‹ Histoire de RoyaumontChapitre 27 sur 263 · II · texte numérisé non relu

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150 UlSTOiUE DE UOYAUMONT.

faits voloiilaireSy cette subordination de riniiérét person* né. ou de Pégoîsme à ilntérét collectif, à la dignité, so^ ciale, entraînent la destruction réelle de' noire propre per*' -

sonnalilé? S'est-on jamais avisé de demander si l'homme, par cela seul qu'il se range sous une loi qui ne procède plus de son individualité gure et qui constitue l'état social, perdait ou conservait encore les attributs d'un être persotinel^ s'il pouvait être encore vertueux ou lâche^ coupable ou repentant? Qui a jamais exprimé un doute s( cet iV'^^i'tl? Qui a jamais demandé, ce que devenait, sous le régime social qui immole' le moi à la société, ce que devenàit la liberté, Taudace, le génie entreprenant, toutes âos manifestations les plus généreuses, sans lesquellès notre existence n'est plus rîèn? Il ne serait d<me pasju^ de soutenir qu'en embrassant ia vie monastique, Jean- Baptiste Duval allait éteindre sa j)ropre personnalité. Hoyaumont ne Téteignail pas plus que Tétat social en général ne détruit l'individu ; la vie monastique subordonné la volonté personnelle à la régie ; mais cette volonté vit par la règle ; l'individualité, obligée de s effacer et d'abdiquer par cerlainscôlés, renaît par d'autres. Et de môme que « le sujet ne cesse pas d'exister dans une nation, lorsque par le devoir dont la collectivité lui impose l'accomplissement, il est tenu de sortir du cours naturel de ses mœurs par respect pour une moralité invisible, anonyme S de même l'individualité ne meurt pas, dans le monastère, \\[\v cela sent qu'on assujeUil sa vulunlé et sa vie à des statuts qui ne luissenl aucun instant et aucun acte àTarbi traire et à la fantaisie. Ce n'est ici, sous une forme pai^ ticuliére, que l'application d'une condition sans laquelle on ne comprend pas la coexistence de plusieurs êtres vivaiils ; ù La suboi diiialion de l'individu au groupe s'obsejcve cbcz tous les animaux associés, en qui elle apparaît

* ProudlicNi.

LIViiL 1)IXIÈ.MF. 131.

comme la conséquence du principe physiologique qui, dans tout organisme, subordonne ch^aque faculté à la destinée générale. Ainsi, parmi les abeilles, tout est organisé en vue de la la communauté » La rè^^le du monastère rallie chaque moi ù runiformité, à l'iminiKible, à une pensée sérieuse et divine; elle ùe détruit pas retllorescence deràitie, elle la facilite.

Boni Jean-Baptiste Duval, en raftienant ses conlradicleurs protestants ou ralionalistes à une notion exacte de la personnalité, aurait donc justifié sa délerminalion et sa vocation. Du reste, des esprits moins prévénus ont proclamé de nos jours en quoi la vie claustrale puriûait la personnalité au lieu de Téteindrc : « Le renoncement à soi-même, et le dévouement au prochain, dit un de nos conteniporaius, lel est le but essentiellement proposé aux âmes d élites, mais aux religieux plus qu aux autre?, dette doctrine du détachement absolu a été conseillée par tous les maîtres de la vie spirituelle, de ^aint Benoit à siaint Bernard, de Tauteur de VlmtaHon à saint François de Sales et à Fénelon. Dans un siècle comme le notre, il faut en l'aiie le tristeaveu, l'esprit de personnalilè urandit à mesure que le caractère s'abaisse, ce complet anéantissement du moi peut avoir quelque chose- qui blesse et qui révolte. Sous Tinfluence des molles complaisances auxquelles on est aujourd'hui habitué, on se demandera s'il fut jamais permis de consommer sur sa propre personne celle sorte de suicide moral, com?ne si, par une réaction fort ordinaire^ la faiblesse de notre nature, jointe à la ré- ^ sistance de notre égoisme, ne nous portait pas à ne subir du sacrifice que la part compatible avec Tétendu'e de nos forces et de noire volonté. Le moyen âge, et même les premiers siècles de ré|)U([iie moderne», adinellaient moins volontiers ces tempéraments et ces traiisacliuns que repous-

* Pfoudhoo.

.139 HISTOIRE DE ROYAUHONT.

sait alors lacanscience. Quand la mâle énergie des sentiments et des passions était à la hauteur des esprits et des caractères, on acceptait Pholocaustetoutentier, et le prince .

