‹ Histoire de RoyaumontChapitre 198 sur 263 · LIVRE QlINZiÉMi:. . liOU · texte numérisé non relu

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depuis plus4c trente ans. L'èminent historien raconte que' Loizerolles père, entendant prononcer à côté de son nom les

prénoms de son fils, se garda de réclamer, et fut envoyé à la mort. Quelque temps aj[»rcs, le fils est jugé à son tour, il se trouve qu'il aurait ûù ne pas exister, car un individu ayant tous ses noms avait été exécuté, c'était son père ; il n^en pérU pas moim, ajoute M. ïhiers. M. Thiers s'est trompé, puisque Loizerolles fils déposa dans le procès de Fouquier-Tinville*, et qui! survécut au moirts Ireïite^quatrcans ù son père. L'erreur, quant à la première substitution du père au fils sur réclialaud, provenait de l'huissier qu'on avait envoyé à la prison de Saint-Lazare, et qui en prenant les noms de ceux qu on devait traduire, ne s'était pas informé s'il y avait deux •LoiserdUes. La se* conde erreur provenait de quelque heureux hasard que 1 historien n'aura pas connu, du succès de quelque intervention pareilh^ à celle qui sauva M. de Travannet. Le marquis avait été incarcéré aussi dans cette prison de Saint-Lazai*e, ouverte le 29 nivôse an II, dirigée d'abord par le concierge Naudet *. Dans le principe, les prisonniers pouvaient, à force d'argent, oblenir des permissions pour voir ceux qui leur étaient chers. Ensuite le système de la prison devint très-dur, les permissions de police pour voir des parents devinrent négociables comme des effets de bourse. Un jour même on répandit le bruit que tous les prisonniers allaient être massacrés. M. de Travannet échappa au tribuiial el à la mort; il dut la vie à la révo-

' Tribunal révolutkmnuiri' de Paris, par Km. flcimpardoii, t. II. \\ IW.

* Al. dti Travannet ^Jcitn-Joseph-Uiij-lIeiiri de iiuillelieia de Bourguol), marquis de Tmannet , éiait qualifié, avant la révolution, de seigneur do Seugy: Il faisait partie delà noblesse de la cbfttellenie de Creil, dans Tusseinblée du Itailliagc provincial de Sonlis, qu:ind on se réunit, en mars 17St», pour élire les députés aux élats généraux, il lut nommé, par l'ordre de lu. noblesse, commissaire, ainsi que le marquis de Groucliy, Hll. de Saint- Prestt de Breda, le comte de Lamelb, le président de Courcelles, le Pelletier, pour dé|K)uiiier les crdiiers de ceriaÎQS noblcSi eC fiUre ensuite les caliiers des vœux et doléances.

m HISTOIRE DB ROYAUMONT.

lution du 9 thermidor et à la chute de Robespierre. Et par quels moyens? M. de Travannet fut sauvé grâces aux actives démarches de son épouse, la marquise, de sa belle-sœur la comtesse de Travannet, et de son fidèle intendant M. Rameau, qui obtinrent des retardeinents jusqu'en 1794, époque où il fut délivré par la chute de Robespiuire, iiuiis M. de Travannet mourut un ou deux ans après, par suite du bouleversement que son arrestation lui avait fait éprouver.

La marquise de Travannet, qui vint ensevelir ses émo- ' lions et son deuil dans Tabbaye deRoyaumont, mêlait dans sa pensée les ruines de sa famille et ses écroulements personnels aux ruines de l'nbba^c; sa lête ne pouvait contenir les images et les souvenirs navrants qui montaient en foule dans son esprit, où se heurtaient le mélaïq^e des époques de bonheur et des moments affreux d^angoisses et de déchirements, a Ou'avons-nous vn I et qu'avons-nous vu? » pouvaiL-ellc s'écrier, avec les expressions de Bossuet. Que de choses s'élaient accomplies depuis le temps où elle avait la fonction de dajîir fie ki sœur de Louis XVI, de madame Élisabeth^ en 17791 Madame de Travannet était une demoiselle de Bombelles « une femme charmante, spirituelle, cau9euse intarissable, avant toujours queUpie chose à dire sans être jniiiais bavarde', » distinguée et sympathique, et qui ne pouvait s'absenter sans que madame Élisabelh écrivit qu'elle ff mourait d'envie de la voir %

* Deux deiiioi:ielle$ de Bombelles épousèrent) Tune le marquis de Travannet, l'autre, le marquis de Louvois, appelé le ohcvolicr de Souvré. M. de Bombelles, frèr»'' *lo m viame de Travamief, s'était marié à mademoiselle de Hackau. Il lut amJjuï-ijadeur de France à Venise. Devenu ¥cuf, il embra^ la prêtrise, et fut évftque d'Amiens. On dit qu'un de ses fils, général dans l'armée autrichienne, épousa, 'après 1821, l'impératrice Marie*Loui8e, femme de Napoléon ^■^

* !jeUres et document hiMUs, par M. Feuillet de ConcUes, l. III, p» 36. ^Mémoires de la baronne d Oberkirch, 1. 1, p. 186.

