‹ Histoire de RoyaumontChapitre 236 sur 263 · LIVRE QU1NZI&HE · texte numérisé non relu

LIVRE QU1NZI&HE

tifs. M. de Mazenod alla, vers la (in de 1825, demander au souverain pontife dédaigner attacher à ces r^les le sceau de son autorité et admettre la nouvelle congrégation au rang des familles religieuses, canoniquement reconnues et adoptées par l'Église universelle^ 11 fallait aussi à ce groupe d'apôtres nouveaux une désignation distinctive, un nom.

Pendant que la société des M. PP. obiats achevait son organisation, que des ouvriers pleins 4'abnégation ve* naient s'adjoindre aux premiers fondateurs, le papeLéonXU donnait, en effet, le 17 février 1826, son approbation

pontificale aux règles et aux constitutions des missionnaires delà Provence, mûries el tracées dans le silence par M. de Mazenod % et qui ne devaient former de tous les membres qu'une seule personne morale, une seule et même famille.

Les noms sont nécessaires pour déterminer les choses, circonscrire les fonctions et résumer qneli[uelois en quelques syllabes la fonction, la raison d'une individualité. Les noms ont donc la signiiicatiou expressive queiqueiois; quelquefois ils ont eu de l'influence, ils ont joué un rôle dans Thistoire, ils en ont eu même sur la destinée des individus et des empires. On cite Blanche de Castille, qui ne serait jamais montée sur le trône de France si sa sœur ne s était appelée Urraca^ nom assez mal sonnant et qui a, en outre, l'inconvénient de signifier en espagnol la Pie, Cette princesse, supérieure à Blanche par sa beauté, serait devenue ki compagne de Louis YIII, sans la diplomatie d*alors, qui aurait jugé qu'avec un tel nom le mariage était impossible, car c'eût été exposer la jeune souveraine,

' Voy. la Frr/fU'r p<mlfffcfilt\ l. II, p. 70i.

^ Grtigoirc XVi duiiiia itnc nouvelle approi>atiou u i uii>litut des oblutspar ses lettres apostoliques du 20 mars 1S46. Une Iroisiëme approbation, celle de S. s. Pic IX, vint coofinner, par lettres apostoliques en date du ^8 mars 1851. les additions que l'immense diffusion de ia congrégation avait obligé de taire aux statuts primitiis.

120 UISTOIRE D£ ROYAUMONT.

en entrant à Paris, h des sourires moqueurs, et à une foule de quolibets ^

La colonie fondée par WgrdeMazenod reçulunnom,un de ces noms symboliques qui résonnent d'une faeonlrès-sonore dans la sphère des hautes et saintes ohoses. Le nom de ces serviteurs de la cause évangéiique est le synonyme de dan de soij de consacrée, danné^ offert, les cblats. Lorsque le pape Léon XII donna son approbation à Finslitut, aux constitutions et aux règles de» oblals, le 17 février 1826, Sa Sainteté voulut bien ajouter la concession (les plus précieux privilèges, et notamment le nom d'oblats de Marie Immacuiée ; MissionarU ablati BeaUmm Virginie Marim sine lobe eaneept».

Le mot oblat signifie en soi offert, consacré, damé, du latin oblatus! On remployait dans le moyen âge pour exprimer des catégoiies ditlérentes de personnes qui se rattachaient aux monastères par différents liens* On appelait, par exemple, ablàts^t ablates ceux ou celles qui se donnaient avec leurs biens à un couvent^ à la condition d*èfre nourris et entretenus par les religieux; mais ils devaient rester, eux, leurs enfants et leur.-? dcicciidanls au service du couvent. Comme religieux proprement dits, on compte : 1" les oblats de la sainte Vierge, de Pignerol, fondés en Piémont en 1759 ; les oblats de Mariey à Viterbe, institués au dix-septième sièclci; les oblats de Marie Immaculée, fondés par M. de Mazenod, dont le but principal est l'instruction et la conversion cU s pauvres, congrégation née en France il y a un demi-siècle. . Comment donc les oblats sont-ils venus à Tabbaye de saint Louis, et comment des rapports ont-ils pu s'établir entre Royaumont et la Provence? Le déclin industriel de Tabbaye ètail complet et irrémédiable vers 1862, 1863; MM. de la Moriaière et C'% qui étaient venus y éla-

* Voy. Ongtiie, élymol.el signifie, de» miiu propies ei des amoiriet, \m' le baron de Costao. Paii:», isèo.

