‹ Histoire de RoyaumontChapitre 25 sur 263 · LIVRE NEUTIÈM · texte numérisé non relu

LIVRE NEUTIÈM

transitions sublimes cl uniques d'un monde à l'autre, comme on les connaît dans les asiles de la prière. Les religieux se groupèrent autour du mourant. <t Cette famille

de la religion, autour de dom Guillauuiej avait la tendresse de la famille naturelle, et quelque chose do plus. » Le père abbé pouvait dire à ses lils spirituels attendris : a Je ne vous quitte pas, je vous précède.; » une petite place l'attendait dans la terre, sous les dalles de cette église de Royaumont, où il avait rendu saint tout son monastère. Le monde a vu, depuis, bien des toird)eauxse creuser; on a demandé pour riiospitalilé de ia mort des sites pitto- * resques à eiïet, au bord de TOcéan; dom Guillaume ne mendia pas le fracas d'outre-tombe. Le poète tourmenté de nos âges modernes a fait entendre des accents envers, dont rillustre mourant de Royaumont ignora la mélancolie : « Quand la destinée glacera ce sein qu'une fièvre dévore ; quand elle aura calmé les soucis et les passions, ici, où il palpita, ici mon cœur pourra reposer. Puissé-je m'endormir ou s^éveillèrent mes espérances, mêlé à la terre où coururent mes pas, pleuré de ceux qui furent en société avec mes jeunes années, oublié du reste du niuiidf »

Dom Guillaume n'eut pas ce sublime et gémissant bavardage du poète le plus agité de notre âge ,* il s'éteignit doucement, et son dernier soupir fut comme le soir d'un beau jour ; il était escorté de ses saintes œuvres. La fièvre

des passions était venue expirer au seuil du cloître; la fidélité continue à l'esprit de sacrifice et de moi tilication avait fermé la porte à ces imporlunités du dehors.

Selon la coutume cistercienne, on garda longtemps la place de dom Guillaume au réfectoire de Royaumont^ comme s'il ne fût t>as décédé; on continua de mettre son couvert et de servir sa purlioa, qui était eubuite passée

< L'auteur de Manfired'

aux pauvres. Sa tombe, juxta posée aux autres tombes des Ireizième, quatorzième et quinzième siècles, complétait

rorneinen(ation funéraire de Royaumoiit. Les enfants de saint Louis, ensevelis h Royanmont, semblaient donner la main aux abbés décédés après eux dans les siècles suivantSy et faire les honneurs du tombeau à ces nouveaux venus de la mort. *

Celte série de tombes et d'épilaphes avait quelque chose de touchant, de solennel et d'instructif. Ces princes morts, CCS abbés morts, qui se coudoyaient sous les dalles de l'abbaye, n'étaient pas une vaine ostentation d'outre^ tombe. Quand ils étaient encore de ce monde, et que le soleil mesurait, leurs jours mortels, ils pouvaient dire à la terre de Royaumont qn ils y avaient « leur rocher d'hospitalité et de liberté*, » qu'ils y auraient leur tombeau pacifique et abrité. Du reste, ce cycle des épitaphes sur les sépultures, se ferma, à la mort de dom Guillaume Sallé de Bruyères; il n'y aura plus lieu peut-être à ce témoignage historique accordé à des existences qui s'étaient écoulées, exemplaires ou héroïques. ProLaiih^ment que sous le régime nouveau qui allait étje créé pour la dignité abbatiale, les saints deviendront plus rares dans les rangs des abbés de Boyaumont. Désormais, donc, la voix des épits^phes va se taire. A quoi bon inscrirait-on des flatteries banales sur des marbres qui ne les mériteraient pas? Si Fhistoire ne doit pnsélre « la calomnio des morts, »il ne convient pas d'avantage d'instituer une coupable adulalion des eadavres et l'hypocrisie des renommées par la fausseté des épitaphes et la trompeuse dissimulation des cercueils.

^ On pense au 6rand-Bé, au milieu desflotSj à Saiat-Malo, et à nie de Guernesey.

Fin de la deuxième époque de Royaumont, do 1537 à 1020. — Taeanoe du

siège abbattnl penrJant douze années. — Transition et phnse nouvelle do Royaumont sous les abbés commendataires. Mgr Matlbieu deLongue^ joue, évé(jue de boissons, premier abbé conunendalaire de Royaumont.

— Inoonvénients du concordat de Léon X et de François I*', quant aux abbayes. — Rég^ime des commendataires, sorte de confiscation déguisée*

— L'abbé «réparé des religieux. — Modification du rôle de prieur. — Première mention du lief de Touleville. — ^arnabé de FayoUes, deuxième abbé commendataire de Royaumont. — En appelle, contre les héritiers de Matthieu de Longuejoue, pour Tb^lel de Royaumont de Paris. — Vicissitudes do cet hiMel. — Nécessité de irndre comptp du nouveau régime de Royaumont, pour la justice historique et l'intelli» gence des faili subséquents. — Puissant voisinage de Royaumont. — Le chAteaa de Chantilly et le célèbre connétable Anne de Uontmorency.^ Rapports de Royaumont avec Anne de Montmorency. — Avènement dn pro>^ testanlismc cl dilficiiltés siiscilées en Picardie par les huguenots.—'* Les noms des habitants d'Asniéres-sur-Oise et de Viannes au seizième siècle. — nôms des moines qui habitaient l'abbaye à la même époque. Le cardinal Odet de Coligny de Châtillon, évèque de Beanvais, passe dans les rang-? du ralvini^mc. — L'abliaye de ?iOyaiiniont ro])résentée au concile de Reims, assemblé poui- flétrir l'évéqup de Beauvais. — René de DailloD du Lude, évéque de Bayeux, nouvel abbé de Royaumont. — Plaie de l'absentéisme. — Mgr Martin de Beaune, chancelier dç Catherine de Médicis» évêqucdu Puy* abbé de Royaumont. — T igitationpoli-^ * tique et religrieuse. — Les processions blanches tU' ir)8r), à Benumont, Pontoisc, Asniérps-sin -Olse. Luzarclies, etc. — Trauï'acliua entre Martin

de Doiiuue et le$ religieux de Royaumont, pour le vestiaire et la pitance des moines. — Rèle actif que joue un moment le pays de Royaumont dans les destinées générales de la France. — Véritable importance politique de Spiilis, ville fortifiée. — ^^iépre de Senlis, en 1580, par los ligueurs. — Bataille de Senlis et défaite des troupes des ducs de Mayenne et d'Aumale. — Une scène d'édification à Royaumont, en 1586. — Profession de lean-Baptiste Duval. S'il est permis d'abdiquer sa personnalité, et si le moine de Royaumont commettait un suicide moral. — Episode de la Ligue à Asnières-siir-Oi^o. — Gilles do Conflans, l im des vainqueurs de Senlis. — Si le romau s eî>l inélé au drame pour le château d'Asnlères-sur-^ise. — Royaumont et Lusarches, chantés par les mousquetaires en Guyenne, qumd ils accompagnaient les princes à

76 HISTOIRE DE ROYAOMONT.

Bordeaux, aux mariages franco-espa^niols do 1015. — Philippe Ilurault de Chiveiny, pieiiiier auinùnier de Marie de Médicis, cvèquc de Chartres, abbé de Royaumont jusqu'en 1630. — Homme d'ordre. — Rétablit la prospérité temporelle de Royaumont. — Estimation des revenus de l'abbaye, à la tin du seizième jusqu'au milieu du dix-septième siècle.

Après la mort de Guillaume de Bruyères, Tabbaye de

Royaumont resta douze ans veuve de ses abbés, à raison d'une nouveautéconsidérable qui se préparait. François 1% engagé dans les guerres d'Italie, n^avait pas seulement à repousser les Impériaux qui offraient le combat» tantôt pnt le nord et l'est de la France, tantôt par le mîdt; le roi d'Angleterre prit aussi les nrmes contre nous en ioii, et la paix ne fut conclue avec Henri Vlli qu'en 1546. La vacance prolongée du siège abbatial de Royaumont tenait à l'inauguration d'une ère nouvelle; le jeune vainqueur de Marignan if entendait pas que son concordat avec Léon X demeurât une lettre morte : « On verra, disait- il devant la résistance des pariemenls à ce concordat, qu'il y a un roi de France, et non un sénat comme à Venise, w Aussi, depuis l'an 1557 à 1549, on s'occupait d'en faire l'application à notre abbaye royale. Sous Mgr Lascaris de Tende, évéque de BeauVais, plusieurs abbayes du diocèse avaient déjà reçu la nouvelle organisation. Des abbés cominendalaires avaient été mis aux abbayes de Hrelciiil \ de Beaupré*, de Sainl-Symphoriôn% de Saint-Quentin ^. Pour Royaumont, la mesure fut mise en vigueur du temps du cardinal Odct de Goligny de Ghatillon, èvêque de Beauvais; et du moment que Royaumont passait sous le nouveau régime du concordat, tant que durait la vacance dn siège abbatial, le temporel en était administré exception nellemenl, et assujetti à la

* Donuèe en 1537, h Jean de Belloy, qui devint évéque de Paris, et ne visita pas une seule fois son abbaye.

* Donnée, en 1.'i20, ;ui rnidinal de Lcnoncourt.

' Donnée, en à Ilernardin de Yauldrey.

* Donnée, en 157)4., à Qiai les d'Humières, évôquc de Bayenx.

régale^ de la mèiac manière que les autres abbayes du royaume, jusques à la prise de possession des personnes, en faveur desquelles il plaisait au roi d'en disposer. Un receveur des économats faisait la saisie de tous les reve« nus, sans exception, dont une partie était distraite pour l'entretien des religieux.