ou le vassal, le jeune lévite ou le vieux chevalier, se résignaient à n'être rien pour queDien lût touldansleur cœur. Ils ne se croyaient point abaissés par ce sacrifice volontaire, et à chaque nouvel effort pour s'élever, ils entendaient une voix qui leur criait : Monte, monte toujours, monte plus haut encore. Prenons la peine d^étudier sérieusement, du douzième au dix-septième siècle, riiisloiro àpeineconnuc des ordres monastiques, cl il nous seralacile do voir que, dans la société ecclésiastique comme dans la société civile, tes actes degrandeur morale dont les âges antérieurs avaient légué l'exemple, ne cessèrent de trouver partout des imitateurs. Non, parce que tout s'étend ou s'abaisse sous l'in-r flexible niveau de la civilisation actuelle, ne supposoiiï? pas gratuitement que ce qui est a du toujours être, et ne décrions pas surtout les sommités lointaines qui, dans les horizons du passé, s'élèvent bien au-dessus de nos tétes^ » Tel est l'ascendant de la réalité sur l'esprit hbmain, que ceux qui reprochent inconsidérément aux monastères d'amoindrir dans rhomme 1 iudividualilé, ont eu la dis- ' traction de se réfuter eux-mêmes, par leurs propres contradictions; et rillusire historien, qui prétendait que chez l'antique moine, Tindividualité n'existait pas, est le premier à reconnaître « le caractère de bon sens et de douceur qui éclate dans beaucoup de parties de la règle bénédictine, et dont il est impossible de n'être pus frappé. » La pensée morale et la discipline en sont sévères, dit-il ; mais dans le détail de la vie, elle est humaine et modérée j plus humaine et plus modérée que les lois romaines, que les lois barbares, que les mœurs générales du temps ; et je ne doute pas que les frères, renfermés dans l iule rieur d'un

' Le» MMOët* àénédiet* d'italiet par Alphonse DaDtier, 1. 1, ItUrûd., p. xxv.

IIVKE DIXIÈME. 155

monastère j n'y fussent gouvernés par une autorité, à tout prendre, plus ralsonuable et d'une manière moins dure qu' ils ne l' tussent été dans la société civile^. »

Cependant, tandis que Hoyaumont était le pieux théâtre de ces événements intimes dont se forme la variété et Fa* nimatiôn dés paisibles solitudes, le bruit du dehors vint gronder autour dé la demeure solitaire. On assure que Boyauinont eut son épisode de la Ligue. Il ne lira pas le canon, mais on le tira à ses portes. Après 1585, la Ligue, au lieu d'une simple société secrète, s'était étendue dans les masses populaires, pour devenir un grand parti révolutionnaire. Henri de Guise, persuadé que le moment était venu de frapper un grand coup, signa, le 31 décembre 1584, avec l'Espugne, le traité de Joinville, par lequel les parties contractantes s'engageaient « à extirper les sectes et hérésies, à exclure du trône de France les princes hérétiques ou qui permettraient impunité publique aux hérétiques,' et è assurer la succession des Valois à Charles, cardinal de Bourbon. » Le manifeste de la l.lgue parut le r>i mars 1585. Les signataires jurèrent de ne pas poser les armes que « TKglise de Dieu n'eût été réintégrée en la vraie religion catholique, la noblesse remise en ses franchises, et le peuple soulagé des nouvelles impositions. » Ce ne fut bientôt qu'une conflagration universelle. Les principaux chefs catholiques et les princes lorrains, pendant que la reine mère cherchait à Saint-Bris à engager le roi de Navarre à unir ses armes à celles de Henri ili, pour faire la guerre à la Ligue, eurent à l'abbaye d*Ourscamp uné conférence où ils décidèrent qu'il fallait détruire le parti protestant, puisque le roi ne semblait pas vouioir le faire. L'assassinat du duc de Guise, . surnommé le Balafré^ et celui de son frère le cardinal de Lorraine (1588), achevèrent, en stimulant la vengeance

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154 HISTOIRE DK ROYAOMONT.

et les représailles, de jeter l'anarchie en Ffance. On ne i^êvait partout que guerre et défénse* La Picardie et Tlie^ . de-France n'attendaient qu*un signal. Beaumont-sur4)i$e,

Ponl-Sainte-Maxence, Clermonl, Ponloise, adoplrrent le parti du duc de Guise et des ligueurs. On demanda au duc d'Aumale de lever sur le pays les sommes nécessaires pciur aviser à la sécurité des villes et des bourgs unis dans la Ligue* La cité de Senlîs, qui eût voulu garder la neutralité, fut entraînée elle-même dans le mouvemenL géiii i iil ; du moins, son évùquo (Rose), ardent lif^ueur, déclama tant contre le roi de Navarre, qu'il qualifiait d'hérétique et de loup ravissant, il excita si vi-; vement les populations ^ signer le pacte d'union, que le peuple, agité par ses prédications, se déclara contre Henri lïl. Mais, comme Henri 111, pour eu finir avec la Ligue, confédrralioii i\\n se tournait tant(M contre les ennemis du catholicisme, tantôt contre les catholiques amis de sa dynastie, s'était décidé à traiter avec le Béarnais, roi de Navarre % afin de réunir leurs forces, le plan de guerre qu'on adopta fût, sitôt ce pacte de fédération conclu, (h ne plus souffrir que la viUe de Senlis restât au pouvoir du parti de ï Union.

Le pays de Royaumont allait jouer un rôle actif dans les destinées générales de la France. Les armées allaient se concentrer autour de Senlis, cheMieu du bailliage. D'une pari, les ligut urs venaient de s'emparer (1587-1588-1589) de plusieurs des places fortes de POise, de Pont-Saintc- Maxencei Pierrefonds, Crépy, Bethisy, Beauvais, r^ioyon,

* Extrait en hrefde ce qui s'est passé à Senii» et is emdrens ttkelle, depuis l'an 1 400 j usqu'en 1594, par Jehan Hallet : Monuments inédits dé THist.

de France. Ad. Dernier, p. 70.

