‹ Histoire de RoyaumontChapitre 21 sur 263 · LIVRE NE0VIÈHE · texte numérisé non relu

LIVRE NE0VIÈHE

nom, celui du rénovateur de Royaumoat ^ ; le 4 avril 4507 fut son jour suprême. »

« Qu'il repose dans le Seigneur 1 Ainsi soit-ill »

Clausit Johandis Merrei phirima de se Jam Nerrdi saxis haec domus ossa suis, Regalis montis qui verus rector et abbas

Gampànile jsua strusit et auxit ope ; Unde iUi mérite cognomen venit ab illo

Gampanis sortis quamm id esse putent.

Mille et quingentos ac septem dauserat annos, ' Quartus in Aprili que mit ipse dies. Requiescat in Domino. Amen *.

n vient, dans la longue vie des corporations, des temps d'arrélet de calme plat ; toutes les forces ont beau se concentrer en faisceaux dans un but d amélioration et de ré^ forme, le char est eilrayé ; et, malgré les impulsions imprimées, il reste immobile, si toutefois il ne recule pas. C'est immédiatement au sortir d'nn pai cil moment, que vécut dom Guillaume ITÎ Salé, surnonnnt' de Bruyères, vingt-cinquième abbé de Royaumont, successeur de Jean IV de Merré, et le dernier des abbés réguliers de Royaumont. Sous lui, Royaumont allait faire un pas en avant. Une charte du 4 avril 4507 fait mention de l'élection de dom Guillaume Sallé, prêtre, pour abbé de Royaumont ^ L'élection eut lieu, non au scrutin, mais par conmiission ou compromission, ce fut la spontanéité la plus parfaite dans le choix. Dom Jean de Relioy S ou frère Jean Tuteux, dit

* Cflt oriflroit de l'épilaphe vciit-il dire (lu'on donna ù Jean de Merré, le surnuia du latin Campants, ou cloche, ù cpuse du clocher qu'il avait rebâti? Vlnventeire de- la Mmue eom/enltieUe de Ron/ammmt nous apprend que le recteur de l'Université de Paris don]n,le 4 février de l'an 1500, une leUre à dom hwu de Cliampag^ne, de CamparJs en latin des cloches), abbé de Royaumont et bachelier en théologie. Cette lettre portail que l'abbé de Boyaumout avait étudié sous Thomas Braot, professeui* en théologie à Paris.

* Callia christ., t. ÎX.

^ Inventaire de la Manse coiivenitielle de Royaumont, p. 574.

* Le 29 octobre 1502, on plaça les bornes qui traçaionl la séparation de la seigneurie d'Asiiièrc»'Royauinoiit d'avec celle de Moisy, religieuse et bon-

56 HISTOIRE D£ AOYAUMONT.

de Bclloy, ({ui «Hail pour lors procureur de l'ahbayo, ayant /eçu de la communauté de Royaumont le mandat de choisir qui il jugerait digne pour abbé, dom Guillaume, de Sallé fui imtarUanémeat désigné', tant ses mérites, ses vertus et ses capacités connues le recommandaient à Testime de ses frères.

Guillaume de Bruyères était le dernier de ces abbés de Rovauiuoul.dout la bénédiction abbatiale olTrit de riulérèl. Bientôt, sous les abbés commen(ia(air^5 du seizième siècle, toute poésie pieuse aura disparu de cette belle cérémonie monastique. Pendant deux cent quatre-vingts ans, on s*élait porté avec empressement à cette imposante scène de la bénédiction et de rinstailation d'un nouvel abbé. C'est que c'était de hautes ligures que ( « s moines ayant blanchi dans les austérités des monastères, librement élus par le sulTrage de leurs compagnons et tirés ainsi des entrailles de la société cistercienne elle-même pour en devenir la tête. Ils venaient continuer la longue chaîne de ces supérieurs qui, daiis la maison de Royannioiil , ne devaient le céder à personne, eu charité, en dévouement, en mortnication, en esprit de sacrifice, eu oubli de soi, en sainteté de vie. Ordinairement, les bénédictions solennelles des abbés attiraient à labbaye plusieurs abbés des monastères voisins, des prêtres, des moines, des laïques, des évéques, et néccssaîrenient un évéque consécrateur, qui devait bénir le nouvel élu. L'évôque dcReauvais se nommait alors ho\m de Villiers de Hle- Adam^ fils du seigneur de l'Ile- 4dam et de Jeanne deNesle, son épouse; ce prélat était instruit, modeste, d'un sens droit, de mœurs pures, d'un grand zèle pour le maintien de la discipline; il honorait l'Église par sou caractère, et déléudait ses in-

néte personne Jean Tuteux de Belloy étant religieux et procureur de Téglise et all)aye de lîotre-Dame de Royaumont. — Cartu/aire de Roffau-

mont, t. I, p 22').

