LIVRE QUINZIÈME
l'ancienne salle capilulairc des moines, dans un espace ^ qui était le passage du R. P. abbé pour entrer à l'abbaye; la transition qui faisait servir de théâtre ce qui avait été le domicile de religieux bernardins, était, on en convient, assez brusque. M. de Floiow écrivit pour Royauniont les premières partitions qu'il til représenter en France. C'est . au cloître de Koyaumont qu'on a pris l'idée des décorations qui servirent pour le célèbre opéra de Meyerbeer, Rob^t le Diable. Mais, par la loi des réactions, dont il a été parlé plus haut et qui règne sur le monde moral,
lloyaainoDt profkne d'alors : « Bst-^e parce que. depuis près de trois mois,
je parcours les niinps d'un vieux monaslèrf», que j'aime à causer nvec les revenants .? Je crois deviner que celle causerie, en réponse à vos souvenirs, me sied à merveille.
< Royaumont a perdu de son se); tous les joyeux plaisirs du matin et du soir ont disparu. l*our la jeunesse, ç'a été un feu'd'artiflce, duquel se sont ^ échappées qticiques fusées, qui ne sont pns perdue? pour tout le monde. Mais à mon âge, il faut être comme les moutons de M. de Moncrif, c'estdt-dire saToir paître partout. D'ailleurs nous sommes très-bien partagés; rabbaye est toujours là ; et ce qui la compose est, comme vous savet, un quotidien li cs-tlésirahie ; le i>avillon (abbatial) est trés-lial/ifé; mais on vous tâte le pouls, aviint de vous permettre de franchir les vingt-cinq marches; enfin, on y arrive enveloppé d'une doublure imperméable à la contrainte qui vous domine, et l'on devient aimable. Bâillon n'est plus une invilation, la cht^tclainc est cliarmanic de procédés pour tout le monde. Tou$ les mardis, la diiclicsse de C... vous attend; tout son nombreux entourage la seconde u merveille. Madame Â... a donné une splendide fôle, à Coye, près'des étangs : c'était un $aiui en musique, où nous étions tous conviiâs, puis un goûter, bal, puis souper. Enfin, on s'est dit : Voilà deux heures qui soruiont Uh- la nuil'. « I.o marquis arrive samedi avec une société dansante, dit-on; et ce qui vaut encore mieux, des projets pour les courses de Chantilly. Qui vivra, verra. Nous avons pour voisine, madame X..., excellente dame; nous nous recevons de temps en temps» chacune è notre tour; mais, comme Marthe, elle s'inquiète kaucoup. Le père et le fils vont très-souvent chez la duchesse; el la chasse y est à l'ordre du jour. Donç, nous voilà en automne, ce qui va ma faire retourner à mon glle: mais j'ai ici desenfantsqui auront leur quantième, et j'aurai legmien. J'ai rarement des nouvelles d'Afrique ; elles m'arriveni par ricochets ; mais j'en aime les éclahoussures. Puis je sais que toute la besofrne du régiment est à sa charge (M. le comte P. B..., sun lits otlicicr d'ordonnance du duc de Nemours, commandait un rv-giment de cliasseui^ en Afrique. Il fut tué dans IWaire des Flittas). Je suis très-souffrante, depuis trois senisines. Nés forées s'en vont avec les hirondelles ; Il nous reste tes guêpe? ' Dieu, dans sa miséricorde, permet que nous ne les rencontriolfe- pas.
« Non bon X..., ne perdez pas les lumières que vous a départies la l'rovidence; j'aime à penser qu'à mon arrivée è Pans, vous ne vous servirez
cf» caractère prononcé de monHanité, celte teinte si crûment profane, intligée à Tanlique abbaye sanctifiée autrefois par la présence de saint Louis, ne furent pas sans exercer une salutaire influence, en donnant essor aux * regrets, aux plaintes et doléances de toute sorte K
Un historien consciencieux et apprécié, le courageux collaborateur dé la Nouvelle coUertion de Mémoires relatifs à Vhistoire de France depuis le treizième jusqu'au dix-huitième siècle, M. Poujoulat, personnifia excellement les longs regrets et les vœux de renaissance que les ruines de Boyau mont avaient fait naître dans plus d^une âme d'élite. M. Poujoulat n'est pas seulement un érudit, il porte aussi en loi la flarniiie poétique, Tenthousiasme des nobles choses, le culte des grandeurs historiques, l'amour impartial du beau, dans quelque coin de terre qu^il se rencontre; il lui a suffi d'être amené devant les restes d'une abbaye que saint Louis avait créée et aimée. Il ne put contenir ses regrets, ses émotions, et il versa, dans un reniarqiial)Ie article - de journal, les idées et les vœux que Royuumoiit lui avait inspii és ; il devint ainsi l'organe éloquent qui résumait cinquante annés de sym-
pas de microscope, pour reconnaître les visiles faites à iiiadauie votre mère et I vous •
* La muse poétique s'y livrait aussi à des exercices profieines; on lit .Micore, h l'emplacement d'un lavabo, silué dans un creux du mur de 1 égiise, près l'ancien escalier qui descendait du dortoir à l'église, ces vers 4crit par un sentimental qui regrettait d'être trop sensibie :
0 vous, ruines paisibles, Restes de Royaumont, que votre sort est doux!
Vous t^tos imensiî'Ios:
Heureux qui peut l'âlre avec vousl
On clinntaif, vers 18IS, une romnncf (impiim.'i^ avoc musique], qu'on a voulu croire remontant au milieu du dix-liuitièmo siècle, et diint voici une strophe :
A ItoyautiK.iit, vers la plaine rertile, -
Que rOiso emhellit de son conrs, « Mcbiiii'e ArlUur, djus smi paisiiite asile Vivait lieureux, éloigné de la cour.
* Article paru en 1813, et reproduit dans un volume de )r. Poujoubi, intitulé ; JJtfenrfttre etmtempnniine, publié in-12, en 1850.