LIVRE QUINZIÈME
obla(s.fui détachée de l^enscmble du Trésor». Le nord de la France qui ia possédait, l'avait-il obtenue dès le treizième ou le quatorzième siècle, ou bien ne Tayait-il reçue qu'à Tépoque de la dispersion de Saint-Denis, en 1790 et 1793 ? Ces questions demanderaient une autre place pour être exposées et résolues avec Pélendue nécessaire*. 11 est possible que la relique possédée par les oblats soit une ancienne concession de l'an 1298, puisque^ en cette année, Philippe le Bel fit exhumer de Saint-Denis le corps de son saint aïeul, pour le transférer dans la Sainte-Chapelle dci'ai is, et qu'à cette époque plusieurs des précieux ossements furent distribués, d'après quelques récits historiques, en divers monastères, églises, corporations et personnages marquants, et que d'autres même en possédaient déjà'.
Aime-t-on mieux l'époque de 1592? Il est, en effet, historique, que, cette année, les ossements de saint Louis
'* L'origine de plusieurs reliques sVyplniuc par des échanges. Plus d'une fois, on a vu une église céder un peu des rçliqucs considérables qu'elle possédait d'un saiiu, pour obtenir, en échange , d'antres reliques d'un autre saint qu'elle n'avait [ as jusque-là.
* Primitivement ceUe relicjue a-t-elle été apportée, dans la province du nord ti ki I rance, par un des croisés qui escoi'térent les ossements du sainl roi ramenés en France? On cite le Cliunipenuiâ Mcola» Boniiairc, ' comme Vm des croisés qui accompagnèrent les entrailles de saint Louis h Montréal. Quel est le gentilhomme de la Picardie ou de la Flandre qui obtint cette considérable poi*tion du corps de saint Louis (le fémur) et en dota une paroisse du Nord?
f Ainsi, dit Claude Malhigrc (p. 450, 480), une côte de saint Louis existait à Tabbaye de Saint-Victor, dont l'abbé Raoul (mort le 8 novembre 1847) avait été l'ami du monarque. Ce prince ayant été gravement malade à Saint-Germain en Taye, Marguerite s'engagea sur les Évangiles, en présence d'Adam de Qiambly, évéque de Senlis, d'Eudes, abbé de Sainl-Ûenis, et de Raoulf abbé de Saint^Victor, qu'elle mettrait à eiécutioii de point en point le testament du roi son époux.
On trouve dans le Trésor des Chartes, côté 19, « ce petit rooledela distribution des reliques de sainct Loys ; t ta Sainte-Chapelle du roi, à Paris, « le Chief; Tempériez ^l euiporeur) aura une jointe d'ung des doigts de « sainct Loys; les professeurs de Paris, ung des os de sa main; les frères « du V;il-des-Escholiei-s-îcs.Compiègne, une jointe ; l'abbcssc de Pontoise, u une des costt s ; l'aljbc de Rénumont (Royaumont) une pièce de l'épaule; « l'abbesse du Lys, ung des os du la main, u
754 HISTOIRE DE BOYAUMONT.
forent rapportés à Saint-Denis ; que cette seconde translation eut lieu sous le règne de Charles VI, qui arriva au moustier royal avec une châsse d'or de 25'2 marcs. Elle avait été commencée par Charles Y. Les principaux du royaume furent appelés à cette cérémonie. Le roi, en manteau royal, porta lui-même les os sur l'autel. Or, on sait qu'il y eut cette année une autre distribution de reliques de saint Louis. Le roi donna une côte à Pierre d'Ailly, pour le pape Clément VU ; deux autres os au duc de Berry et à Jean sans Peur, duc de Bourgogne ; et un ossement à partager entre les prélats; après quoi, il mit le reste dans la nouvelle châsse. Gharies VI ajouta à son présent une somme de 1,000 livres pour faire un tabernacle de cuivre doré qui couvrît la châsse. On fondit cette châsse en 1410, parce que le royaume était envahi par les Anglais. Mais en 1557, Charles, cardinal de Bourbon, abbé de Saint-Denis, fit refaire à ces reliques une châsse magpoifique, à laquelle il employa deux couronnes d'or, plusieurs bijoux d'or et d'argent et des pierreries. Cette châsse, redorée en 1657, existait encore en 1790.
On toucha cependant encore une autre t'ois aux reliques de saint Louis, dans le dix-septième siècle, en l'année 1617 ; une c6te4u saint roi fut extraite et donnée à Anne d'Autriche; d'autres distributions purent avoir lieu dans cette même circonstance. Enfin, rien n'empêche de reculer jusqu'à Pèpoque de 1795, où les richesses spirituelles et religieuses de tant d'abbayes furent emportées au dehors et dispersées sur ditïérents points du territoire français. Mais, quel que soit l'itinéraire primitif de la i*elique des oblats, elle a un prix intrinsèque et une puissante valeur représentative, une valeur de signe et de prédestination. Si, dès le quatorzième siècle^ on considéra comme précieuses reliques les objets eux-mêmes qui avaient apparpartenu au saint roi ou qui le représentaient, ses images',
* On itwne, dans rinventaire des joyaut des ducsde Boiuimiie» fait du
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des prières écrites de sa main sa cassette', son psautier', son anneau*, sa couronne*, l'agrafe de son manteau royal*, si on entoura ces objets d'une profonde vcuération, que sera-ce de la relique dentées obhts sont posses* seiirs ? Us sont fiers au même titre que Tabbaye de Saint- Denis était fière\ que la Sainte-Chapelle était fière^ que l'église des bénédictins de Montréal était fiére''. Les oblats sont obligés de confesser qu'en acquérant lloyauiuont, tout à la fois, ils voulaient cl ne voulaient pas. Qu'est-ce à dire, sinon qu'ils ont agi sous la pression d'une mystérieuse influence qui se refuse à l'analyse? Qu'ils réfléchissent au, cher dépôt qu'ils possèdent : ce dépôt ne disait-il rien de Royaumont ?