* Si les dates sont exactes, Guillaume fut élu le joui' même de la mort de Jean de Mernh

LITRE NEOVIÈME. 57

tërèU avec vigueur. A Theure convenue, dom Guillaume reçut lui-môme révêque à la porte du monastère et s'agenouilla^ selon l'usage, devant ce dignitaire, évéque-comte de Beauvais, vidame deGerberoy et pair deFrlince, mais

avant toul successeur des apôtres; il lui présenta Teau bénite et l'encens.

Avant la cci éraouie, tous les visiteurs se répandaient à la suite de i'évôque sous les cloîtres et dans le monastère. Biais bientôt la cloche se fait entendre et la foule se dirige à Téglise. On voit défiler la procession monastique. Ce sont les frères convers à la robe de l)ni"e giiso et aux traits hûléspar le soleil, « fortes et bonnes figures d'boniines simples et ^elon le cœur de Dieu ; » puis les pères de choeur dans leur birge coule blanche, marchant les yeux baissés et la figure méditative ; puis les abbés, la. croix sur la poitrine, et à la main la crosse, emblème de leur dignité. Au milieu d'eux, s'avançait l'homme le plus éniu de la cérémonie, celui qui allait recevoir la bénédiction abbatiale; cette ciuolion toutefois demeurait contenue. Dom Guillaume portait en lui tout un monde de pensées et ' Fimmense sentiment du poids de sa charge.

Mais l*on ne doit pas craindre de s'étendre ici dans les détails et daiis la description de cette cérémonie, parce qu'il est nécessaire d'y jeter un dernier coup d u il, puisque sous les abbés commendataires, la bénédiction abbatiale, loin d'offrir le même intérêt, laissera les curiosités indifférentes. La bénédiction abbatiale ressemblait beaucoup à la consécration d'un évôque. Comme pour celle dernière on avait préparé, dans Téglise de Royauniont, deux chapelles, la plus gi^ande pour le pontife, la plus petite pour Télu. Celui-ci était assisté, selon la coutume, de deux abbés; il revêtait les ornements sacerdotaux et la chape, puis il était présenté à révèque par les asses* seurs ; le plus ancien des deux demandait pour l'élu la bénédiction abbatiale.

Avez-vous un mandat apostolique? Telle était la pre^ mièr6 question posée par le pontife célébrant. — Nous Pavons* — Qu'on le lise.

Le secrétaire de l'évèque en donnait lecture. La juri-

diclion de Tabbé se rattachera ainsi par uii lien direct, connue la juridiction épiscupale, à la source de toute autorité religieuse, à celle du saint-siége. Après ces préliminaires, venait une scène imposante et souverainement instructive, qui ne peut être inspirée que par le profond génie de rÉglise catholique. L'évôque procédait à l'interrogatoire du nouvel élu de Ro^jinmiont : « Voulez-vous observer fidèlement la règle de saint Benoît? voulezvous, avec l'aide de Dieu , conserver en vous la chasteté, la sobriété, Thumilité, la patience, et renseigner à ceux qui vous seront soumis...? » Puis venaient d'autres questions aussi ^Taves. Ces intcrro<.^a lions avaiciit, en rauiiée 1507, une portée spéciale; elles devaient pruduii'o des retentissements étonnants dans Tâme forte et pieuse de Guillaume de Bruyères. Deux courants se manifestaient simultanément à cette époque, dans les cœurs et dans le domaine des affaires religieuses. Un mouvement dans le sens de resta m a lion de la vie régulière dans l'intérieur

des monastères et dans la société chrétienne de ce temps, était patent, incontestable ^ Dans le rayon du fieauvaisis, où se trouvait Royaumont, plusieurs abbayes redevenaient florissantès après les catastrophes du quinzième siècle, si bien qu'on assistait à une véritable renaissance monastique. A côté de ce mouvement, un autre se faisait jour; il s'agissait de naturaliser dans nos mœurs une sorte de transaction entre l'ancien idéal de pénitence et d'austérité du moyen âge qui finissait, et l'idéal d'un tempérament et d'un confortable que réclamaient avec violence, sous le

* Le mouvement religieux était, manifeste, h la iin du quinziênit? siècle, dans la proTincede Picardie, dan:» le Beauvaisis; dans le Senlisien.