Toutes les fois qu'on passe d un réginae politique, administratif à un nouveau régime, on doit à l'opinion de produire les raisons du changement. À défaut des raisœis -réelles, toute administration nouvelle doit savoir formuler des théories qui justifient l'innoyation. Le texte des plaidoiries du quiiizicme siècle, dirigées contre la richesse • des abbayes cisterciennes en général, fut repris de 1557 à 1549, à l'occasion de la vacance de Royaumont« Naturellement, on alléguait que sous le gouvernement abbatial des abbés réguliers, la régularité de Royaumont avait baissé. On demandait dans le monde si le moment n't lait pas venu de soumettre les établissements monasliques à une administration indépendante qui, par une sage économie, les préservât d'une ruine inévitable, et par une surveillance sévère, ramenât l'institut à sa régularité prenitère.Quen*en confiait-on Padministration à des seigneurs, h des nobles, à des prélats : alors l'abbaye verrait renaître son âge d'or, elle enfanterait des saints. Maintenant, il n'y avait que de pauvres moines, se contentant d'être d'honnêtes gens , de bons chrétiens, faisant Taumdne abondamment, pratiquant largement Thospitalité ^, ne mangeant de la chair que trois fois la semaine , gardant l'abstinence les autres jours, et observanL lidèlement les jeûnes de l'église. Tout cela était un scandale intolérable. Pourquoi ne pas mettre à lioyaumont des abbés commendataires? Par leurs soins, leur vigilance, et par leur désin-

' Royaumonl fut de tout temps célèbre par son lio^pilalité gracieuse. Milliii, qui n'est pas suspect, vaate cette hospitalité. {AtUiquUû mlkhnaks.)

léressemont, ils iiieltroiil l'ordre dans les finances; par leur YÎe exemplaire, ils reniédieront au relâchement des. moines» Or, le premier abbé commendataire^ de Royaumont fut Matthieu de Longuejoue. Malheureusement, Matthieu de Longuejoue n'apportait, à Royaumont, qu'une figure néirative. Il inaugurait cette nouvelle dynastie d'abbés qui, après lui, "devaient s'isoler In vie intérieure du monastère; il ouvrait celle série (f hommes néfastes qui, par le malheur des temps, devaient contribuer à la décadence continue des ondres religieux, en devenant eux-mêmes un agent dissolvant de l'antique esprit cistercien et des antiques règles.

Matthieu de Longuejoue, seigneur d'Y ver ni, était d'une famille, parlementaire. Fils de Jean, conseiller au parlement de Paris, et de Geneviève Maillet , il suivit d'abord la carrière de son père et de son grand-père, qui avait été avocat du roi au Châtelet de Paris, en 1450. Rien n'indiquait que cet lioiïiiuedùt un jour entrer dans le sanctuaire. 11 débuta par être conseiller au Châtelet, puis au parle- , ment en 1515; il devint maitre des requêtes en 1525, et exerça cette charge pendant dix ans. Il n'est rien dit, dans les mémoires du temps, de son mariage avec Madeleine Chambellan ; nous n'avons, conséc^ernment, aucune raison d'aliïrnier que ce mariage ait été malheureux : il y a peut-être, au contraire, une raison de conjecturer, que Matthieu de Longuejoue et Madeleine Chambellan furent heureux en ménage : c'est que la mort vint bientôt briser ' leur union ; et il est presque de principe historique, quant aux individus, que ce qui est li ni i t doux, ne dure pas. Il faut nécessairement rapporter à une cruelle et subite interruption de la communauté domestique, l'ori-

* On appelle Commendet h provision d'un bénéfice régulier accordée à

iiîi vAcvc séculier, avec 4i^pen«-o de la vie rétrulière. Le mot commende était tué du misi . CQ/ummio, tiom, commcnàare, confier pour en avoir soin.

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ginc de ces inouvemnnls qui de proche en proche relournèrcnl les idées de Matthieu de Longiiejouc vers une vie de zèle et d'œuvres charitables par le sacerdoce ; il perdit son épouse^ et bientôt après^ son fils Thibaud de Longuejoue, au<iuel il avait remis sa charge de maitre des requêtes. Thibaud mourut jeune, peu de temps après s'être marié. Isolé ot enveloppé de deuil, cédant peut-être à une vocation première, Matthieu de Longuejoue, qui avait quitté le parlement, eut l'idée de quitter la vie séculièrè. Encore à la force de Tégè, à quarantercinqansSle magistrat réalisait son projet, et embrassait l'état ecclé* siastique, où ses talents et son savoir devaient infailliblement le faire distinguer.

Lorsque i^fatthieu de iioaguejuue iiU noiiimc abbé de Rojaumont, il est certain que sous le rapport du lustre personnel, le nouvel abbé commendataire en apportait beaucoup à Tabbaye ; il avait de ces hautes capacités qui font les grands magistrats, les hommes pohliques, les administrateurs habiles, et qui lui valurent d'attirer les regards du connétable de Montmorency et du brillant souverain de la France, du cbevaleresque vainqueur de MariT* gnan. François T' Tavait honoré de hautes fonctions diplomatiques ; il le chargea d'une mission délicate auprès du roi d'Angleterre, qu il ialiait détacher de Charles-Quint et rallier à la France. Mais ce n'était pas tant d'un lustre extrinsèque que Royaumont avait besoin, il lui fallait plutôt une nouvelle infusion de vie propre, intime | il était plus utile qu'on lui inoculât* une sève de moralité transcendante. Quant à cette superiicie glorieuse qui lient aux ^n nudeurs du passe, Royaumont n'avait qu'à revendiquer la grande épo(|ue de saint Louis, pour se trouver au niveau des abbayes les plus célèbres.

Qu'on ait jeté les yeux sur Blatthieu de Longuejoue^

> Ké veis ran 1485.

80 UiSTOlRË DE ROYAUMONT.

ponr l'élever à l'épiscopat, qu'il ail été dans les amitiés du cumiétable Anne de Montmorency, que Fraiirois l'"" l'ait nommé évèque de Soissons, en 1 554, qu'Anne de Montmorency lui ait fait donner entrée au conseil du roi François P\ qu'il ait été promu ensuite à la dignité de garde des sceaux, de chancelier de France, que dans Tambas* sadc dont le roi le charfrea pour J'Anf^lelerre, il ait réussi dans sa négociation, dont le programme était de gagner Henri VIII à la France, de le séparer de Charles-Quint, et d'obtenir la restitution de la ville de Boùlogne-sur-Mer : c'est là un ensemble de traits qui prouvent avec éclat les hautes capacités, le ferme esprit et la dignité de caractère du nouvel abbé de ilovnumont. Mais sa niniiination à notre abbaye est une indication précieuse des belles qualités foncières de notre évèque-abbé, de son caractère et de son âme. Il ne fut nommé abbé de Royaumont, que sons le roi Henri II. II arrive souvent, néanmoins, que le changement de prince fait un grand changement dans le conseil. Toulefois, après la mort de François 1'"", Matthieu de Longuejouei'ut conservé comme conseiller sous Henri II; c'est que le noble caractère de Matthieu de Longuejoue avait été apprécié. C'était un homme d'ordre, de droiture et de sens ; et quel que soit le trouble d'une époque, ces qualités font toujours impression. Matthieu de Longuejoue avait été chargé des sceaux de France à plusieursreprises, et tout d'abord en 1544. Les mémoires * disent qu'il remplit ses différents emplois avec la probité qu'on devait attendre d'un homme revêtu d*un pareil caractère* et doué de si rares qualités personnelles. « C'était une chose merveilleuse, dit un historien, de voir que M. de Longuejoue recevait ces emplois honorables sans s'y attacher, et qu'après y avoir fait son devoir, il les quittait sans

* Hititdredet maîtres des requélcs, de lilaucliaid.— Gallia chmtiam,^ DiUkmiaire de Uoreri,

se plaindre, prenant seulement unedescharge pour pieuve de la satisfaction de son maître*. » Néanmoins, malgré ces belles conditions, Matthieu de Longuejoue, commençait, pour Tabbaye de Rojaumont, une liste malheureuse^ en ce qu'il ouvrait Tère des abbés commendalaires.

Si Ton recherche quelle fut l'attitude des moines devant ce nouveau régime, il est juste de le proclamer à leur honneur; ils protestèrent éucrgiquemenl. ARoyauraont, l'abbaye resta veuve pendant douze ans, après la mort du dernier abbé régulier. N'était-ce pas alors le moment d'exhaler leur douleur? On a dît les tortures du chapitre général de Cîteaux, « de cette mal heureuse assemblée qui se débattait dans son inipuiasance, et désespérée, s'adressait à tous, au ciel et à la terre, pour implorer du secours*. » Ce n'est point contre l'abbé Matthieu de Longuejoue qu'ils protestèrent personnellement, ce n'était pas une question de personnes qui était engagée, mais bien plutôt une (piestion de principes et d'intéréls sacrés pour l'ordre. Huant à l évêque deSoissoas, sa situation était régulière, il uirivait muni des pouvoirs conlèrés, en vertu du concordat de 1516. Matthieu de Longuejoue. reçut, en 1549, son brevet de nomination à Tabbaje de Royaumont.

« Aujourd'hui.... du mois de.... mil cinq cent quaranteneuf, le roi étant à.... bien informé des bonne vie, mœurs, piété, suffisance, capacité, et autres vertueuses qualités de messire Matthieu de Longuejoue, et voulant, pour ces considérations, le gratifier et traiter favorablement, Sa Majesté iiii a nrrordé et tait don de labbaye de Royaumont,. dont la nomination et présentation appartient au roi, en vertu du concordat, vacante de droit et de fait,.... m'ayant. Sa Majesté, commandé d'expédier toutes lettres et dépêches nécessaires, pour l'ob*

^^Oonnay, Uiët. de Somoiis, i. ii.

' Annules ^Aiffuebelle, t. Ii, p. 1».

Sâ UISIOIAË Dë aoyaumont.

tention des bulles et provisions apostoliques de la dite

abbaye, et cependanl, pour assurance de sa volonté, le présent brevet qu'elle a signé de sa main, et fait contre- ^gner par moi, minisire et secrétaire d'État.

