‹ Histoire de RoyaumontChapitre 232 sur 263 · LIVRE QUl^i/JÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUl^i/JÈME

diistrie, de l'adminisiralioD, de la science? Il avait mieux que tout cela, il avait ce qui brûlait dans la poitrine de

samt Louis, il avait co don surnature!, cette flamme, cet amour du bien qui ne permet pas de rester les pieds mollement étalés Thiver devant le foyer pétillant^ mais qui veut se communiquer. Nature ardenteetexpansive, il lui (allait la propagande dans Tordre de Tamélioration morale, chrétienne, patriotique de ses concitoyens.

Voilà M. de Mazenod, et voilà la clef de Tccuvro de reconstruction deRoyaumontà laquelle on devait assister cinquante ans après. Après avoir mesuré, avec sa promptitude d'esprit provençal, Télat de la ville d'Aix, le jeune ecclésiastique fut attristé du laisser-allerdes étudiantsderécole de droit d'Aix, à Tépoque du premier empire; et, sans regarder plus loin dans cl \euir, renonçant à sniviY" les sentiers ordinaires du ministère paroissial, il se mit immédiatement en rapport avec la jeunesse, aûn d'essayer si Ton jiouvait changer le marasme en passion pour les nobles choses et pour les nobles mœurs. Temps, fortune, fatigues, ardeurs, tout fut concentré dans cette œu\Te, par un homme de trente-trois ans. Des scxaj^a'iiaires d'aujourd'hui qui étaient alors étudiants à la faculté d'Aix, ne peuvent penser, à l'heure présente, qu'avec émotion àlempire que M. de Masénod sut conquérir sur toutela jeunesse des écoles. Il lui fallait un local pour rénnir et haranguer cet essaim de jeunes esprits. Cet événemetit eut un retentissement immense; M. de Mazenod avait un art de scduttion incomparable, pour attirer et captiver les jeunes gens; chacun le tirait par un pan de son habit ; deux cents jeunes gens se rendaient chaque dimanche, dans les dernières époques, \ à une de ses modestes propriétés, à ce qu'on appelait Xendoiiy en pleine campagne, aux portes d'Aix. On passait la journée dans la société du bouillant gentilliounne et saint missionnaire ; les mères étaient ravies, en pensant que la moralité et le goût des études étaient abrités, pour

71 î HISTOIRE DE ROYAUMONT.

leurs fils, sous la houlette de cet abbé, si sympathique aux jeunes natures.

Là, vers 18i 3-14-15, se trouve le point de départ de ce qui se dénouera en 1804, parce qu'il y avait là un feu qui demandera à brûler, une force qui demandera à se développer^ une concentration ou un groupe d'hommes ardents et dévoués qui auront besoin de s'étendre et de se dilater. Royaumont, Aix, Marseille, se tendront la main, Tabbaye de saint Louis renaîtra de cet embrassement.Une œuvre était fondée ; elle appelait des bras ; il fallait se multiplier en ouvriers ; voilà les origines de la société des Mats; et quand la double évolution qui commençait à la fin du premier empire, Tune au nord, Fautre au midi, par M. Joseph Yander Mersch et par M. de Mazenod, arrivera à son terme, ce sera la renaissance de l'abbaye. Ainsi deux généraux chargés de deux corps d'armée combinent leurs plans et mouvements stratégiques d'après le plan du général en chef, suivent un itinéraire différent, mais se rendent cependant par, des lignes convergentes vers nii théâtre commun et central d'action. Le rendez-vous était Royaumont ; après un intervalle de cinquante ans, le générai en clief, s'il est permis d'accepter cette termino* logie, s'appelait la Providence. La victoire sera la remise de l'abbaye, selon le plan primitif de saint Louis. Mais ie point de départ était d'un côté, une ville de la Flandre occidentale, Menin ; et de l'autre, la ville d'Aix et le local de l'ancien monastère des carmélites, situé à l'extrémité du Cours, à Aix, et acquis par M. de Mazenod en vue de son œuvre.

Chacun a son idéal; M. de Mazenod soupirait après une association d^ecclésiastiques zélés, d'un désintéressement ^ à toute épreuve, solidement vertueux, sentant en leur poitrine la flamme apostolique, le désir de s'occuper du salut des âmes ; il voulait remédier aux maux que son pays natal avait éprouvés sous le rapport spirituel depuis

Page 1