* Aux yeux ào la multitude, la Ligue n'avait d'autre but que lu consorvation du catliolicisme en Franco. Le zèle du duc de Guise, et de sou liin e ' le duc de Mayenne, politique habile, pour la religion caUufliqueSf n'excluait pas des motifs politiques et une arrière-pensée d'ambition pour la maison ducale de lorraine.

LJVBE DIXIÈME. iS5

Brcteuil, Gerberoy, Beaumonf -sur-Oise^ : ils doiniuairnl à Senlis, qu'habitaient des bourgeois catholiques tei vents. D'ailletirs» après la sentence de déchéance contre Henri III rênduc par la Sorbonne çt le parlement de Paris (janvier 1589), il y avait eu dans la contrée un soulèvement général contre le roi. L'évéque ilc Seniis enlin, ligueur acharné, ne perdait pas un instant, pour rattacher les massera la sainte union. D'autre part, la physionomie des choses changeait, depuis que Henri III s'était réuni au Béarnais. Â la suite de cette alliance, la noblesse revenait en général sous la bannière du roi, en sorte que la situation de la Ligue, avec son caractère de réaction démocratique contre les excès des seigneurs, entrait dans une phase nouvelle qui allait compromettre ses avantages. La première opération contre les ligueurs, depuis la jonction de Henri III et du roi de Navarre, eut lieu sous les murs de Senlis, et dans reiiceinte même des i oinparts de Senlis. M. de Moiitniorency-Tlioré, l'un des cinq iils du connétable Anne de Montmorency, ne pouvait languir inutile dans son château de Chantilly.. Thoré était « un gentilhomme d'honneur et de valeur, très-fier de son nom, et qui, malgré la dévotion ascétique de sa mère, n'hésita pas, ainsi que ses aiués, à rejeter la ijarrelte pourrépée. Il était, comme ses autres Ircres, brave, distingué de manières, de raison et de sentiment, sans être transcendant d^esprit. » Lorsque les royalistes de Senlis firent appel à

^ a Pour ce que plusieurs passages, lieux et Torteresses détenus de la part de rennemi empftdiaient grandment les Tims de l'année da rot audit siège de Paris, fut assiégé le hourj; et château de Bcaumonl-sur-Oise, lieu fortifie durant ces troubles, lequel fut battu et miné, et trouve si fort qu'on n'y sut que faire : dans lequel comijoandait le seigneur de Pontrincourt qui eDÛn fut gagné de ses parents et amis qui étaient en l'armée du roi, qui te fienoadérent si bien <iu'il se rendit à composUion : et swUrent tons bagues sauves; et à toujours depuis, ledit seigneur de Pontrincourt, fait service à s;i Majesté : l:i(jiielle pbre rendue fut mise à la garde du sei^Mieur de Marcilly, avec forte garnison, qui en a fort bien fait son devoir durant Iciâits trouilles. Et de le roi et ses troupes n^ournèrent en ladite armée et siège de Paris. Les troubles cessés, ledit Beaumont fut & M. de Liancourt. > (Y. sut. et piacam, par Jehan VauUer, p. S07.)

m ntSTOIRE DE ROYAUMONT.

M. de Montmorency-Thon'', pour venir h leur aide contre les ligueurs, de Tiioré ne marchanda pas son concours. Précédé par des intelligences ménagées dans la place, il entra habilement dans Senlis, le 26 avril 1589, par la porte Saint-Rieul, et absolument sans coup férir^

L'iiiipoi lance qu'on attachait à se rendre maître de la vieille cité des Silvanectes, se comprend, parce que Senlis interrompait les communications entre la capitale de la France et la Picardie; comme aussi les ligueurs tenaient essentiellement à ce poste pour se tenir en relation avec les autres villes de la Picardie, dont les hahilants avaient embrnss{^ le parti des princes. Senlis avait acquis d'ailleurs une réelle importance politique. On y avait signé, en 1495, avec les plénipotentiaires de Maximilien d'Autriche, sous le règne de Charles Vllf, le traité de paix qui rendait le comté d'Artois et la Bourgogne à Marguerite, fille de Maximilien. Et, vingt années avant ce traité, c'est à Senlis aussi, qu'avait été conclue, en 1474, la trêve entre le roi Louis XJ et Charles le Téméraire, duc de Bourgogne. Ën* fin, c'est que Senlis était une place forte, une de celles que François I*' avait fait mettre dans un respectable état de défense, afin de protéger contre les armées ennemies Tintérieur du royaume et la capitule, au moyen des villes fortifiées qui l'entouraient. Les fortifics^lions, déjà complètes en 1480, et remaniées sous Louis XI, donnaient à Senlis un aspect imposant Les murs, terrassés à une grande profondeur et protégés ainsi contre l'artillerie, les bastions de Saint-Uicul, delà porte de Paris, les éperons du Montauban et de Saini-Elienue qui couvraient les remparts, des fossés profonds susceptihles d'être inondés^ les portes armées de herses et ponts-levis, les tours créne-' lées qui s'élevaient de distance en distance, les eaux vives coulant autour des murailles, tout celar donnait à Senlis une allilude de force et annonçait une importante forteresse^

