‹ Histoire de RoyaumontChapitre 26 sur 263 · LIVRE D1X]ÈH£. * JOd · texte numérisé non relu

LIVRE D1X]ÈH£. * JOd

compression du calliolicisme envers les sens lurent traités comme ils le mérilaieni ^ , Les trois abbés commendataires qui se succédèrent à Royaumont après Barnabé de FayoUes, furent Pantaléon delaRoche-Joubert, lequel eut ce bénéfice de l'an 1566 à 1575; René de Daillon du Lude, qui eut l'al)l)aye de 1575 à 1576, ^ous Charles IX el Henri iii ; ensuite, Martin de Beaune, abbé de Royaumont, en i586 et 151115 Était-ce de ces natures d'hommes qu'il fallait à Royaumont, dans les temps de guerres de religion que la France allait traverser? En brisant Funion que la foi catholique avaitélabliechez nospères, la réfoi nie venait de rompre, de tous les liens sociaux, le plus fort et le plus vivace. La France n'ayant plus d'unité de croyance, l'éparpiUement et la division intellectuelle conduisirent à la division et à la haine mutuelle des partis. On eut donc les guerres religieuses, les plus atroces de toutes ; la France n'était pins une seule famiiie; il y eut deux camps, deux armées, qui pendant trente-deux ou trente-neuf ans, couvrirent le pays de sang et de ruines. Or, après la bataille de Saint-Denis, en 1567 (à la seconde guerre civile), les huguenots s'étant dispersés dans les provinces où ils s'organisèrent en b[mdes années, une de ces bandes répandit la terreur aux alentours de Royaumont et de Beau- . vais, sous le commandement de Louis de Bouftlers, homme rempli d'animosité contre les catholiques et le clergé. D*un autre cété, le cardinal de Châtillon, qui s'opiniàtraii à s'immobiliser dans la i outrée, se livrait à des actes étranges, comme d'cnlevci' les pierres tombales deséglises abbatiales pour daller ses cuisines, (juunt aux idées religieuses, le* pays de Royaîimont resta catholique, à part quelques défections isoléès.Le cardinal de Châtillon

' Antiq.itH BeamtMif par Louvet. — VUMre de Beauvais, par Dclctlrc. * Nous lirons ces dates du Carlulaire de Royaumont, de la Gollia cturii' tiana, et de différents méiuoires et écrits historiques.

110 ' HISTOIRE 0£ ROYAUMOMÏ.

s'ciiiliit eii AiiglcteiTc, eii 1508, et son siège l'ut déclai'é vacant .

La seconde guei re de religion eut lieu sous Pantaiéoa de la Roche-Joubert, comme le massacre de Vassjr, comme la première guerre civile, comme les tristes ex^ ploits de Biaise de Mont lue et du baron des Adrets s'é-^

taienl accomplis du temps du précédent abbé, Baniabè de tayolles. 11 est regrettable que les abbés de Rqyaumoni ne se soient pas inspirés du grand spéctade dojiné par cette belle assemblée délibérante du . concile de Trente, qui siégea depuis 1545 jusqu*en 1565, et qui traita avec calme, avec profondeur, des moyens de régéurralion et de réforme de la société chrétienne. Les abbés de Royaumont ne devaient-ils pas tourner leurs méditations vers les moyens de protection et de rajeunissement de notre abbaye, au milieu de l'ébranlement de la • société universelle? Des hommes de génie, de grands caractères, de grands saints, des esprits organisateurs, auraient été nécessaires ixiut bien diriger un monastère, quand on traversait cette époque d'immenses perplexités qui s^étend depuis le règne de Charles IX, où commencent les troubles de religion, jusqu'à Tannée 1598, où furent effacées les dernières traces de la guerre civile. Mais comment trouver de tels hommes, quaiid on ne sait . quel petit esprit, on ne sait quelle routine d'égoïsme régnaient dans les classes sociales desquelles on attendait de plus nobles exemples? Hélas I il y aura toujours plus de qupidités et d'appétits dans Phumanité que la terre n'en saurait satisfaire. Ce^i pourquoi l'on voit à chaque époque les diverses nviililes, cherchant de toutes parts quelle mine on pourrait exploiter. Les biens de Vl^glise semblaient, au seizième siècle, une proie natùrelleinent indiquée ; et l'Église et Parrnée devinrent l'unique ressource des cadets de famille. Toutes les pensées, touis les désirs, se tournaient donc vei s les bénélices ecclésiasti-

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' LIVRE DIXIÈME. lil

qucs, comme nous nous tournons aujourd'hui vers les positions industrielles. Voilà pourquoi runiversel empresmeiit à CfHoyer la eour 'et à .mettre m jeu les hautes in-

Iluenc'es dont on pouvait disposer, pour obtenir une, deux, plusieurs commendes La conunende de l'abbaye de Koyaumont en était là depuis François ^^ Aussi, , à partir du seizième siècle, la plupart des abbès de Royaumopt portèrent de grands noms. On eût Biieux aimè que cela*

Les commendataîres n'étaient ni ne pouvaient guère ^ être des réformateurs pour RoyauiuDiil. (iUJiime ils lï'élaient pas moines eux-mômes, comme la plupart du temps ils ne résidaient pas à Royaumont, comme leurs idées, leurs goûts, leurs allures et quelquefois leur condtiite étaient peu en .harmonie avec l'esprit mpnaslique, ils ne mirent pas plus d'ordre aux choses spirituelles qu'aux choses temporelles. Pour dire la vérité entière, les comniendâtaires furent, au point de. vue économique, un fléau, et, sous le rapport spirituel, un néant. Les souverains eurent le tort d'encourager cette institution des Gommendataircs, dont ils se servaient pour suppléer à l'épuisement de leurs linauces, et pour enrichir, sans rien (lèbourser, leurs serviteurs dévoués ou les cadets de noblesse qui entraient dans la cléricature, ou se contentaient d'en prendre, par la tonsure, l'insignifiante livrée.