« Signé : le Roi,

« et plus bas : le Ministre ^ i»

11 est un genre d*aveuglement qui s'empare des plus loyaux et des plus purs. La légalité lait quelquefois pour la consdence Tillusion de la légitimité ; et, n'arrivc-t-il pas que, pour bénéficier du présent, on évite de regarder le passé et de sonder les origines d une situation? On ne deiiiaiidepas pourMatthieu dcLonguejouc de rcseiiir surlc concordai de 1516, qui était à l'état de fait accompli et en deiiors de sa portée. On s'est beaucoup rm ié contre le concordat de 1516 les uns trouvaient qu'il confisquait, au profit du pape, des droits acquis au prince temporel ; les autres regrettaient qu'il transférât au prince temporel des droits réservés au corps religieux. 11 est certain que le droit d'élire les ôvêques et les abbés appartenait jusque-là aux ordres religieux et au clergé. Le concordat excita en effet les plus vives réclamations delà part du clergé, du parlement et des universités. L'avocat

^Telles élaient, au dix-septième et au dix-huiliéme siècle, les formules de brevets «de Domination aux abbayes.

•Thomassin. de Marcn, de Coneord. sacerd. et imp. Hb. VI, c. ix , <riléricourt, IjOïs ecciés., ieilm F, cliap. iv, le président Hénault, ont approuvé le concordat de 1510. De nos jours, Mgr Frayssinous s'en est fait l'apologiste ; Mgr de Pradt, ancien arcbevécpie de Halines, l'a combattu, au eon- * traire, vers 48l7; il soutenait que les auteurs de cette célèbre mesure n'en avaient pas mesure h portée. Au dix-septième siècle, un des principaux de Port-Hoyal, M. de Saint-Cyran, avjiit « déploré la plaie que le concordat (de i 516] avait faite dans l'Église de France« en loi ravissant le droit de se choisir des pasteurs tels qu'elle les désire; el il re^ marquait que depuis cela on n'avait point encore vu d'évêque en France (jui eût été reconnu ponr saint après sa mort. » Port-Hoyali dillcraiil, £>ur cette (piestiou, d avec les yullicuiis, reprochait au concordat d'avoir aboli l'élection directe des évêques et des abbés par le cbapitre ou par les communautés. (JKânatr^fde Uncelot, t, IIp p. 163.)

général Le Lièvre, s'opposant à renregistrciiient du concordat, le représenta, dans une saillie plus piquante (]ue juste, comme un contrai par lequel Léon X et François 1*" se donnaient réciproquement ce qui ne leur appartenait pas. Mais les deux souverains avaient été conduits & la né« cessité d'un contrat par les événcmenl^ antérieurs. On se souvient qu'en 1458, au milieu des démêlés d'Eugène IV et du concile de Bâle, Charles VU avait assemblé le clergé à Bourges, pour délibéra sur les affaires de la religion* Tout en restant fidèle au pape Eugène, l'assemblée adopta les décrets du concile avec quelques modifications conformes à nos usages ; on les rédigea en vingt-trois articles, dans un acte connu sous le nom de pragmatique-sanction. L'un de ces articles abolissait les annates^ un autre rctahlissait l'entière liberté deè élections pour la nomination auxévéchés. Louis XI essaya d'abolir cette pro^muiftçti^; Charles VIII et Louis XII furent au contraire pour son iiiaiiîtien ; de là des contestât iiins entre iioiue et la France, qui se terminèrent au concordat de 1516.

Du moment que, en 1549, le concordat était en pleine vigueur, il n'appartenait point à Blatthieu de Longuejoue de s'insui'ger contre la législation ; mais on regrette qu'il se^ soit, pour ainsi dire, endormi à l'endroit des immenses dangei-s que créait le régime des commendataires pourles ai)bayes. Les commendes, loin d'être une nouveauté S paraissent anciennes dans l'Église. Au sixième siècle, déjà, saint Grégoire et Pélage donnaient les abbayes en com^ mende. Ce fut dans l'intérêt seul des monastères, que ces commendes furent d'abord introduites ; on voulait parer aux inconvénients que produisaient la vacance des sièges et le retard apporté dans les élections de l'abbé. A laisser longtemps les abbayes privées de leurs siipé-

' Le pape Paul H fut le premier qui rendit [es aninnendcs perpi^luelles

on qMinzi('ni<' siècle; le cardinal de Porto le sti|i])H;iiit de les supprimer: " U>muieiil taire V ce ucst pas possible,» répondit Paul II.

84 HISTOIRE DE ROYilUMONT.

rieurs, il y avait de grands dommages, soit au spirituel, soit an temporel. Mais Jes commandes s'écnrtèrent de leur première institution, et pendant le système féodal, ou vit quelquefois des seigneûrs traiter les abbayes comme leurs propriétés, s*y installer bruyamment, et reléguer les moines dans le coin le plus retiré des monastères. Cet èlat des choses rluL cesser. Les laïques cessèrent de recevoir des commeiides à partir de Hugues Capel; mais ou avait continué d'en pourvoir des clercs non résidants; Clément V et Innocent VI révoquèrent les commendes comme irrégiilières

Les commendes reparurent au seizième siècle, à Pabri d'une mesure législative. Et, comme on avuil lii 1 1 ii i c soi 1 expérience des siècles passés, cette expérience ne devait inspirer guère de belles idées pour l'avenir de Royaumont. Déjà, en 1355, le pape Innocent VI avait dit : « Uexpérienee fait voir que dans les bénéfices en commende, le service divin et le soin des âmes sont négligés ; l'hospitalité n*y est pas observée; on laisse les bâtiments toi 11 lier en ruines et s'éteindre les droits temporels et spirituels des monastères. i> Voilà ce qui se disait au qua> torzième siècle. Sera-t-on plus heureux au seizième et aux siècles suivants? le nombre des religieux îra-t-il en augiuentant à Royaumont, au lieu de diminuer? s'acquittera-t-on bien des divins offices? Tidéal bénédictin serat-il réalisé ? les bâtiments seront-ils convenablement entretenus? les populations se retourneront-elles vers cette colonie, pour y chercher le type des beaux sentiments et des saintes existences f

Les inconvénients du régime des commcudob, nombreux par la force des choses, devinrent déplorables. En soi, n'étail-il pas visible qu'on créait pour les monastères des êtres parasites, qui n'avaient avec les religieux

' V. laconstitation d'Innocent VI du 18 mai 13S3

attachés à la maison que trop de liens pour en épuiser la substance, mais pas assez pour y entretenir. la vie morale? Cet abus de la commende ne devait aller qu'en grossissant; et il ne sera pas rare de voir un seul et même abbé commendataire chargé de quinze et même au delà de vingt abli tycs, seluii qu'il élail plus ou moins en faveur à la cour. Sous l'empire d'un pareil état de choses, il était impossible queles communautés religieuses ne vinssent point à déchoir de leur ancienne régularité* £n vain le concile de Trente renouvela les prescriptions du traité, en statuant que les cornmcndes ne devaient être confiées ([u'à des réguliers ou n lipioux ; en pratique, on agit comme si le concile n'eût point parlé ; et l'on vil, jusqu'à la révolution française» les bénéûces réguliers donnés à des ecclésiastiques à peine tonsurés, souvent en bas âge,Tiui recevaient, avec le nom d'abbé, tous les droits attachés à ce litre, excepté pourtant la juridiction spirituelle, et avec cette particularité, qu'ils ne recevaient pas la bénédiction abbatiale et ne portaient la crosse et la mitre que dans leurs armoiries*

Matthieu de Longuejoue ne remarquait pas que sa nomination, quoique légale, manquait de conformité à un détail du concordat. Ce conconlat de Léon \ et de François I" (lisait formellement : « Pourlcs abbayes et les prieurés conventuels, le roi en usera comme à l'égard des évêcbés, excepté qu'il sei^a obligé de nommer des religieux du même ardre ^ » Matthieu de Longuejoue n'étant ni bernardin, ni moine, c'était ne pas tenir compte de cet article formel du concordai, que du reste on devait totalement

* Voici le texte laliii du c-nunr înt « Scd idem Rex illorum, ocetirrente hujusmodi vacattone, nliyiosum ejusdem ordinis in setate viginti trium . annorum ad minus consUlutuin... nominare debeat... si vero Rex. presbylerum ssecularem aut religiosum alterius ordinis,,.. nominaret..., talis no-

minatus recusari debeat... Concnrdata ititer. SS. Papam J.eoncm X et Srdem Apoat. ac diriêlian. regem Ffauciicum /, titulus lU, de Monasleriis pure eleclivis. » » . '

88 iiISTO(AR DE ROYAUUONT.

foiilor aux pieds dans la suite. La récoplion do Matthieu de I.oM^aicjoue à Royaumont, quand il prit pusscssion de son abbaye, ne pouvait être que polie, tout rapp<»:tde cordialité se trouvant supprimé par la^ nouvelle organisation. Si la dignité abbatiale avait été grande jusqu'alors» la commande faisait tomber désormais le prestige qu'elle empruntait des sublimités dos clioses mystiques. Il avait été d'usage jusqu'en ces derniers temps d'aller procèssionnellement au-devant d'un abbé; il fallait seulement comme condition préalable, d'après un des statuts % qu'il eût été béni; mais quel prestige pouvait conserver comme abbé, aui yeux des religieux de Royaumont, Matthieu de Lon^ruejoue? Lorsque, sacré évèquo en 155^, il entra à Soiss(ms, monté sur une uuile, act oiupagiié de l'évéque de Troyes% de plusieurs abbés, de quelques gentilshommes de laprovinceet des gens de sa maison, il y eut un cibncours sympathique des foules *• Son entrée à Royaumont, en 1549, devait être et ne pouvait être que froide!

Autrefois, rintervaile pendant lequel la place d'abbé restait vacante était uu temps de deuil, un temps de veuvage, comme l'appelaient les moines, et les accents de douleur se changeaient en chants de réjouissance et de triomphe lorsqu^un nouvel abbé avait été élu. La cérémonie d'élection, de bénédiction, d'intronisation, était pl( iue de maguificence et de grandeur; le plus haut symbolisme se mêlait aux cérémonies usitées dans le rituel. Tout annonçait le rang suprême du nouvel abbé et la grande pari qu'il était appelé à prendre dans la 'vie intérieure du monastère. A quoi bon les transports d'allégresse et les cérémonies pompeuses pour l'avénemenl de Mgr Matthieu de Longuejjoue, qui allait tenir un

1 ^(X unquam fiât abbaii prceeiHa nisi àenetUclô, (Nomasticon Cislcr-

ciense, 1664.) * Mgr Henncquin.