LIVRB QUINZIÈME. 7Si

bâir une impression sur étoffes, ne prospérèrent pas de longues années, soit par suite de frais généraux trop importants et de la cherté des matières employées, soit à cause de l'isolement de rétablissement, de la difficulté des transports, soit entiii par défaut d'ordre, de surveillance, de direction énergique et habile. Sur ces entrefaites, la congrégation des oblûts recrutait, au contraire, des membres pleins de jeunesse et d'esprit apostolique qui, par on ne sait quelles* transmissions heureuses et privilégiées, lui apportaient de bien chers objets, notamment des reliques considérables de la personne môme du saint fondateur de Royaumont, des reliques de saint Louis. Fallait-il y voir le symptôme prophétique, que lorsque M. îo^opb Vander Nersch aurait achevé son œuvre, les RR, PP. obiats se montreraient à Thorizon?

.Une émeute venait d'éclater h Asniéres en 18G5, et Ton se demande si le retentissement en était venu aux oreilles des obiats. Il s'agissait de Tune des gloires artistiques de Fabbaye de Royaumont, du mausolée exécuté par le célèbre Goysevox. La translation des cercueils des trois d'Harcourt h Nancy, ayant ranimé les souvenirs sympathiques de cette ancienne capitale pour ses anciens princes, lui avait fait désirer de posséder également le tombeau qui renfermait ces cercueils; On s'adressa à l'empereur d'Autriche, qui a toujours conservé un souvenir afTec^ tueux pour la-Lorraine, et qui accéda à la demande. Une négociation eut lieu eu son nom et par sou ambassadeur, pour réclamer de la I rance un monument que l'Autriche regardait comme lui appartenant par droit d héritage. Le premier mouvement du gouvernement français fut d'accorder le mausolée qu'on lui demandait, n'ayant aucun doute, à ce quMl parait, que' la demande ne fût juste, et n'imaginant pas cpie les habitants d'Asniéres eusb^eiil aucune raison de s y opposer, la prescription n'ayant pas II. 40

m HISTOIRE DE BOYAUMONT.

lieu pour la possession des tombeaux pas plus que pour les corps de nos parents.

Toutefois Âsnière^ se sentit froissé dans ce qu'on appelle le sentiment nations!, et quoique le mausolée ne dût point sortir de la France, on crut devoir défendre ce dépôt et le retenir dans la contrée. On considéra cette œuvre d'art, ce monument de la sculpture française au diX'Septième siècle, comme une propriété locale; de là, Topposition à son transport à Nancy. N avait^on pas vu une ville du comté de Warwick, enÂngleterre,faire une émeute, au milieu du dix-huitiéme siècle, à propos d'une rdique du grand poète Shakespeare? On vénérait beaucoup dans la ville de Slratford, pays natal du poëte, l'arbre appelé le mûrier de Shakespeare, celui sous lequel il s'était reposé, surtout depuis Tannée 1614. Tandis que la maison de Shakespeare était passée dans plusieurs mains et avait été rebâtie, le mûrier seul avait été respecté. Aussi, lorsque le ministre protestant (M. Castrcll), qui avait acheté la maison nommée Newplace, eut la brutalité malencontreuse de vouloir fairecouper le mûrier, parce qu'il était géné par la foule qui venait visiter Varbrevénéré, uneémeute éclata parmi les habitants indignés de Stratfor d ; le mûrier fut sauvé. Comme Stratford tenait à la relique de son poète, Asnièies-bui-Uise s'enorgueillissait du tombeau du grand guerrier, et il s'opposa à Penlèvement*.

On ne coimut point cette agitation en dehors du cercle de la contrée ; elle n'occupa point la presse, parisienne et celle des départements, comme il est arrivé lors des ten* tatives récentes pour donner à l'Angleterre les statues

* On a vu récemmeni l'agilaUoa qui s'est manifestée dans l'Anjou» quand un a voulu retirer de la diapelle de Fontevrault les quatre statues des

Piantagcnuts, de Henri II, de Richard Cœur de Lion, d'Éléonore de Guyenne

et d'Isabeau d'AngouIêinc, pour les donner à l'Angleterre. L'empereur les avait promises à la reine Victoria. La reine, disait lord Stanley à la chambre des Gomaïuncs (mars iSOI), a dégagù Tempei eur de sa ])rûmesi>et en voyant l'ânotion populaire et pour prévenir tout, malentendu.

