‹ Histoire de RoyaumontChapitre 226 sur 263 · LIVRE QUI>ZIÈMK · texte numérisé non relu

LIVRE QUI>ZIÈMK

pathies vagues, d'espérances latentes, d'aspirations ex* presses ou simplement implicites pour un retour vers . l'ancien état de choses ; il ^e demandait si quelqu'un ne

se rencontrerait pas, qui rendrait à leur destination primitive « cette vieille demeure du recueillement et de la prière, ces murs qui ont abrité tant de soufirances ignorées, d'où sont partis tant de pieux élans, et que l'aumône habitait comme une image de la Providence.»

Le savant collaborateur de M. Michaud ne soupçonnait pas, en 1843, que ce quelqu'un devait se rencontrer vingt ans après, et qirun souille de générosité méridionale, parti des rives de la Méditerranée, pousserait vers le nord un de ces nobles essaims que Dieu,. quand il luiplait, sait appeler, lancer et disperser aux quatre coins de l'horiason, pour ses mystérieux desseins. L*article qu'il consacra à Royaumont était plein de mélancolie; l'éloquent écrivain s'attristait sur la disparition continuelle de tant de monuments d'autrefois, qui étaient à la fois les témoins et ^expression d'un temps riche en inspirations fortes. Les vieux monuments religieux, disait-il, avaient particulièrement la puissance de vous intéresser, et il se hâtait de visiter les débris de Royaumonl, qui n'étaient point encore devenus poussière. « Hâtons-nous de visiter ces murs où l'âme humaine a gardé de longs et d'énergiques rapports avec Dieu 1 Allons respirer Tair de ces dottres pleins de l'absence de ceux qui respirent mainlènant Tair des collines éternelles. » 11 terminait sa plainte par un dernier accent de tristesse sur les vicissitudes et les transformations étonnantes de toutes choses ; « les plantations du possesseur de Royaumont en ont fait, disait-il, un lieu charmant. Due élégante allée conduit au monastère. L'ancien petit parc des cénobites est devenu un grand parc avec des masses de fleurs, de beaux arbres et de belles eaux qui viennent des étangs de Comelle; un balelet glisse sur li^s tlots tranquilles, et ies dames du lieu s'y

HISTOIRE DB ROTAUMONT.

promènent le soir, songeant parfois sans doute à Tenfance de saint Louis, à ses larmes paternelles au milieu des funérailles de sa jeune famille , songeant aussi aux révolutions qui ne laissent qu'un peu de terre et d'herbe à la place des vénérables basiliques, et changent on établissements industriels les vieilles demeuies du recueillement et de la méditation. »

M. Poujoulat cependant n'avait pu taire les usages passablement profanes auxquels on avait condamné un fragment de Tabbaye, et il signalait ce point : « Sous peine d'être incomplet, dit-il, il me faut parler d'une profanation qu'a subie le monastère. Au rez-de-chaussée, des gens du monde ont élevé pour leur divertissement un petit théâtre de campagne; on y a joué, il y a quelques années, des comédies et des opéras. Ces lieux qui, durant cinq cents ans, avaient retenti des accents de la prière, ont été sans doute bien surpris d'entendre des ioii[)lets de vaudeville et des airs de la Somnambule, Au-dessus de la porte d'entrée du théâtre on a placé en guise d'ornement un petit ange avec ses longues ailes pliées, qu'on avait pris pour une Renommée; il suffit d'un coup d'œil pour reconnaître, dans cette figure du moyen âge, l'expression du recueillement calliolique; je voudrais donc que le petit théâtre disparût du monastère, où que du moins, l'ange disparût de la porte d'entrée. »

Il est des sympathies en faveur de l'abbaye de Royau- 'mont qui devaient infailliblement être réveillées par une autre voie, par celle de Tart ;l'art devait aider à produire une révolu tu 111. La peinture, la gravure et la photographie exprimèrent à leur façon leurs doléances et leurs souhaits; car tout art est une langue et une parole; le dessin, Té- ■ clat de la couleur, une page sculptée, une esquisse photographique intelligemment comprise et exécutée, ne sont pas autre chose qu'une manière diflérente, un mode varié pour rentlre les idées qu'on aurait pu exprimer par la

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