‹ Histoire de RoyaumontChapitre 240 sur 263 · LIVRE QUINZIÈME. 7M · texte numérisé non relu

LIVRE QUINZIÈME. 7M

quotidien de Toraison où i'àme prend du nerf el se retrempe aux sources câestes ?

Le mouyement des vocations du dix-neuvième siècle, quant à l'anciemie vie des bernardins proprement dite, était comparativement très-peu marqué ; et, comme on Ta observé avec justesse, la palingcnésie de la vie religieuse s'était surtout montrée sensible dans les fondations d'instituts voués nu service matériel du prochain, parcequeles seuls actes de claarité satisfont un siècle qui ne comprend que labienfaisancecorporelle : Tesprit puUîcn^est point en effet aux ordres contemplatifs purs, mais aux œuvres extérieures. C'est par là que les oblats étaient la transition des anciens cisterciens aux ordres nouveaux, et qu'ils reprenaient dans le dix-neuvième siècle le beau et évangèlique programme de l'un des plus illustres bernardins de la fin du dix-huitième siècle, d'Augustin de Lestrange.

Quelques cisterciens avaient reparu en France sous le consulat, mais vers la fin du premier empire il s'était produit de regrettables malentendus. Le gouvernement impérial avait, en 1811, fermé les établissements des sulpiciens et des trappistes dans tous les lieux où il avait puissance ou influence; des circonstances politiques avaient donné lieu à cette suppression ; mais bientôt, sous la restauration, les sulpiciens rentrèrent, et avec eux les bernardins-trappistes; ce fut même ce retour qui fit la sensation la plus vive dans le rétablissement de la vie religieuse et de la communauté. Le 21 février 1815,. on installait les bernardins (trappistes) dans la Mayenne, près de Laval ; c'est aujourd'hui l'abbaye du Port-du-Salut. C'est aussi la première et la véritable date du rétablissement solide de la vie monastique en France. Hientùl le noble dom Augustin<| rouvrit l'ancien monastère de la Trappe dans le Perche; l'institution cistercienne reparut aussi à Fabbaye de Sénanque et à celle d'Âiguebelle en Dauphiae. i^iiiin, en 1855, les monaslèies de bernardins-

m ilISTOlRB DE ROYAUHONT.

trappistes furent agrégés, par le souverain pontife, en une congrégation cistercienne, sous un vicaire général, dépendant du supérieur général à Rome ; et cette congrégation s*est depuis subdivisée en deux branches et deux observances, différentes par leurs observances et même par l'habit: l'une, dont r;iijl)é de la Grande-l) uppe (expression nouvelle) est su})crie!îr, qui a gardé la réforme et l'ancien babil de l'ordre repris par dom Augustin, lautre qui a aussi son vicaire général, et qui a repris l'observance et l'habit en usage sous l'abbé de Rancé.

A travers ces renaissances partielles se dessinèrent les prédestinations des disciples de Mgr deMazenod, et l'on va saisir les transitions mystérieuses par lesquelles on arrivait, avec unecertaine gradation, des cisterciens aux oblats, pour l'héritage de Royaumont. Louis-Augustin de Lestrange,en religion dom Augustin,a été un des derniers grands hommes des cisterciens ; à peine l'Assemblée nationale avait-elle supprimé les ordres religieux, que ce vailininf bernardin, ralliant à ses vues plusieurs des religieux qui Tenlouraient, alla chercher hors du territoire français un asile pour continuer à vivre sous la régie de saint Bernard. Il s'installa prés de Fribourg, eu Suisse, à la Val-Sainte. La colonie d'exilés français se développa dans cet asile; on Y aliondnit comme autrefois à Cîteaux, à Claîrvaux, à RoyauiMont; c'était, en pleine révoluhon et pendant que la déesse de la Raison trônait en France, une véritable scène du moyen âge. Augustin de Lestrange ne désespéra pas de l'avenir. S'affranchissant en un point des traditions cisterciennes, il pensa à s'occuper des générations nouvelles et de la jeunesse, il s'occupa des enfants, il toucha par un tiers-ordre à l'éducation, et il trouva le secret, sans altérer les principes de sa constitution, de venir au secours d'une société défaillante l Rien ne découragea ce grand homme ; on sait les événements politiques et militaires de 179S à 1815; les Français envahirent le Pié-