Les Jaubert, Joubert ou la RocheJoubert, sont une très* ancienne famille du Périgord ; ils étaient seigneurs de la Roche, près Excidenil *. Mais, au milieu de la fièvre du seizième siècle, Royaumout aurait désiré que Pantaléon

• Ces abus flrent gémir plus tard Ic;? célèbres solitaires de l'ort-Royal ; * C'est un effroyable scandale, disait iSicole, que de donner des bénéfices à «s^parens moins dignes, en les préférant à des personnes plus dignes. C'en est un très-grrand d'entasser bénéGce sur bénéfice pour augmenter son luxe ol son faste. C'en est un irf -p! nn 1 de passer d'un l)f nrfice à un autre ]Kir fies vues toutes humaines et des raisons purement temporelles. » Euaiê <k iiiorale, t. XIII, p. 313.

* Deux ou trois Joubert furent abbés de Gharoux; Pantaléon de la Boches ioubert, abbé de Ro3faumont» était conseiller du roi.

m ' HISTOIRE DE ROYAUHONT.

de la Roche-Joubert eût apporté à l abliiaye un concours plus efficace que celui de vains blasons. Pour René de bâillon dû Lude, il n'eut l'abbaye de Royaumont que Fes-

jpace de trois années. A des illustrations personnelles il joifi^nait une illustration d'origine, fondée il est vrai, sur d uuliques services : plusieurs de ses ancêtres s'étaient distingués dans les guerres ; il était iils cadet de Jean de Daillon, troisième du nom» premier comte du Lude, baron d'IUiers, sénéchal d'Anjou, conseiller et chambellan du roi, et de Anne de Balarriay du Bouchage". Lorsque René de Dailion du Lude fut pourvu de l'aî)baye de Royaumont, on sortait des horreurs de la Saint-Barthélemi (1572), dans lesquelles le pays de Royaumont et le Reauvaisis ne trempèrent aucunement. Il s'était bien produit, dans la contrée, des tristesses qui eussent pu exaspérer contre les huguenots *; cependant on ne peut reprocher aucun excès aux catholiquesde cette époque '\ On dut adresser un appel

* ^on grand-père, Jacques de Daillon, ciiambellan de Franfçois l", s'élait distingué au dége de Fontanil^e. Martin de Bellay et Brantôme ont raconté les horreurs de ce siège ; « Il leur convint de mangor les chats et les rats» jusqu'aux cuirs et parchemins bouillis et grillez. » C'est d'tin antre de ses ancôtres, François de Dailion, qu'on disait, en l'associant à Bayyid ot au capitaine de Fontrailles: t Chevaliers sans peur el sans reproches. » — Un Jean de Dailion avait été distingué par le roi Louis XI, qui se oonnoissoit bien en gens, » dit Brunlôme. Un frère 'aîné de l'abbé de Uoyaumont, Guy de Dailion, défendit Poitiers que les huguenots assiégèrent en 1569. Le roi Henri III honora René de Dailion du Lude de son ordre du Saint-Esprit, à la première création qui se lit en 1578. U était, en môme temps, abbé de Chatéliers.

* a Ils, ensanglantaient les territoires et les fleuves de la patrie» dit un

historien libre penseur. Les catholiques éfaioiil infloxll)Ies aux pcrsnnnpsî les calvinistes, moins féroces contre les peis mues, s'acharnaieTit sur les choses, sur les monuments. Ils brûlaient les égliae^, ils dévastaient les couvents, ils renversaient les autels, ils profanaient les reliques. Ils emportaient conini mil proie les cluisses, les chandeliers, les vases sacrés, les oraements les plus riches du sacerdoce ot do !'épi^coy>;it. Ils meltaieut leur piêfôdans ces ravages et dans ces rapines. » Mistoire de la liberté religieuse en France, par M. Dargaud, t. U, p. 141. ,

' Senlis comptait plus de cinq cents huguenots, la journée de la Saint- Barihélemi s'y accomplit 'sans massaci'e : on avertit les hùguenots.de se rendre hors des murs. *

à la générosité publique pour la réparation des finances del'Ëiat.

Li Saint-Barlhélemi n'avait fait qu'exciter au lieu d'a[)aiser la guerre civile; Charles JX qui devait se tenir prêt pour une lutte à mort, trouvant le trésor public épuisé) se vit obligé de frapper des impositions exceptionnelles sur les biens du clergé. Le diocèse de Beauvais eut pour sa part à payer plus de 100,000 livres, indé-^ pendanimciit des subsides partiels et des charpres locales. • Les abbayes figuraient largement dans cette imposition; telle abbaye qui n'avait que 2,500 écus de revenu net, eut à fournir plus de 2,500 livres pour sa cotisation K Et quant à Royaumont, il contribua dans une mesure assez large pour que, sous peu d'années, cette abbaye en viuL à un état financier voisin de la pauvreté.

René de Daillon du Lude ne pouvait laisser une grande empreinte de lui-même à Royaumont, à cause des particularités de sa carrière. Nomnaé à l'évêehé de Luçon, en 1587, -ensuite à celui de Bayeux, par résignation du cardinal de Bourl)on, il ne put prendre immédiatement possession de ce dernier évéché, ie pape ayant retusé les bulies d'institution aux évoques et aux abbés de ce temps, à cause du massacre du duc et du cardinal de Guise, ordonné par Henri III. Clément Vlll finit par expédier des bulles à René de Daillon, lorsque la paix de Vervins (1598) eut opéré un rapprochement entre la cour de Rome et le roi de France. Il ne i'ut du reste évèque que deux ans. 11 se fit -estimer, disent les Mémoires * du temps, par soii mérite personnel et par son zèle pour la foi pendant les guerres de religion. Néanmoins, il ne fit rien par luiniôme pour son diocèse, parce que, dit un liislorien de Raycux, il résidait habituellement auprès du roi, dont il

* Nttuâ 11 UVQ112» im Uuuvcr pour ([uclic quolilc i'ubbayc de Uoyuuiiioiit lui iiiipoi»ce.

