LIVRE QUINZIÈME. 7S
paioissiale. Mais ce qui doit irapper, c'est ce mouvement spontané de protection, cet élan conservateur, lorsque rétranger venait toucher a un monument qui se lie à l'histoire de la contrée.
' Quant à la question de droit et de propriété, la population d'Asnières avait des raisons plausibles, et la députatiou de Nancy en avait également; la dépulation de Nancy disait : —L'empereur d'Autriche nous ayant donné le mausolée du comte d'Harcourt, autrefois placé dans Tabbaye de Royaumont et actuellement transféré à Asniéres par le malheur des temps, il nous semblait qu'il n'y avait qu'à s*en emparer; notre mission nous paraissait d'autanl plus facile, que nous avions tous les pouvoirs du ministre ainsi que de l'ambassade d'Autriche. Mais pourquoi la commune, qui n'a d*aotre mérite que d'avoir reçu le monument et de l'avoir sauvé peut-être de la destruction en s'en emparant, se croit-elle le droit de se l'approprier ? La propriété des tombeaux ne demeure-t-elle pas dans le d omaine des parents, n'est-elle pas en faveur des lamiJlcs un bien inaliénable? Ëtla prétention de la ville de Nancy, qui, possédant les cercueils des trois d'Uarconrt-Lorraine, veut reprendre et faire transporter dans la chapelle ronde le mausolée qui les recouvi ail, et que le comte d'Armagnac, fils du LOinte d'Uarcourt, avait fail élever lui-même à sou pèi'e*, n'esl-ellc pas souveraïueuient légitime? — La commune d'Asniéres, à son tour, faisait valoir ses droits, en s'appuyant sur les faits plus modernes de donation et de propriété ; elle rappelait que le marquis de Travannet, acquéreur do l'abbaye, avait iail un don spontané et irrévocable du mausolée à l'église d'Asnièros, en 1795. N'y avait-il pas soixante ei onze ans que ce monument
* L'inscription du mausolée indiquais sa provenance : a Cclsissimo piin* cipi Hcnrico a Lolharingia Harciirii comiii... Ludovicns flUus... titulorum ha:res... posuil. > ^ Louis de Lorraine a élevé ce moaument à la mémoire de son père, H^ride Lorraine, comte d Hai'court.)
m HISTOIRE U£ HOVAUllOiNT.
était dans Féglise d'Asnières? L'enlever de cette place,
pour l'emporter à Nancy, n'était-ce pas toucher à une possession consacrée par le temps, faire Yiolence aux senlimeiits du pays et fouler aux pieds le pacte tacite qui« avec raccumuiation des années, lie étroitement une contrée avec les nobles objets qui font comme partie de son domaine et de son existence? Il est certain que le mauso* lée el les cercueils ne forment pas un luut indivisible; Nancy pouvait posséder l'un sans Tuntre. Enfin, puisque, depuis la révolution, l'État s était emparé des abbayes, il était bien le maître d'en faire l'abandon à la commune d'Asnicres.
Sans décider la question de droit, Thistoire aime à en-
rej^istrer cette petite émeute patriotique, en témoignage des sentiments que l'abbaye de Royaumont, et tout ce qui venait d'elle % inspiraient à la population d'Asnières-sur- Oise ; on ne saurait lui reprocher à cet endroit la léthargie et rinsouciance.
Quoi qu'il en soit du mouvement suscité par la question du iuaasolée de UoyauiiiouL, du Li mt qu'elle put faire au dehors, et «le l'attitude de la populaLiou qui ne souffrit pas qu'on enlevât ce monument à la contrée qui le possédait depuis deux siècles, on arriva enûn en 1 année 1864; l'agitation de 1865 était apaisée; mais un événement considérable venait de s'accomplir, Royaumont venait d'être vendu aux oblats.
Un double besoin simultané de dilatation, et tout à la fois de centralisation, explique historiquement et d'une manière définitive l'apparition des oblats de Provence à Royaumont, pour recueillir et relever l'héritage de saint Louis. La dilatation était cette séve évangélique qui les a
* Si rê[,Mise d'.\snièr(s devait j^ordro ce niau?o!éo, il est évident qu'on devrait à la commune une indemnité raisonnable, ue seraiL-ce que pour la iocalion, el à cause Uu ilouiinage causé ù iéglise par le monument. On y avaiti du reste, penaé à Nancy, mais peat-étret aurait-on dû, avant tout, proposer cette indênuiité.