LIVRE QUII4ZIÈNE. 77i
commcndataire de Royaumont; ils sont à la fois les soldats de rËvaogile et de la science; et tandis que d'autres se livrent à des expéditions géographiques dans le seul but de consommer des horizons et de découvrir du pittoresque, les nouveaux hôtes de Royaumont ont, de par Jésus-Christ et son vicaire sur la terre, la haute et laborieuse mission de tracer une nouvelle carte du globe par leurs fatigues, par leur sang, par la conversion des nonéclairés, des non-baptisés, des non-instruHs.
A cété du R. P. supérieur général on vit, le 25 aodt, deux des assistants généraux des oblats, première dignité après le supérieur général; c'étaient le Yén. et B. P. Tempier * et le R. P. Lagier *. Le P. Tempier, qui a près de quatre-vingts ans, a été trente-huit ans vicaire général du diocèse de Marseille et vingt-sept ans supérieur du séminaire. Qu'il est doui d'être auprès de ces hommes qui ont vieilli, toujours doux et évangéliquesl L'aimable sourire de ce vétéran du sacerdoce se dessine harmonieusement sur le fond pur d'une longue vie consacrée au bien.
Le collègue du P. Tempier à la cérémonie de Royaumont était le R. P. Lagier, né en 1807 , assistant général des oblats et ancien supérieur également de séminaire, après avoir élé professeur de théolofrie morale. Ne t'audrail-il point que l*on rencond iit sonveiil, sur son chemin, de ces hommes d expérience el de lumière, évangéliquement indulgents, de cette indulgence attractive que saint Liguori est venu inaugurer dans les chrétientés modernes, et qui donne le secret de conduire à la vertu par les voies persuasives de la bienveillance ?
' Le R. P. tempier est né en 1788; il a célébré, le 7 a?rU 1864, à Ah, la
cinquantième année de sa prêtrise. On vit une réunion touclianle d'évèques, d'oblats et de Iniques, ontom nnt 1p P. Tempier, doyen de la congrégation, et le premier et inséparable compagnoa du fa|ida(eui\ Ce lut comme une riunion de famille, qu'on célébrait. LeR. P. supérieur général avait choisi liour lieu de cette fête la maison d'Aix, berceau de la con^gation, où s'rtaicnt faits les premiers essaie de vie religieuse« * 11 y a quatre assistants géacrauiL.
Mgr de Mazcnod était le saint Ogaori des oblats
comme le R. P. Tenipier en est le père Hoffbaùer; de même qu'Hoffbaùer avait assisté à la naissance laborièuse des rédemploristes d'Italie, et les avait fondés à son tour en Pologne^ à Varsovie, ainsi que le R. P. Tem-* pier a vu le berceau des oblats dès 1816; et il a été partie active dans la prise de possession de Royaumont en 1865. Ajoutons toutefois que, si le P. Terapier est rHoffbaùer des oblats et de Royaumont, le P. Lagier, second assistant générai, en est le Thadée Hûbi. De même que les deux pèlerins allemands qui secondèrent saint Liguori, élaiîent frères de patrie, frères de foi, de piété, de zèle, Tun Haufbaâer étant plus âgé de dix ans que son coiiipagiiori lliadce llubl, ainsi est-il du 1'. Tenipier et du P. Lagier, tous deux enfants de la Provence, lun plus âgé que l'autre, tous deux anciens supérieurs de séminaire.