* De Thou, Homl, le P. Aiiseltne s

114 UlSTOiftK DK UUVÀUMOiNT.

était le conseiller d'Ëtat* Bien moins résida-t-il à Rdyau-

mont, et il put se flatter d'y avoir passé, comme les anciens rois lainéants, parfaitement inutile On a écrit de nos jours la poésie des guerres du seizième siècle. Un' tiistorien s'est chargé de présenter dans un tableau animé le cycle de ces guèrires égjques. M. Dargaud n'a pas seu- . - lement raconté, il a chanté les grandes luttes, les luttes terribles de nos pères, dans ce grand et fiévreux seizième siècle. S il ne fallait que de Tâme, de renfhousiasmeetde la passion pour construire un chef-d'œuvre en histoire, cet élégant écrivain, qui procède à la fois de la manière de Tacite par» l'énergie et de celle de Lamartine par la couleur, aurait doté d*un tel cbeM'œuvre les lettres françaises. Mais son Histoire de la liberté relifjkuse en France % souverainement intéressante de récit, manque de tempérament et d'impartialité. Selon cette histoire, les calvinistes vinrent à ce moment précis où le cœur de l'humanité était stérile comme 1q rocher et ils « en Msaient jaillir des sources vives. Ils tonnaient contre les "vices, les crimes, les spoliations, les adultères. Ils suscitaient la charité, la foi, l'espérance. Ils répandaient et secouaient le feu dont ils étaient consumés et qui embrasait pour Dieu les multitudes.» C'est une manière poétique déconsidérer ces années, qui furent hélas! remplies de meurtres,

* René de PaiUon du Lude fit bfttir.Ic chAteau de Sommenrieii, A «luaira

kilomcit es le Bayeux. C'est aujourdiiul Ift maisoii de camiHigiie desévêques. Il dota la caibédralc de deux cloches, pour reDiplacer celles que les hugue->

nots avaient enlevées.

* Sainte-Beuve trouve que Dargaud amollit l'histoire. La Mennais, Béranger, Lamartine, et Georges Sand surtout, ont, au contraire, applaudi

aux tiavaux f;t a la manière historique de M. Dargaud. M. Dargaud élait un poîilc ci un moraliste. Sympathiques par beaucoup d'endroits, nous étions séparés pur les idées positives, quoique très-semblables de tendance d'esprit. Admirateur de ses belles qualités d'honnête homme et de remarquable écri^ vain, l'aurais voulu Iiériter du feu sacré qui anime ses belles pages, dans ses Histoire de Marie Stuart, Jeanne Grey, et Elisabeth ! Malheureusemcni, il avait je ne sais quels prcjuf;cs enracinés routi e les personnes et les choses, du catholicisme, et à cet endroit celte àme douce et polie prenait quelque drase d'implacable qui étoone et attriste du» ses écrits.

el peiidaiil lesquelles calviuisles et catholiques devîiienl fouler vallées el montagnes du sabot de leurs chevaux de guerre et les rougir de leur sang. Mais, sans discuter le beau r^le fait aux calvinistes par l'historien de la liberlè , religieuse, le lioblê René Bâillon du Lude était en droit, dans le pays deRoyaumont, d'exprimer quelques réserves. Les calvinistes ne-sc montièrent pas, dans le Hcauvaisis, extrêmement conservateurs des chefs-d'œuvre des arts. On ne peut oublier, dans les vallées de l'Oise et aux environs deCreil et de Beauvais, les années 15-75 et 157d. On se souvient encore des* brutalités calvinistes dans une maison de-religieuses de Chauny. Les huguenots dévastèrent avec une rage spéciale l'abbaye de iirelcuil, celle de Moncel, celle aussi de Wariville. Le prince de Condé de cette époque, Faîeul du vainqueur de Rocroy, a été salué des plus gigantesques appellations^ 11 était le plus audacieux esprit et la plus prompte épée de sa race militaire. Une foi sincère l'avait embrasé et avait reinplarù en lui l'ambition. Son àme et son visage k s'étatenl lianhfigurés ^ dans une gravité religieuse et s'étaient illuminés d'un rayon de l'infini. » Quoi qu'il en soit, on ne s^aperçut guère des évangéliques aménités du prince de Condé, dans la contrée de Royaumont. Les troupes qu'il envoyait par dètaciiemenls dans les provinces pour y vivre à discrétion, pillaient les fermes, dévastaient les églises abbatiales el les monastères, mettaient à contribution les popula- Uona épouvantées et appauvries. Où était donc « cette heure sainte qiui avait sonné pour le renouvellement du nioudc? » Oùélail a celte douce chaleur qui courait dans les veines des peuples, sous le verbe des prédicateurs calvinistes? a> Où, « cette atmosphère radieuse qui les environnait, — ce parfum moral, cet éblouissement religieux qui les pénétraient? » Où, <c ce nouvel idéal qui venait remplacer im idéal épuisé? »

OulruuveMailuideBeauiic,comuic abbèdcKuyuumont,

m HISTOIRE DE HOYAUMONT.

après René de Daillon du Lude; Martin de Beaune était fils de Guillaume de Beaune, baron de Semblançay et de

Bonne Calhereau-Mainlenon. Cette famille paraît originaire de Tours. Martin de Beaune, chancelier de Catherine, de Médicis, lut nommé évéque du Puy; mais on croit qu^il ne parut jamais à son évéché. Tout fait penser qu'il avait cette allure des élégants alibés du quinzième siècle, qui importèrent, sous la mitre abbatialeyle faste et les sompluosités niiiiidaines. Il était de ces abbés mêlés à la pulitiquo, îïu iiiuiide, pas assez peiil-ùtre aux affaires générales de l'Église, mais qui négligeaient volontiers les intérêts monastiques dont ils étaient chargés.- Son ingérence dans les intérêts bien entendus de Boyaumont fut aussi négative que celle de René de Daillon du Lude \ les abbés commendalaires n étant par la force des choses que ' des (iclions, et Koyanniont se réduisant, pour eux, à séparer la manse abbatiale de la manse conventuelle^ puisque une abbaye ne leur apparaissait que comme une machine à revenus.