LITRE NBUVIÈIIE. • !H»

nom de civiiisatioit, le$ appétits de^ lûmp$ moderne» qui commençaient. ' .

De pénihled et récents exemples s'offraient devant

rimagination du nouvel ^lu ; il n'avait qu'à se rappeler ce qu'il avait vu daiislacirconscripiion elle-même du diocèse de Be^iuvais. Guy de Yiliicrs, frère de révêque de Beauvais, avait été élu abbé de Saint-Germer en iâ02. Cet abbé, qu'animaient les meilleures intentions, consacra ù la restauration du monastère les revenus qu'il put recouvrer; il apporta dans ses restaurations le goût et la magnificence qui distinguaient la maison de riie-Adam ; il no négligea pas le côté le plus important, le côté moral ; ii remit en honneur tous les exercices de la vie reiigiense, il rétablit la discipline et rappda les religieux à leur primitive régularité. Et cependant, Guillaume de Bruyères ne l'ignorait pas, Tabbé de Saint-Germer, finit par ijacrifier aux faiblesses et à rcngouemcnt do l'époque; il aima trop le luxe, et mena le train d'un grand seigneur plutôt que la vie d'un humble disciple de saint Benoit ^

Lorsque Févéque posait donc les questions du cérémonial et demandait au non vol élu s'il voulait se cuiiformcr striclemcnl aux vertus et aux habitudes spéciales qui constituaient un digne enfant de saint Bernard et de saint Benoit, Guillaume de Bruyères, qui était à genoux, se levait à chaque demande, et répondait, non sans une forte émotion : a Je le veux. » — « Que Dieu vous accorde toutes cesgrûces, reprenait le pontife, et vous confirme dans la vertu.» C'est que le péril el Pécueil se trouvaient dans l'esprit du temps, qui agissait irrésistiblement sur les personnes et sur les choses, affectant, modifiant les institutions et les-hommes.*Oetabbéde Saint-Germer n'avait-il pas payé tribut à Pinfluence séculière? C'était un

* Hist, de Béarnais, par DelelUe, t. Ul, p. 145.

homme de grand luxe, disait la chronique de l'abbaye, un abbé vêtu d'hàbils et de camisoles de soie, dont l'écurie était pleine de chevaux recherchés; il nourrissait un

grand nomlire do chiens de chasse, et ne voyageait qu'avec un nombreux cortège. Comment cet abbé, régulier d'ailleurs, en était-il venu à cette forme d'existence? comment concîliait-il ces pratiques avec l'esprit de son étatîVoilf^ ce qui obsédait, à cette heure, l'esprit du nouvel élu deRoyaumont. il ne se sentait pas la force d'avoir quatorze cavaliers à sn suite, quand il ferait un vovîige,

. il ne se sentait aucune envie de se faire traiter de Monseigneur ^ comme l'abbé de Froidmont et d'autres abbés bernardins, de la ménie époque, le faisaient*

Le reste de la cérémonie devenait plus saintement dramatique encore. L'évêque et l'élu s'habillent pour la messe, chacun à leur chapelle. I.a inosso commence et se continue jusqu à révan^iile. A cet endroit, l'office était suspendu, parce qu'on était au moment le plus solennel. L'élu est amené par ses deux assesseurs devant le pontife: il se prosterne à sa gauche, et se. couche de tout son corps sur le pavé du sanctuaire. L impression ou plu-

, tAt le frisson qui gagne alors les spectateurs, se devine et ne se décrit pas. Tous s'agenouillent ; les moines psalmodient les psaumes de la pénitence, puis chantent les litanies des saints, le ciel semble s'incliner vers la terre. On croirait que les moines des premiers âges, invoqués par ces pieuses voix, se mêlent à rassistance. On respire à peine. Le pontife se lève. « Daignez Seigneur, s'écrie-t-il, daignez bénir ^ daignez sanctifier cet élu. » £l tous répondent : « I^ous vous en supplions, exaucez-nous. » Quand l'élu se fut prosterné, c'était pour signifier qu'il s*êlendaitdansle tombeau de la mort volontaire de l'Évangile ; il se releva ressuscité à la vie nouvelle. Dans une admirable préface, révéquc lui fait le tableau de ses devoirs. Quelles paroles I et, comme elles se graveront dans l'âme

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