' Biitoire 4e Soimtu^ par Durmay, (/II. p. 518,

milieu v;i^rue,non défini, entre le supérieur spirituel et le nnaUre leiiijxHon comment les moines de Royaumonl auraient-Us donné le baiser fraternel à celui qu'ils n'ayaient pas choisi, et qui allait rester, par la force des choses, comme éiran^er à l'abbaye de Abyaamont? La colonie bernardine ne put voir, dans Matthieu de Longuejoue, qu'un dignitaire qui venait de se pourvoir ou de s'approvisionner; le roi Henri II, qui le conserva au conseil où François I*"^ Pavait lait entrer, le pourvut de la h baye de Royaumont en 1549 ^ Cette formule, quoique très-usitée, n'en est pas moins * étrange; antérieurement, lorsqu'ilne abbaye était vacante, on la pourvoyait d'un abbé ; désormais, on dira pour être exact, tout le coiilraire. Avant la comnit mlc, c'est Tabbé qui était la propriété du nnonastère ; mais depuis Matthieu de Longuejoue, ce fut Royaumont qui appartenait à MM. les abbés.

Matthieu de Longuejoue était d'une haute moralité ecclésiastique ; c'était un homme pur et désintéressé % un évôqut! qui avait le sentimenl et le respect de sa grande dignité. Mais, en soi, la commeudc équivalait, au fond, à une véritable coniiscaiion, comme le reconnaît un judicieux auteur : et Au commencement du quinzième siècle, la plupart des abbayes cisterciennes commencèrent à tomber en commende*; et>,par une confiscatiùn àéqmée^

* Scion la formule indiquée par la Gallia chrisliana.

* [/historien d'Aiguebelle s'étoone aussi à bon droil de ce renversement (les mois et des .choses.

* On voit dans les titres de l'ancienne abbaye de Hontmartre, fondée en tl54, par î oiù^^ le Gros, que Mgr Maltliieu de Longu^oue, évéque de Soissonsct abb' de Royaumont, dontin, on ir»55. n cpltpriljbnycdo bénédictines, une maison et un jardin tin il lUissédail ^^ur Muntniai tre. pour qu'on lo? comprit dans l'eiiclos du monastère. Le bon évèque avait mis pour cunJition ft sa libéralité, que les religieuses se soutinssent de lui dans leurs prières, et qu'elles lissent tous les ans célébrer deux messes solennelles, l une lo 2{ octobre, jour de sa naissance, l'autre à l'anniversaire de son décès, qui arriva deux ans après, le 7 septembre [Hist . de Monimarire par Chennmet, p. 114.) ,

* V. dont Hartène, Âttecd. thesaur,, IV, 1635.

88 HISTOIRE D£ ROYÀUMONT.

plus désastreuse que celle de 4790, on vil des séculiers «'(rangers b Pélat reliiiieux s'emparer du titre d'nhbé pour dépouiller les monastères tic la plus j-n ande parlie de leurs revenus. Cet abus déplorable dut être toléré par la cour de Rôme, et subsista par la nomination royale jusqu'à la révolution française ^ » Bien que ce ne soit pas sous ce jour de coiifiscaîioii déguisée que MaUliieu de Longucjoue inaugura son règne abbatial, et que l'idée de spoliation n'ait pu être intentionnelle, en réalité ce n'était que cela, fioyaumont, en 1549, fut volé à lui-même, et dontié à un étranger. La nomination royale à cette abbaye n'avait pour objet que de grossir les revenus del'évôque de Soissons en lui donnant radiuiiiislration des biens du monastère, c'est-à-dire pour qu'il s'en appropriât les revenus en grande partie. On disait dans la bonne compagnie qu'il venait de prendre uns abbaye en eammende*

L'honorabilité elle-même de Mgr Matthieu de Longuejoue, joiiifo à cette pénétration et à cet esprit judicieux que l'histoire vante en lui, donne lieu à des étonnements. On est surpris que cet ancien magistrat, cet homme intégre, cet évéque « irés-zélé et trés^pnident pour le bien de son diocèse*, » n'ait pas compris les conséquences funestes de rétablissement des abbés commcndataircs à Royaumont, sous le double rapport du s|>iiituel cl du temporeP. Sous le rapport spirituel, la comnieufb' apportait en elle-même plusieurs difformités détestables. £lle métamorphosait en bénéfice simple une dignité à

* * H. d'Arbois de .luit vinville.

'Dormay, Histoire Uei>oiS80tUt t. il, p. 519. a ' Les propriétés de Tabbaye étaient la pi>opriét6 de l'abbé et des religieux qui la composaient. Ainsi la juridiction de patornitr- appartenait, quant à la propriété, à l'abbé et au couvent ; et quant à l'exercic(\ ;i l'abbé, s'il était réf^iilier; et s'il était conifiiendatairc, au prieur, avec le conseil du couvent. Mémoire à coimtUer. pour rabW de CMe^u.v. Paris, 1 <«1 , 1. 1' % p. 441

charge d'àme; elle séparait Futile et Fiionorifique, c'està-dire raccessoire des charges et des fondions qui forineiit l'essence du titre. Mgr Matthieu de Longuejoue eut-iL jamais le pressentiment qu'on préparait la décadence de Royaumont, en séparant Tabbé d'atec les moines, en créant ainsi dans les monastères sinon un antagonisme, du moins un sépatatisme dcpiui nljk^? On l'ignore. Matthieu de Longuejoue, animé d'un véritable esprit ecclésiastique, ne pouvait voir se réaliser de son temps la mauvaise influence d'un abbé commendataire sur Royauroont ; mais la ruine morale apparaîtra dès ses premiers successeurs, et il importo a 1 histoire et à la justice de bien préciser la date où nous sommes parvenus comme étant le point de départ d'un nouveau monde. Une des causes leç plus actives de la décadence de Rôyaumont, commodes ordrés religieux en général, fut posée au seizième siècle par le concordat. Il y avait là un élément d'altération profonde qui devait, à la longue, miner l'édifice. 11 viendra des abus et des désordres. Mais que la conscience publique se tienne ici dès l'origine bien renseignée I Ce serait commettre une iniquité en histoire si Ton oubliait que rétablissement des commendataires fut une des causes les plus actives de décadence, et en même temps une cause fout n fait distincte et indépendante du fait du monastère lui-même. 11 faut donc poser ici ce grand principe de simple justice, que les causes d'altération de Royaumont n'étaient pas indigènes^ mais de pr avenanee exotique ou étrangère, La plupart des désordres couiiiiencèrent avec la commende et s'accrurent avec elle. C'est le.laïcisme* qui fut surtout coupai)le dans la défaillance de Royaumont. On doit surtout moins accuser les moines et l'institut cistercien que faire remonter la responsabilité à un parasilisme séculier qui, souvent

* Entendu du clergé séculier, pat* opposition au clergé régulier

im HISTOIRE U£ ROYAUMOMT.

combattu, quclqnofois extirpé, renaissait sans cesse ^ Les fiffels ne lardèrent pas à sorlir des causes, dès avant la iin du seizième siècle, et elles faisaient reculer ]es plus intrépides esprits; le cardinal d^Ossat écrivait à Henri IV, le 22 décembre 1601 , que Véleetion était me elyïse bonne et sainte, conforme h tout droit divin et ftiimaui^'et que d'avoir ôté les élections clait advenu une grande mine à fÉgUse. On voit par un lilu^l de ("lormont, imprimé en 1C08 par ordre du cardinal de la liochefoucauld, qu'on faisait dans ce diocèse des prières publiques au prône pour le rétablissement des élections. La cour

* t La oommcnde, lèpre de l'ordi^c monastique, dit M. dcMontalcmbert,, atteignit, à paritr du seizième siècle, des proportions honteuses et fwmida'

blo>. Elle avait pour résultat de livrer le titre d'abÎK', avec la plus grande partie revenus d'un monastère, ù des PC(i('"sin«tiqiirs t^trang'Prs 5 In vie régulière, trop souvent même à de simples laïques, pourvu qu'ils ne lussent . pas marié8.EUepoi la partout une atteinte profondé et capitale aux institiH lions légulièi'es, et là ou le protestantisme n'avait pas réussi à les abattre, ■violemment, elle leur inocula un poison lionteux et mortel... Aux désordres partiels que rélccti* n oviiit ciiiriiîni's, «surtout dan? les nmisons trop du'ectemcnl soumises u i uitltiencc des grandes races léodales, la nomination directe par les rois, conférée par le concordat de 1510, sobstittia un désordre universel, radical cl incuralile. Le litre d'abbé, porté et honoré par tant de saints, tant de docteurs, tant d'illustres i)ontifes, tomba dans la houe. 11 n'obligeait plus ni à la résidence ni à aucun des devoirs de la vie religieuse. Il ne fut plus qu'une sinécure lucrative dont la couronne disposait à son gré, ou au gré de ses ministres, et trop souvwt au profit des prissions on dos intérêts les plus indignes... La notion môme delà destination piruso et ihaïUabie de tes glorieuse: rrrations de la foi de nos pères fut bientôt oblitérée. Ce magnilique patrimoine de la foi et de la charité, créé et grossi par les siècles, se trouva transformé en caisse fiscale, en dépendance du trésor royal, on la main des souverains puisait à volonté pour essayer d'en rassasier la rapacité <lo leurs courtisans, pour assouvir et asservir leur noblesse, Henri IV assignait en 1601, les revenus de l'abbaye de Cbàtillon à la comtesse de Guiclie, etc. Richelieu, Hazarin, lé cardinal de I^prraine, le cardinal de Chfttillon, Tabbé Dubois, l'abbé Terray, eurent soin de se faire pourvoir de la commende ou des revenus de presque toutes les abbayes de France.