On se reporte plutôt vers les humbles religieux et les prieurs qui, dans ces moments diflicih's, portèrent le poids du jour et le faix de la direction de l'abbaye. Dom Nicole Profit était» vers 1580, le prieur conventuel des bernardins de Hoyaumonl. Le prieur {prior pra^positus^ prévôt) était le second dignitaire de Tabbaye; le R. P. dom Nicole Profit venait immédiatement après Mgr Martin de Beaune. Autrefois, sous les abbés réguliers, le prieur de Uoyaumont avait peu d'attributions spéciales : il était d'une manière générale, et sous toute espèce de point de

' Il était, en môme temps, abbé de Saint-Pierre-en-Vailëe et de Saint- Rigaud. Il succéda, à l'évêclié du Puy, à monseigneur François de Sarcus. n permuta révèché contre l'abbaye d'Aurillac, dont Ambroise de Seoneclere était titulaire. Il s'intéressa néanmoins pour ceux dont il ne voulut point être le pasteur, et obtint du roi Henri TI. nu Henri III. IVlabHsscmpnt d'un présidial au Puy. — l'ne n cenic notice biographique n'est point d ac-* cord, pour l'époque de son épiscopat, avec la Ga^ Ckritttimia et le Cariîh iaire 4e Rsgemmi.

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vue, le lieiilcnant de Tabbé) qu'il supi^éait en cas d'absence, dont il était le premier auxiliaire et le premier conseiller. A dater.de 1549, le rôle du prieur avait changé complètement, en prenant une plus haute importance. C'est lui, en définitive, qui centralisait l'aulorité du monastère; c'est à lui que d'ordinaire les moines de Royaumonl durent obéir* Il devint essentiellement le représentant de la communauté, alors surtout que les intérêts des moines était opposés à ceux de Tabbé commendataire ; et il est probable que, à partir de Tannée i549, i le prieur était élu par les moines eux-mêmes. \

La situation et les circonstances cuiiipliquèrcnl la charge du prieur ; il eut besoin d'une grande sagesse pour traverser les difficultés du temps, et se tenir dans • cette neutralité convenable à un monastère, quand différents partis déchirent la nation. Du temps des abbés réguliers, la constitution de chaque monastère offrait dans son mécanisme une ressource puissante pour remédier aux alms, quand ils commençaient à poindre. L'abbé se rendait tous les ans au chapitre général ; il se retrempait lui-même dans ce nouveau milieu ; les tièdes se réchauffaient, les mous retrouvaient de réncrgie ; de retour à Royaumont, ils communiquaient la flamme qu'ils avaient reçue à Citeaux. Mais, sous le régime d'un simple prieur, tous ces avantages disparurent* L'abbé commendataire n'étant pas religieux, puisqu'on le prenait en dehors de Tordre monastique, ne paraissait jamais au chapitre général. Restait le prieur. Mais son prestige auprès de ses niomes n'étant plus celui des antiques abbés, quel moyen avait-il de prolester, si on négligeait l'observation des régies, si le nombre des religieux diminuait, si on n'était pas à la hauteur de l'habit qu'on portait?

N\iyant qu'une autorité temporaire, n'empruntant aucun secours de ces accompagnements solennels qui forment l'appareil du pouvoir, un prieur présentait-il

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m HISTOIRE DE ROYAUMONT.

assez de consistance pour faire face aux difficultés intérieures et aux (liflirultés venant du dehors? Le temps n^élail pas aisé à Tépoquc de dom Aicuie Petit. On remarquait une grande fermentation des esprits dans toute la contre de Royaumont. Gomme des météores avaient été aperçus dans les airs, dans la région de TOise, en i58^ et 1583, c'en était assez, dans ces temps de malheur et de guerre civile, pour que les populations ti oublées de la province du Beauvaisis attachassent un sens sinistre à de simples phénomènes météorologiques. On n'avait jamais rien vu de semblable, et à cause des circonstances politiques, rimagination populaire interprétait les faits insolites de l'atmosphère comme des aniionces d'une catastrophe prochaine. La consternation planait surBeaumont, Pontoise., Asniéres-sur-Oise, Senlis, Creil, Beauvais.

L'esprit public s'était frappé d'une série d'accidents, qui nous étonnent moins aujourd'hui, par suite du «progrès des sciences physiques ; on avait ressenti, en avril 1580, un tremblement de terre; Tannée suivante (mars 1581), un violent ouragan avait renversé de^ édifices, des clochers d'églises, et plusieurs personnes avaient péri ; un météore lumineux parut au mois d'octobre de la même année. La terreur f lU au comble, lorsque, le 16 septembre 1585, on aperçut une large zone de feu au fond du ciel. La science moderne retiendrait à peine le sourire en pensant que l'on s'effraya tout simplement d'une au- * rore boréale ; il n'en est pas moins vrai que le$ phêno-. mènes du ciel achevèrent de répandre du noir dans les Ames déjà consternées par les guerres et les calamités qui aitligeaient la patrie. On explique de la sorte comment les habitants des contrées environnantes de Royaumont adoptèrent avec enthousiasme les pratiques de dévotion les plus singulières, dans l'espoir d'apaiser le ciel el d'éloigner les tristesses nationales .

