LIVRE QUiNZiÈliË
d'Anjou, procédèrent à rembaumenpent commencé par l'extraction du cœur et des entrailles, que Charles, roi de Sicile, destinait à Fabbaye sicilienne de Montréal ou Morreal; puis, on plaça le corps dans une énorme chaudière pleine d*eau-de-vie ou de vin, jusqu'à Tentière séparation des os et de la chair*.
« Le lendemain, dit la chronique d'An jou, feist (Charles) appareiller le corps de son tiùrc et fist metire en unpcer- • cueil de plomb ; et les entrailles envoya coiiirac précieuses reliques, en son royaulme de Cécile, et les fist honorable* ment ensépulturer à l'abbaye de Mont-Royal, près Palermei bâtie par lés Normands.
« Après la mort dé saint Louis, ajoute L^rand d'Aussy, on fil bouillir son corps dans de l'eau salie, afin de séparer les os de la chair. Cette opération n'était pas nouvelle ; d'ailleurs elle était commandée par les circonstances, peut-être même, par le manque de matières d'embaumement; les ossements ainsi dépouillés furent mis dans une châsse*. »
< Voici le inxlc de Gooftroy de Bcaùlieii : <t Tamen carnes corp'ris pjua cxcoctas et ab ossibus separatas, ncc non et cor et intestina ipsiuspetiit et impetravit devotus rex Sicilia; a nepote suc rege Philippe, qui suscipieiis sancms reliquias, honoriflce Tecit eas in Sieiliam deportari et prope Paiera mum in nobili quadain et callicdrali Abbatia prîecepit recondi cum valde soiernui atque devota processione totius cleri ac populi tcrraî illius. Quando de Tunicio redeuntes, dictain abbatiam vcre nobilem ac pulcherriniam visttavimus» audivimus a pluribua flde dîgnis quod pesiquam sacra reliqnUe il» famé recoodite, multa iniracula ibidem» coopérante Domino aoct-' derunt. »
Guillaume de Naii;^!^, reproduit, sauf l'omission du mot cor, le récit de Geoflrei de Beuulieu ; u Caruem lâmen corporib excoctam et ab ossibus separatani, nec non intestina ipsius petiit et impetravit KarolusrexSiciliffi ' a nepole sue rege Philippo. »
La restriction de Guillaume de Nangis, qui remarque que le cœur du roi n'est pas mentionné dans ce qui fut envoyé en Sicile» concorde avec la lettre de Thîbaud, roi de Nayarre, écrivant de Tunis, que le eœvr du roi resté imu le camp avec ses OS^ l'armée n'ayant pas voulu consentir à se laisser enlever ce gogc fi'^ la protection divine : <■ Li cors do H sires et li cuers demeurent encore en i osl, kar li peuples ne volsit en nule manérc que il en iust portés. » Le cœur de saint Louis fut ensuite porté 5 la Sainte-Chapelle de Paris, oû il est encoi'c.
* Lee anciens ne permettaient pas de partager ainsi les corps en diverses
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On mit bientôt à la voile pour la France; les restes mortels de saint Louis, ayant été lavés et enveloppés
dans une fine toile imprégnée de pai lums, avaient été scellés dans des coffres précieux; les entrailles furent dirigées sur la Sicile ; le roi de Sicile confia le reste des reliques qui était la portion la plus considérable» à Geof&oy dé Beaulieu, dépositaire dés plus secrètes pensées du royal défunt, qui devait les ramener en France ^ On connaît, grâce à Guillaume de Nangis, la marche des 09 et du cœur de saint Louis, depuis Tunis jusqu'à Paris. Arrivés dans cette dernière ville, les os de saint Louis furent d'abord déposés à la Samte^C^iapeUe de Pirâ, et ensuite transférés à Saint-4)eBisV d'où oa les retira en
{mrtions. pour gratito de ctt démit» reHes diflérents Uem. La coutume ne s'en établit même en France qu'au douzième siècle, et on prétend que
leri ^^n^icr rrf^mplc est celui de Robert d'Arbrissel, fondateur do l'nrire de Fontrviault. Eu effet, il mourut en 1177, dans un de ses Mimia-téres, nommé Orsan, et son corps Uevuit être transléi^é à FoolevrauiL, ainsi (|u il rafait demandé; mais les religieuses d'Onan témoignèrent tant de doa« leur, dit-on, de perdre deux fois leur père, que, pour les consoler, on leur laissa son cœur. [Mercure de FroMCt août 1718, — Hi/Uoire lUténire de France, t. X, p. 160.)
Loub vni est le premier de m»B rois pour lequel en ait employé ce mode d'inhumation partiale ; car son cœur et ses ( ntrailles demeurèrent à Montpcnsier, et son corps fnt porté à Saint-Denis. Ce procédé n'avait rien de trop révoltant et n'cxi(,'eait que l'ouverture du cadavre; au lieu que l opéiation employée à Tunis et ù Perpignan, pour le lils et le petitfils de iHNiis Tin, denaandait un apfNireil dont l'idée soulève, par l'appa» rence de barbarie et de cruauté qu'elle présente. Aussi les papes ne manquèrent-ils pas de la proscrire; lîonifacc VIII la délendit, sous peine .d'excommunication. Cependant, Benoit XI, son successeur, permit à Philippe le Bel de l'employer pour les ptinces et les princesses dé la làmiUe rofale dont les corps ne pourraient que difûdlement être transportés au lieu de leur sépultnrr Co mAmc procédé 'la cuisson) eut lieu pour Pliilippclc Hardi, mort à Perpignan, au retour do sa croisade en Aragon. On le ïil bouillir dans de l'eau et du vin, après quoi ses chairs et ses enlraiilcs Ibrem inhumées h Narîtonne, et ses ossements avec son ccaur transportés à Saint-Denis. {Chronique d'Anjou, fol. C. — HiU. de 9aint Ijtuis, par le P. Jean Marie de Vemon, p. ÔS2. — SépiêUureê mtioliaki, par Legrand d'Aussy, p. 125.)
