‹ Histoire de RoyaumontChapitre 184 sur 263 · LIVRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME

chaque aubcrçe du chemin 1 le bruit courait à Chantilly que les Marseillais avaiont une autre soif, et ils « (levaient couper, en arrivant, quarante tôtes d'arislocratcs. »

On la vit enfin arriver, cette troupe fameuse, au nombre d*environ 2,400 hommes, après s'être grossie par tous les brigands des villages, qui se réunirent à eut le long de la

route. On prétend que tous les hahilaiiU de (-oye et de la Morlaye les avaient suivis': un ('•ciit de l'époque assnre que ces deux villages, et notamment Coye, élaienl des plus mauvais*; peut-être a-t-on fait peser sur tous les habitants une accusation, méritée seulement par quelquesuns. Quoi qu'il en soit, il faut dire les exploits de ces héros de nouvelle race. 11 était six heures du soir ; la vive lumière des journées d'été remplissait la grande pelouse de Chantilly; les brigands, appelés Marseillais, s'étendirent sur le gazon, et quand ils eurent braqué leurs canons sur les écuries, qu'aperçut-on au milieu d'eux? Une tête portée au bout d'une pique. Des têtes coupées, ce n'était que de la logique pour des hommes qui professaient la démolition indistincte et en bloc de tout le pa^sé^. Le lendemain, la troupe s'occupa à ôter à Chantilly sa désagréable figure féodale, c'est-à-dire que les soldats se répandirent dans tous les appartements des châteaux, vieux et nouveaux, brisant tout, emportant le linge, les meubles, les glaces, buvant levîn des caves, pillant le poisson des pièces d'eau, arrachant les couduits, les plombs, les fontaines, démolissant la belle statue en plomb de la Renoiiiinée, jetant pêle-mêle ces dépouilles sur des charrettes qui lurent menées à Paris, affectant de mettre sur les devants les bustes mutilés du grand Condé. Toutefois, cette rage par-

^ ÎM Journée du 10 aoât 1192, par Regnaud, de Paris. Paris, 1795,

* Celui qui eut la làte coupée, dlait un meunier des cnTîrons, ^ui ayait, dit-on, pris querelle avec ces brigands yxr la route.

tîculiôrca une explication, puisque l'armée qui se formait dans i émigration, pour combattre la république française, sWganisait sous l'inspiration des derniers Condé, et que, le mot de « faction de Goblenlz » élait de nature à provoquer riiTitabilitè française.

Asnières-sur-Oisefoumit un contingent pour les annales (le ces temps lamentables, et deux héros de la niaiserie scélérate sont sortis de ses murs. Il y aura toujours, dans les agglomérations humaines, de ces basses individualités que les époques de trouble font apparaître à la surface^ comme une impure écume des villes, et dont la destination semble être d'éprouver les honnêtes et bons citoyens. Le premier de ces liéros étaïL un assassin, (ils d'un Lorrain qui se maria à Asniéres. llavaitdéjà de mauvais antécédents quand l'occasion s'offrit à lui de faire figure dans les scènes révolutionnaires. Sa théorie morale était celle de l'omnipotence des instincts de la bête, il estimait qu^aucun frein ne devait Tarrèter. Ayant amené sa femme à Paris où il espérait un plus vaste théâtre, il trouva luut simple, lorsque sa femme le gênait, delà tuer • en la jetant par la fenêtre sur le pavé de la rue, du haut d'un quatrième étage. Un vieillard, né en 1777, d'un esprit vif, dont on interrogeait les souvenirs relatifs à la révolution, racontait avec horreur, comme un spectacle d'hier, ces épisodes sauvages de la débauche et de la dégradation humaines. 11 expliquait que ce citoyen d'Asnières, partisan de la grande vitesse en matière d'assassinat, n'était d'aucun culte, et ne savait lui-même s'il était d'aucun baptême. Cet esprit fort d'Asniéres-sur-Oise disait-il, comme Voltaire, « qu'il ramenait sa métaphysique h sa morale? » A-t-on vu ramener un zéro au néant? Karamsin, au leur d'une {jTande Histoire de la Russie, écrivain touriste, charmant conteur de voyages, qui visitait Paris aux premières années, bientôt si sombres et si menaçantes, du règne de Louis XYl, rencontra peut-être

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