‹ Histoire de RoyaumontChapitre 23 sur 263 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

sévéïè dans Ictroite observance de la règle, ou qui l'avaient reprise depuis près do cinquante ans, à l'exemple d'autres monastères qui édifiaient par leur régularité.

Lorsque Tabbé d'Jgny vint à Signy dans le mois de janvier 1507, dans un but d'inspection, les rôles devenaient étranges pour l'inspecteur 'et poui les iuspertés. On ne servit point de, grîis à l'abbé d'Igny, dans l'appartement des hôtes, ni au réfectoire, fout le temps qu'il y prit ses repas. Que devait faire fabbé d'Igny ? Devaitril blâmer? devait-il approuver? Il est certain que le monastère de Signy, en revenant aux usages dupasse, sortait de Y uniformité y pour entrer danb une route singulière ; le monastère allait à i enconli'e des articles de Paris. L'abbé d'igny rédigea sa çai*te .do visite dans ug^ns. d'improbation ; il comn^anda qu'on puiylt Tusagqd^ n^anger .de la viande, à certains jours de la seniaine, selon les nouveaux règlements ; ce qui devint une grave affaire. Des historiens, se laissanl eiuportcr par un zèle inconsidéré, se sont peut-être trop hâtés de critiquer Tabbé visiteur, et l'esprit de. parti n'a pas manqué de jeter de grands éclats de voix» L'abbé de Signy ea appela de llpnloonanoe du visiteur au chapitre général ([ui devait jçe tenir au mois de mai. Il y parut, sa requête d'une main, et de Taulre la carte de visite de l'abbé d lgiiy. L'assemblée examina la question, entendit l'exposé contradictoire des choses, et rendit le décret suivant : « Le chapitre, disait le décret, casse et annule la susdite carte de visita en ce qu'elle contient cet article de changement et d'innovation et cette ordonnance de servir de la viande, faite par Tabbé d'Igny, comme chose attentée et présumée par lui, sans l'ordre et le commandement des pères. Toutefois, le même chapitre, sachant que Dieu ne se plait pas à être servi par contrainte, commet et députe l'abbé d*Estan ^ pour s'enquérir et sMn*

' l)':i[U(js la Caltia chrisliana, il y avait un abbc d'Estan ini quinzième siècle, qui était abiiê de Citeaux ; il est désigné, Jean VII, Piqard d'Aulnet

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former la volonté et des sentiments de chaque religieux et de leurs forces corporelles ; et en cas qu'il le trouve ainsi expédient pour leur salut, leur permette, de l'autorité même du chupître, d'user de viande à l'avenir, selon la pratique des autres monastères du même ordre, à la charge qu'il n'y contraitidra personne, niiindiiiU à tous les religieux de Signy qu'ils aient à se soumettre en tout au susdit abbé d'Ëstan »

On ne peut contester que la décision du chapitre général de Giieaux ne fût empreinte de modération et de sagesse, faisant la part des deux parties conlendantes, condaiiiiiant dans les deux côtés ce qui pouvait avoir de l'exagération. (]'est que l'abbé d'igny n'avait pas le beau rdle, bien qu'il fût à certains égards dans la légalité. Désapprouver dès personnes qui prétendaient ne manger que du maigi'e, n*était-ce point pour un relîgîeui( et un. supérieur, se poser en apôtre du relâchement? Le chapitre général sut prendre un juste tempérament, qui ne proscrivait pas le zèle et le progrès dans la pénitence, mais qui en même temps n'avait garde de donner l'abstinence de la viande comme le seul signe de la renaissance de la vertu des monastères. Il ne pouvait approuver des lalitudinaires qui eussent été visiblement atteints de relâchement dans la morale ; mais il ne pouvait davantage être le patron d'un parti de moines rituaiistes qui auraient réduit la question de la réforme cistercienne à une question d'alimentation, à une question de poisson ou de viande. C'est ainsi que Ton doit considérer cet incident des annales des bernardins, au lieu d'accuseï" le chapitre général, comme le lit un écrivain du dix-huitième siècle %

d'Estan. Vthhé de ateaux, de Vûn 1505 àlblS, éUit Jacques IV deTheulley de Pontalié. Nous ne savons de quel abbé d'Estan parle le chapitre gé-

néral.