« Ciue l'on se ligure ce que pouvaient devenir, dans la plupart de ces nMMiastères dépottUiés de leurs prérogatives les plus essentidles, de leur véritable raison d'être, et métamorphosés en fermes exploitées par des étranf^ers, cinq ou six malheureux moines, abandonnés à eux-nifmes, écrasé.^ sous lept)i(i> de leur gloire passée et de leur abaissement moderne? Ck)aiment s'étonner des progrès du relikchement, de lu décadence spirituelle et intellectuelle? > IfAS Meinn iTOeeiéent, t. p. ICS à i70.}

eile-méme représentait à Charles JX, dans des remontrances du 15 juillet 4560 : « Que puisque le Créateur avoit inspiré ledit seigneur à extirpation des !u;r<»sies, ladite cour le î>upplioit très-humblement de roiisidcier que le plus sûr et naturel moyen est de pourvoir auxprélatures, abbayes, et autres dignités de l'Église, de personnes dignes et capables; et que depuis Fan 1517, que les concordats faits entre le pape Léon X et le feu roi François, aicul dudit seigneur, furent par très-exprès commandement publics en sa dite cour, la relufwn éto'tl i<n^ours diminuée*. » C'est pourquoi la chambre ecclésiastique arrêta, dans les états de Biois, sous Henri III, qu'il serait représenté au roi que : « Le plus grand abus commis dans rÊglise était que, pervertissant tout ancien bon ordre, par lequel, suivant les décrets de l'Église universelle, cbaque Église èlisoit son pasteur, et cbaque couvent son abbé, les rois, à la grande charge de leur conscience, avoient entrepris de nommer aux prélatures et aux abbayes telles personnes (pie bon leur sembloît*. » La cour, dans des remontrances, disait également à Henri III : « Est en grande espérance, s'il plaît au roi suivre la pragmatique-sanction, qu'il remettra, en ce faisant, l'Église gallicane en sa splendeur... Déclarera le roi aussi, s'il lui plaît, qu'il n'entend noufmer aux abbayes et prieurés, ains en laisser l'élection libre aux monas^lères*. »

Mallliieii de Longuejoue ne paraît pas avoir davantage ressenti le coup profond, irréparable, qu'on portail à Fabba^e de Royaumont, sous le rapport du temporel. Pour lui personnellement, un historien assure que, quoique absent de Soissons, par suite de ses fonctions politiques,

* Mémoire pour kt MA pimrt, etc., de Saint-Vincent du Vans, Saint- Martin de Sccz, etc., Paris, 1764.

« Mffm. âtirfergé, l. II, p. 242.

IHctionn. des arrêts. Yoy. Pra^m., l. Y, p. 284.

HÎSTOIBE DE ROYAUMONT.

il ne négligeait point pendant son absence les affaires de son évêché; cela donne droit de croire qu'il veillait également sur le temporel de Royaumont. Ce n'était pas ^ d'ailleurs un seigneur aimant les élégances, le luxe, les • beaux clievanx ol la cfîasse. Ecclésiastique sérieux, de mœurs graves,il iie s inquiétait pas de savoir si Royaumont avait des forêts remplies de daims et de gibier, des celliers renfermant des provisions abondantes en vins, en bière, en cidre, pour rester peu soucieux ensuite si Tabbaye allait elle-même en dépérissant. Mais le principe de la ruiiic n eu était pas niouis posé ; le temporel de Royaumonl allait visiblement s'amoindrir sous les successeurs de cet abbé. Ët combien de vénérables intérêts allaient souffrir! Un avocat général de l'ancien parlement \ frappé des inconvénients des commendes, les faisait ressortir sous un aspect qui toucliail les intérêts matériels des populations environnantes. Ce n est pas seulement par l'édification du public, par Texacte discipline qui s'y maintenait, par la considération des services que les monastères rendaient à l'Église en général, ce n'est point par ces côtés-là seulement que la situation des aKbayes devait paraître précieuse aux yeux des magistrats. Les Imur^s et les villes, à coté desquels étaient situées les abbayes, étaient alarmés des suites de cette commende, les revenus ne se consommeraient plus autant sur les lieux ; il ne serait plus possible d'entretenir dans ces abbayes le môme nombre de reli<;ieux. « Ces abbayes, disait le mcnie avocat général, font vivre beaucoup de citoyens, ou par leurs aumônes abondantes, ou par les travîTux qu'elles font faire. Quels dédommagements pourraient réparer des pertes si réelles et si propres à toucher des hommes d'État? 11 s'agit de savoir s'il est avantageux à l'Église, pour établir des abbés commen data ires, de

< Joly de Pleury, avocat général dans le diK>hniUème siècle.

diminuer le nombre des religieux qui composent les communautés, de retrancher rhospitaliié, de supprimer

les fonds destinés pour y faire Taumône niix pauvres des lieux, d'r tïacer les marques, qui restent dans l'Église de France, de la communauté de biens qui doit être selon la règle de saint Benoit M suivant la fondation de ces monastères entre un abbé et ses religieux, i»

Royaumont ti'a conservé d'autres traces do passage de Mgr Longuejoue, que son intervention otTicielle dans ■ qu( h^ues actes où il était d'ouJinaire représenté par un gérant. De sa personne, on le vit peu à Royaumont. 11 avait ordonné qu'on fit un inventaire des saintes reliques qui étaient au trésor de Notre-Dame de Royaumont ; il y fut procédé le 16 janvier i549, par dom Jean Ghamblain, . chantre de Saint-Denis en France, vicaire de Mgr Matthieu de Longuejoue, en présence du prieur et des religieux de labbayeS 11 se faisait également représenter pour les transactions matérielles, financières, et de droit féodal. C'est à cette époque que Ton commence à voir désigner dans les actes le fief de Touteville, château inclus ciujourd'liui dans Asniércs-snr-Oise et qui date des premières années du seizième siècle. Du temps de « religieuse et dévote personne dom Guillaume Salié de Bruyères, i> dernier abbé régulier de Royaumont, une transaction avait eu lieu, portant inféodation de quelques terres du fief de Toutcville, par les religieux de lioyaumont. Cet acte nomme le seigneur de Touteville et le personnel de l'abbaye. Le seigneur était Pierre de la Porte ; à Royaumont il y avait Guillaume, par la permission divine abbé; dom Ëstienne Chappotel, prieur de l'abbaye; frère Hugues Guenot* ; dom Pierre Kausme;

* immtairedeiaika^ convent., Seine^^ise.

* Ce moine figure dans des actes de 1516, de 1511, notamment dans i'ade d'acquisition d'an gord en la rivière d'Oise, près de la corde du bacdefioi-au. Cartulairedô doyaumoRt, t. 1*S p. 114.

dom Jean daignai d ; frère Simon Aubbin; frère Jean Moiner; frère Jean Paris ^ ; frère Jean Gaulteruy ; frère Roger Gasteau ; frère Pierre Deschamps ; frère Âudry Nazart*. On doit remarquer que, à partir deMatthieu deLonguejoue

devenu abbé commendataire, les formalités exi^rées par le droit féodal ne s'accomplissaient plus exclusivement par l'abbé en personne; les religieux agissaient en son nom, et le prieur acquérait» par le fait, une importance active qu'il n'avait pas eue avant les abbés oommendaloires. l^ustache de la Porte, conseiller du roi au parle* ment, héritier et seigneur du fief de Touteville, traita dft quelques arrangeineiils territoriaux avec les messieurs de Royaumout; et dans deux actes du 19 février et du 17 octobre 1552, c'est dpm Charpentier, abrs prieur et procureur deRoyaumont, qui négocia au nom de Mgr Matthieu de Loiiguejoue et du couvent, et fut en rapport avec noble homme uiessire de la Poi Le .

Barnabé de Fayolles, chanoine de la Sainte-Chapelle de Paris, qui était un bénélice considérable, fut le seéond abbé commendataire de Royaumout,Mgr Matthieu de Longuejoue étant décédé le 8 septembre 1^57 ou 1558 ^. 11 est à prééumer que Barnabé de Fayolles descendait de ces Fayullcs dont un ancêtre, au quatorzième siècle, Géraud

< Ti ocureur de Tabbaye, en l'année 15S7 . Cariuigire de Hiifyminmt, t. U,

* Cartulaire de Itoiiuumont, t. V", p. 50 1 .

^ Ibid.f p. 317 . bu ucic de rannéc lù32,relatii au moulin ù huile de Gouvieui, contient les noms de MM. de !toyaum<Hit. On voit parles nomsd^à cités dans un autre acte, qu au bout de vingt lui^, le personnel de l'abbaye était presque renouvelé; l'acte de 1532 relate dom Marc Perrotin. prieur; doin r<icolede Creil, chantre; dom Jean Langlois, sous-prieur; dom Jean Canlteray, eeUerier; éom Jean Mancel, ministre; dom Guérard Portier ; dom Antoine Parisis ; dom Pierre Nazc, sacristain : dom Hercules Dassequin;dom Philippe Daulhony; dom Jean Sauveau; dom Oucntiii Paumier; dom Pierre Cardon; loui^ prêtres re ligieux. {Cartulaire fie Hoijaumont.)

* Les descendants de la lamille des Longuejoue se sont perpétués jusqu'à nos Jours. Une madame de Longuejoue était dame d'honneur de là ducliesse de Bourbon, en 1186. La baronne d'Oberkircii la trouvait bonne et ^spirituelle; elle ne croyait pas au mag^néiisAie. [Mémoiret de ia baronne d'Uberiiiixb, t. U» p. 219.) #

de Fayolles, s'était si bien montré dans la défense do la . ville de Saint-Astier. Le roi Jean le gralifia du droit de justice en 1551 ^ . liarnabé parvint ù la dignité abbatiale^ sous le règne de François II, en 1559. Ce nouvel abbé ne vint apporter à l'abbaye ni une énergie ni une espérance nouvelle de réveil ; il ii'amenait avec lui qu'une impuis* sance personnelle, qui se perdit dans une nullué absolue, en face des grandes crises que la société française allait traverser pendant les guerres de religion.

