LIVRE QUlNZIÈMfu
parole ou par la plume; la peinture, le dessin, c'est le
style en images, comme le style, chez les giaiids écrivains, est lin vêtement aux plis Iiarmonienx ou sévères dont ils habillent leurs pensées. On avait exécuté au dix-septième siècle des vues de Tabbayc royale de Notre-Dame de Royaumont; l'une d'elles, dédiée aux princes de Lorraine, représentait naturellement Pabbaye dans la totalité de ses eonstructions, telle qu'elle était à cette époque. Au temps de la pios[)érité et de la splendeur, les artistes, tels que Aveline, etc., ne se proposaient que de flatter- les abbés commendataires, grands seigneurs de ces florissantes abbayes. Cent ans plus tard, lorsquen 1789 et 1790, Millin, du Muséum des antiques, fitgraverà son tour, par les graveurs Allais et Desmaisons, quelques points de vue de notre ahbuyc bernardine, il voulait complaire à l'Assemblée constituante; son amour pour Royaumont pouvait être discuté; et Royaumont n'inspirait pas encore, quoique à son déclin et à la veille de sa chute, le sentiment d'une tristesse sympathique qu^on devait éprouver après le départ des moines que saint Louis y avait iiiipianlés.
Les vues et les dessnis de Royaumont faits an dix-neuvième siècle devaient avoir un autre caractère et une autre portée. L'abbaye avait été miitilée dans un de ses plus chers morceaux, dans sa splendide église ; et une tour restée debout, apparaissant toujours suspendue dans les airs avec sa masse imposante de pierre, et soutenant des arceaux à demi brisés, semble encoie aujunrd'hui lonf à la fois et un reproche immortel au vandalisme de 179i et de 1792, et un appel à la sympathie et aux regrets des nouvelles générations envers la basilique séculaire qui est tombée. Aussi, le Magasin pittoresque^ cette grande collection (jui a coiiquis depuis trente ans une vérilablc célébrité, s'cnipi essait, dès la première année de sa fondation, de représenter aux yeux de ses lecteurs les ruines de Royaumont. L'artiste qui fut chargé de ce croquis fit
698 HlSiOiKE DE ROYAUMONT.
preuve de goùi; il n'admit dans la composition de son dessin, que la vue isolée et solitaire de la tour, unique
partie qui reste (k cette immense église. Au pied de la lour, dont la tète semble plaintive et se lauienle seule dans le ciel désert^ on voit les chapiteaux d'une colonne couchée à terre, et quelques hautes plantes amies des ruines. C'est d*un he] effet; cela fait mieux rêver, que si on eût introduit dans la perspective , n'importe à quel plan, an aperçu du reste des éditices subsistants. Telle est l'impression qu'on ressent en ouvrant la eolleclion du Magasin pUtoresque^ au numéro du 14 septembre 1855: un immense regret vous monte au cœur; on déplore quUl se soit trouvé des mains pour oser renverser des œuvres d*art qu'avait élevées la main du génie. Le Maga* sin pittoresque ne dissimulait pas lui-même sa douleur et ses désirs : « Ce qui reste de cette anliipic abhaye cl le fragment reproduit par notre gravure, font vivement regretter, disait-il, la destruction de ce monument de Fart gothique. »
L'édition de V Histoire de Pam, de Dulaure, publiée en 1853, donna une vue des ruines de Royaumont qui était prise du cloître et qui, par son originalité, plait et inspire le désir de connaître Tabbaye, Cette vue paraît préférable à une vue des ruines de l abbaye célèbre de Melrose, en Ëcosse, qui fut insérée en 1860, dans un journal illustré de France ' ; les restes de l'abbaye cistercienne de Melrose, fondée ou rétablie par I^e roi David P', au douzième siècle, sur les rives de la Tweed, dans le Roxburghshire, imposent ]>ar leurs niasses, par les vestiges considérables de magni ficence architecturale et décorative, qu on remarque dans plusieurs parties de l'église qui subsistent encore. Néanmoins, quelle supériorité ne trouve-t-on pas dans la vue des ruines de Royaumont, donnée par Y Histoire de Paris*! . Elles ne sont pus aussi massives, mais on ne peut con-
* Le Monde ilHutré.
^ Hift. dei enviroat de Pariëf édition tUustrde de 1855, p. 2(1.