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moDl et la Suisse ; force fut à Augustin de Iiestrange de replier plusieurs fois sa tente am ses compagnons; et. . ses migrations à travers la Souabe, la Bavière, TAllema*

gnc cenlialc, b Pi uss(% la Pologne et la Russie, tiennent du prodige, et rendent croyables les plus étonnantes légendes du moyen âge *. Il leur arrivait quelquefois, devant des ordres d'exp.ul5iony de n'avoir plus un lieu où mettre le pied et d'être réduits à se réfugier au milieu d*un fleuve, dans quelque ilot, à distance des deux rives. C'est aloi s neaiiiiiuius que de grands projets se pressaient dans )a grande àme do doni Augustin. 11 rêva In résurrection des missions bénédictines du moyen âge, et, pour accomplir ce dessein, il dirigea sur le Canada une pïurtie de ses disciples avec la mission d'évangéliser les sauvages , non plus par des efforts isolés , mais par des élahlissements (ixes qui serviraient de centre de rayonnement. Les oblats venaient juste en temps opportun pour reprendre les eii'orlsde dom Augustin de Leslrange, et les concentrer sur l'abbaye renouvelée de Royaumont *.

< Ced a élé raconlé par H. Gaillardin, dans son HUtoire de la Trappe,

* Le but de l'inslitut des oblats n'est point de s'occuper d'agriculture, cl des questions d'un intérêt vital qui s'y rattachent : telles que la question des engrais» de la production du fumier par la chimie moderne, la question du drainage, celle de Tirrigation et celle aussi du porfeetionnement de routillage. — Cependant, peut-être les oblats, originaires de la l'ro> vcncc, enfants, pour la plupart, de Ttarsrillr. cette cité puissante, qui fui, au moyen âge, avec Venise et Gônes, riniii;itrice des peuples d'Occident h la vie, à la salutaire et féconde activité du commerce et de l'industne, seraient-ils compétents pour dire quel parti puissant on pourrait tirer de la niasse si grande de l'eau du Rhône, à portée d'une contrée qui, chaque année, reste quatre mois sans reeevoir une goutte de pluie, alofs que le soleil est le plus dévorant.

Le premier exemple de la culture des prairies arliflcielles avait bien été donné, dit-on, dans la contrée de Royaumont et de Boran, au dix-huitième siècle, vers i775. par un ecclt'siasU<inc nommé TVrnViv et suri:omnu: depuis l'ablié de La Luzerne, qui liahilaiL le château de Boran. Sa tentative excita l'intérêt; les plus gros lermiers inul'iplièrent les essais, dont le succès enmina de nombreux imitateurs. Depuis lors, et grâce i la culture en grand de M. Carrier en 1100, la luserne entra dans le mouvement régulier de l'agriculture.

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DHin autre côté, au moment de la |)alîngénésie de Ropu-

•mont, c'était un signe de prédestination en faveur des oblats que leur nouveauté, leur qualité de société nouvelle, de création récente, présentant en eux la garantie de cette jeunessenécessaire pour revivifier un vieux corps. L'élément cistercien s'était trop amoindri depuis cent ans ; les vocations cislei*cîeiines , quoique merveilleusement réveillées par Augustin de Lestrange, n'atteignaient pas des proportions suffisantes. On ne pouvait espérer de repeupler Royaumont au dix-neuvième siècle avec des bernardins. 11 fallait donc greffer une branche nouvelle sur un vieil arbre. C'est pourquoi il est remarquable que les obiats importaient précisément, avec Fesprit inhérent à leur ordre, l'esprit nouveau qui était nécessaire àlapalingénésie féconde de lloyaumont. L'esprit des oblats, si on étudie la nuance distinctive et la tendance de celte modeste et méritante compagnie, c'est de se mettre en communication avec les masses, c'est de procéder par l'onction plutôt que par l'autorité ; et, comme esprit, c'est de tempérer Pascal par Fénelon, c'est d'allier le côté concentré de saint Benoit etrélèment communicatif de saint Liguori.

Les oblats ne devaient être en ràdité que les anciens bernardins plus la modification que Augustin de Lestrange, cet homme d'une énergie de fer et d'une haute intelligence, avait introduite dans la constitution cistercienne : il a été dit que dom Augustin ne crut pas déroger tondamentaiement aux principes de son ordre, en s'appliquant) par suite de la nécessité des temps, soit à l'enseignement, soit aux missions lointaines. G*est ce que l'on retrouve dans l'institut des oblats qui joignent à la vie

* On voit dans liustilution des oblats, que leur fondateur ^eut que dans leur extérieur tout respire la simplicité et la modestie religieuse. Il ne leur oêtigne aucun costume spécial. En conséquence, ib n'adoptent pas le costume eicepttonnel des bernardins (laine Mancbe).

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