LIVRE QUINZIÈME
2*" celui de son fils aîné, Louis de Lorraine, comte d'Armagnac, pair et grand écuyer de France, appelé M. le
Grand, décédé en 1718; 5° celui du prince François-Armand de Lorraine, abbé de Royaumont, évêque de Bayeux, décédé en 1728. Ces tombeaux donnèrent lieu à d'interminables négociations et à des lenteurs regrettables dont il est indispensable de rendre compte ici, M.Joseph Vander Mersch, sitôt après sa découverte, s'empressa d'écrire, le 27 février 1845, à M. le sous-prél'ol dePontoise, la lettre suivante :
« Paris, le 27 lévrier 1845.
a Monsieur le sous-préfet,
<t Je reçois ici avis du désir que vous avez témoigné ù M. Ifî maire d Asnières d^avoir un rapport sur Texhumalion que j'ai laite à Royaumont, dans les journées des 18 et 19 du courant, des corps des trois princes de Lorraine; je m'empresse de satisfaire à ce désir.
« Dans une précédente occasion, je fis insérer dans^ le Moniteur^ que j'avais eihumé le cœur d'un prince, Camille de Lorraine, et que je le tenais à la disposition de qui de droit. Cette relique fut réclamée au nom de S. M« l'empereur d'Autriche, par son ambassadeur, et, par Tentremise de M. le préfel, fut envoyée à iNancy pour être déposée dans le caveau de famille.
« Cette fois j*ai cru devoir foire part de cette nouvelle découverte au roi d abord, puis à M. d'Apponyi, et à M. le duc d'Harcourt. J'attendrai les réclamations qui me seront faites, probablement par votre entremise, pour le dépôt. En attendant, il e^t bon que vous sachiez, monsieur le « sous-préfet , que le magnifique mausolée en marbre blanc du comte d'Harcourt est en réglisc d'Asnières, à laquelle il fut donné par mon prédécesseur. M, de Travannet, en même temps qu'il faisait présent d'unsuperb.e II. 45 •
G74 HISTOIRE DE ROYAVMONT.
autel à Péglise de Viarmes. Ce mausolée va probablement faire Tobjet d'une réclamatioUi et par conséquent d^une bmme fortune pour la eommune. Je vous donne donc
ci-annexé copie des inscriptions qui existent sur trois plaques de cuivre, soudées chacune sur Tune des tombes en plomb, dont la première est intacte; la seconde et la troisième sont un peu dégradées par le temps, les. trois couvercles sont affaissés, soit par la pression des terres superposées, soit par le tassement occasionné par la chute des pierres après l'enlèvement du dallage de Féglise. Je répète que le premier, qui est le plus petit, est néanmoins le plus pesant, soit que le corps soit le mieux conservé, soit en raison de ce que le cercueil peut conte* nir d'étranger au corps.
<i Si cette découverte pouvait me procurer Pavantage de votre visite à Royaumont, je m'en estimerais très-heureux, et vous prie, quoi qu'il en soit, d'agréer la nouvelle assurance de tout mon dévouement.
« J. YANDEa MBascR ^« »
M. le sous-préfet de Pontoise écrivit à son tour au préfet de Seinc-et-Oisc, le 28 février 1845. Il lui transmettait la lettre de M. Joseph Yander Mersch, datée du 27, dans laquelle ce dernier rendait compte de sa découverte. 11 faisait entendre que, d'après les détails eihibés, il pourrait être utile de donner suite à cette découverte importante sous plusieurs rapports; et quinze jours après, le sous-préiet de Ponloibe recevait de Vei vailles la lettre suivante :
« Versailles* le U mars 1845.
« Monsieur le sous-préfet (de Pontoise), « J'ai reçu votive letti^e du* 28 février dernier, coucer»
* Cartons de Yersailtes. Préieclure.
