‹ Histoire de RoyaumontChapitre 19 sur 263 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

de l' électricité ^ ; il convenait de réparer l'injure infligée par les phénomènes météorologiques; et, en 1500, la satisfaction était accordée.

Néanmoins, tandis cfue, grâce aux nouveaux, aiibés, le vieux nionastciT' se lr;iiis(brmait et reprenait un air de jeunesse, les intérêts généraux de l'ordre cistercien et , l'œuvre collective de réforme ne marchaient pas du même pas que celle de Tabbaye de Boyaumont ; les négociations, les subtilités et les réclaidations conduisirent à la confusion, (Voù sortit le chaos. Quelques moines ne demandèrent pas mieux que d'avoir roccasion d'un adoucissement à raustérité maternelle de leur règle ; n'ayant plus Tardeur qu'on ressent au premier jour de la profession comme au premier Jour de toute chose, ils saisirent, pour ainsi dire aux cheveux, une circonstance où les ballottements de Pau torilé pouvaient être interprélés,croyaienl-ils, comme la concession qu'on leur faisait de se nourrir plus substantiellement que par le passé. Quelques autres, séduits par les apparences, sinon entraînés par leurs convoitises, et n'examinant pas la question, suivirent le torrent. D'autres enfin, s'abrilant derrière la logique de la mollesse, disaient : « Nos supérieurs ne s'y opposent pas : donc, faisons-le. » Les conséquences de ce nouvel état de choses prirent en peu de temps des proportions considérables; le contraste était déjà très-prononcé, sur le chapitre des repas, entre les temps nouveaux el les siècles qui avaient précédé. Autrefois, c'était Fabstinence perpè*

* Ces accidents étaient fréquents. Au mois de juin 1504, le feu prit dans la charpente de l'église de Notre-Dame de Senlîs. Les flammes avaient tant

d'activité, qu'elles fondirent le plomb dont la voûte était revêtue; on le vit

couler dans 1ns rues. CeL événement donna lieu à une requête présentée uu roi par le chapitre. Le i <ii coiitril>na de ses propres deniers aux réparations urgentes ; il accorda eu outre au chapitre, pour le môme objet, la moitié du droit prélevé sur les greniers à sel du royaume. Les offrandes provenant de la permission de manj,'er lait et beurre en carême furent consacrées au même olget. Un acte de 151G attribue ce désastre au feu du ciel.

tuellc de la viande, hors le cas de maladie; mainténant, la viande obtenait d'universels honneurs dans les réfectoires cisterciens et dans les chambres des moines ; ils en mangeaient chez eux el ches les séculiers. C'était l'envahissement de la cil air.

On ne s'en lint pas là; un relâchement en entraîne un autre, par une loi de filiation irrésistible; et, c'est de ce jour, s'il faut s'en rapporter à certains écrits, que Ton vit s'introduire des habitudes un peu grossières, un certain arrtour des divertissements profanes, la pratique du jeu, la chasse, et d'autres manières d'ôtre incoinpalililes avec la proicssion d'un reli^eux. On comprend que cet état de décomposition ait provoqué à cette époque des murmures cl des réclamations générales. Les rois, les princes, les souverains de certains États, ne pouvaient plus supporter ce qui était un scandale public. De hautes réclamations parvinrent à Rome. 11 est clair que si les bernardins de-' vaient cesser d'èdiliei le monde, ils n avaient plus déraison d'être. Toutefois, il n'était pas flatteur pour Royauiçont d'apprendre quelles étaientlâ nature et la pm^tée des réclamations envoyées à Home. On sollicitait dUnnocent YIII, on la suppression de l'ordre, ou une prompte réforme. Telle est rextréniilé où il fallut en venir; et nous croyons qu il faut ici dégager )n responsabilité de Royaumont, qui n'était qbe pour une faible part, si tant est qu'il en eût, dans la décadence générale.

