LIVRE QUIMZIÈMË. OUI
qui aima toujours à consacrer à la peinture el à la musique des lieures imporfantes, qui av;iit travaillé avec tant d'ardeur, d*après uiaiianie Campan, à son beau portrait du Maineluck, lorsqu'elle était dans son appartement de , la Malmaisoîi, retrouvait un champ à exploiter pour ses crayons, dans Tabbaye voisine du château de Bâillon. On se représente une fin de journée de juillet ou août de l'année 1802. Pourquoi la roino Horlense, suivant les secrètes affinités qui exibleul entre les lieux elles personnes, ne se serait-elle pas dirigée avec sa palette, ses cartons, ses crayons, aux ruines du monastère de saint Louis? Que de journées, dans ces beaux mois d'été, dans lesquelles, le soleil modérant ses feux, vers la quatrième heure, les prairies elles forêts de la contrée devenaient d énieraudc sous les rayons lumineux, les cliamps de blé de Bâillon devenaient d'ambre, les eaux du canal de Bâillon devenaient d*azur et de turquoise! Ces heures, alors que le jsoleil qui a été haut et chaud dans le ciel commence à s amortir, constituent la féerie de la campagne. N'était-ce pas l'heure de l'excursion pittoresque, l'heuie de la peinture, l'heure de révocation du souvenir de saint Louis el de Blanche de Castille, par le crayon de la reine llortense, par cette muse qui' excella à redire les douleurs, les inquiétudes des mères, des épouses, des sœurs restées seules au foyer désert, et qui exprima le mieux, dans'des mélodies populaires, les tristesses du dépari, les inquiétudes et les tourments de l'absence, les joies si rares et si vite troublées du retour elles déchirements de rexiP?La France respirait un moment ; le jeune consul s^était iihistré de nouveau à Marengo ; les batailles de Hochstedt et de Uohenlindeu avaient épuisé l'Autriche en la contra i'^iiaiit de signer le traité de Lunéviile, le 9 février l^SOl. La Bavière, le Portugal, la Russie, la Porte ottomane, avaient
* Bug. Gautier,, ibidem.
m mSTOIRli UE HOVAUMONT.
signé successivement la paix; TAngleterre elle-même se sentant trop faible dans son isolement, avait consenti à
poser les armes ; et par suite, le traité d'Amiens, conclu le 24 mars 1802, assui ail pour quelque temps la tranquillité européenne. Le général 'Leclerc, marié en 1801 à Pauline Bonaparte, et chargé de Texpédilion de i'ile Saint- Domingue, n'avait pas encore éprouvé ses désastres, ni succombé à la maladie quî-Pemporta le 5 novembre 1802. 11 ne se présente donc aucune objection à soulever contre ' les séances de peinture, i iit* s en 1802, par la reine Uortcnse devant les ruines de Koyaumont.
Il y a tel château, tel manoir du moyen âge au bord des mers septentrionales ou l'on conserve avec amour le souvenir très-primitif d'un'e châtelaine; c'est au château de Rygaard en Danemark. Selon la U adition, la châtelaine de Rygaard, qui la première habita cette demeure féodale, se tenait au coin droit de la cheminée gothique, attendant son époux, un compagnon du roi Jean, fils de Christian F., Bile filait sa quenouille sur un fauteuil en tapisserie, sans regarder le Belt, sans se distraire de ses pensées et de son fuseau, tandis que tous ses serviteurs, placés sur des escabeaux de bois, se cbauiïaient de loin à l'àtre où brûlait un arbre entier^ Royaumont, à sou tour, ne laissera point péricliter la tradition sur la reine Hortense. Deui stations de ce célèbre et intéressant personnage resteront gravées dans les annales delà localité; la première, sa résidence au château de Bâillon*; la deuxième, ses séances . réitérées aux ruines de la basilique de lioyaumont. On aime*à la suivre dans le château, soit à cette vaste table de pierre placée dans le parc, toute d'une seule pièce ronde, d'un diamètre de 2"'/25 , près le pavillon de droite, où la reine Hortense s'asseyait et se perdait dans les
' Voy. Voyage en Danemark^ de M. Dargaud. * ie iii'arécbal Honcey, duc de C^n^liano, se plaisait beaucoup dans cette résidence.
