LIVRE QUINZIÈME
place, et que des démarches répétées pour leur trouver
un plus digne abri ont été vaines. C'est clans la chapelle ducale de Nancy que devraient reposer ces trois morts illustres ; nous déplorons l'injurieux oubli auquel on condamne les restes d'un grand capitaine de notre pays» de ce Henri de Lorraine» tant de fois vainqueur des Espagnols* Puisque depuis treize ans ni la maison impériale d'Autriche, ni le <:ouvernement frnuçais n'ont rien fait à cet égard, nous osons exprimer le vœu que l'aulorité épiscopale de Versailles prenne des mesures pour la translation des trois cercueils dans une église du voisinage où ces dépouilles sacrées seraient convenablement placées dans l'élise d'Asniéres, à Tombre de l'autel et du monument même de Coysevox. Ces cercueils de princes chrétiens reposeraient au moins dans un lieu de prière et sous la garde de la religion ^ »
On doit savoir gré au zélé si louable du neveu du pro* priétaire de Royaumont , à M. Charles Vander Mersch» (Tavoir entrepris en faveur des trois ceicueils une campagne nouvelle. 11 fallait exciter l'intérêt du gouvernement, et faire un appel chaleureux au clergé de la localité; les figures avaient changé après un intervalle de treize ans. Ce n'était plus le même préfet de Nancy, plus le même préfet de Versailles, plus le même ministre de Tintérieur, plus le môme curé d'Asnières-sur-Oise ! Tout était donc à reprendre. Mais de quels obstacles ne parviennent point à triompher des hommes, comme l'honorable M. Charles Vander Mersch, lorsqu'ils joignent à une sollicitude ar* dente et infatigable cet amour des grandeurs historiques et ce respect patriolique du passé, qui donnent de Tenthousiasme et passionnent pour les beaux souvenirs? On était d'accord qu'il était souverainement indécent de laisser, pendant de si longues années, les cercueils de trois per-
1 Page datée d'Écouen, juin 18&6.
680 HISTOIRE DE ROYAUHONT.
sonnages illustres exposés aux regards irrespectueux ou
distraits de tous les Yisiteiirs, au rez-de-chaussée d'un (Mablissement industriel. Etait-ce le lion pour <^arder la rendre des ïoorls? line lueur d espérance se leva, après les événements politiques de 1848; car on avait besoin de l'intervention des gouvernements, dans une transaction où les démarches des simples particuliers étaient insuf* fisantcs. La France voyait le gouvernement de Napoléon 111 s'annoncer, dès son inauguralion, par cette exceptionnelle activité dont les années subséquentes n'ont pas ralenti Tardeur; il venait, disait-il, relever tous les nobles senti* ments du pays* Ne pouvait-on pas, sans témérité, compter qu'on serait moins sourd aux réclamations de Royaumont? On pensa que la parenté, quoique éloignée, des princes de Loi'raine avec Napoléon If, du cùlé maternel, et avec la famille impériale d'Autriche, serait un tilre qui trouverait peut-être le gouvernement nouveau moins indifférent que les précédents gouvernements.
L'affaire était passée en des mains fermes et dévouées. M. (iliarles Vander Merscli, que l'insuccès des précédentes tentatives ne rebutait point, réitéra donc ses instances sous le nouvel empire, en même temps qu'il adressait une nouvelle requête au curé nouveau, récemment mis à la tête de la paroisse d*Âsniêres (M. Masson), en lui transmettant les documents nécessaires pour l'éclairer sur la question*.
^ Il lui déclarait, par une Ictti'e, rinutilité des premières démarches fàites auprès d'un des curés précédents, el le priait, en même temps, de faire cesser l'état présent des cIjoscs, ne ?crait-ce qu'à titre de charité : a Maintenant, disait M. Ch. Vaiider Mersch , (luc tout Iciid à renlror dans le bon ordre, personne n'est mieux placé «pie vou^s, monsieui' ie cuiy, pour faire valoir auprès du ministre de l'intérieur les raisons de convenancè qui militent dans cette alTaire. Mgr l'évèque de Ycrsailles vous appuierait à cet effet auprès du préfet; et mi^ i>o on infnriTiant l'ambassade d'Antrielie, à Paris, il esta croire qu'elle interviendrait dans les Irais; ce qui me le fait penser, c'est que sous la^restauration, la famille impériale d'Aulriehe a fait réunir, dans une des églises de Nancy, tout ce qu'il y avait d'dpars de ses ancêtres. Comment ne prendrait-elle pas un intérêt efficace aux
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Lorsqu'on a une chevaleresque ténacité dans le désintéressement et dans lo. culte des choses historiques, on niéritoque lùL ou tard ie *,'enie austère qui préside à l'archéologie et aux égards dus à la cendre des morts, vous devienne enfln propice. Seixe ou dix-sept années après la découverte des trois cercueils, M. Charles Vander Mersch rencontrait à Paris l'ancien maire de Talenciennes, alors préfet de la Moiirttic, M. Lauglé, qu'il avait riioiiiif^ur do connaître; il lui fit part de riaventioa des trois cercueils de Royaumont, des hauts personnages dont ils renfermaient les restes mortels, et des liens qui rattachaient ces illustres défunts à Nancy, capitale de la Lorraine; il dit l'état d'abandon regrettable dans lequel ils se trouvaient. Cejour-là justement, la cause de Koyauinont était gagnée ; le préfet, que cette communication ne trouva pas indifférent, demanda une petite notice sur les cercueils et quelques notions biographiques sur ces princes de Lorraine qui avaient été ensevelis à Royaumont ; ce que Thonorable M. Charles Vander Mersch s'empressa de transmettre peu de temps après à M. le prélet de Kancy'.