LIVRB QUINZIÈME. 729

des Plantagenets, mais il n'était pas inutile de constater eet

événement local et la vive agitation qui se produisit dans la population, en 1865. Cela témoigne que les habitants ne sont pas absorbés dans les seules questions d'intérêt égoïste et matériel; les gloires du pays leur tiennent au cœur , et Us veulent, avant tout, faire respecter leur sou* venir; ils prétendent revendiquer ce qui est le droit, le patrimoine, le culte, le passé, la tradUiua de la contrée, qu'ils ne sacrifieront à aucune omnipotence. De tels sentiments honorent une cité. C'est pourquoi il sera permis d'en rappeler les détails, à titre d'épisode, dans ces ^rédls des vicissitudes historiques d'Asnières et de Royaumont.

Le ministère de l'intérieur et le ministère des cultes s' étant entendus, on manda à Tevéque de Versailles, au préfet de Seine-et-Oise, au sous-préfet de Pontoise, à toutes les autorités enfin que cela concernait, de donner aide et protection au comte deWarren, qui était chargé de recevoir le mausolée au nom de rAutriclie, et de veiller à sa translation jusqu'à Nancy'.

Une dépêche fut envoyée à M. de Warren , pour qu'il serenditàAsnières, avecTarchitecte de Nancy, M. Morey; mais on n'avait pas l'idée de l'opposition qu'on allait soulever dans la contrée de Royaumont. Lorsque H. de Warren se fut présenté, muni d'une lettre de M. de Pcrsigny et de tous les pouvoirs nécessaires pour eidever le monument, M. Debayle, curé d'Asnières, lui fit de suite observer qu'il éprouverait de la résistance de la part du conseil municipal, qui considérait le mausolée comme appartenant à Âsniéres par prescription; les observations du

*■ M. te comte Êdouard de Warrar, anden officier au service de Sa Majesté Britaimique dans l'Inde, auteur du livre : l'Inde Anglaise en 1843-44, est le

conservateur des tombeaux des ducs de Lorraine, a Nancy ; il reçoit annuellement de Tambassado d'Autriche la soînme nécessaire pour entretenir la cluipeUe-ronde, ou cliapeiie ducule, el pour aviser aux méioses qui y sont dites.

m UISTOIRË ll£ UOïAUMOHiT.

maire furent, nous pensons, identiques. Mais, sur les ordres du préfet de Seine-et-Oise et de Pévêque de Versailles, l'autorité civile et l'autorité religieuse d'Asméres ne firent plus d'opposition; on se mit à Touvrage pour Tenlèvement et l'on commença d'étançonner relise que le froid du monument avait détériorée de ce côté, depuis de longues années. On descendit les statues de la Victoire et du comte d'Hmcourt, qui couronnent le sarcopliage, et c^est alors que les sentiments de la population éclatèrent. On vint en foule, d'Asnières et de tous les environsi s'opposer «au travail. La résistance prit les proportiens d'une émeute; et, comme cela est toujours inévitable au jour des émotions populaires, des menaces peu assaisonnées de courtoisie furent proférées à l'adresse, soit du curé qui tolérait la spoliation de Fégiise, soit de M. de Warren, de M. Tarchitecte et des ouvriers. M. de Warren retourna de suite à Paris pour donner connaissance, à l'ambassade d'Autriche et au ministère de Pintérieur, de l'état des choses et de la fermentation des esprits, et pour demander ce qu'il y avait à faire; il lui fut répondu de hiUer le travail, et que, s'il Jeiallait, il serait appuyé d'un bataillon d'infanterie, que Ton enverrait de Versailles pour escorter le monument jusqu'à Beaumont-sur-Oise, où l'on devait le mettre sur le chemin de fer.

Cependant le sous-préfet de Pontoise avait envoyé de la gendarmerie pour protéger les ouvriers et leur (nnnettre de continuer leur travail ; les deux statues en marbre blanc étaient déjà descendues, . les caisses d'emballage étaient faites. Ace moment, pour calmer la population, M. Charles Yander Mersch et M. le curé proposèrent aux habitants de signer une pétition à l'empereni , (jui lui l'ut remise effectivement le lendcmnin par Fentrcmise de M. de Rnssano, et dans laquelle on demandait à conserver le monument; on assure qu'à la suite de cette pétition, Icmpéreur avait dit il l'un de ses ministres de faire cesser les travaux ;

Page 1