temps de Jacques de Hrigiles, garcli' d icculx: « Item, uno iinaigc de sninct Loys, tenant un royal dans sii main dextre, arnioyé aux arines do leu monseigneur le duc Jehan-sans-peur, pesant ensemble 28 marcs G onces Sesterlings.
* Le princo do Larnbullc, fils unique du duc do Pcnlhièvro. possédait une prière écrite par saint Louis (Souvenirs de madame de Créquy, t. iV* p. m.)
* On voit, dans les iritrines da LouTre, la cassette qu'on croit avoir appartenu au saint roi, et qui proviendrait de l'abbaye ilu Lys, fondée par filandic de Castille. près do Damemarie 'Soiiio-ol-Maï uoi.
* Le Psautier de saint Louis est conservé au Louvre.
* Le Louvre conserve également Vanneau de saint Louis, ({ui élait. avant 1790, à Saint-Denis, dans le trésor de Tabbaye royale; il est d'or) garni d'un saphir, sur lequel est f^ravco son image.
û La couronne de saint Louis, d'or raassil", enrichie de três-p*ossos pierres, entre autres dun rubis, sous lequel saint Louis avait fait en« eliisser une épine de la couronne de Notre^eigneur, se voyait à Saint- Denis avant la révolution.
* Cette açrafe du manteau de snint Louis élnit d'urgent doré etànaiUé» enrichie do pierreries. On la conservait aussi à baint-Dcnis.
^ SaiiiL-Denis possédait la pai'tic supérieure du crâne de saint Louis. On renferma dans un chef m buste de métal, et Ton mit ensuite ce chef dans un reliquaire. Ce chef était célèbre ; il était en oi*, décoré de ])ierres précioiHos. Il avfiit été donné par Philipjio lo IJol, La chftsse, ronfermant los rchques de saint Louis, reposait sui* un au(el niagniûque (ù Saint-Denis), dont un délicieux tableau de Van Eyclî, qui est & Londres, donne la disposition et la forme. [Diclioiiu. (FurchUcct.j de M. VioUet-le-Duc*)
^ La Sainto-Chapclle do l'aris possèdo, pm-aît-il, U? cœur de saint Louis. Celte possession lut discutée, en 184(i, par MM liergor do Xivrcy, A. Devillc, Cliailcb Lcuormant , A. le Prévost, rauliii l'aris et lo baron Taylor.
' « Sire, écrivait Thibaùd à l*évéque de Tusculum, les entrailles de nostre seigneur qui mort est furent portes à Montréal... >
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756 HISTOIRE DE ROYAUHONT.
Lorsque Royaumont fut acquis le 4 août 1864, son ère industrielle se lermait. L'historien n'a point h se poser en . ridicule interprète de la Providence, l'homme étant incompétent pour formuler les intentions du Très-Haut sur Tensemble des siècles. On ne peut que signaler la succession des faits, et remarquer les particularités de leur enchaînement. En définitive, M. Joseph Vauder Mersch, né en 1774 et mort en 1862, et Mgr Eugène-Charles de Mazenod, né en 1782 eimorl en 1861, s'agitèrent dans le même cadre du temps et presque au même endroit de l'espace; et de leur action combinée il est résulté que ce qui fut fait en 1791, a été défait en 1864. LeBoyaumont intermédiaire et provisoire s'effaça, le 4 août, pour faire place au Royaumont ancien.
Les pérégrinations entrèrent dans les deslins de ces deux hommes. Joseph Vander Merch» d'abord aide de camp du vainqueur de Turnhout, erre de Londres à Gibraltar, et de Gibraltar à Henin, pour irenir finir à Royaumont ^ Mgr de Mazenod transporta seîs foyers errants d'Aix à Turin , de Turin à Venise, à 2\apics, à Païenne, à Marseille, à Paris, pour conclure par Royaumont. C'est que tout homme, quelle que soit sa situation ici-bas, n*est qu'un simple instrument, jamais un but; nul n'est nécessaire. Sa fonction remplie, il se couche sous l'herbe d'un cimetière, et l'Ame va à. ses nouveaux horizons. M. de Mazenod et M. Vauder Mersch contribuèrent l'un el l'autre à préparer 1864, qu'ils n'ont vu ni l'un ni l'autre. Tous deux avaient eu leur pari dans les joies ^t les tribulations de ce monde; l'un, dans
* Un portrait de M. Josepli Vander Mersch le moiili o à l'âge de irentectnq ans, avec les clîcveux qui se portaient poudrés en 1810. Il avait le teint d'un rouge coloré; on y remarque aussi cette ouverture et cette esprey-
sion (le sociabilité qui le rendaient à cotte époque st'duisatit dans le monde. On devine presque devant cetle effigie le caractère bon mais emporté de M. Vauder Mcrscb. Il m^^nqua peut-être de ténacité daiis les afiuires industrielles; mais son portrait ne révêle point s'il fut constant dans ses relations amicales.