‹ Histoire de RoyaumontChapitre 186 sur 263 · LIVRE QUATOaZIÊMS · texte numérisé non relu

LIVRE QUATOaZIÊMS

Lorsque cet insensé d'Asnicres traînait dans les rues de la cité l'imncfo du Christ, lorstju'il balayait le S(d avec cette adorable ligure, I orsqu'iL la Imrbouiiiait de lange, savait-il cequ'il faisait ? Que, pour lui-même personnellement, ce citoyen se déclarât affranchi de toute tutelle sacerdotale, émancipé des doc(rines cléricales, libre à lui ; mais il y a une mesure que la raison commande, et il y a la pudeur de l'histoire. Abstraction l'aile de la divinité immanente et lulgurante dans le Christ, comment un homme de la classe ouvrière en était-il venu à oublier ce que, à tous les points de vue, nous devons au divin libé* rateur? N'est-ce pas au soufQe évangélique que les populations ouvrières des nations modernes doivent la tendance à faire respecter le principe si salutaire de lu liberté du travail?

Les faits arrachent l'aveu à tout écrivain indépendant • et sérieux : it Si dans le moyen âge, la notion du travail était si différente de celle qui avait prévalu dans Taiitiquilé, àqui le devait-on? Le travail manuel n'était plus

un acte servile; le chrislianisme l'avait réhabilité, l'artisan etToiivrier commençaient à compter dans la société nouvelle. De môme que les ordres mendiants avaient relevé la pauvreté, qui, par leur exemple, cessait d'être une marque d'avilissement, de même les ordres travailleurs, avec leurs moines qui bêchaient la terre (cisterciens, bernardins), avaient relevé le travail. L'idée chrétienne jetait ainsi par le monde les semences d'émancipation et d égalité que devait recueillir la philosophie du dixhuitième siècle et qui contenaient le germe de la révolu- , tion. Ën proclamant Fégalité entre les hommes, le christianisme préparait les voies à la suppression des classes et des castes ; en ne reconnaissant devant Dieu que le mérite individuel et en attribuant au travail et à la peine . corporelle leur parlicipation légitime aux récompenses qu'il promettait pour l'autre vie, il fondait les principes n. 37

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de justice selon lesquels allait se reconstituer la société moderne. En même temps le christianisme recommandait

le travail comme le devoir qui faisait égaux tous les hommes ^ »

Il est vrai que ce révolutionnaire* ne paraissait point, par les habitudes de sa Yie» dans les conditions les meilleures pour rester sain d'esprit et juger sainement. Prêtendraît*on amoindrir sa culpabilité en rappelant qu'il

n'aimait pas à se désaltérer aux eaux puai laul si iiaielics de I-i (ofitaino Saint-Louis d'Asnières, et en ajoutant qu'il préférait s'abreuver de certains élixirs% peu propres à diminuer Fexaltation de sa tête 1 Quoi qu'il en soit, cette scène d'un pygmée impuissant, mais horrible d'intention, fut marquée à Asnières-sur-Oise d'un incident qui soulagea la poitrine oppressée des spectateurs, parce qu'ils y virent un chîUiment mérité du ciel. Tandis que le profanateur éhonté qui ne reconnaissait d autre mérite que celui des muscles, croyait faire un acte de vaillance en traînant dans la boue le plus auguste symbole de la religion, et pendant que les railleries de quelques rares afiîdés semblaient applaudir à Son audace sacrilège, un fragment de cette croix, la partie élevée et lourde qui était en métal massif, se détacha brusquement, et toiuba avec violence sur la jambe du vil et lâche profanateur. Le coup porta si fortement que le misérable reçut une blessure grave, rentra ensanglanté à son domicile, ne put que se traîner pendant un long espace de temps, et se vit réduit àTincapacité de travailler. Le peuple ne le plaignit pas, dit un témoin oculaire; le peuple est sévère dans ses justices, quand l'heure est venue ; let) habitants d'Asnières accablèrent de sarcasmes l'homme qui avait osé porter

- * lievue des Dêuœ Mondes.

* Ce citoyen ne paraissait pns porté pour l'élixir reconiînandé par Victor liugo (voir une des notes suivantes)} celui du mai'chaiid du coin de rue le satisfaisait mieux.

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