Qu'allait-il advenir? on pouvait croire que les sombres jours de 1418 et de 1429 revenaient. Les noms étaient changés; au quinzième siècle, les Bourguignons s'étant

emparés de Senlis, il iallut que l'aiméo royale les délogeât. En ITj^'J, après ([ue Montiiiurency fut entré dans Senlis, après que le gouverneur de la ville, le sire de Rasse de Saint-Simon eut été fait prisonnier, et que les habitants se furent rangés sous Tautorité royale, les rôles pl*enarent un sens contraire; c'était l'armée des ligueurs qui voulait déloger de Senlis l'armée royale. Le 15 . août 1 129, le duc de Bedi'ord était venu camper sovis les ' murs de la ville, avec une grosse armée, pour livrer hntaille aux Français; dans les premiers jours de mai 1589, c'était l'armée des ligueurs, commandée parles ducs de Mayenne d'Aumale, qui se jirebciitit cl Nintse réunir sous les murs de la inéme cité, pour en faire le siège. Au point de vue de la Ligue, il n'élaitpas possible de ne pas essayer de reconquérir Senlis, Taneienne ville des Silvanectes, la vieille cité enviée aux Gaulois tour à tour par les Romains et par les rois francs, dans laquelle Chilpérie, Sigebert (551), Contran, Cliildebert (587 ), Charlemagne , Charles le Chauve, avaient laissé leur empreinte, et dont les fiers seigneurs, au dixième siècle, les superbes comtes de Senlis, furent les plus ardents à acclamer Hugues Gapet pour nouveau chef du royaume de France. Beauvaîs et les villes coalisées mirent en effet leurs milices sur pied. On ue perdit pasde temps; l'année du duc d'Aumale investissait la ville, peu de jours après qu'elle s'était donnée aux royalistes, dans la nuit du samedi au dimanche 50 du mois d'avril.

Le 15 mai, tandis que les moines de Royaumont vaquaient à la prière, on entendit retentir la canonnade dans la direction de Senlis. Depuis quinze jours, on savait bien que c'élaient d'actifs apprêts du coté des assiégeants et du cété des assiégés^ et que des sorties et des combats

m HISTOIRE DE R^YiDMONT.

partiels avaient (m Jieu. Co n'ôlaiVnl que los opérations préliminaires. Maïs^ à la durée de la canoaoade pendant la journée du 15, il était indubitable, pour Royamnonf, que le siège de Senlis était engagé ^ En effets le duc d'Âu* inale avait ordonné Tatf aque ; il était urgent d'emporter la place (rassaul ; il était urgent surtout de pousser le siège avec vigueur, de ne pas perdre un instant, et d'avoir promplement raison des assié^^és, au moyen des boulets et de la destruction voici pourquoi : lorsqu'on avait vu les ligueurs se diriger vers la ville de Senlis, les amis de la cause royale s'étaient empressés de venir renforcer la garnison et de prêter secours à M. de Thoréel à M. de Bouleviiie, Le seigneur d'Ognon, renommé pour sa valeur^ ainsi que le sieur Duraont, accompagnés de plusieurs gentilshommes, étaient entrés dans la ville, avec quarante ou cinquante cuirasses et vingt arquebusiers à cheval, ainsi que deux ciiarrcllcs avec quantité de poudre. Quelques jours après, la ville recevait un nouveau renfort par l'entrée de plusieurs genlilshommes avec deux cents soldats venant de la vi^ilée de Montmorency*. Le 3 mai, ià, d'Armentiôre$, venant de Compiègne, avait pénétré aussi dans Senlis, escorté de cent soixante lioiumes, munis chacun d'un sac de poudre. Le tout pouvait former quatre mille livres pesant". Ajoutez que dès la première nouvelle que Farmée du duc d'Aumale était disposée à venir, faire le siège de Senlis, MM. d'Humières, Fontenay, Mareuil et plusieurs autres seigneurs des en-

* Les mémoiiTs de Jelmii Mallet et de Jehan Vautier, auteurs contemporains, comme ceux de MM Ilonycr et Desormeaux, ont laissé des précis historiques de ce qui s est passé ù Senlis pendant la Ligue et pendant le siège. Ces récits sont tons relatés ^ns les manuscrits de M. Afrorty> On retrouve les mêmes ronsctgnoinents dans les écrivains modernes, M. (te Maloziou fîe Senlis, M. Uroisse, M. Yatin, M. firaves. M. de Méricoiirt, auteur de Sir Evrard, a publié un petit volume. intituN^ : Vn coin de la vieille Picardie et les arqueàuziera de Senlis. Paris, 18G1. [Becueil des récits kittariq* et légendairet de la France,)

* Senlis, Vatin, p. 101.

' Beekerchet hietor.t p8r Croisse» p. 72.

virons, étaient accourus dans cetlft place pour- partager avee M. de Thoré le danger et l^honneur do la défendre.

Telles étalent, avec la position formidable de la place, les forces qui 8*y étaient concentré. Il n'y avait, dit-on, que six cents honiiiies soldés et quinze cents lial)ilanls en état de prendre les armes ; mais il s\ était réfugié beaucoup de paysans qui aidèrent à la résistance.