Le prieur de Royaumunt n'auiaii assurément pas été

en mesure d'empêcher et d'arrêter ce qu'on appela les processions blanclies^ de l'année 1583. On a dit que ces fameuses proeession$y où des milliers d'habitants, vêtus de blanc et portant des croix et des cierges, . parcoururent le pays dans tous les sens; avaient pour «bjet vèri* table d'animer les masses contre les protestanls, quoiqu'elles parussent organisées sous le prétexte de conjurer les fléaux du ciel* 11 paraît difficile de ne pas soupçonner quelque machination de l'esprit d^ parM, dans cet élan de pèlerinage qui s'empara de li| contrée. . Ces mouvements de population étaient tumultueux et agitants. On , aurait dû mettre obstacle à de telles manifestations. Que des vieillards, des jeunes gens> des feiiiiiit.b, des etifants, s'ep ailassent parcourir le pays, à six, huit, lieues, tout enyeloppés de la tète aux pieds d'un sac de couleur hlanche ; que ce fût des allées et venues de deux, trois mille personnes, à Beaumont, As|iières*sur-Oîse, Glermont, Mouy, Beauvais (septembre et octobre ir)S5 i ; que le vingt-six septembre i 585, six mille personnes sortissent subitement de Senlis à quatre heures du matin, se rendant à Pontoise, où elles passèrent la nuit ; que le lendcH main, cette colonne étrange viennç à Beaumont, touche en- . suite à Asnières et à Royaumonl, puis revienne à Senlis le 28..., n'était-ce pas le drsordre joint à l'énigme? Mais on sait avec quelle ai denle et sauvage passion les ligueurs et les huguenots avaient engagé le duel. Ët, lorsqu'eurent lieu ceis déplacements des populations catholiques, véritable agitation religieuse de Tépoque, les messieurs de Royaumont se trouvèrent harcelés entre huguenots et ligueurs. Il y avait à l'abbaye, sous l'autorité de dom I^icole Proht, de vénérables religieux: frère Micolas Taconnet, frère liucien Pecquet, frère Jean Buçbastel, frère Marin Mille, frère Nicolas Ilennequin, frèrr Philibert Bauce, frère Marin Dourdié, frère Adrien Marliu, frère Antoine Ghartier, frère Jean Decamp, frère

130 HISTOfRfi DE ROYAUMÛNT.

JiobertRoussequin, frère Jacques David, frère Jacques Jacquemiii, tous prêlre^^ de RoyaiiiiioMt, et frère Jean de la Rue, profès, noms obscups, noms sortis des rangs du peuple, mais qui avaient rencontré dans l'adoption d'une ' vie retirée el méritante le plus beau des anoblissements. Ce sont ces moines de Royaumont, qui virent défiler, en octobre el novembre 1585, d*autres colonnes de processions, celles de Luzarches et de rile-Adam, se rendant à Senlis, où convergèrent en même temps celles de Dan* martin, deCreil, et de Pont-Sainte-Maxence.

Comment, à travers des agitations sans cesse renaissantes, et avec nue faible autorité temporaire, dom Nicole Profit anrait-il rendu sa cliar^re de prieur utile et féconde? Comment aurait-il pu, comme il en a\aitle devoir, lei^r la main à ce que l'abbé, Mgr Martin de Beaune, n'entreprît rien contre les droits et les privilèges de l'ordre, qui défendaient aux abbés d'aliéner les biens temporels de i abbaye, par des atlacjues directes, ou des attaques indirectes ? Recevoir des religieux ou des novices, renvoyer ceux qui se trouvaient dans le monastère, enfin faire des actes d'administration intérieure et de juridiction spirituelle, ne parait pas avoir tenté Mgr de Beaune. Mais, par exemple, Tabbé commendataire remplissait-il les obligations de sa cbarge qui étaient : de recevoir les supérieurs et visiteurs de Tordre, de les défrayer pendant Iç temps de leur visite, de payer les contributions impo^ sées par le chapitre général, d'entretenir les aumônes ordinaires et extraordinaires pour les pauvres, dé fournir aux religieux le vivre et le vêlement, de pourvoir l'église et la sacristif^ d'ornements et autres objets nécessaires pour la messe el le service divin, enfin de réparer les édifices et de reconstruire ceux qui seraient tombés en ruines^? Là-dessus, la contravention de Tabbécommén-

* Voyez : Du premier esprit de CHeaux, 2» partie, cliap. vu.

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(lalaire était flagrante, ot le zèle du prieur se trouvait lutalemont paralysé. L'une des conséquences inévitables de l'établissement des abbés commendataires avait été la nécessité de séparer la manse abbatiale de la manse conventuelle, c'est-à-dire, d'affecter une partie des revenus de l'abbaye aux abbés, et une autre partie nux religieux. On avait çspéré, qu'en confiant les abbayes aux • abbés commendataires, ces abbés réaliseraient ce que leur nom de commettcfatatm^ promettait. On aurait pu croire, à Torigine des commendes, que sous le rapport temporel, coiniue sous le rapport spiriluel, Roynuinont allait devenir plus florissaul <|ue parie passé. Lecontraire arriva. Ces abbus qui semblaient avoir des vues si désintéressées, ces grands seigneurs, ces cadets de famille introduits dans le elergé et pourvus d'abbayes, se regardé-* rent comme les propriétaires absolus de Royaumont, ayant droit d'user et d'abuser de leur patrimoine.

liaiis beaucoup d'abbayes de' celte époque, à peine les commendataires laissèrent-ils aux religieux de quoi ne pas mourir de faim ; les abus allèrent si loin, que les Parlements furent obligés d'intervenir et d'assigner la portion des biens de l'abbaye qui concernait les abbés, et celle qui était afférente aux religieux. Ce sont les conniiendataires qui réduisirent le nombre des moines à un cl) i lire si petit, qu'on ne pouvait presque plus s'acquitter des divins offices ; de belles abbayes furent réduites en masure; on voyait trois, cinq, dix moines, babiterdes monastères où, autrefois des centaines avaient subsisié lionorahlement. Sous l'empire de semblables circonstances, les religieux de lioyauinonten étaient vei us progressivement, en 1579, à voir singulièrement diminuer leurs ressources. Des réclamations furent adressées à qui de droit; et il y eut entre M. Martin de Beaune, sfbbé de

* In commendam, confier aux soins d'un autre.

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m HISTOIRE DE ROVAUMONT.

