontChapitre 178 sur 263 · LIVRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME

On emplit quinze caisses de livres qu'on transporta à Gonesse avec cinq autres caisses renfermant lés titres et les ornements de la sacristie, et une antre quantité considérable de livres. On chargea dans d(Mi\ voitures les cloches de Royaiiinont, qui pesaient livres'. C'était le pèle-mêle du transvasement et de la démolition ' ; on vil jeter sur les voitures qui déménageaient la bibliothèque de l'abbaye, entre autres ouvrages» la Polyglotte imprimée par Vitré, la Colleetim des eondles du père Labbe, la dernière éditiond'Aristoto, en 4 volurnebiii-iolio i;iaiul ])apier, et d'anciennes éditions du même onvrage, VHistuire ecclésiastique de Fieury, in-4% la Bibliothèque ecclésiastique de Dupin, environ 50 manuscrits, dont quelques-uns plus anciens que le treizième siècle, des Bibles in-folio accompagnées de vignettes, divers Traités des Pères de l'Église, des livres de droit, de théologie et de moralité, des livres de liturpe*.

Tous les pressentiiiicnts d'avant 1 789 étaient passés à l'état de fait. Mercier de la Rivière avait dit en 1782 : « Lana-

tionnereprendra sa vigueur qu'en passantpardes épreuves terribles. » Dans une conversation chez Quesnay, ce même la Rivière disait : « Ce pays ne peut être régénéré que par une conquête ou par (jiiel(iue grand bouleversement intérieur; mais malheur à ceux qui s'y trouveront! Le

^ Au dire du jardinier de l'abbaye, il y en avait quatre au clocher, pesant, la rosse, 2,lôii.i la 2«, 1,0551.; la â«, 982 1.; la 4% 659 1. — Il y avait, dans le même clocber, une petite cloche, poar sonner les messes. Il y en avait encore une autre petite, au petit cl(»dier au-dessus du dortoir.

' arpenls de terre, dépendant de l'ai l. aye de Royaumont etsitm'^s sur les communes du Lys et de Boran, furent at^ugés, le 5 mai 1792, pour 20,800 iivres, an sieur Crespé, deoMliraat à Sentis. Ces arpents faisaienl partie de ce qpii avait été affermé au citoyen Cemois. ^r bail du 17 mnrs 178S.

' Les cuujiuissaii'es, ayant fait ouvrir lu bibliothèque par le serrurier, en l'absence du P. Caiioune, le 2'J juillet 1791, témoignèrent leur surprise du vide étonnant qu'ils trouvaient dans la bibliothèque, en comparaison du temps auquel ils avaient fait le dénombrement. — Beaucoup de livres avaient disparu.— On a aujourd'hui, à la bibliothèque Richelieu, les débris de la bibliothèque de Royaumout.

ÔÔ8 HISTOIRE DE ftOVAUMO^T.

peuple français n'y va pas de main morte« » Rousseau

écrivait dans VÉmile en 1762 : «Nous approchons dePétat de crise et du siècle des révolutions. » « Le colin-maillard, poussé trop loin, finira par la culbute générale, » disait le marquis de Mirabeau. Louis XY ne s'y était pas trompé davantage : « Les choses comme elles sont dure* ront autant que moi, disait-il ; je crois que tant que je vivrai je resterai toujours à peu près le maître de faire ce que je voudrai ; mais ma foi, après moi, M. le duc de Bourgogne n'a qu'à se bien tenir. » Le pressentiment d'une révolution prochaine et presque inévitable avait donc été général^ Grimm s'était écrié en 17ô7 : « Peu s'en fout que je ne voie TËurope menacée de quelque révolutiôn sinistre. » Madame dé Tencin avait écrit aussi en 1745 : « A moins que Dieu n'y mette visiblemeat la main, il est phvsiquemenl impossible que l'État ne culbiilc. » Enfin il faut rappeler le mot de Ghesterûeld en 1752 et 1753 : « Avant la fin de ce siècle, le métier de roi et de prêtre déchoira de plus de moitié. » Mais on a beau être averti, Royàumont ne s'était pas aGclimaté à l'idée du désastre. Poury croire, il fnntle subir.

On ne sait si les derniers moines, rares débris de l'antique monastère de Royàumont, profilèreal du décret dû 22 mars 1791 pour se retirer à Vaux-de-Cernai, assigné comme asile pair rassemblée nationale à nos bernardins. En toute hypothèse, ils n'en auraient profité que pan de jours, l.a lave de 1795 allait tout engloutir. « L'AsscMiblée législative, pour parler comme un révolutionnaire*, était occupée à éteindre le grand phare que l'on avait allumé dans la Constituante; la nuit se faisait, et bientôt dans Thor-* reurde ses ténèbres, la Convention allait tout tuer, amis et

* Ilist. de France et^HUt. générale, pai' M. F. Ogei', maiue de conférences k Sakite-Barbe, p. 191.

^ Cambon. Cest ce qu'il réponditj quind- on M demaiida d'écrire des mémoires sur ce qu'il avait tu dans la Révolution. F. lelivredeV.E. Quinet, sur ia FUvolutiotti

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