Il était d^ailleurs naturel d^évoquer ici des rapprochements et des réminiscences de saint Liguori, parce que
les olilats ont les premiers introduit en l rance la théologie de Liguuri, laquelle marque une période importante dans l'histoire des systèmes de morale qui ont prétendu exercer de rinfiuence sur la vie réelle* La question du probabilisme n'était pas, au temps de Liguori, ce quelle paraissait au dix-septième siècle, quand Pascal stigmatisa, en les exagérant, quelques propositions relâchées et dangereuses aux mœurs, que soutenaient quelques auteurs. Saint Liguori vint se poser comme un médiateur, comme un homme de paix au sein des écoles de théologie, il essaya de concilier les probabilistes et les prbbabilioristes. Mais il n'y a aucune nécessité d'exposer ici la fameuse doctrine de la probahililn. Au moment historique où nous sommes, on aime à retrouver, dans les héritiers de Royaumont, la tendance de saint Alphonse de Liguori, son aimable esprit qui était l'esprit de douceur et d'in-
UVRB QUINZIÈME. 775
diligence, le zèle tle saint Ch n i s Bonouice allié a la douceur de saint François de Sales K
£n laissant de côté le grand et spécial problème de morale et de théologie que soulève la doctrine de saint Liguori, l'histoire ne considère ici les hommes que par la tendance et par l'aspect de la sociabilité. Or, c'est d'un bon augure de venir corriger, en ce qu'il a d'excessif, ce rigorisme oucejansénisme, pente de l'esprit français, qui donne de la contenance et du poids à nos mœurs extérieures, mais qui, sous une forme roide et solennellet décrient tyrannique et outré dans ses exigences. Que les oMats soient pom la maxime : « Sévère et exiffeant pour soiméme^ induiyent et viiséricordietix pour les autres ; » qu ils se tiennent soigneusement à cette maxime, qu'ils cherchent à élever les âmes même les plus faibles vers l'idéal par la route de la douceur et de Tindulgence ; qu'ils prémunissent les chrétiens soit contre une conscience trop large, soit contre une conscience trop timorée : ils sont assurés, dans la vie pratique, de conquérir les sympathies avec Testime; ils sont assurés d'arracher des victimes à Tempire du mal, et des àuies faibles au torrent des entraînements. Ils sont avec Tesprit de saint Louis, mod^e des natures fermes et douces.
On regretta, le 25 aoiil 18G5, pour Royaumont l'ahscnce des deux autres assistants généraux de la compagiiie, le R. P. Vandenberglie (i lorent) et le R. P. Soulerin (Alexandre) que d'impérieuses nécessités avaient
* Ce serait dénaturer complètement les choses que de représenter les par- Usans d6 rindnlgmce comme devant amener ce sésuttat social que : Ce qui a iUi' ptkhé jusqu'ici ne serait plus péctié; que presque rien ne serait regardé comme péché. On s associe de fri and cœur aux nobles indignations de ra2>sonil)léc du clergé de France, b'expriiuanl, en 1700, par ia bouche de Bossuct, pour flétrir un système efféminé de morale; mais ce n'est ni de saint Liguori, ni de Mgr de Hazenod, qu'on aurait pu dire, en renouvelant lin mot plais m! du dix-septième siècie appliqué au 1*. Bauny : Eeee tpU toUit peccala munUi.
* Né en 1826, à Poperingbe (Belgique), assistant général depuis 1861.
' Né en iS24, à Grenoble, a séjourné quelques années en Angleterre, el
Dlgitlzed by Goo^^Ic
774 IIISTOIBË DË RUYAUNONT.
empêchés de se rendre sur les bords de TOise. Mais dans foute armée, chaque ofGcier et soldat doit être à son poste,
et ce ne son! point les rédemploi istes de ce côté-ci des Alpes qui déserteront ie poste iln devoir, du dévouement et du zèle. Le R. P. Soulerin, ce vétéran des missions du Canada, des campagnes. d'Amérique , quoique à peine âgé de quarante ahs, était retenu par des raisons de santé ou de fatigue dans le centre de la France. Quant au P. Vandenberghe, qui a évani^élisù longtemps le Dauphiné, il était, au moiuent où 1 on entrait à Royaumont, absent du continent européen ; on l'avait envoyé, comme visiteur extraordinaire, visiter les établissements des oblats dans r Amérique du Nord.
Mais lesRR. PP. Rey, Fayette, et d'Halluyn, assistèrent à la cérémonie dii 2.) ; ils en partagèrent les t' niotions et les espérances ; ils s'unirent aux supplications de tous; ils crurent, comme tous, retrouver au pied des reliques de saint Louis les cendres d'un pére, et ils demandèrent à Dieu de vivre et de mourir de la belle manière qu'on savait vivre et mourir à Royaumont au treirième siècle ; ils se ri'jouissaient de ce que le veuvage de Tabbayc avait cessé; et dans la vivace activité qu'ils mettent au service du divin Maître, on retrouve la conviction surnaturelle que nosefforts d^ci-bas doivent dépasser les éphémères choses de ce monde. Le P. Rey, avec les qualités nécessaires de mesure dans Tesprit et de facilité dans la plume, seconde le R. P. supérieur général, comme secrétaire, et s'associe intelligemment à ses vastes affaires. Le P. Fayette est l'un des directeurs, résidant à Royaumont, où ses connaissances spéciales en architectures et son culte du treizième siècle sont mis à contribution pour l'ouvrage si grave de la restauration de Tabbaye. Le P. d'Halluyn est également l'un des oblats directeurs
plus de huit années au Canada, tl rempla^, comme amistant général, le P. Courlés, décédé.