Royaqmonl et les religieux de ladite abbaye, un accord ou transaction i aiiiiéc par l'abbé de Cîteaux et lioaiologuée au Parlement ^ ; il résulte de cet acte, que les religieux n'avaient à cette époque pour leur vestiaire tpie vingt-cinq livres par an et trois sols de pitance par jour. On dut modifier cet accord, sous les deux abbés qui succédèrent à Mgr Martin de Beau ne. Frère Pi (mic Nivelle, docteur eu théologie, proviseur du collège des Bernardins, à Paris, • vicaire de Mgr l'abbé de Giteaux, fut cliargé de rédiger un règlement touchant la nourriture et le vestiaire des rdi* gieux de Royaumont *. Les commendatairess étaient loin de pécher par trop de générosité, en sorte qu'il y avait antagonisme d'intérêts entre l'abbé et les religieux, loin qu'il y eût fusion. Un an^ après que le règlement eut été dressé, les religieux de Royaumont présentèrent une requête à Mgr de Çite^ux, s^n d'en obtenir de nouvelles . conventions et des dispositions plus humaines et plus équitables ; ils demandaient qu'on oi u;niisàt snr d autres bases et en d'autres proportions leurs pensions, contre l'abhéy selon les termes employés dans les archives de l'abbaye. Cette requête fut renvoyée à dom Nivelle.

Toutefois, au milieu des tristesses dn temps présent, l'abbaye de Royaumont ne cessait pas d'exercer encoi'e une sainte attraction ; elle avait une réputation de sainteté, et l'on venait volontiers y consacrer sa vie; on aime à raconter ici une profession ou réception déHnitive qui eut . lieu à cette époque, celle d'un novice, nommé Jean-Baptiste Duval. Lorsque, après avoir été postulant et novice^ on avait entendu exposer*, par le prieur, les règlements

* La copie de cette transaction était aux andiivies de Royaumont; elle élait mentionnée dans ïluvenUiire 4e la mante eonvenluelle de A^j^fli^^

de 1765.

* Ce règlement était du 20 juin i620. On en avait roriginal dans les archives*

> Le 21 mars i021. Inventaire de la mante eonventueîlet aux archives de

Seine-et-Oise,

* Les lois de l'ordre exigeaient trois conditions pour que le caîiditlat fût

ilVBE BrXTÈME. M

les plus sévères de l'ordre ; lorsqu'ensuite on avait persisté pendant plus d'un an à déclarer qu'oii était décidé à les observer, le moment de la profession arrivait. On conduisait le novice, vêtu de ses habits laïques, au chapitre où toute la corrimunaulé était assemblée. Comme le bernardin devait s'engager par des vœux solennels, on avait soin que le novice ne s^exposât pas à regretter toute sa vie un moment d'imprudente exaltation. Aussi, pendant son novidat, on avait donné à Jean-Baptiste Duval, pour le diriger, un homme d'âge et d'expciicace, dont la fonction était de bien éclairer le novice sur l'austérilé et la difficulté de la vie qu il voulait embrasser ; on le rebutait plutôt que de lui laisser croire que le chemin qu'il voulait suivre serait facile et semé de fleurs. Pendant l'épreuve du noviciat on lui lisait, à trois reprises difiê-* rentes, les chapitres de la règle, et on lui disait : « Voici la loi sous laquelle vous voulez combattre et passer votre vie ; si vous pouvez Tobserver, entrez parmi nous ; si vous ne le pouvez pas, retirez-vous en liberté ^ s> Lorsque les épreuves et les réflexions de Jean-Baptiste Duval furent' terminées et qu il cul déclaré accepter volontairement le joug delà règle des ])rrnardins, il n'y avait pins qu'à le recevoir profès dans la communauté; on demanda au U. P. abbé de Foucarmont de venir présider la cérémonie, Royaumont n'ayant que son prieur conventuel.

Le jour fixé pour la profession était le 46 mars 4586 ; Jean-Baptiste Duval se présenta dans l'église du monas- " tère où tous les frères étaient assemblés. Arrivé au mi-

odmis à la vêlure et au noviciat : la première, qu'il eût été éprouvé quelque temps dans la maison même, pour laquelle tt se proposait de se tiaM^^ lier; la deuxième, qu'il eût été agréé par cette maison ; la troisiètnet qu*il Pût été examiné par le vicaire pêrK'ral. par le maître des novices, et Ircnvé capable. Deux lorinalités indispensables devaient ensuite précéder l'émission des vœux : 1» le consentement de la maison à ce que l'on fit profession ; S* rexamenVréalable de Tabbé de Gtteaux, ou du eommissaire par lui député & cet effet, l/oy. l'article 3 de l'édît de «73.} ' Bégle de saint BenoU, cbap. ltui.

I2i , HISTOIRE DE ROYAUWONT.

lieu d'eux, il jura solennellement, dcveiil Dieu et les saints^ d'observer ce qu'un religieux devait observer, la stabilité ou permanence dans un même monaslère, la chas*

lélé (les iiururs, la pauvreté privée et robéissaiice à la volonté des supérieurs. Ces vœux prononcés, le novice en signait rengagement écrit de sa main, en présence de l'abbé, et sous Tinvocation des saints dont les reliques étaient exposées devant lui, et il déposait solennement Tacte sur l'autel *. Mais avant cette grave démarche, Jean- Baptiste Duval eut une formalité essentielle à remplir, relativement aux biens qu'il avait pu posséder jusquelà. li fallait qu'il renonçât, par un acte auUientique, à ce quMl possédait, libre à lui de donner aux pauvres, à sa famille, au monastère, ce qu'il voudrait et comme il l'enleudFail. Oj', le IG mars 1586, à huit heures du maliu, étaient assemblés. à Pahbaye de Royaumonl, en présence du tabellion royal juré au bailliage et chàtellenie de Luzarches et de quelques témoins, révérend pére en Dieu, Pieire de la Rucy par la permission divine, abbé de l'abbaye de Saint-Jean-rÉvangélisle de Foucarmont; Nicole Profil, prieur commendataire de Hoyaumont, ainsi que les religieux de Hoyaumont. ils étaient assemblés en chapitre, après le timbre sonné en la manière accoutumée. Là étaient aussi noble homme Antoine Cautel, conseiller du roi au Poi'lement ; noble homme Esprit ieboucher, gidfier criminel de la cour du Parlement; Jean llureaii, avocat au Parlement; noble homme Euslache de Montereau, écuyer ; maître Nicolas Duval, avocat en la cour; son frère maître Duval ; noble homme Claude Roger, maître d'hélel ordinaire de révérend père en Dieu Martin deBeaune, abbé de Pabbaye de Royaumont.