Lorsqu'une abbaye ne donne d'autre signe de vitalité que la préoccupation de ses intérêts matérielst on ne peut que fîémir. Mais, au milieu du seizième siècle, demeurer impassible ou ne se donner du mouvcnient que piiin* des iatércts puérils ou secondaires» eût été une sorte d'abdication morale. La société française achevait de sortir des institutions civiles du moyen âge, de même qu'elle était déjà sortie des institutions politiques de la féodalité. Le \cnt impétueux de rinnov;ilioii soufflait déboutes paris. Royaumont ne pouvait pas s endormir dans une quiétude béate. N'y avait-il pas la grande question du prolestaniismequi s'imposait à tous les esprits, toute neuve, toute brûlante? Et toutefois, tandis que la question de la réforme religieuse avait déjà beaucoup marché, U s papiers de Iloyaumont du temps de Barnabé de Fayolles n'ont transmis que des actes d'administration purement territoriale. I^on qu'il faille dédaigner ce côté des choses humaines et celte base indispensable des établissements ; mais on aimerait que les nobles inquiétudes se lissent Jour en même temps. A peine pourvu de l'abbaye, Barnabé de Fayolles sembla impatient de profiter de ce que l'on appelait VHôtel de Hoyaumont, ;» Paris rueKauui- Ruissole (rue du Jour), près Saint-Eustacbe. Gomme le

• La seigneurie tic Fayolles, qui élntt en t'érigord, fut érigée plus tord en marquisat.

% HISTOIRE DE HOVAUMONT.

précédent abbé, Mgr Matthieii de Longuejoue avail laissé

cet hùiel tomber dans un état de dégradation considérable, l'abbé de Fayolles en appela contre les liériliers de Mgr de Longuejoue, au Chàtelel de Paris. Cette cour rendit, le 1*' février 1559, une sentence qui nommait maçons et charpentiers pour visiter les réparations à faire à Y Hôtel de Boyaumant., à Paris ^ C'est que cet hôtel avait déjà (iuiiiié dans les tem[)s antérieurs de perpétuels embarras. Un arrêt du parlement du 17 avril 1451, portail main-levée à frère Jean deMerré, abbé deRoyaumont, de la saisie qui avait été faite en vertu d'un arrêt du 5 juil* let 4450, des clefs, lettres et biens de YHôtel de Royaipmo/j/, sis a Paris. Cliarles VllI, roi de France, avail donné des lettres patentes, en décembre 1491, aux abbé et religieux de Koyauinont, contre ceux qui voulaient se saisir d& leur maison, sise .à Paris, rue Raoui*Ruissole, en obligeant les locataires à leur payer le loyer et à vider ladite maison. Enfin, il y avait une sentence du Châtelet de Paris, du 25 novembre , faisant main-levée aux abbé et religieux de Uoyaumont,-de la saisie, parles gens du roi, du Chàtelel de Paris, sur riiùlel de Royaumont*.

Les affaires financières semblaient se multiplier sur tous les points; et, lorsque le vassal n'avait pas payé exactement les droits féodaux ou (ju'il n'avait point rendu foi et hommage au temps prescrit et avec les devoirs, redevances et cérémonies usitées, le seigneur mettait la main sur les biens du vassal ; et quand il avait tout confisqué, ' on disait qu'il avait usé de saisie ou de main-inise. On avait main-levéej lorsque était levé Tempéchement résultant d'une saisie-arrêt. Messire Barnabé de FayoUes mis en (b'menre, en 1565, parle vieux droil, de salist'aire à la justice, obtient la maiu-levée de la saisie faite à la re-

' ImenU^eie la manie conventuelle Ue 17G5.

LIVUE laXlÈME. * 97

quête du substitut du procureur général en Ja vicomte du Pont-de-PArche (Normandie), de la terre et seigneurie de

■ la Haie-Malherbe, parce que les religieux avaient négligé de faire les foi et hoimnaijre. Mais, plus attenliren 1^)65, Tabbé de Fayolles rend foi et hommage, aveu et déiiombrement au roi Charles IX, pour cette terre et seigneurie de la Haie-Malherbe» relevant du roi à cause de sa vicomté du Pont-de-PArche*. '

Royamnont avait aloi'S un puissant voisin. Anne de Montmorency jetait un grand éclat dans le monde après avoir clé môlé d'une manière brillante et utile au règne glorieux de François 1"> 11 fut un grand homme de guerre, et il avait dû d'abord sa grande élévation à la part qu'il prit à la libération de François F et à Pesfime particulière que faisait de lui Charles-Ouiiil. Maréchal de l'rance dès 1525, on l'avait récompensé plus tard de ses grands services par l epée de connétable de France, en 1558. Mais Pheure des disgrâces étant venue pour le connétable, il se, retira, de i541 à 1547, à ses résidences d'Ëcouen et de Chantilly, où il vécut presque entièrement. Les compétitions et la rivalité des Guise formaient le point noir dans la carrière d'Anne de Montmorency ; il protita des longues années de mauvais vouloir de la cour à son égard,

* pour faire construire le château de Chantilly tel qv^on le voit encore aujourd'hui, la vieille enceinte féodale des comtes de Senlis paraissant trop restreinte pour le nouvel état de maison du duc

Chantilly grandissait, tandis que le connétable s'y consolait mal de la cour et des camps dont il n'était plus. Il est vrai, qu'en perdant des courtisans, il avait gagné des amis. Le dauphin, Tamiral Chabot, un de ses compaj^nons

' r.nrtnlairo de Hoijanmont. t. Il, p. 626.

* Lai» làol, la liaroiinie tie Moulmorency, y jointes es terres et scigiieulîes d'Bcouen, Chantilly. ... est érigée en duclié-pairie, en faveur d'Anne de Nonlmorency, par Henri II. (il/Jifly. t. IV» p. 1733.)

08 UISTOIRË DE ROYAUHONT.

de disgrâce, le président Gaillard, le maître des requêtes Lasare de Baif, le chancelier Olivier, J^envenutto Ceilini, Ândrê del Sarto, Léonard de Vinciy fréquentaient, aux alentours de Royaumont, le nouveau château de Chantilly, reconstruit par Monlmoi ency, dans le style de la renaissance Le connétable, auquel autrefois les belles manœuvres par lesquelles il avait dispersé l'armée de Charles- QuiiH en Provence, avaient fait donner le nom de Cmetator et de Fabius français^ en était réduit à GhantiUy, de loi! il 1547, à devenir homme d'affaires et à se livrer aux préoccupations modestes de la vie domestique; il s'adonnait aux mille détails de ses bâtiments, avec les architectes, les peintres, les sculpteurs, les artistes sur verre et sur porcelaine; ou bien, il vaquait avec ses intendants ou avec ses secrétaires à ses affaires publiques et privées, à radministralion de ses domaines, à sucpricspondance française et européenne. Anne ne manquait pas .d'instruction, dit M. Amédée Henée ; il écrivait lui-même une grande partie de ses dépêches^ et d'une fort belle écriture pour le temps. 11 voulait spécialement que ses affaires et ses rapports avec Tabbaye de Royaumont fussent toujours en régie. C'est ])ourquoi nous voyons Royaumont remplir, «en 1540, une lormalité féodale, avec une exactitude empressée, vis-à-vis du patriarche guerrier de Chantilly et de madame la connétable, Madeleine de Savoie, qui occupait si bi^ son grand fauteuil, « avec son air de princesse et de sainte, avec son costume à longues iiKinches et à longs plis, selon la vieille mode française, en lace de son mari si imposant par le sceptre paternel, par Tépée de connétable, par le prestige auguste du premier seigneur et du premier personnage de la chré* tienté après les rois et les princes des maisons souve->

^ Utantilly, par M. Vatia et pur M. Rousseau-teroy . — > Les BuUant, Goujon, Pinaigrier» Palissy» travaillaient pour orner la résidence de Cban^ tiUy.

raines. » Ën effet, le 1^' juillet 1546, Anne de Montmorency, premier baron, connétable et grand maître de France, donna acte de la foi et hommage qu'on lui avait

portée, pour le (ief de Kateste, mouvant de sa chàtellenie .de Méru. « Savoir faisons, disnit Anne de Montiaorency a dans cet acte, que ce Jourd'hui, Pierre Levasseur nous «r a fait la foi et Thommage, comme hanme vivant^ mow- <( rant et confisquant des religieux, abbé et couvent de « Royaumont, pour raison dufief Bateste^ » C'est que les gens de mainmorte étaient ordinairement exempts de l'-hommage ; ils taisaient rendre leurs devoirs de vassaux, par un laïque, que l'on appelait homme vivant et mouratit^ On appelait gim d& imoinmorte, lesévéques, les abbés, les couvents, les Qommunautés qui, étant permanentes, n'étaient pas censés mourir, et ne produisaient aucune mulalidii, ni par conséqueiil Miicun droit scignt m On les appelait gens de . mainmorte, par antiphrase, puisque la mort était exclue par la perpétuité. Les gens de main^ morte étaient obligés de présenter à leur seigneur un homme qui ne fât point attaché à l'Église, et qui pût faii c pour eux la loi et riionimage, lorsqu'ils étaient accompagnés de cérémonies trop ridicules ou trop indécentes, pour que les ecclésiastiques pussent être tenus de les faire en personne. Pierre Levasseur se présenta pour les MM. de Royaumont.

Il devbit en être désonnab des abbés de Royaumont, comme des sauvages dépeints plus tard par le romiincier américain Feniniore Coop^, et qui empruntent une moitié de leur prodigieuse force draii^tique au êtienee, Nos abbés commendataires faisaient figure par leur mutisme, ou plutôt ils brillèrent par leurs ehsence de l'abbaye, et par leur néant. Les sauvages des romans américains subjuguent, quand ils se taisent, parce qu'ils semblent

iOO UISTOiftE DE ROYAUHONT.

vivre en dedans d'une vie mystérieuse, el que Timagination les suppose ce qu'ils ne sont pas. L'histoire ne reconnaît îNis que les nouveaux abbés commendataires de Royaumoiit, aussi silencieux et nuls que lés sauvagés du nouveau monde, aient porté la ressemblance jusqu'à, produire cette illusion de perspective. En définitive, ilarnabé de Fayolies continua ces tiabitudes à! abHentéisme ou de non-résidence des àbbés, qui seront une cause de décadence ajoutée à tant d'autres. On ne peut pas même rapporter à Barnabé de Fayolies quelques actes d'affaires temporelles, véritable bienfait agricole pour le pays, et qui étaient antérieurs de quelques années à l' avènement des commendataires.