Quant aux assiégeants, on porte leur armée à trente mille hommes. Dés le 50 avril, ils s'étaient assurés d'une position favorable pour l'opération du siège; ils s'étaient eriipMK's du faubourg Saint-Martin qu'ils brûlèrent; ils étaient maîtres, par là, des clochers de Saint-Martin, de Saint-Remy et de Saint-Étienne, qiii commandaient la ville, et du haut desquels on pouvait tirer sur les remparts. Les ligueurs, maîtres aussi de la rivière de la Nonette, ne manquèrent pas d'en intercepter et détourner le cours, pour empêcher le travail des mou Uns de la ville, et rendre la position des assiégés plus critique. Le "2 mai, le duc d'Aumale, à la téte de sa cavalerie, et conduisant trois pièces de canon, était venu établir son camp à Vil^ . levert, ayant auprès de lui cinq à six mille hommes, tous volontairement enrôlés, dans l'espuii du pillage. Le 0, deux autres canons et une coulevrine étant arrivés au camp des ligueurs, le duc d'Aumale s'était empressé d'établir une batterie sur une éminance au faubourg de la Fontaine-des-Raines, dansle dessein de foudroyer les remparts de la porte de Creil à la poi te de Paris. Le 12, quatre mille hommes de Lonnes troupes, sept fort canons et tn)is mille cinq cents boulets, amenés par le sieur de Balagny, qui se faisait appeler le prince des Gambraisiens, étaient venus augmenter la force des assiégeants. Les ressources des ligueurs étaient donc im[)osantes ; et, néanmoins, il était dans l'intérêt de leur cause d'en finir au plus tôt avec les prépara tifs et dVji venir à l'action . C'est que M . de Tiioré avait dépêché un courrier à M. de Longueville, qui com-

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I4(» HISTOIRE DE BOYAtïMONT.

mandait dans Conipiègne; il lavait instruit de Fétat respectif des forces et des projets de Tennemi ; et, par conséquent, il fallait s'attendre à voir un contingent de troupes royales venir incessamment grossir la garnison.

Leduc (l'Aunialt' avail appiis eu effet, que les assiégés comptaient sur uu secours, d'un jour à l'autre.

Le 15, les batteries commencèrent donc à lancer leurs projectiles contre les murs des remparts de la porte de Paris. Une autre attaque eut lieu en même temps près la porte de Creil, au lieu dit la Fosse-aux-Anes. L'eruiemi tirait avec lartt d'inipeluosité, il battait si furieusement en brèche les remparts, qu'il ne donnait pas le loisir pour les réparer. Le lendemain, mardi 1 6 mai, les batteries recommencèrent leur feu depuis six heures du matin jusqu'à six heures du soir. On dit que dans, les deux journées du 15 et 16, les assiégeants tirèrent contre la place neuf cent quaire- viii<^ts coups de canon. Cependant, l'attaque principale se portant sur les fortifications de la porte de Paris, il en était résulté une brèche à la muraille de la longueur décent viiigl pas. La brèchcétait assez profonde pour donner l'assaut dans la ville. L'assaut commença ; l'on combattit sur ce petit espace pendant six lieures entières. On comprend que l'épouvante se répandit partout. Les femmes, les tilles éperdues se rendaient dansTégliseSaint-Bieul, dont on avait fait descendre la châsse. Cependant, malgré répouvante générale, la plupart- des habitants, hommes et femmes, à part nu petit nombre, tirent leur devoir, et l'on vil ceux qui n'avaient jamais manié les armes se comporter vaillamment. Mais de telles attaques etunetelleré' sistance, et ces interminables volées de canon, ne pouvaient avoir lieu sans des malheurs, sans des personnes al teintes, tuées ou blessées, sans des pertes considérables. Que pensait-on à Chantilly, car, à travers les immenses clairières de sa forêt, on aperçoit Scnlis qui se dessine dans le lointain? Que pensait-on à Royaumont et

il Asnières, d'où Ton aperçoit aussi l'antique cité, avec sa flèche effilée, ses clochers et ses édifices ?

Rien de plus naturel que la neutralité d'une abbaye, quand les enfants de la patrie se déchirent d*une main fraternelle : s'il fallait cependant présumer des sympathies du monastère de lioyaumont, (Taprès celles de Tabbé de Royaumont lui-même, il n'y a point de doute que les bernardins ne fissent des \œux pour les assiégés. L'abbé de • Ropumont était chancelier de Catherine de Médicis, et toute la famille de Beaune était dévouée à la cause royale. Un des frères aînés de Mgr Martin de Ikaime, abbé de Royaumont, Renaud de Beaune, qui lut successivement cvéque de Mende, archevêque de Bourges et puis de Sens, Renaud de Beaune était un prélat éclairé et éloquent, qui. aimait son pays, et qui était ardent pour sa foi. Son autorité le lit nommer président de l'assemblée du clergé, aux états de Blois, en 1588; l'esprit qui animait la famille des Beaune parut surtout à la contérencede Suresnes, près Paris, dans laquelle Renaud de Beaune avait pris hautement le parti du roi Henri le Grand, que ceux de la Ligue et les Français partisans de TEspagne ne voulaient pns reconiiailie pour souverain après la mort de iienrillP. On croit que la converiiou de Henri iV fut due en partie à l iuiluence de Renaud de Beaune.