cercueils de Royaumont? Je pense , ajoutait H. Charles Vander Kerscb,
que (le la part de M. Joseph Vander Morsch, mon oncir, vous ne rcncontnnvz point do dif<lcull(V II ne refusera poinl de se dessaisir do ces dépouilles imirlelles si respectables ; et, en ce qui me concerne, je serai heureux, si je puis contribuer, en quoi que ce soit, à leur faire occuper la place qui leur revient soit au-dessous de leur mausolée dans l'église paroissiale d'Asnières, soit ailleurs... » (Lettre de H. Ch. Vander Mersch, du 24 septembre 1852.)
* Âtia d'intéresser la ville de Nancy et en même temps le préfet du dé- )>artemcnti Finbumaiion des trois cercueils, l'honorable correspondant de M. Langlé 06 négligeait d'évoquer aucune des considémlions que réveil* lait le souvenir dos trois princes lorrains. Le comte d'Harcoiirt, en sa qualité de général distingué du dix-septième siècle, avait rendu des services à la France ; M. Charles Vander Hersch rappelait un article de la Biographiâ ancienne et moderne, par une Société de gens de lettres, imprimée en 1817, tome XIX, V' iOÎ. dans lofjuel les titres de Henri d'ilarcourt vis-à-vis de la Fraii' «' sont énumérés et expliqués. Une sorte de gratitude nationale parlait en faveur des trois cercueils abandonnés.
Quant & la Lorraine et à la Tille de Nancy, il ne semblait pas possible qu'elles ne prissent un vif intérêt aux cercueils de trois princes qui leur appartenaient pour ainsi dire, bien que leur inhumation à Moyaumonteût éië
Le succès couronna la vigoureuse campagne poursuivie par M. Charles Vander Mersch, puisqu'on i856, tous [es
obstacles tombaient devant les démarches combinées de loncle et de Finfatiguable neveu. L'empereur d'Autriche François-Josepli réclama les trois cercueils qu'on lui avait signalés et désira qu'on les déposât dans la (Mpelle-rmde de Nancy. M. Vander Mersch les remit, le 24* octobre 1856, à M. Masson, curé d'Asnières-sur-
une conséquence du traité de Vonlmartre, du 6 février 1663, qui déclarait
les princes de Lorraine princes du sang de France. Et, pour ce qui e^t de VAutriciio et de l'empereur des Français, M. Ynixier Mersch indiquait les liens de sang et de race, et esquissait les généalogies de Claude, cinquième flis de René II, duc de Lorraine, qui vint s'établir en France et y épousa Antomette de îîourbon, princesse du sang, en 1513 ; celle de François, le fils aîné lie Claude, duquel sortit la bran< hr< dr dncs de Guise; celle enlln de Uené de Lorraine, duc d'Ëlbeuf, sixième lil.'^ de Claude, et qui fut la lige de la brandie des ducs d'Elbeuf-d'Harcourt-Armagnac. Il y avait à rappeler, pour intéresser l'Autriche, que François III, duc de Lorraine, dcscentlnnt rti ligne liirerte fie René II, fut élu empereur d'Allemag^ne sous le nom de François \*\ en 1745; qu'il avait épousé Mario- Thérèse, archiduchesse d'Autiûche, et fut père de la reine- de France, Marie-Antoinette, et des empereurs Joseph II , Léopold, et François II. On foulait que ce dernier, père de l'impératrice Marie^Louise, était beau-père de l'empereur Napoléon I" et î»- pi-and-pére de Napoléon II. roi de Rome; ce qui intéressait la maison impériale de France, aussi bien que l'Autriche, pour des raisons de parenté plus ou moins éloignée.
N. Charles Vander Mersch joignit àces noticeSi adressées par la poste à U. Langlé, la lettre suivante :
c Monsieur le préfet ,
<c J'ai rhonneur de vous adresser la notice que vous avei bien voulu me
demander dimanche chez M. Ledieu, au sujet des princes de Lorraine, inhumés à l'abbaye royale de Hoyaumont. Il serait hctireTij, monsieur le préfet, si, par vos réclamations, nous pouvions obtenir de faire cesser l'état d'abandon déplorable, dans lequel se trouvent les cendres de trois princes de la maison de Lorraine, dont les faits, les noms et l'origine devraient exciter l'intérêt de vos administrés.