On voit que, vers le milieu du seizième siècle, MM. les religieux, abbé et couvent de Royaumont font des baux, à cens e^ rente, à des habitants d'Asnières, de Vinrmes et de Bâillon, pour différents terrains situés dans la contrée. L'abliaye louait des pièces de terre aux cultivateurs, à condition qu'ils en payeraient la dime aux MM. de Royaumont. Pour citer un exemple, Jean de Mailly, de Viarmes, s'était engagé à payer pour une pièce de terre plantée de vigne, « de ch;^ un muid de viii sept pintes, mesure du dit lieu, sous peine de soixante sols parisis d'amende, comme aussi à la charge de douze deniers parisis de cens par chacun an, jour de Saint-Remi, et douze deniers parisis et une poulie de rente le lendemain de Noël. ^ 0 Le Cartulaire de Royaumont a inscrit les actes des années 1550, 1536 et 1557, dans lesquels sont relatés les aiTangements faits entre divers habitants du pays et Tabbaye royale ; il doit exister de nos jours plusieurs famiUes descendant de ceux dont les noms sont ' indiqués au Cartàlaire et qui traitèrent avec Royaumont. 11 est intéressant de consigner la plupart de ces noms :

^ CarMaire de Himtt»^* K P*

« Jean de Mailly, de Yiarmes ; Claude Deschamps, item ; Claude Carrier, d'Asnières; Simon Reano, de Viarmes;

Biaise Yaulcre, it. ; Jean Navain, d'Asnières ; Noël Cornu, it. ; Pierre Deneu, it.; Jean Hennequiu, il.; Robert Carballet, it.; Gilles Langlois, de Viarmes; Guillaume Dupont) it.; Marin Jouy, it.; Guiilauiçe David» it.; Guillaume Deschamps, it.; Jean Reynard, it.; Jacques Orenger, d'Asnières; Mahier Savière, il. ; Antoine Jouy, dit Hacquo, it. ; Nicolas Parent, il.; Etienne Lecomle, de Viarmes ; tlieime Audiernc, it.. ; Nicolas Herlhelol, de ^ Bâillon ; Jean Hcnin, dit Toussaint, d'Asnières; Jean Sarrazin, it.. ; Casin Laugignarl, it. ; Amould Cannelier,it.; . Adrien Antheaume, de Viarmes; Vital de la Pierre, il. ; Olivier Lemaigre, ii. ; Jean de Partout, it. ; Jean Seguin, it.; Pierre Bimont, d'Asnières; Jean Gillard, it.; Jean Brasdor, dit Capitaine, it. ; Jean Daudelin, it. ; Jean de la Bassée, it. ; Marin le Bas, it. ; Gill et Heuquier, il. ; Pierre.de la Tour, de Bâillon. » On voit également à la lin du seizième siècle et au commencement du dix-septième, des chefs de famille, résidant a Asnières, et portant les nonii» .suivants; Charles Besnard ; Jacques Lamouche; Jean Ledoux, etc. Noble homme Guillaume, de la Fontome était écuyer et seigneur de Viarmes, en 1551 ; et le curé de Yiarmes, en 1557, se nommait M. Claude Haudebert ^

Cependant, le protestantisme % né en Allemagne, avait passé la frontière; Calvin l'exagéra en y mettant son ca» chet; le calvinisme finit par passionner quelques Français amoureux d'innovation, daiis la capitale et dans les pro-

* CartutairedeRffyoummt, t. I, p. 42eetsuiv.

- En soi, le protestantisme, comnie valeur doctrinale, manque de logique rt (Je ( on^éqiienco. Admettant, comme le catholicismo, nne révélalioii divine posiuve faite aux liomines, pourquoi s'arrête-t-il à moitié chemin? ii'es proleslaiits disent que la Bible iulei prêtée par chacun suffit; les catholiques disent que cela ne sufflt pas, et qu'au seizième siècle les novateui<s n'avaient pas le droit de briser les anciennes formes religieuses que l'|glise

i02 HISTOIRE DE ROYAUMONT.

vincèis. Pour un motif ou pour un autjre, les opposants poliliques vinrent joindre les opposants religieux. IV y eut bientôt- le parti huguenot, opposé au parti catholique ; et

la province du liuauvaisis lïU une de celles qui furent le plus tôt envahies parles idées delà nouvelle sede, chez les nobles, mais non dans le peuple. La petite noblesse 4e province^ qui n'avait pas été dédommagée de ses privilèges abolis, penchait par mécontentement politique vers les nouveautés théologiques, et Févéque, duquel dépendait Tabbaye de Royauaiuut, donna le scandale de passer ouvertement au calvinisme. C'est le cardinal Udei d^ Coligny de Châtillon» évéque de Beauvaîs, dont la foi parais* sait depuis quelque temps ébranlée, qui donna ce triste exemple de défection, en 1569. Il était fils de Gaspard de Coligny, seigneur de Châtillon et maréchal de France, elde Louise de Montmorency, sœur (hi connétable Anne de Montmorency, On l'avuit destiné, dès sa naissance, àPélat ecclésiastique, où l'on voyait de riches bénéfices à lui pro- ^eurer. Lorsque le pape Clément VII vint à Marseille, en 1555, pour le mariage de Catherine de Médicis avec Henri 11, le connétable profita de cette circonstance pour faire donner le chapeau de cardinal à son neveu, à peine âgédedix-sept ans. L'année suivante, il le fit nommer archevêque de Toulouse et abbé commendataire de plusieurs abbayes ; il eut en commende jusqu'à seize abbayes. Et c'est en 1535 qu'il devint évèque et comte de Beauvais.

Lorsque le calvinisme commença à faire de la propagande, la famille de Ghâtillon fut une de ses premières conquêtes ; on la voyait visiblement chancelante dans la

avait perpétuée.^. De que! côté est, h simple vii'>, Trlémcnt logique et ra- 'tionnel, en môme temps qnt' |p droit, la pnsscs.-iini, la majesté des sir -Ifs'^ • Un système qui dit : La parole de Dieu eut itvrée à toutt s lot aventur£s 'des examens était-il un progrès sur une vieille doctrine qui disait : « Dieu

veille à la perpétuité île sa parole révélée et régulatrice des mœurs, par une ' autorité 'levante? » Là est le problème théologique.

foi. Comme l'un des frères du cardinal, qui était seigneur d'Andelttl ét général de l'infanterie, inclinait aux doctrines nouYelles, on le dépouilla de son commandement

et il fut .envoyé prisonnier au château de Meliin, par François l\, fils de Henri H. Des princes du sang furent éloignés de la cour, et la direction des affaires passa aux mains des Guise. Faut-il chercher dans les partisans primitif éu protestantisBie ces sortes de héros de la libre pensée, que des historiens modernes nous présentent, dans des récits pathétiques, comme di s marivrs? l'idée de la réforme était-elle netteineiit Ibrmulée au seizième siècle^ Ce qui parait sûr, c'est Tobscurité du sentiment ou du motif ijtti jeta (Met de Goligny dans le parti des novateurs. On a dit qu'un besoin profond de sortir des horizons battus entraînait toutes les ûmes; que l'Eglise romaine n'ayant pas voulu se réformer dans ses évéques et dans ses piètres, Luther et Calvin avaient leur raison d'être. Ahj l'on disputera longtemps sur l'opportunité de ces séparations à jamais regrettables. Historiquement, il est manifi^te à tous les regards que des motifs bien divers^ poussèrent plusieurs personnes du seizième siècle dans les rangs des huguenots. Les figures d'Antoine de Bourbon et de Condé se dess^înentd'uheiaçon plus que douteuse

* L'historien, qui s'est conslitué le pocLc des premières années du protestantisme, H. Dargaud, nous eipose les Ciitt de la manière suivante : , « Lo [u otostanlisnie avait gagné surtout le patriciat. Les nobles sentirent à leur tour le vent de Dieu à leur visage. Il y én eiil qui virent dans le triomphe des idées nouvelles Ja roue de leur propre fortune. Plusieurs cherchèrent le salut de ce côté; d'autres, la gloire; d'autres, les dépouilles. Ceux qui abhorraient le clergé, qui conTOitaient ses richesses, et c'étaient les plus nomltrenx, se promettaient d'assouvir tout ens'^inîile leur haine et leur cupidiu'-. Joules ces passions diverses, ^énéi euï^es ou viles, ratlac^haient de toutes parts la noblesse à la réforme. J-cs genlilsliomuies n'eurent plus de scrupule, lorsqu'ils eurent à leur tête l'amiral de Goligny avec ses deux frères, d'indelot et le çardinal Odet. La jeune reine de Navarre acheva de les rallier par son exemple, le prince de Condé, beau-frère de Jeanne d'Albret, eut comme elle l'audace de sa foi. Les huguenots reconnurent dès lors pour chefo les Chaiillous et les Bourbons. Us ne craignirent'plusriai à la lueur de teUes épées et de tels noms. » HisUdre de laliherté reUgieute en FtmUf t. II, p. 4«

dans le cn'puscule du piotcstantismc français; el ceux qui sourient, quand on dit que le cardinal qui scandalisa le pays de Royaumonl fut eptraînè vers la réforme par le seul culte de IMdée pure, ne manquent pas peut-être de raisons dans leur manière de juger. Y aurait-il quelque inlérét personnel voilé, qui aurait surtout poussé le neveu du connélable à la sécession?