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nant la dé(»>u^r(e des tombeaux des trois princes de la
maison de Lonaine, à Royauiiioiil ;
«J'ai pris connaissance de la lettre deM.VanderMersch ; les détails m'en ont beaucoup intéressé, et je vous prie, la première fois que vous irez à Royaumont, d'examiner les choses par vous-même, de me faire un ra[)porl sur l'importance de cette découverte, le degré de conservation des lûiiibcaux, leur authenticité, etc.
« Agréez, m on sieur le sous-préiet, l'assurance de ma considération distinguée.
0 Le pair de France, préfet de Seine-et-Oise. »
Toutefois, arrivées à ce point, les négociations qui semblaient suivre un cours régulier et actif, allaient subir un long temps d*arrêt. Le pair de France, préfet de Seine^t- (Mse, n'était sorti de son silence par la lettre du
14 mars 1843, en demandant un rapport sur la découverte des trois tuuilH'aux, que [)Our rentrer dans un trop majestueux et trop opiniâtre mutisme. N'élait-on pas cependant dans les circonstances les plus favorables pour réussir en de semblables négociations? Il y avait dix-sept ans qu'on avait fait la translation à Nancy des dépouilles mortelles qu'on avait pu retrouver jusque-là des anciens souverains, princes vi jiiincesses de la maison de Lorraine. Un service expiatoire avait eu lieu le 9 novembre 18^6, lors de la réintégration de ces dépouilles dans l'ancien caveau ducal, dit de la Ghapeile-Ronde, dans la capitale de la Lorraine ; et depuis 1826 aussi, l'empereur d'Autriche avait fait rétablir les services pieux stipulés par les actes antérieurs des t'undUlions, s'engageant à rendre aux sépultui'es ducales le fruit annuel des dotations que ses glorieux ancêtres avaient fondées à cette fiu^. Néanmoins les négociations relatives à Royaamont
' Prooàs*verbal de la tranablioit des restes des Lorraine de Fkance, signé
HISTOIRE DË KOïAUMÛKT.
ne bénèûcîèrent pas de cet élat des choses. Hais la presse de France vint prêter l'utile concours de sa retentissante publicité pour reporter l'attention sur la question des sépultures iiistoriques de Royaumont.
Un publiciste distingué, M. Poujoulat, ayant réalisé un pèleHnage à Royaumont en 1845, vit les trois cercueils exposés. On s'était hâté de prévenir l'ambassade d'Âu<- Iriche -de cette découverle ; mais l'expression ou la inanileslalion du désir d'intervenir n'était venu sous aucune forme du cûté de cette ambassade. « Il ne convient pas, écrivit dans un journal de 1845, M. Poujoulat, que ces restes précieux demeurent plus longtemps sans honneur dans un coin de Royaumont, et si aucun ordre n'arrive de Vienne, il faut que le gouvernement français s'occupe de donner un convenable asile aux trois cercueils *. » Ce langage du publiciste n'était que l'écho du sentiment unanime élevant des réclamations en faveur de ces trois cercueils du dix-septiéme et du dix-huitiéme siècle, dont Tun renfermait le corps *de Tun des plus grands capitaines de la France; et par Torgane de M. Poujoulat, c'était la presse qui venait de s'associer aux réclamations universelles et énergiques de Topmion. Tant de bruit, toutefois, n'amena que des résultats négatifs.
Inutilement, N. Joseph Vander Mersch avait-il renou* velé, à Poccasion des trois cercueils, les démarches antérieurement faites pour le cœur du prince Camille de Lorraine. M. le préfet de Seine -el-Oise, informé comme on Ta vu, de la découverle, n'envoya jamais à Royaumont la réponse qu'on attendait. Inutilement aussi, le propriétaire de Royaumont fit-il avertir l'ambassade d'Autriche. C'est alors que, se tournant vers le curé d'Asnîéres-
par le marquis de Foresla, préfet de la MeurUiej et le baron de Vinceot, général de eafalerîe, ebunbeUan de rempeieor d'Autridie.
' Voy. cet article de journal reproduit dans un volume in-lS, paru en 1859, bous le titre : UttérûÊure emtea^orâine, Paris, Vermot, éditeur.