* Extrait du Uegistro tmo capil, geuer.

* jUom Gmaise.

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d^avoir donné le signal du relâchement. Guillaume de

Bruyères, esprit droit, modéré et zélé en même temps, comprit les délicates tristesses qui s'engendrent d'un tiraillement fatal. 11 est des conjonctures pénibles. On embrasse le parti de la conciliation ; on n'aime ni l'éclat, ni les théâtres pompeux ; et ensuite le monde tourne à re- ' proche contre vous le sentiment modeste qui n-a voulu de l'affectation, ni en sainteté, ni en verlu.

Guillaume de Bruyères mourut on 1557% et sa mort fut très-regreltée ; celle mort devenait une perte sérieuse pour Royaumont ; il y avait produit, par ses saints exemples et par sa sage et vigoureuse administration, un véritable bien; sa pieuse ambition avait été de replacer l'abbaye sur son ancien pied, comme au treizième et au quntorzièrne siècle. Quand il ne fut plus de ce monde, sa postérité spirituelle célébra ses vertus, l'honnnêleté de ses mœurs et l'éclatante pureté de sa vie. Il avait été pendant trente ans à la tétede Hoyaumont, où sa présence et sa direction furent de la plus haute utilité. 1/hislûire aime à placer'ici l'apolo^rie tle cette obscure illustration du cloître, do ce noble duiii Guillaume do Bruyères, qui mérita vraiment de Uoyauraont. Tous les saints n'arrivent pas aux honneurs de la canonisation; Guillaume, le saint abbé, vient clore glorieusement celte liste d'abbés humbles et' simples qui commença au treizième siècle dans la personne do Bartholomée, premier abbè régulier de Royaumont. Son gouvernement abbatial ne se passa point dans une molle oisiveté ; il fut au contraire trés-laborieus ; et le cœur de Tabbé dut saigner plus d'une fois, à propos des événements contemporains. 11 y cul, de son temps, une série de pontifes romains, que la politique entraîna à des démêlés assez vifs avec les rois de l'rancc -, et ces démêlés

« Le ^ décembre, û'aprè&ïsàGailia ebnisfkaia»

sont toujours un chagrin pour les enfants de l'Église. Le monde européen fut en proie à des agitations. 11 y eut rupture entre Louis XU et le^ape Jules II, en 1512 ; ce dernier travaillait à former une ligue contre la France,

parce que le roi refusait de rendre les places qu'il ;ivail conquises en Italie, et sur lesquelles le pape prélemlait avoir des droits. Louis XU convoqua les prélats à OrléanSi puis à Tours, pour délibérer sur les questions suivantes : « Un prince attaqué dans ses droits temporels par le pape, peut-il repousser la forée par la force, et s*emparer même pour im temps, des terres de l'K^^lise? Dans le cas où le pape, confondant Tautorité spirituelle avecraulorité temporelle, porte une sentence et prononce des censures, est-on obligé de s'y soumetti-e? » On répondit d'abord qu'il fallait avertir le pape selon les régies de rËvangile; ensuite, 8*il ne tenait pas compte des avertissements» il fallait le sotnmer, en vertu de sa jHonicsse formelle, de convoquer un concile général qui statuerait sui intérêts en litige. On ajouta quO) si cette sommation ne produisait aucun effet, le roi pourrait repousser la force par la force. Il était impoèsible à labbé de Royauiftont de n'être pas ému de ces démêlés.

Guillaume, doué d'une véritable organisation d'administrateur, avait l'œil à tout ; il remit l'ordre dans toutes les branches de l'administrât ion du couvent, et ne négligea ni les intérêts temporels ni les intérêts spirituels. U fit délivrer par Guillaume VI, surnommé le Fauconnier, alors abbé général de l'ordre de Clteanx, une cliarle qui conslatuil et mentionnait les précieuses reliques que possédait encore Royaumont au sortir des guerres, en août 152(), telles que celles de saint Ja<^[ues lê xMajeùr, celles de sainte fiergue^ des compagnons de saint Maurîce^ des compagnes de sainte Ursule ^ Il en fut de même

' Ittveutaù e de la Marne conveniuelie.

