LIVRE QUINZIÈME
choses humaines, il s'y môle, à travers lo jeu réel, indéniable (le nos libertés individuelles ou nationales, une part mystérieuse qu'il faut adorer, qui est la part de l'ioconnu, au sein des évolutions historiques des individus comme de rhumanité. La philosophie de Thistoire, quand elle eiiste, se compose de quelques filets de clarté dans un ensemble obscur; elle n'est pas un simple tliéàlre où s'agite l'animalité pure, où il y ait une succession de faits saos liens logiques, oii se rencontrent des effets sans cause, des phénomènes sans loi, et des séries d'événe* ments, d'élévations et de^lécadences sans raison dernière. C'est pourquoi toute philosophie sérieuse de l'histoire se demande timidement si ce n'était pas un dessein de la Providence que les affaires de lioyaumont, après s'être débattues loyalement dans les libres épisodes d'une activité temporaire et laique, revinssent au point de départ posé au treizième siècle par saint Louis?
Après avoir écouté les raisons industrielles par lesquelles s'explique la décadence temporelle de Royaumont, l'esprit n'est nullement satisfait, parce qu'on manque d'horizon.
Lorsque donc l'abbaye fut vendue nationalement en 1791, le marquis de Travannet s'en était rendu l'adjudicataire ; il en démolit l'église, et fil hâtir, avec cette démolition, un grand nombre de petites maisons pour lo?er les ouvriers d'une ûlature de coton qu'il établit dans le principal bâtiment de l'abbaye, et à laquelle il appliqua un mouvement hydraulique. Il fit encore construire, sur un plan très-vaste, les ateliers pour métier à tisser le coton. Alors cette filature fdail par jour environ 200 livres de cette matière, employées pour le compte de MM. Sochnée cl C'% de Paris, à la iiabrication de calicots pour impressions.
A la mort de M. de Travannet, en 1795, rétablissement devint la propriété de son frère, qui mourut en 1812, et
W HISTOIRE jD£ AOYAUMÛJ!«T.
bientôt tout 8*arrôtait. l/^tablissement semblait anéanti.
Il ne faut pas demander pourquoi: on répondrait parla situûlioii politique de la France, par les affaires militaires , par les invasions. Mais voilà M* Joseph Vander Merach, faisant racquisition de Royaumont dès le 1*' février 1815; ne va-t*il point amener à l*abbaye les élé< ments d'une durée indéfinie, et l'établissement industriel
, ne semblait-il pas se consolider pour des siècles? M. Joseph Vander Mersch, possesseur d'un grand établissement en Belgique, apportait à Royaumont tout le mobilier en métiers à filer et- à tisser de sa manufacture de Menin \ qu'il quitta particulièrement par le motif de la séparation
, de la Belgique d'avec la France. N'élait-ce pas une nouvelle ère qui allait cimenter les promesses de perpétuité?
M. Vander Mersch joignit à la force de son moteur hydraulique celle d'une première machine à vapeur, et doubla ainsi les produits de sa manufacture qui dépassèrent, en 1826, 400 livres par jour *. La filature de Royaumont
■ < Vers 1804, un prisonnier anglais, nommé Muray, s'élail engagé vis-à-vis de iwefh Vander Mersch et de Diadème Vander Mench, qui élait Anglaise, à eontribuer. par son travail ei ses connaissances, à établir, à Menin, un
ti«=sag:e (i'i'iol'fes genre anphis : piquée , hnsins oxfra-fins. tissus ouvrés pour service de lablo. etc.. mais à la condtiion qu'il n'y alijifrait que des ouvriers flamands. Ces étorfes, nolammeiit le piqué, ne pouvaient se fabriqu'an moyen de cotons filés anglais, d'une finesse teHe qoe les filaturee en France ne pouvaient pas l'aUeindre alors. Napoléon I*', qui voulut encou-> ra?er cl faciliter la labrication eu France, donna, on l'a déjà dit, à Jo^opli Vander Mersch une licence pour l'introduction en France des filés anglais estra-fins, nécessaires à son tissage, à Maiin. 11 fut le seul fabricant, en France, qui obUnt pareille faveur au temps de la proliibition absolue des produits auf^lais, par suite du blocus continental I)e plus, ie gouvernement français lui accorda lacilenicut des exemptions de service militaire pour ses meilleurs ouvriei-s tisserands. Par suite de tous ces avantages, cette première industrie, alors sans concurrence, fut très-prospère à Menin, et valut à Joseph Vander Hersch beaucoup de renom. Les ouvriers flamand.*;, formés par^lnr;tv se rr-paudircnt plus tard à Roubai\ et à Saint-Quentin.
^Voy. Staiîxtique imlmtrielle du canton de Creil, de 1826. Il n'y avait & Royaumont que 79 battants en 4815; la populatioii était potée, en 1820, à 197 habitants. Les travitux de l'agriculture ne souffraient en rien du travail de l'établissement industriel de Royaumont.