Avant qu'on reçut comme proies le no\ict: Jean-Baptiste Duval, irère des siisdits Nicolas et Pierre puval, le

* V. la Règle de mm Benoit et H. Alpb. Dantier, dans son livre, le* Mo^ nasUres hénéikl'm ^Italie, t. i; p. 188. «

' révérend père en Dieu Pierre de la Hue, abbé de Foucarmont, adressa des questions et des observations au postulant sur plusieurs points de la saiiile Ecriture. Il lui '

rappelait ce qiio c'est que de vivi c en religieux. Il insisfu sur ce point que les relij^ieiix. ne pouvaient tenir ni posséder aucun bien ni revenu de quelque source qu'ils puissent provenir.. Le R. P. abbé ajouta que pour parvenir à être reçu à la dignité de bernardin, à laquelle il voulait être admis, il lui était indispensable de renoncer à tous ses Ijicns propres ou de quelque nature qu'ils lussent ; qu'il fallait, dès à présent, l'aire cette renonciation d'une manière catégorique. Le frère Jean-Baptiste Duval déclara à haute voix, en présence de tous les assistants, que, avant de faire profession, il renonçait effectivement, de sou propre mouvement, à tous ses hicns, meuhles et immeubles, présents et à venir, en faveur de Jean Dinal, son frère, conseiller au Parlement. La renonciation fut acceptée et signée par les intéressés et les témoins ^ Le nouvel élu cilit néanmoins ne devoir point oublier dans ses dons l'abbaye qui raccueillait au nombre de ses en-* fanls; c'est pourquoi il institua une redevance de Irenlc livres de renie, en faveur dcRoyaumout, à prendre sur la ferme appelée Pilôtel Deslournelles, située à Belloy, en France*.

Ces préléminaires accomplis, on mena le jeune novice

à l'église où on lui rasa la tète et où il donna solennellement lecture de son ac(e de profession, rédi^rè à FiiN ince sur une feuille de parchemin^. Ces actes de profession, déposés sur Tautel, étaient conservés par le chantre dans les archives de l'abbaye \ Quand Pacte de profession

* Cariuia^ede Royaimont, t. III, p. 1208.

* Carttilmre de Hwjaiimont.

* Vs. antiq. ord. Cisl., c. cxv, ap. Nom. Cist., p. '230.

* Lc^ religieux faisuieiil, daiib leur profession, seniioiil ci obéissance, uvcc cette foroiale : t Promitto ûdelltateiii, dignainque subjectionem obedien- Uam et reverentiam uatri mes Ecdesitt Gstercii, nec non fieatie Mari»

m HISTOIRE DE ROYAWIONT.

eut été lu et que les frères curent répété trois t'ois * Gloire à Dlm^ Jean-Baptiste Duvai vint se mettre à genoux au milieu du chœur, et les moines commencèrent à chan-*

1er \e Miserere. Peiidailt la psalmodie, le nouveau iiioiiic alla se prosterner aux pieds de châcun des religieux; puis, il revint au milieu du chœur, où il se prosterna encore jusqu'à la fin du psaume. Alors, levénérahle abbé de Foucarmont, s'avança avec les insignes de sa dignité abbatiale. Jean-Baptiste Duval se leva ; Tabbé bénit la coule ou habil du cloître, en revêtit celui qui venait de se dépouiller de ce qui l'attachait au monde, cl Koyaumont ^ comptait un religieux de plus, ce qu'on appelait un profès *.

Mais les impressions dû jeune moine ne peuvent trop

être exprimées ; ([uolqucs préparations antérieures qu'on ait apportées, ou est Luujouis inévitablement ému, quand ou va prendre des engagements sérieux qui affecteront Tavenir tout entier. Lorsque dom Jean-Baptiste Duval fut. étendu sur le pavé de la basilique et qu'on récitait des prières sur lui, il lui sembla être couché déjà dans les flancs du cercueil. Que lui importait qu ou lui eut enlevé son costume mondain, et que sa ciievelure eût disparu sous le fer sacré? Le sacrifice de ses biens temporels lui était un vrai soulagement, là n'était pas sa grande préoccupation. D'autres pensées retentissaient au dedans de luimême; il entendait les battements de son propre cœur, comme an bas de la monta<2:ne on enteud les rapides bouillonnements des torrents. La question était pour lui d'honorer la vie nouvelle qu'il embrassait. Le siècle qu'il quittait si chargé d'orages ne lui inspirait pas grands re*» grets ; Phorizon, avec les, interminables guerres des li*

Uegalis-Montis ejusileiii ordiiiis, tibiquo domino meo illius Abbali, ac suucestribus tuis, secunduin cuiisliltiliones orUiiiis (Rituel de rordre).

< Voy. Ui. mOiq. 9rd, eiH., c. en, ap. JV0111. c»l., P< SlO, et les études de M. d'Artiois de lotninville, sur les abbayes cîstero., p. SSl.

guêurs et des huguenots, s*y assombrissait partout. L'anarchie était dans les provinces, et, sous prétexte de ré<

tablir l'uiiîtc de religion, les ligueurs, aussi bien que les liuguenots, sacrifiaient l'unité de l'État. Le nouveau moine venait demander la paix de l'àme à Royaumont, au moment où tes troubles du royaume semblaient ressusciter les fractionnements de là féodalité.