* c Bt furent ses os et son cuer apportez en France, v {Chronique atréffée de Guillaume de JV(M^.)
* 9 C'est ci li septièmes mimles ûv un \-A\v\. cui len vouloit couper le pié et il fu guéri par monseigneur saint Loy»... Ët fu li dis Guiliot en l'esUt
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1298 et en 1506, pour les conduire de nouveau à la Sainte- Chapelle. Enfin, un autre déplacement eut lieu en 1392, pour remettre les restes de saint Louis dans l'église de Saint-Denis, où ils restèrent jusqu'en 1790.
Les circonstances avaient voulu que les oblats iîissent possesseurs d'une partie de ces restes vénérés de saint Louis ; et il est difficile de se défendre contre la tendance à voir en celn une soi Iode prédestination. C'est vers 1855, (ju'on remettait à Mgr de Mazenod, à Marseille, cette prédense relique du saint roi. On doit ajouter que les oblats avaient déjà une autre parcelle du corps de saint Louis, qui se trouvait à Marseille de temps immémorial. Mais celle de 1855 était d'une si splendide abondance, qu'elle semblait rendre saint Louis presque matérielleiiu nt présent au milieu des oblats. L'impulsion qui les déterminait à signer, dans le nord, la transaction de 186i, partait-elle de l'attraction exercée par des lieux pleins de saint Louis?
La grande relique de saint Louis, roi de France, dont furent gratiiiés les oblats en 1855, prowiinit d'une paroisse du nord de la France. Peu de temps avant qu'ils en devinsse!^ t possesseurs^ un évéque, qui fut depuis archevêque de Toulottsey fut appelé à vérifier ses origines et son authenticité. A rarchevéque de Toulouse se joignit ensuite i archevéquedeParisS qui ordonna sur la relique
jiis(pios îitant que le?, os furent anportez en France. El coiiie les os devant ditz furent aportez à Paris et fussent en la chapele le roy, et Guillot oy que V. S. fesoit miracles pour le benoiet saint Lojs, il ala a la chapele le roy et il volt entrer pour ce que il alast as os du benoiet saint ; mês il ni pot ( iiirer, et jn- t cele nuit lIcIôs 1:i porte du palei. En après comc les os du benoiet saint tussent portez à Saint-Denis et ilecques enseveliz, ledit Guillot vint à potences (avec des béquilles) au tombel du Iwnoiet saint Loys, etc. > (L'Enquête de ISS8.)
* Cotte relifiue est une partie considéra])le du fémur ; elle conserve la couleur du li(iaide dans lequel les ossementç de saint Louis furent plongés et bouillis, à Tunis, avant de les rapporter en France. La localité du nord de la France qui Céda cette relique, ne te fit que moifennant œrtaiiMs conditions, et atec l'approbation de réfdqne du lieu*
m HISTOIRE DE ROYAUHONT.
des oblals une nouvelle enquête et conslafa sa positive authenticité, à nouveau. C'est de cette même relique que furent extraites celles que Ton vénère à Paris, dans les églises de Saint-Louis d'Antin et de Saint-Germain l'Auxer- . rois. Mgr de Mazenod, évêque de Marseille et supérieur général des oblats, s*étant^Hwé au même examen sur cette belle relique, dont la venue réjouissait son âme, s'empressa de joindre sa certitude et son témoignage à tant de témoignages, et livra le cher dépôt à sa congrégation bien-aimée, pour être vénéré dans la chapelle du scolasticat. *
Telle était la notoriété et le retentissement de cette importante relique de saiM Louis, échue auxoblats, que, en 1857, sur la demande réitérée de plusieurs notables habitants de Lille en Flandre, Mgr de Mazenod en envoya une parcelle, avec lettres testimoniales signées de sa main, au directeur de Notre-Dame de la Treille S pour être déposée dans la basilique nouvelle, que la piété des habitants de Lille fait élever en Thonneur de la patronne de cette ville, et dont saint Louis visita plusieurs t'ois le vieux sanctuaire*. Dans ces derniers temps, la précieuse relique était placée dans un nouveau reliquaire, par Mgr Guibert, archevêque de Tours qui, lui-même aussi, voulut signer les lettres testimoniales, et que Mgr filabille, évêque de Versailles, a également revêtues de son
visa.
Il est inutile de chercher pendant laquelle des diiïerenles translations des ossements de saint Louis, ou de celle de Saint-Denis à la Sainte-Chapelle, ou de celle de la Sainte-GhapeUe à Saint-Denis, la relique possédée par les
* M. l'abbé de Marbaix.
* En retour de la donation de celle relique, Mgr de Mazenod ligure parmi tes fondateon de TégUM de Nobe-Dame de la TreiUe; il reçut un titre de fondation, sign' de M. le comte de Mehin, président de la commission, et de H. de Caulaiucourt, secrétaire.