Cependant, le danger delà ville devenait plus inuninent; eUe pouvait être prise d'assaut et les habitants passés au fil de l'épée, car il avait été fait à ce sujet de grandes menaces. D'un aulr-e côté, le secours attendu pouvait paraître, et le duc d'Aumale désirait vivement que la place arrivât à une prompte composition. Oa parla donc d'une capitulation ; mais, au moment de la conférence, un coup de canon, parti du camp ennemi, interrompit les pourpar-

* De Thott, Hkt,, l 100. — Sainte'lhttlie, CaUia ehtUt, — Moreri,

' 142 HISTOIRE DE ROYAUMONJ.

lers; chacun retourna à son poste, et le combat recommença^ jusqu'à ce que la nuit séparât les combattants. . Le lendemain, 1 7 mai, allait probablement être pour la ville un jour de deuil cl de désolation; les ligueurs, exaspérés parune résistance à huiucUe ils ne s'attendaient pas, voulaient donner, aux villes qui n'embrasseraient pas leur parti, un exemple terrible. Toutefois, on avait

' repris, dès- le matin, la question de la.capitulation. Les royalistes traînaient les débats en longueur, avec intcn-

• lion. Leurs calculs obtinrent du succès. M. de Tliorc apprit entin la nouvelle de l'arrivée de MM. de Longueville et de Lanoue, qui approchaient avec huit cents chevaux et quinze cents arquebusiers pour secourir la place.

Lorsque, dans la contrée attentive aux diverses péripé^ ties du siège de Scnlis,on apprit que des troupes fraîches étoiciU venues ravitailler la place, on estima généralement que la lutte changeait de facer, et que les assiégés avaient desi chances. Une bataille en rase campagne allait décider la question, que les opérations du siège avatenl laissée sans conclusion. Lorsque, en effet, leduc d^Anmale vit approcher les sieurs de Longueville et de La Noue, il élait élémentaire qu'il devait empêcher leur jonclion avec la ville et leur offrir isolément le combat. On était, dans toute la contrée, inquiet et 'les yieux fixés sur la nouvelle phase de la lutte. Les deux partis se rencontraient entre Montepilloy et la Victoire, à l'endroit même où, cent soixante ans aupar; v;inl, Charles Vil et les Anglais s^ctalent trouvés en présence.

Au pied des murs de cette abbaye, se décida, en réalité, une de ces journées qui ont de l'influencé sur les destinées des empires. Les ligueurs perdirent la bataille, sans que les mémoires contemporains expliquent suffisamment pourquoi et comment ils la perdirent. Du reste, les raisons, données après coup, d'une victoire ou d' une défaite, ne sont jamais une explication adéquate des faits* H

LIVHE DIXIÈME. 145

n'y a rien de plus inintelligible qu'une bataille gagnée. Les uns citent une manoeuvre de Farinée du rôî, qui fil feinte de reculer pour faire approcher les ennemis. Les ligueurs s'avancèrent vhement, pensant enlever rarlillerîe de de La Noue; mais, tout à coup, celle-ci se découvrant, tira cinq volées, trois dans l'infanterie et les deux autres à travers la cavalerie, qui était aux deux ailes de l'infanterie. Cette majnœuvre, qui aurait tout d'abord amené une grande confusion dansi'armée des ligueurs, aurait été suivie d'une attaque faite avec furie par les gens d'armes et les cuirasses de La Noue. De là un désordre immense qui se serait mis dans les rangs des lig-ucurs, puis la dé* route, la fuite et la débandade. Selon d'autres, la cauae première dé la déroute des liguètirs serait une fatislse idée qu ils se seraient laite sur un point spécial de l'armée venue au secours de Senlis. S'élant persuadé à fort que Henri, duc de Longueville,elie brave de La Noue avec leurs deux mille cinq centi hommes, n'avaient pas d'artillerie,ii6 s étaient làncés eux-mêmes sans pretidrela peined'amener leur propre artillerie : et cela aurait été la cause de leur défaite. Quelle que soit l'expliration. il est sur que de La Noue culbuta tous ceux qui se trouvèrent sur son passage; pins de trois cent soixante-dix hommes qui gardaient Tartilierie furent tués sur place; un grand nombre voulant fuir se noyèrent dans la Nonefte ; Taffaire, qui avait commencé ' vers quatre heures. Unissait entre cinq et six ; la victoire était couipiele ; l'artillerie, les l)a^^^g('s, un butin immense, tombèrent au pouvoir des royalistes. On estima la perte des ligueurs à plus de ôOO,000 éous. Mais surtout la conservatioii de Senlis S située à la porté de Paris, était

• Le 21 mars 150 t. le roi Henri IV était encore à Senlis avec le ctiaiicelirr, les ine<sienis du conseil d'Klat, dos financiers, de grands seigneur?, et les dames de France. Le lendemain, *i2 mars, Hem'i IV entrait ;i Pnris :ivec assui'anee^ et les babUimls fêtaient cet heureux événement. Henri lY avait Mt de Benlifi le quartier général deg espéditiODS guerrières qu'il avait ett à cntreiireiuire. Il logeait à lliôtel de Saiut-PeraiDi qui éuit presque en»

ponr le roi delà plus grande importance. Il ne possédait plus que six villes, et la défection de Seniis eût apporté à ses affaires un irréparable préjudice.