Théologiquement, Tidée proteslanlea toujours paru, au point de vue de Targumentation catholique, un tum-sens. Ou bien riudividu a le t/roif fl&«o/tt d'arranger ses idées religieuses à sa guise, sans se préoccuper d'aucun aidécèdent historique et d'aucune autorité : avec ce droit absolu, les catholiques ont peine à comprendre qu'on s'arrête au protestantisme comme h une, station solide et définitive; il faut s'élancer d'un bond jusqu'à la plus entière liberté pbilosopliique...; ou bien l'individu tient compte d'une doctrine révélée de Dieu ; il a loi dans une manifestation de la Divinité, traduite dans des ioriiiules . déterminées, et, dans ce cas, essayez de persuader à une logique qui est de toute pièce, d'admettre qu'oii puisse retrancher arbitrairement, nier, choisir, couper capricieusement, interpréter en souverain du droit d'une autorité individuelle et isolée, dans le vénérable dépôt de la révélation divine ! 11 y a de la logique dans la libre et radicale pensée, comme dans la soumission totale, indivisible du catholique à la parole divine, intègre et* inviolée. Mais, entre ces deux situations, où est logiquement un moyen terme ? où est la place doctrinale deia réforme?

Il est juste et loyal de reconnaître que plusieurs de ceux qui adoptèrent le protestantisme, à leurs risques et péiîls, purent obéir à un sentiment de générosité chevaleresque. Le pére d'Agrippa (fAubi^né appelait devant son fils la cause des réformés « la cause sainte des martyrs. » Le mot de liberté n'est-il pas fascinateur? A tort

OU à raison, l'on crut que certaines audaces de Tesprit moderne étaient gênés par le catholicisme, et peut-être

de nobles àmcs voyaient-elles de la grandeur à se lever, qniuid on élail la minorité, contre le colosse séculaire. Au point de vue purement historique, théologie à part, iln y a aucune difficulté à admettre que plusieurs 4e ceux qui vinrent grossir les rangs des calvinistes suivirent une idée généreuse S Mais, quel fut le principe déterminant du cardinal de Chàlillon? Est-ce le grand souci des droits de l'esprit qui avait inspiré, dés le début, son mouvement de séparation? Dès 1559, la disgrâce pesait sur sa famille, et telle est la connexité qui lie les intérêts personnels et les drapeaux qu on sert, que, d'après quelques dires, le cardinal ne serait entré dans les vues des favoris disgraciés, que pour renverser ceux qui les avaient supplantés"*; et Ton retrouverait une question de ménage et de coin du feu sous la pompe des grandes insurrections religieuse» du seizième siècle.

Le prince de Condé s'étant mis à la tétedu calvinisme, on devait s'emparer du château d'Amboise, où était le roi, et proclamer la religion réformée. On sail que le colloque de Poissy, tenu en 1561, n eut aucun résultat. Catherine de Médicis, qui avait espéré une fusion entre les catholiques et les partisans de Calvin, suggéra l'idée de quelques concessions réciproques ; on dit qu'elle proposa de f aire des instances auprès du pape pour obtenir i'abo-

* Ceci u'inlirine en rien les faits d'histoire, acquis à la certitude. 11 est sûr que le dépouillement des couTenls fût un appAt pour les princes et les grands. < Les doctrines du calvinismet dit un hi8tori«i indépendant, plaisaient à la petite iioLlessc par pins d'un côté, ft quolqiips-un? ne pouvaiont sVmpêclior de penser à ces riclies dosiiaines d É^^ise que 1rs soigneurs d'Allemagne et d'Angleterre avaient sécularises, à ces privilc-gcs perdus qu'on retrouverait peut-être dans la mêlée; et ces dangereuses pensées o[)6raicnt bien des conversions. Qu'on regarde au fond (!e celle période de nos guerres civiles, et on verra tons ces inécontentcineiits. toutes ces vagues espérances se rapprocher et s unir pour briser les anciennes formes religieuses.» (Duruy, Histoire de France, t. Il, p. iOk)

* Le duc de Guise et le cardinal de Lorraine son frère.

m HISTOIRE DE ROYAUMONT.

lition (lu CfMibat ecclésiastique, et que le cardinal de CliAtillon opinait dans le sens de Ja régente. Quoi qu'il en soit, Odet de Ghâtîllon, depnis i56â, ne garda plus de réticence, et l'adhésion explicite ad calvinisme parut autant dans ses discours que dans ses actes. Il devint l'un des • assidus du château de Merlemont, près Beauvais, premier berceau du calvinisme dans le Beauvaisis, et se montra avec ces abruptes hardiesses qui caractérisent toutes les fortes natures du seizième siècle. Mais l'ablié deRoyaumont, Ikiî iiaijê deFayoiies, n'était pas à la taille de ces hommes opiniâtres et terribles. Les dénoûmenls se pressèrent. On dit qu alors, dans ces mêlées ardentes, un droit nouveau naissait des flancs du droit ancien qui périssait; on dit que l'humanité enfantait la liberté de eensdence. Est-ce de cette prétendue hauteur qu'on le prenait au palais épiscopal de l>e.iu\;ns? Toujours est-il que Pie 1 V devait excommunier et excommunia le cardinal.

Barnabé de Fayolies n'eut pas le bonheur de celui qui l'avait précédé dans sa commende; on avait remarqué « que, du vivant de Matthieu de Longuejoue, le calvinisme ^ n'essaya j)as de pénétrer dans le diocèse de Soissons \ dont il était chargé. Du moins, Ilarnabé de Fayolies eût pu demander au cardinal un compte sévère de sa métamorphose. Lui, ChàtiUon, Tami des lettres, qui comblait de ses éloges les savants, les artistes, les philosophes, il eût été instructif de connaître Pitinérâire qu'il avait suivi pour arriver au rivage du libre examen et à la fragmentation du catholicisme. Selon le programme de Calvin, il lûUait rendre le culte nu et froid, aiin de le rendre selon lui plus digne de rintelligence, plus spiritualiste, en l'affranchissant dë Tillusion des. sens et des enivrements de Fimagination. Pratiquement, il est à craindre que ce ne soit pas le drapeau du spiritualisme qui ait

, * Hislûire 4e SoUtmUf par Dormay, 1. 11. éJiu 1644

enrôlé CNlet de Châtillon dans les rangs des ri^formés. Il se maria, en 4564, à Isabelle de Hauteville, dame d'hon* near dé Catherine de France, duchesse de Savoie. La

queslion du inai iage peut être discutée théoriqiiemenl . Mais rien n'obli<Gffiait le cardinal au cynisme de l'effronterie. L'abbé de Hoyaumont aurait pu demander s'il était liesoin de la scène du château de Montataire, et s'il était nécessaire, pour célébrer des noces insultantes, de reprendre rhabit de cardinal quand on ne le portait plus depuis lonjîlemps. Il plut à Odet de Chalillon d'inaugurer l'émancipation calviniste en prenant femme. Mais à quoi bon s'affubler de son habit de cardinal et mêler le sacrilège à la mascarade ?

Le puissant cardinal de Lorraine, archevêque de Reims, convoqua en 1564, un concile provincial, où furent appelés tous les évêques, cîiapitres, abbayes et prieurés soumis à l Église métropolitaine. On so rendit à l'appel du cardinal ; il fallait statuer sur la question religieuse et sur les faits qui, à cette époque, marchaient d'un pas rapide. Il y a des périodes de Thistoire où tout semble en fusion, où tous les éléments s'agitent, où les mobiles les plus variés ont action sur les âmes. En défini! ive, il semble que tout soit à refaire et qu'il faille couler en hronse les tables de la loi nouvelle. Naturellement les catholiques se tinrent au point de vue objectif et 'réaliste : rinviolabilité de la vérité religieuse, Tinviolabilitê de la foi Iraditionelle de nos péies, le droit contesté a la pensée individuelle de trancher et de choisir dans le bloc indivisible de la parole de Dieu et de la foi transmise par fËglise. Les partisans des idées nouvelles invoquaient le point de vue subjectif ou personnel ; ils invoquaient le besoin d'expansion de l'esprit humain, le besoin de satisfaire la pensée par des circonvohilions dans l'inconnu et dans l'hypothèse ; ils concluaient praliquemeut le parallélisme légal de toutes les sectes nées ou à naitre, la li-

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berlé de conscience , ' La libellé des cuites , la tolé* rance.

Le congrès religieux ou concile de Reims vit accourir tous ses membres; les chapitres deMouchy, de Mello, de Cler*

iiiont, (le Cr(Ml, y étaient représentés, -uiisi (jue lês autres communautés, au nombre de quarante-huit. Royauinont envoya son mandataire ; les prieurés de Beaumonl, de l' Ile- Adam, de RonqueroUes, en firent de môme. S'agissait^il de décider sur la doctrine fataliste de ces théoriciens, d'après lesquel l'humanité semblerait se balancer ètfaire delagymnastiqno historique, allant du matérialisme au spiritualisme, et quand elle est lasse de celui-ci, allant et retournant à celui-là ?.Ce serait étrangement rapetisser Thumanité et Thisloire. On a bien dit que le protestantisme fut une vengeance contre le catholicisme du moyen âge qui avait trop maltraité le corps et les sens par ses doctrines de renoncement. Co, Miutlà des i aidons trouvées après coup, mais qui nerepi oduisent qu'un seul coté de la philosophie de rhistoire. On s'occupa au concile de Reims de remédier aùx maux de la chrétienté ; on décida des mesures pratiques pour la province. Le catholicisme, dans le grand débat qui était en cause, pi it, connue gouvernement iidelleetuel, l'attitude do tout gouvernement temporel ; il a(lirma sa possession, sou antiquité, son droit séculaire et intrinsèque. Au nom de la raison suprême d'État et du suprême instinct de la conservation sociale, il n'admit pas qu^on discutât le fait et le droit de son existence comme gouvernement des âmes. Le concile de Reims rédigea une profession de foi, dans l'intérêt des fidèles ; il prescrivit des règles pour introduire une sérieuse réforme dans les rangs du clergé, et pour remettre en honneur les points de discipline qui avaient été violés dans la province. Enfin, tout le monde demanda d'une voix unanime, dans rasstîmliléc, que leeardinn) de Chîltillon lût excommunié et déposé canoniqueiuent, et ses dithyrambes sur la

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