« Je pense qiie mon oncle, M. Joseph Vander Mersch s'empresyiemit de tenir les trois cercueils ù vuire disposition, si vous les réclamiez, soit pour les faire transporter à Nancy, dans la chapelle des dues de Lorraine, soit, si la dépense ne le permetlait pas, pour les faire inhumer dans l'église d'Asnières-sur-Oise, au bas du tombeau éi i^ré pour le prince Henri, comte d'Ilarcourt, et qu'on Iransporla ù cette église vers 1701.
« Votre département, monsieur le préfet, la Lorraine et la ville de Nancy, sont intéressés A ce que l'on fosse auprès du gouvernement de l'empereor des réclamations à ce sujet.
c J'ai l'honneur d'être, etc. » * -
Oise, qui célébra Un service funèbre le lendemain à l'église paroissiale, auquel M, Joseph Vander Mcrsch assista avec toute sa famille. Sur la reqmHe de M. Vander Mersch, rambassadeur d'Autriche, à Paris, agrt'îa et approuva que ce serait la mission naturelle de M. le curé d' Asnières-sur- Oise, d'accompagner Itti-méme, quelques jours après, les dépouilles mortelles à Nancy. Enfin pour clore toutes les négociations, voici la lettre (pie M. Joseph Vander Mersch recevait de M, de Hubner, ambassadeur d'Autriche :
« Paris le 50 novembre 1857.
« Monsieur^
« Lors de la translation, dans la chapelle sépulcrale de Nancy, des dépouilles mortelles des trois princes de la maison de Lorraine, dont les cercueils avaient été exhumés en 1843 à Royaumont, je me suis fait un devoir de donner connaissance à mon gouvernement de la part si large et si honorahle qui vous revient dans la découverte et dans la conservation des restes précieux des illustres ancêtres de la famille impériale. L'Ëmpereur, mon auguste maître, ayant appris que c'est dans votre propriété que le^ trois cercueils ont été retrouvés, et par vos soins qu'ils ont été religieusement protégés contre la profanation et l'intempérie des saisons, a daigné me char- . ger, monsieur, devous ténioignersavive reconnaissance. Je • me félicite particulièrement d'avoir à vous transmettre ce témoignage de la haute satisfaction de Sa Majesté impériale, et j'ai l'honneur, en m*acquît(ant d'une mission aussi agréable pour moi, devous offrir, monsieur, l'assurance de ma coubidcration la pius distinguée.
«t Vambassadeur d'Autriche^
« (Si fjné) Baron DE HuBEfER ^ )}
* Pièce conservée ilans lest papiers de la famille de M. losepb Vander Mench.
684 UISTOm£ DK RÛYAUMOiNÏ.
H. Joseph Yander fifersch ne fat pas seulement. Torganisateur du classement des anciens objets qui avaient
formé la richesse matérielle de l'ahljaye de Royaumont ; il fut en second lieu l'instigateur de tout un mouvement de sympathies qui se prononça en faveur des ruines du monastère de saint Louis. Royaumont devint, de 181$ à 1860, un centre d'où rayonnèrent des attractions vers une circonférence qui atteignait Précy, Creil, Wello, Chantilly, Boran , Beaumuiit , Asnières, Luzarches, et même Paris; et ensuite la circonférence répercutait à son tour vers Royaumont des aspirations, des regrets, et des vœux 'pour la renaissance de l'antique abbaye. De 1815 à 1832, ce fut une société spéciale qui visitait le châtelain de Royaumont. Autre fut la société qui se trouva attirée à Royaumont, de 1852 à 1842, lorsque M. Josepli Vauder Mersch eut vendu en 1852 à M. le marquis de Beliissens la maison abbatiale, le parc et le grand potager-, Royaumont fut fréquenté par la fine fleur du faubourg Saint- Germain. A partir de 1842, eut lieu une nouvelle phase; c'élaitun nouveau monde, unefractiondecettesociétéaimable, spirituelle et scientifique qui, pins initiée aux choses de l'art et enveloppée dans ce goût des études historiques dont la passion a gagné le dix-neuvième siècle, contribua puissamment à poser la question de la reconstitution de Tabbaye sur son ancien pied. Action à proximité, action ù distance : tel fut le double rayonnement des habitants de Royaumont pendant la période des Yander Mersch. On n'a qu'à parcourir autour de l'abbaye un cercle géographique, et l'on retrouve Titinéraire des influences qui furent mises en jeu pour rendre notoires les ruines de Royaumont, intéi'essanles par elies-mômes.
Un des voisins les plus rapprochés de M. Joseph Yander Mersch était le maréchal Moncey, duc de Conegliano, qui occupait le château de Bâillon depuis 1805. On voit