LIVRE QUATORZIÈME
ennemis. » On ne peut pas dire que la contrée de Royaonxmt se soitdistiogaée spécialement par des atrocités révolutionnaires; le caractère des habitants s*y refusait. Toutefois, en temps de désordre, il suffit d'un mutin pour mener les gens les plus inoffensifs, rhumanilé étant à bien des égards à l'élat de mouton, et ne faisant certains actes que pour Tunique raison qu'il est de mode de les faire. Puisque le temps était aux grandes innovations, si du moins le pays s*était borné à tenter des inventions en agriculture, en industrie, en applications des sciences à l'industrie et au commerce! d^M le cas cependant de relater la participation de RoyauiiiouL à une grande et intéressante expérience de cette époque, à un essai infiniment paisible, contrastant avec l'état surexcité des esprits produit par la nouvelle de la trahison de Dumouriez, alors que les passions politiques étaient frémissantes, qu'on ne songeait qu'aux mesures de sûreté générale, et que la Lon- Ycnlion ne croyait voir partout que conspirations, projets liberticides, et Pitt, et Cobourg, et Brunswick,
Il appartenait à un siècle qui a ses grandeurs , et qui s'honore à bon droit d'avoir produit Buffon, taplace, Lagrange, Galvani, Yolta, Lavoisier, Linné, Jussieu, Bougainville, la Pérouse, il lui apparlciiail d inaugurer la pratique de la correspondance par le télégraphe. Le premier essai qui s'en lit oificiellement eut lieu sur lune des collines qui dominent Royaumont. Le 12 juillet 1795, on apercevait depuis Royaumont de grands bras dans les airs , jouant d'une manière mystérieuse , du haut d'une construction ou moulin à vent situé à l l auconville ou Saint-Martin du Tertre ; ou faisait, au nom de la Con- . vention, l'essai authentique du télégraphe venant pour la première fois prendre rang parmi les inventions modernes. Pourquoi le pays qui donna la première Encyclopédie des sciences à la France, pourquoi l'abbaye de Ru^auiiioiil, qui aLnla Vincent de Beauvais et colla- \
bora avec ce savant du treizième siècle à son grand Miroir scientijique y n'auraient-ils pas clé choisis pour théâtre des premières applications de la télégraphie faites en France?
On n'inaugurait pas une idée nouvelle en venant instituer une méthode facile et praticable pour supprimer les distances en correspondant par des signaux. L'usage des signaux de feu se correspondant de montagne à montagne était connu dans l'antiquité gi'ecque. César et Yégèce parlent des signaux à Taid'e desquels les Gaulois et les Romains correspondaient. Le moyen âge et la Renaissance eurent aussi leur art d'écrire de loin^ mais on convient que cet art était encore à l'état rudimenlairc. Des tentatives plus importantes devaient avoir lieu dans les temps modernes. Robert Hooke, en Angleterre, et Quiilaume Âmontons, en France, paraissent, à la fin du dix-septième siècle, les premiers qui se soient occupés de télégraphie d'une manière sùi it usc. Plus tard, dans le dix-huitième siècle, Dupuis, l'auteur de rOriijine de tous les n^te, et l'avocat Linguet, qui écrivit la BastUle dévoilée^ mirent la main à des procédés de correspondance aérienne, auxquels le public se montra indifférent à raison de leurs cétés défectueux.
Le 12 juillet 1795, on procéda, sur les hauteurs voisines de Royaumoni, à des exercices télégrapiiiques que les gouvernements allaient déiinitivement adopter, et dont le triomphe devait être assuré pour un demi-siècle, jusqu'à l'avènement de la tél^aphie électrique. Claude Ghappe avait annoncé à FAssemblée législative, le ^2 mars 4792 , une découverte pour transmettre rapidement à de grandes distances louL ce qui pouvait faire l'objet d'une correspondance. Il avî\it annoncé que la vitesse de cette correspondance serait telle que le corps législatif pourrait faire parvenir ses ordres à nos frontières et en recevoir la réponse pendant Ja durée de la.méme séance.