' Feuillet de Gonches, ibid, — La baromie d'Oberkirch (née Waldner-

LIVRË QUINZIÈME. ^11

La famille de Travannet n'occupa pointa RoyaumuiiL le pavillon ilorcntin, prèiérant s'installer dans la maison des hôtes. Quand on commença de respirer, après la Terreur, un des derniers moines qui resta comme un témoin du passé, le père dom Joseph-Réroy Canonne venait faire des visites régulières aux successeurs laïques des bernardins; cet ex-procureur de l'abbaye si mlilail une mélancolique apparition du passé, il perpétuait les traditions de l'abbaye qu'il pouvait croire évanouie à jamais. Le père Canonne était né à Gaudry, canton de Glary, ar- - rondissement de Gambrai, département du Nord. Il s'était réfugié pendant la Terreur dans la laiiulle Cernois. Dom Canonne, d'une tiiille ordinaire, était fort de constitution ; son front était dénudé ; mais des tresses de cheveux blancs descendaient en boucles sur ses épaules. La nièce de M. de Travannet, qui a vécu fort jeune à Tabbaye aux premières années de l'empire, et qui a gai*dé de Royaumont un souvenir doux comme les saintes impressions des lieux où l'on a été heureux, croit voir encore ce père Canonne, vif et alerte, arrivant, la canne à la main, avec un habit couleur marron, à larges basques, culottes courtes et noires, bas noirs, boucles aux souliers, large et lonfff gilet, comme au temps de Louis XVL

CuuïJiient empêcher la marquise dcTravannet de revenir sur les jours écoulés avant les tragiques événements qui s'étaient accomplis en dix années? Madame de Travannet n'avait pas été autrefois chez Madame Élisabeth, sœur de Louis XVI, comme une personne quelconque occupant un rang distingué. Un écrivain de celte époque raconte que la princesse royide aimait ces dames Rombelles et Travannet, « non comme les grands aiment ceux qui les approchent, mais comme on aime lorsque les goûts, les opinions, et surtout l'estime unissent des cœurs

freundsleiii), était enthousiaste ûv madariie de Travannet J elle la voyait sans cesse, et était entrée en coiTcbi*oiidauce avec elle.

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faits pour s'apprécier. » Il èlait touchanrt d'entendre dans l'abbaye de Royaumont madame de Travannet revenir sur

• ces années de la société de Madairie Élisabelh, dans sa jolie maison de Montreiiil \ dont elle faisait le plus grand charme. Madame Elisabeth venait iamiiièremenl chez la marquise! Quel étrange récit dans le salon deRoyaumbhll Madame de Trayannet, traversant avec rapidité l'époque du sang et de la guillotine, aimait à rétrograder, avant 1789, jusqu'à ces journées simples et champélres qu elle avait passées dans le séjour de Monireuil, loin du théâtre des intrigues, dans la liberté des champs, et dans la con* stante amitié de Madame Ëlisabeth. Qui n'a entendu chanter la romance du Pauwc JacquesîMnis peu de personnes savent ce qui en donna l'idée. En raconter l'origine et les circonstances, durant les silencieuses soirées de Royauniont dcl797 à 4804, répandailurie exquise poésiedesouvenir dans les conversations. On a supposé que la malheureuse Marie-Antoinette chantait la romance du Pamre JacqueSy à 1 époque de sa captivité au Temple. Assurément la marquise de Travannet ne Tavait pas composée à cet effet, ni la reine n'avait le i uirage de confier un rhyihme aux échos d'une prison. Madame Elisabeth avait des goiils simples, très-analogues à ceux de sa bisaïeule, la duchesse de Bourgogne, mère de Louis XV. Se plaisant comme Félève de madame de Maintenon à suivre tous les détails de la laiterie, elle eut envie de faire venir de Suiss(^ des vaches d'une grande beauté ; ou dût amener aussi une jeune fille du Valais pour s'occuper de la vache et de la laiterie. Mais comme une intime tristesse était visible dans la petite paysanne, comme la cause de ses ennuis fut bientôt connue, et qu'elle n'était autre que le retard d'un mariage que la nouvelle fortune et la translation

* Louis XVI avait acquis la jolie maison de la princesse de Guéménée» à NoiUrcuil, pour en faire la surprise et le don à sa soeur qui aimait œtte habita lion.

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