LIVRE NEUVIÈME. 7i
reine et prophétique. Les conséquences du concordat entre François 1"" et Léon X, en 1516, n'échappèrent point à sa perspicacité. U comprenait qu'il étail le. dernier des abbés nommé par le vote des religieux. Après lui, que devait-il advenir à sa chère colonie de Royanmont? que serait cette iiuporUition d'abbés étrangers dans les monastères, d abbés désignés par la simple noiuination royale? 1! voyait bien qu une ère nouvelle commençait pour l'abl^aye de saint Louis» mais il n'était pas assuré que le concordat apportât des éléments de perfectibilité morale et matérielle pour Royaumont. lulés II n'existait plus. Louis XII était descendu dans la toiiibc ; mais la querelle qui les avait divisés s'agitait encore entre Léon X et François I" ; le nouveau . pape essaya d'obtenir par la persuasion ce que son prédécesseur avait vainement tenté d'enlever de force, et il négocia si habilement auprès de François l*', qu'il parvint à l'amener à son but ; il avait principalement à cœur de faire abolir la pragmatique-sanction. Cette pragmatique fut abrogée et remplacée par le concordai du 16 août 1516. Le point le j^us difficile était de faire recevoir et de mettre en vigueur cette nouvelle jurisprudence, qui anéantissait le droU ^Aettïon si cher au clergé et mettait à la disposition du roi tous les bénéfices qui viendraient à vaquer dans la suite. Il s'éleva de toutes parts un cri de réprobation contre cette convention ; les archevêques de Sens et de Tours et l'évèque de Beauvais défendirent la pragroatique^dont on demandait Tabolition. Le grand inconvénient qu'on signalait, c'est que dorénavant ce serait le roi qui donnerait tous lesbénélkes, distribuerait toutes les grâces et troublerait ainsi la hiérarchie de l'Église.
Lorsque Luther apparaissait sur la scène de l'Europe avec son rôle de protestation contre les abus, il est heureux que Royaumont ait eu à sa tète un personnage comme Guillaume de Bruyères ; on pouvait se rendre à l'abbaye des bords de l'Oise, avec la certitude d'y rcspi-
rer un parfum de piété monastique. La critique protestante n'aurait point trouvé matière à (léiiiulilion. Dom Guillaume était un saint abbé, et quand la (été est dans les cieux, les membres avoisinent nécessairement les hauteurs* L'état religieux et moral de l'abbaye de Royaumont au commencement du seizième siècle était satisfais sant, grâce à cet esprit de réforme quf tire bien plutôt sa puissance de l'exemple que des expositions de doctrines. On ne peut dire si les religieux, usant d'une surprise innocente inspirée par la piété filiale, voulurent symbo- . tyser ou incarner leur idée et leur conviction, sur le compte de leur supérieur abbé, dans un détail des embellissements qui furent fails à Royaumont aux derniers temps de la vie de dom Guillaume. On commanda à Paris deux statues pour Téglisc de Royauniont) un Saint Louis, et un Saint GuUUmme. Une note manuscrite ^ rapporte les différentes circonstances de cette commande, et les dépenses qu'elle occasionna. Est-ce une erreur de plume, une faute de copiste? a-t-on voulu écrire saint Bernard, au lieu de saint Guillaume? ou bien l'enthousiasme pieux des moines avait-il besoin d'exprimer leur reconnaissance envers l'humble rénovateur de Royaumont, en accueillant son patron dans la basilique de l'abbaye? Frère Jean de Paris, qui était religieux et procureur de Royaumont, dès l'année 1527, seconda ce marché et cette acquisition
Lorsque dom Guillaume de Bruyères expira, la scène d'intérieur des cloîtres eut la solennité pathétique de ces
* L'abbaye eoosmait, dans ses archives, le parcliemin contenant le marcb*' fuit au nom de Rovaumont avec Nicolas Baurou, à Paris, en date du 20 mai 1532, pour faire six colonnes en cuivre, pareilles à celles de Saint -Victor à Paris. L'une de ces colonnes devait porter un Saint Jjouis, l'autre un Soint GuUlmmêt ce qui revint à la somme de 921 livres 10 sols tournois, pour le tout. — bwentaire 4e la Marne eaaveittuetlet à Versailles.
* Ce religieux est cité comme procureur de 1 abbaye, dans un acte rdatii
à racqnisition d'une pièce de vigne, au vignoble de Noisy-sur-Oise. ^ /s* . veiUaxte de la Hanae eomfentueUe,