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SOUS le rapport matériel; Guillaiinfie travailla à faire refleurir le fomporel de Tabbaye, de sorte que, sans arriver aune opulence qui est toujours/unesle, liuyauiiionl put sjB mouvoir avec aisance, dans son fonctionnement légitime. Sous son gouvernement, on fit diverses acquisitions de terres, pour réparer les pertes qu'on avait faites pendant les guerres; Jean Wibaurér, chanoine de Luzarches, et curé de Brie-Comte-Roberl *, traita d'affaires avec l'abbaye, en 1501. Etienne Sarrasin, fermier cultivateur, demeurant à Asnières-sur-Oise, vendit à Tabbaye une terre, en janvier 1511. Autre vente d'Ëtienne Gérard, d'Asnières, en maii51â. Autre d'Étiennot Blondel, marchand à Asnières. En 1514, l'abbaye de Saint-Denis cède à Royaumont différentes terres, situées à Asnières, en stipulant la condition que Royaumont payerait une rente de-80 livras* En 1515, 1516 et 1522, eurent lieu d'autres acquisitions sur le territoire d' Asnières, et celle d'un gqrd sur la rivière d'Oise, en 1516, près la corde du bac de Boran. Royaumont fit aussi, en 1527, divers échanges avec la prieure et les religieuses hospitalières de rilôtel- Dieu de Pontoise. D'autres arrangements pour de nouvelles acquisitions de« terres furent conclus avec le baron de Montmorency; avec 4ean de Bousacq, seigneur de Ghaulny et Ghaunyeourt, en 1549; avec Rolland de' Saint-Just, seigneur de Villers, en 1530; on en lit également, avec le duc d'Orléans, comte de 13eaumont-sur- Oise*. * ...

Un heureux aichevétrement s'établit entre les choses saintes et les choses séculières. La réputation de régularité que sut conquérir Royaumont lui valut la confiance universelle cl lui attira des secours et des largesses temporelles. On continuait devenir de fort loin ù cette abbaye,

* Dana Seiae-eUHanitf.

^VhMtmièrt d$ U Émué eemfenûuUei et teCarttthUre de Roifâumonti p.tt3Set27â.

pour s'y recommander aux saints religieux. On a vu, à une autre époque, le cardinal Simon, du titre de Sainte- Cécile, lorsqu'il était légf t a latere en France, envoyé par

le pape, donner à lioyauniunL 200 livres tournois, à condition que pendant sa vie et après sa mort, on dirait un nombre déterminé de messes à son intention ^ . Sous l'empire du même prestige de la régularité de l'abbaye, prestige fort légitime, des familles de la localité venaient demander des fondations de firières, et faisaient en retour des donatiuMs diverses ^ Ainsi, Arnoul Debac, habitant d'Asnières, donna, en janvier 1501, à Tabbaye de Hoyaumont, un hôtel avec le jardin et les autres dépendances, et demanda une fondation de prières. Un acte du 8 màrs 1501 porte que Royaumont accepta ce legs, avec la condition défaire chaque année un service annivei saire Toutefois, après les bouleversements sociaux, militaires, religieux et politiques qui avaient agité la France depuis deux cents ans, on ne pouvait manquer de remarquer que la recherche du privilège d'être inhumé dans les ^lises, ou dans les cloîtres, ou dans les cimetières des monastères, et d'obtenir des moines des prières plus efficaces pour le salut, de ceux dont les dépouilles s'y trouvaient déposées, s'était considérablement ralentie. -Pour Royaumont comme pour les autres abbayes, c'est vers le milieu du qiiatorùème siècle que cessa, à peu près, l'usage d'enterrer des personnes étrangères dans ses cloîtres, dans son église et dans son ciïîielière; et c'est également à celle date que s'étaient arrêtées en général les principales donations qu'il avait pu recevoir. Ce n'est pas qu'on eût moins de confiance dans ce lieu de prière, mais l'esprit du temps était modifié.

' iMfeRtttire ée la Monte emweuiiielle, R. f .

" Cartulaire de Hoyaumont^ manuscrits de la rue Richelieu, p. 211. ^ IMd., t. p. 219. Cet acte désigne frère Jean, abbé de l'église et . abliaye Uc ^olre-Dame de UujfaumoDt.