Rovauiiiont se liouva bientôt comme dans un cercle dé lîamtiies; parce que, après Sciilis, l'outoiseeut à subir également un siège. Henri ill, le maréchal deBiron, le duc d'Ëpernon et le roi de Navarre Tassiégèrent avec trente mille hommes. Pontoise capitula le 24 juillet 1989. C'est à ce siège de Pontoise ^ que le Béarnais faillit être tué, une arquebusade qui lui élail destinée ayant jeté mort un colonel huguenot sur Tépaulê duquel il s'appuyait en observant la place. Ëst-cc à la suite de cette atïaire qu'il fut emporté blessé au château de Yiarmes, danê lequel la tradition de la blessure et du séjour de Henri IV se conserve encore? est-ce quand il parut à Boaumont? Mais, on ne doit pas taire le nom d'un jeune capitaine, dont les mémoires u ont pas laissé mourir le souvenir et qui seconda vivement de La Noue au siège et à la victoire de Seniis. Après le drame, le roman. U est juste' de remettre en lumière l'un des héros detsette victoire, intéressant par son âge, et sur lequel des écrits du dix-septième siècle ont répandu quelque poésie, en faisant, on doit le craindre, trop bon marche de la morale. Gilles de Conilans, seigneur

clavé dans le cMteau. Le 23 mars, madame d'Ângouléme et madame d'Estrées, et tous ceux qui étaient restés à Seniis depan le coramencement des

troubles, se rniulirent à Paris, cmpoitaiil do ce séjour un affectueux souvenir. Seniis, délivré do ses inquiétiidos par rafTcrmis^ement du pouvoir royal, n'eut plus qu'à réparer ses murailles et les désastres que les guerres lui avaient occasionnés. Mais cette yille se ressentit longtemps des perles qu'elle amit éprouvées. A cette époque, cette cité possédait dans ses murs !a comtesse de Seniis, la spiriliiollc reine ^înrtrucritr do Valois. Cette princesse ne fut point indifférente aux mallieui s de la ville, et clierclia à les soulager par de royales générosités. Elle résidait encore en 1003 dans Seniis, où elle posait» en cette même année, la première pierre de l'église des capucins. [SenUt, par M. Vatin, p. 120, 1t>i.)

• Leduc de Mayenne reprit Pontoise, l'année suivante (1j90) ; les ligueurs tenaient à garder celte place. On recevait à Paris, par celle direction, les vivres Tenant de la Normandie; le duc de Mayenne y avait établi une forte gamiiioii pour favoriser le passage» par terre et par eau, des vivres destinés aux ligueurs de la capitale.

d'ArmenlièreS) était son nom ; et mademoiselle de Guise, fille du duc de Guise, le Balafré, cl princesse de Gonli S fut Tun de ses historiens, dans les Amours du grand Alexandre^. Gilles de Conflans était le troisième fils d'EusIache de Conflans, seigneur d'Ouchy, et de sa seconde femme. La princesse de Gonti rappelle que son jeune guerrier, qu'elle désigne du nom de Napo]éon,n*avait que vingt ans, lorsqu'il se trouva au sii ^^t de 4589, à côté de Longueville, de La IVoui , lluiiiièrcs, Givry, et de tant d'autres défenseurs de la ville de Sentis, qui la plupart étaient ses proches parents.

Mademoiselle de Guise a bien fait de rendre à chacun selon ses œuvres, et de signaler la part brillante que le jeune de Gonflans avait prise à la défense de Senlis, en iS89. Gilles de Gonflans se montrait l'héritier de la valeur militaire de son père, Euslache deConilans'. Celui ( i ii\ait été fait capitaine de la compagnie française des gardes du corps, qu'avait eue Louis de Talaru, baron de Chalmazel. 11 refusa longtemps cette charge*; mais le roi Gharles IX. l'avait lui-même forcé de l'accepter, en lui accordant et en lui scellant lui-même la grâce ; il lui fit même expédier des lellres de niait chal de France, tant ses services étaient appréciés. iMais l'historien du dix-septicmc siècle ne s?est pas borné à raconter la bataille de Senlis : il a joint à son récit de guerre un épisode de roman qui, selon quelques interprètes, aurait eu pour théâtre le voisinage de Iloyauniont.

• Madcmoisolle de Gwse, née en 157 1, rpousa le prince de Conti en 1605, perdit son mari en 1614 et mourut de li istisse.

• Elle écrivit les Atnours du grand Alexandre^ suivies de Pièce» inUreêwae» pùurterviràPhistoire Oe Henri IV, petit in-18. — U Bibliothèque des Romanst ouvrage périodique, publié au dix-huitième siècle par François Bastien, a donné tous les écrits liisloriquos de la princesse de Conti, au deuxième tome de l'année 1787.— Ces écrits ont été aussi édités el expliqués par Laborde, valet de cbambn! du roi, en S TOhimes. Paris. 1786.

' La maisoB de GmiflBns était tme maison issue des comtes de Brienne» qui ont possédé les royaumes de JérusalciTi e t de Chypre

• I.e motif était que son frère, Robert de Conflans, était aloi-s poursuivi criminellement pour un meurtre; ou pouvait craindre que sa maison ne fût déshonorée.

m UISTOIHE DE ROYAUMONT.