Innocent Vm, par une bulle adressée, en 1487, au chapitre ^^énéral de Cîteanx, menarail de sup])ression, si on ne portait à Tinstanl même une main vi^'oiueiLse à l ouvragc d'une réforme intérieure, au moyen des visites ou inspections des monastères, afm d'en extirper les abus et leurs causes. On se mit effectivement à l'œuvre. Mais, l'affaire des cisterciens, à la iin du quïniîîéme siècle, rappelle ce problème du cercle pour la rélonuatiou générale des peuples, où l'on se demande avec incertitude, par où il est

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normal de commencer: «N'a-t-on de bonnes lois dans un pays qu'à là condition d'avoir préalablement dé bonnes

mœurs* publiques? Si l'on vëut obtenir ces bonnes mœurs, y arrive-i*on par dos lois et par des ordonnances? » Le point essentiel était de savoir pour quelle cause l 'ordre des bernardins pai'aissait déraillir. L'abbé de Citeaux exposa à Rome qiie, selon lui, la cause du mal venait de ce que l'on ne pouvait plus tenir des chapitres généraux aussi l'requenls qu'on le faisait ;uiii rl'ois, et de ce (jne les supé- ♦ ^ rieurs ne pouvaient non plus laiie leurs visites régulières des monastères aussi souvent qu'ils avaient coutume de

- le faire. H transforma le problème en une question financière, alléguant que l'impossibilité ou la diminution des chapitres et des visites provenait d*un mmqHe émargent . Jean île Circy s'empressa de faire observer au saint-père, que les maisons particulières refusaient 'de payer les contributions qu'on leur imposait pour subvenir aux dépenses publiques qu'il fallait subir. Il affirma que Sa Sainteté verrait bientôt du changement dans l'ordre si, par son autorité apostolique, elle voulait obliger toutes les maisons de Tordre à payer exactement les taxes et les contributions. Le pape, voulant très-énergiquement la réforme, s'occupa des moyens de faire payer ces taxes, et fulmina

« des bulles très-véhémentes à ce sujet. Le chapitre général de Citeaux, de Tannée 1490, devint lui-même trèspressant, à l'elYet d'obtenir un plus copieux budget, et par là de suflire aux dépenses que pourraient entraîner des inspections plus nombreuses.

Assurer les visites régulières de chaque maison, et les réunions exactes des chapitres généraux, était une me* sure fort sage ; mais il ne fallait point se borner à cette mesure purement extérieure, il était urgent surtout de régénérer l'esprit de l'ordre, d'opérer une nouvelle création morale. Il est regrettable qu'on ait choisi l'épo- ' que si critique de la (in du quinzième siècle, où tordre

cistercien était dans un état si maladif,* pour oblciur la bulle du 15 août 1490, dont l'inopportunité prêterait à bien des commentaires. Ëtait-^ en 1490, qu'il Ikllait demander au souverain pontife, d'exempter, non*«eulement

les iiioiiaslères et toutes les personnes de l'ordre, mais encore tous les sujets et tous les vassaux des monastères particuliers? Était-ce le moment propice pour les soustraire à la juridiction des évéqueS) sous l'obéissance desquels Tordre avait subsisté depuis quatrecentsans? A partir de 1490, Royaumont iie devait plus dépendre de la juridi<> lion del évêque de Beauvais. Et, que f^a^juait Royaumont, n no dépendre en rieu de l'autorité episcopaic du diocèse? En quoi cela pouvnit-il contribuer à la direction plus régulière de l'abbaye^? Royaumont n'avait pas dépendu du palais épiscopal de Beauvais, en ce qui concernait la faculté de faire les visites régulières, soit à Royaumont, soit ailleurs. Keauvais n'avait jamais empêché Royaumont de se rendre aux chapitres généraux ; Beauvais a\ait toujours laissé à Royaumont toute latitude pour élire avec indépendance ses abbés. Jamais, à Beauvais, on n'avait prétendu pouvoir empêcher l'abbaye de déposer ses abbés ou de punir ses religieux *.

Cependant, connue la situation intérieure ne s'améliorait pas, le monarque français ût de nouvelles instances, et pressa pour qu'on cherchât des remèdes moins impuissants. De ce désir, sortit la ÎAmense assemblée de Paris de Fannée 1495. On doit citer ici les articles qui furent décidésdans cette assemblée extraordinaire, parce qu'ils fixent d'une manière positive la législation dernière qui a régi

« La bulle de 14U0 ne pouvait être plus oxplicitp. Il y est défendu à toutes personnes, de quelque coadition et qualité qu'elles soient, patriarches, archevêques et évêques, en vertu de la sainte obéissance, de s'immiscer dans la visite des monastères et des personnes de l'ordre de CSteaux, quand même ils en auraient obtenu commission du saint sîége à riastance de l'Empereur, des rois, des durs et autres souverains.

• Les ict'ers coullils du qualoriièiue siècle n eurent pas d'importance.

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