LITRE NEQTIÊIIE. C9

Du reste, les plus liuinhlcs scrvileui s île Tabbayc de Royaumont étaient assurés de trouver dans doni Guillaume, révérend pére abbé, la justice, la protection et une bienveillance toute paternelle ; il protesta, en 1555, contre TarresCation du nommé Sinm. Petit, charretier de profession, qu'on avait constitué prisonnier à Beaumont * ; il le revendiqua comme justiciable de l'abbaye. Aussi, lorsqu'onperditcevénérable Guillaume de Bruyères, les regrets furent universels et profonds ; 6a l'ensevelit dans Féglise de Royaumont, à droite du girand autel, et son épitaphe ne fut ni une vaine formule ni une complaisance trompeuse des survivants. Il avait été le modèle de tous ceux qui, dans chaque classe de la société, laïques OU' ecclésiastiques, occupent une supériorité de rang quelconque au-dessus de leurs semblables. £n- même temps qu'il commandait par raiîtorité, il guidait par sa vie. Son plus grand éloge est dans une phrase de son épitaphe : « Il ne prêchait, et n'enseignait aux autres que ce qu'il s'était appliqué d'abord à observer lui-môme. » Voici Tépitaphe ;

« Hic jacet niorumprobitate et vit® purilate prœclarus Dominus Guillelmus Sale, alias de Bruyères, qui huic Re^aîis Montis cœnobio, 50 annis utiliter praefeclus, die 20 mensisdecembris, annoYirginei partus 1557, animam Deo féliciter reddidit. »

Ensta Tidet leclor» Guillelmi tristkia Saisi, Qao pâtre» Regalis-lbns spoliate» doles.

Heu! jacet hic fidei ciiltor, pietatia atumnus, Norma pudiciliœ, relligioms apex.

Dux fuit îlle aequi monachis quos rexit, et ipsuin QuK doeuU eertum en ea^iiiuisse prius.

Dira famîs late tnochantis tela repressit, , Pauperibus prœstana nempe parentîs opem;

* Carfnlaire 4e Heifement*

70 HISTOIBiS DK ftOYADMONT.

Ipsaqite porta lïiil, toctis dum prfpfuit istis - Clausa malis, vonim seniper aperla probis. Si verum est justos aeternam vivert^ vilain Yivit adliiic» vita est mors aielior iterum *»

Une épidémie meurtrière, qu'on nommait la peste, rava^rea plusieurs localités, entre autres la TÎlle de Pont- Saiiite-Maxence, l'année même du sacre de François 1*% /Bn 1515. GuiUaume de Bruyères ^s'efforça de Yeniren aide aux malfaeareuxy dalis la mesure de ses léssources. La Toi Vive de ce saint homme, sa' grande piété, son inviolable chasteté, mirent de son vivant une nuréole à son front. Aussi on plaça bien haut sa personnalité dans l'estime de, tous. Au sortir d'un temps de décadence des mœurs manastiques, on aimie à entendre ses contemjpo* raîns le salua* d'un beau, titre : «t Norma pudicîti», relligionis apex ; » « type des hommes purs et religieux. » La boiiiifi' el le feu de son âme eurent leur splendideet nécesbairc rayonnement extérieur, par la charité envers les malheureux et les déshérités de ce monde. 11 fut, dans un temps de disette, le véritable père des pauvres Sans aucune de ces condescendances qui font pactiser avec le mal, i! porta très-haut le drapeau de la saine morale; et le pays d'Asnières, de Iloyaumont, de Boran, peut être fier de cette belle individualité. Ses sympa lliies étaient acquises à tout ce qui était honnête et bon. Aussi, l'on a * . dit) d'une manière pittoresque» non qu'il mourut, mais gu'U déposa le fardeau de son corps On n'hèsîta pas de • son temps, à le proclamer juste et bienheureux et à revendiquer pour son trépas l immortelle vie.

Une tristesse dut pénétrer cependant dans cette àme se*

* Gallia christiana, t. IX.

* Le Beauvaisis fut éprouvé, en 1515, par de tcrribliis ilrnux ; on a relaté plus haut l'épidémie meartiière qui exerça ses ravages ù Pont-Sainle-

- Haxence et en d'autres locnlités où rabtnye de Royaumont possédait des terres.

' Carm sarcinam depotuil, a dit l'écrivain de la GaUia christiana.

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