‹ Histoire de RoyaumontChapitre 196 sur 263 · LIVRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUINZIÈME

ment critiqué, appelé le Concordai de Napoléon et de PieVlI; leprogrèsderopinipnpubliqueranienéeau principe de Ja liberté des associations et au libre déploiement des manileslations religieuses de la conscieiice humaine, conduira de proche en proche à laisser respirnr toute poitrine ; et Royaumonty pour ne s'occuper que de ce groupe historique, aura la faculté de sortir de ses cendres, de rendre le mouyement à ses membres engourdis par un sommeil de soixante-quatorze ans, ou plutôt glacés par la froide haleine tlu trépas. Un nouveau groupe sera. greffé sur le tronc de Tancien. Le nouveau rameau sera connu sous le nom de Société des oblats.

De fiers esprits ne se taisent pas sur cette allure et sur ce travail de réhabilitation de la part de la logique li ançaise. Évidemment, dit l'un d'eux, la Providence avait à cœur, dès le début de ce siècle, de réparer presque à vue d'œii ce grand désastre du christianisme, ce cataclysme qu'elle-même semblait avoir voulu ou tout au moins au- . torisé. Que d'hommes en effet subitement éclos, et tous à* la hauteur de la mission qui leur devait échoir! Quel contraste avec la période précédente où n'apparaissait plus personne qui fût d'humeur à faire le moindre effori, à rompre la moindre lance pour cette antique religion encore pleine d'honneurs, de richesse et de vie apparente, mais sans crédit, sans action sur les âmes, sans adeptes nouveaux, délaissée peu à peu comme ces vieux édifices qu'un instinct prophétique, avant qu'ils s'écroulent, ordonne d'abandonner, il fallait Téchafaud pour lui rendre la vie! Ce fut comme un premier symptôme de régénération quand de modestes prêtres, d'humbles religieux, la veille encore insouciants, engourdis, quelques-uns môme plus ou moins sybarites, se réveillèrent le cœur aussi intrépide, aussi préparés au martyre que s^ils tvaient passé leur vie dans les austérités du désert ou dans la nuit des catacombes. Puis un autre signai plus éclatant

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et mieux compris allait venir de dcu\ liommos qui, chacun dans sa sphère el selon sa mesure, sont vraiment les premiers promoteurs de ce réveil ctirétien. Nous parlons d un grand politique et d'un grand écrivain, du Premier consul cL de M. de Chateaubriand, du Cant^dat cl du Génie du christianisme *. »

Ce qui carju lérisa la période des Travannet à Royaumont, ce fut cette stupeur dont on est saisi au moment d'un désastre, ce serrement de cœur qui empêche d'abord de rien dire, de rien exprimer parce qu^on est submergé dans uçe immensité d^émolion où s'évanouit toute l'acuité de rendre au dehors ce qu'on éprouve; ce fut ensuite ce besoin de répandre des larmes qui s'empare de Thonane quand, reprenant ses sens, on commence à mesurer l'étendue de la perte, et à compter parmi les morts les êtres aimés qui ont disparu. G*était delà sympathie qui se produisait devantles ruines de Royaumont, ruines à peine d an jour, ruines immu' ainsi dire palpitantes encore. - iiistonquement, la famille de Travannet et la reine Uortense sont à la tête de ce mouvement sentimental, el résument cette sensibilité de la première heure, ces premiers regrets donnés aux dépouilles d'une antique abbaye. L'histoire de Uovauuioiil n'a point à scruter les sentiments privés qui animèrent le marquis de Travannet dans rachat de Royaumont ; elle n'a point à lui prêter des motifs chevaleresques. Toutefois, en faisant la réserve des intérêts personnels, on doit regarder comme une bonne fortune pour l'antique abbaye, d'être tombée entre de telles mains et en des mains uniques. Acquise par plusieurs personnes, le morcellement et la destruction complète et irrémédiable étaient au bout, infailliblement. Le marquis de Travannet pensa qu'il fallait donner 8ur»le-champ un caractère d'utilité matérielle à son ac-

« M. VUet) article de la Revue det Deux MmOee^ \» février 1S67.

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