Il n'est pâ» hors de propos de se recueillir devant l'acte de Jean-Baplislc Duval, et de se rendre compte de sa démarche à la lueur de ces idées nouvelles et de l'esprit d'investigation philosophique qui allait dans les âges modernes tourmenter le monde. Cette abdication si totale du moi qui est au fond de Tascêtisme dans la vie des solitudes, osl un phénomène qu'aujoui d'iiui l'on se plaît à sondei- ; et on le classe volontiers au rang des inintelligibles en morale et en psychologie, si peu qu'on ait vécu et grandi en dehors de toute familiarité avec les idées chrétiennes. Dom Jean-Baptiste Duval, employant les lumières de sa raison et ses études relatives à la carrière qu'il embrasserait, pour conclure par la vocation cistercienne, pour adopter un programme d existence où Ton s'interdisait la participation journalière aux divers rapports sociaux et à tant de légitimes jouissances semées sur le parcours de la vie, dom Jean-Baptiste Duval, à ce point de vue, est plus qu'un mystère et un énigme, il est un scandale; et la popularité de UoyaumrMitau seizième siècle, pour exercer une telle attraction, apparaît comme une puissance néfaste.

C'est que la question est en effet délicate ; elle demande^ pour être entendue, du calme d'esprit, un grand dégagement de tout préjuge protestant, rationaliste, industriel, et le consciencieux dessein de saisir l'essence de la vie claustrale en elle-même. Incontestablement, le déploiement 4u caractère personnel réclame un certain individualisme. Pour être méritant, il faut conserver un degré

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UI$TO(RE bË ROYAUHONT.

de responsabilité. Lorsque la règle ou la volonté d'un supérieur se substitue à voire volonté, on est tenié de chercher que devient la responsabilité. U ne faut pas, reconnaissons-le, que l'individu soit trop protégé, le sentiment de la rasponsabilité s elcint dans le repos et ne se développe que par le péril, et par la conscience qu'on a de tenir soi-même le gouvernail. On comprend que si les autres font notre besogne, sous le nom de règle, sous le nom de directeur spirituel, de guide et de moniteur moral, notre moi s'eflacc proportionnellement dans une certaine jnesure. Par conséquent, lorsque dom Jean-JJaptisle Duval s'agrégeait à la colonie deRoyaumont, lorsqu'il acceptait par vœu une vie d'obéissance passive, et qu'il y ajoutait le renoncement à la pro[)riété individuelle, n'était-ce pas arriver à l'abolition complète de l'individualité? Jean-Baptiste Duv il faisait-il un acte qui se jusLilie devant les idées modernes ? Est-il permis de se détruire ou de s'abdiquer à ce point dans un véritable suicide moral ? Qu'était-ce que *cette vie de Royaumont? Était-ce vivre, quand il n'était permis, d'après la règle de saint Benoit,' d'avoir en sa puissance, ni son corps ni sa volonté? Quiconque, dit un bisloriende notre temps ^, est tenu d'obéir absolument et en toute occasion, n'est pas. Toute personnalité lui est ravie.

Dom Jean-fiaptisle Duval eût été bien contristé d'entendre interpréter de la sorte son jour de profession ; et combien on Taurait troublé, en appelant son sacrifice du mot de suicide moral et d'abdication de sa personnalité intime! C'est une exagération évidente de supposer qu'en passant par la porte de Royaumont, Jean-Baptiste Duval y avait perdu, par le fait même, ce gui constitue la personnalité et l'homme, tandis que, dans le même lieu, Pâme de

* C'est M. (jui/ot qui acccusc la vie céiiobitique ci abolir l'iudividuaiité; il appelle robéissance passive « le fatal |ii-ét>eiit (jue les moines eut fait ù l'Europe, et qui a si longtemps altéré ou énervé ses vertus inômes. » Hit' laire ée ia dvUitation en Fraucst xiv* leçon.

LIVAE DIXIÈME. m

saint Louis n^avait fait que se dilater d'une manière puis-» santé. La vérité est que l'existence claustrale demande des

sacrifices d^autant plus méritoires, (jifils supposent en rhomme une volonté renouvelant, avec une énergie intarissable, une immolation toujours recommencée de ses goûts et de ses désirs. Ce perpétuel et héroïque sacrifice était inévitablement accompagné, à Royaumont, de certaines vertus sans lesquelles on ne le comprendrait pas, telles que l'iiumilité chrétienne, l'amoui des choses invisibles, la modestie, la soumission^ la vigilance sur lesappé* tits naturels. Mais ces dispositions éminemment sociables ne peuvent et ne doivent point être confondues avec l'anèan* tisseroent total du moi, avec la perte de la pei^onnalité proprement dite. Ce serait outrer les clioscs, que de regarder le religieux comme un siiuple automate. Il reste toujours, là niènic où la pro})riétc n'existe qu'en commun, et où tous obéissent à une régie, assez de marge pour qu'une vivace personnalité se fasse jour. Il y a toujours assez d'éléments et de circonstances dans lesquelles l'individu est livré à lui-même, à sa spontanéité, et ne dépend que de son libre arbitre, de sa volonté et de son énergie morale.

Il est vrai qu'il y a, dans rassujettissement à la régie des communautés religieuses, un renoncement à plusieurs déploiemenls de la volonté, et une perte d'indépendance; cependant on ne doit pas donner aux faits des proportions qu'ils n'ont pas. Il est de maxime élémentnire et fondamentale dans la philosophie sociale, que i iiomme, parle fait de sa nature, est un être sociable, et que dek «octa- InlUé de Vhomme se déduit, comme conséquence néccs* saire, la subordination de l'individu au groupe. Cette même philosopliie enseigne que le pioblcme de la société est tout entier prccisetnent dans le fait de chacun subordonnant les fantaisies, Tindépendance et l'intérêt individuel ou du plus petit nombre à l'intérêt du plus grand. Dit-on, pour cela, que ce sacrifice du moi et de certains

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