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lilleuls, les lilas et les acacias, boif à ce qu'on yppellc de nos jours encore, au premier étage, la chambre de la reme^ d'où l'on mesure les eaux d'un canal formé par la nou- .velie Thève, conduite artiBciellement des étangs de Gomelle, canal remarquable dont la longueur totale n'a pas moins de 1 J)00 mètres; nn bras du canal longeant les appartements de la reine Horlense, large de 50 mètres, permet aux carpes , aux brochets et aux perches de se dilater à i'aise, dans des courants rapides. On aime surtout à accompagner la reine Hortense, s^arrachant à cette multitude d'îles qui sont le charme, la distinction exceptionnelle et enviée du châleau de Bâillon, quittant ses cascades splendides et sonores, pour côtoyer les charmilles du JfoU de Bonnet^ et se rendre à son atelier en plein vent, improyisé aux ruines de l'abbaye. Voilà pourquoi le té^ moignage populaire iqui consacre le souvenir du passage de la reine Horlense ; le bois de Bonnet., continu au château de Bâillon, et qui est désigné dans les caries géographiques du nom de bois de Royaumoniy a toujours été appelé, dans la tradition locale de ce siècle, le bois de la reine Horlense, Quelle pourrait être Torigine de cetté légende • paysanesque? 11 eût été impossible à ces populations miales du commenceineiil du dix-nouviénie siècle, qui la plupart étaient étraniréres aux détails de riiistoire, d'inventer, par leur iniLmtive, la désignation de bois de la reine Horteme, appliquée au bois de Royaumont« si la reine de Hollande n'avait pas effectivement été quelque temps rhôte gracieux de la contrée.
Cependant l'astre de Mai engo et d'Austerlilz se vit inlorccplé, après dix ans de règne, d'un voile pâlissant; les alïaires privées subirent les vicissitudes des affaires pu* bliques, les dislocations de l'industrie suivirent les dislocations de la constitution impériale, et l'on est conduit ainsi pour Royaumont de la période Travannet à la se*conde période qui esL celle des Yunder Mersch. La guerre
m' HISTOIRE DË BOYAUHONT.
de Russie de 18i'2, la campagne (rAllemagnô de 1817), amenèrent pour dénoûment une première invasion de la France en 1814 (Paris tombait au pouvoir des alliés le 50 mars); et bientôt une seconde invasion en juin 1815 après la bataille dè Waterloo ; ce qui entraîna le second retour de Louis XVlll à Paris le 8 juillet 1815. Qu'on jiiire des aspiralioMS de la France, après avoir subi deux fois le fléau de l'invasion étrangère I Elle demandait à grands cris le repos, pour réparer ses désastres, tandis que, le lendemain de Waterloo, l'Europe victorieuse et jalouse nous imposait ce fatal traité du 20 novembre 1815, qui avait pour but d'emprisonner la France dans un cercle de places fortes, qu'on devait ériger contre nous, avec notre argent îl va sans dire que la dernière expédition de Napoléon 1", succombant à Waterloo,- avait donné une complication nouvelle aux détresses du temps; le faible mouvement industriel qui subsistait alors se ralentissait et s'«nrrctait devant les grandes convulsions natiunnlcs. Quand, après le désastre du 1 8 juin 181 5, les deux coloimcs de Blùcher et de Wellington, qui anéantirent l'armée •dé Napoléon, marchaient sur Paris, le quartier général de Tarmée anglaise s'établit dans Gonesse le 2 juillet ; un camp d'Anglais et de Prussiens fut formé à Royaumont , entre TOise et ce que i ou appelle les Ouinronccs ; beaucoup d'alliés, d'oliiciers surtout, logèrent dans Tabbà)fe d^éserte, où languissaient, au milieu d'un établisse* ment cotonnier complètement tombé, les Travannet, attristés de la tristesse universelle.
D'autre part, aucun effet rétroactif n'était résulté, pour Fabbaye, des larmes stériles de la veuve du marquis -de Travanuet ni des sympathies pieuses de la reine llorlcnsc;
* Il y a une pièce diplomatique, du 21 jioveinln e 1815, annexée aux actes du 20 novembre, cl qui a pour titre ; « Pi ocès-vcrbal do la conlérencc de Paris sur l'emploi des contributions ÙTinçaises pour le reuforoemeut de la ligne défensive. 31 novembre 1815.»