Gilles de Conflans avait participé aux dangers et à la délivrance de Sentis, en guerrier vraiment chevaleresque. Il était dans Taffaire du 12 mai, quand les habitants firent une sortie avec cent chevaux et tuèrent aux assiégeants trois cents hoiniiies. Après s'clrc jelc très-hasardeuseinent dans ce siège, c'csl lui qui, nolaninient, insista pour qu'on trainàt en longueur et qu'on soutint les deux assauts qui eurent lieu, contre Topinion, dit madame de Gonti, de ceux qui étaient dedans et du gouverneur lui-même .X C*est lui qui, avec quehiues autres gentilsliuiunies, avec Bon leville, Monlnioriiàcy, d O^iiun et de Pertuis, tint bon pour défend l e la brèche, dans les terribles assauts du 15 jct du 16, où Ton se battit pendant six heures entières, dans un espace resserré, au milieu du fracas des canons et des arquebusades. Gilles de Conflans contribua ainsi, par sa vaillance et sa courageuse opiniâf rclc, à soutenir le inoral des assiégés, à déconcerter les ligueurs, sans perdre un pouce de terrain; il contribua entin au succès déilnitif de la lutte, en donnant loisir aux serviteurs du roi de secourir cette place, de gagner sous les murs de Sentis cette mémorable bataille, qui avança si efficacement les affaires de Ileiu i, situé encore au delà de la Luire. Le succès de la dernière journée fut dû, en grande partie, à l'habile direction du brave La Noue, .que Longueville avait salué général ; mais La Noue avait été vivement aidé par notre jeune capitaine de vingt ans. Gilles de Conflans pouvait, par conséquent, comme tous les braves du siège de Sentis, revendiquer sa part, soit dans la mise eu luite du duc d'Auuiale et des chefs de l'armée des ligueurs qui, poursuivis jusqu'à Saint- Denis, rentrèrent à Paris, couverCs de confusion, et harcelés par les chansons et les moqueries ^, soit dans le grand

La satire JI^Êippée reUii^, plus tard» k houte de la déroute de Senlis :

A chacun nature donnti Des pieds pour le soutenir;

Digilized by

résultat d'avoir opéré la jonction des troupes royales, des troupes calviuistes, des troupes de la noblesse qui accouraient de toutes les parties du royaume, et décolles du roi de Navarre. C'est pourquoi les deux rois purent, «n. effet, paraître en vue dé Paris, le 30 juillet au soir, avec quarante mille hommes qui s'étendaient en un vaste demicercle sur la rive gauche de la Seine, depuis Aigentcuii jusqu'à Vaugirard.

Mademoiselle de Guise ne s'est pas contentée de dire la noble part du jeune de Gonflans dans la guerre, et les preuves qu'il avait faites de brave militaire. Conflans n*avait eu, jusque-là, d'autres pensées que pour la gloire; mais, lorsqu'il fut sorti si vaiilauiiiieut de ce siège de Sentis, où il avait trainé la plupart des canons ennemis dans la ville et eu cloué le reste, il voulut « donner quelque chose à son plaisir, » dit mademoiselle de Guise, qui trouve- cela naturel. Tout couvert de lauriers, il fit un voyage à Compiègue, résidence de la cour, où il s'arrêta quelques jours, et où il devînt épris d'une Inis-bclle dame, ajoute mademoiselle de Guise, ne faisant, pas d'ailleurs d'efforts pour repousser une passion maOïeureuse et coupable. On ne s'aperçut pas d'abord de la passion du jeune Conflans; mais, celte passion n'ayant fait que s'accroître, et la dame l'ayaul, au mépris du devoir, payée d'un scandaleux retour, le mari, justement Wessé, quand il remarqua cette intrigue, et eutrant dans une violente colère, imagina toutes sortes de contrariétés

Les pieds sauvent la personne U n'est que de bien courir.

Ce vatllant duc d'Amnate.

Pour avoir fort bien couru, Quoiqu'il eût perdu sa malle, ^ ITa pas la mort encouin.

* Bien mirir n'est pas un vice;

On court pour gagner le prix; * C'est \m hoiuuMp rx»'t ri' o, ^ Dou coureur n'c>l jaiiiaiï pris:.

m UlSTOiHE DE ttOYAUMONT.

conirc sa Icminc; il remmena de Compiègne pendant la nuit et renl'ci ma dans la tour d'un vieux cliateau de sa dépendance, prison affreuse, plutùt faite pour enfermer des lions qu'une « des plus remarquables dames qui fût dans le royaume, » au dire de la princesse de Gonti.

Gomme le roi Henri III était mort S Henri IV, qui lui succéda, étant revenu de Compié^ne, avait repassé la Loire; en vue de poursuivre ses coiujin (es systématiques, il retourna encore sur ses pas, et prit une ville, dont U confia le gouvernement à notre mari malheureux, qui s^y relira avec sa femme. La politique vint de la sorte ouvrir des perspectives à la passion. Gilles de Conflans, abattu d'abord do la (lis])ariti()ii do la dame, se i oiigoait de douleur, ignorant daiis quelle relrailo les doux époux avaient caché leurs pas; mais, lorsqu'il eut découvert lasile où ils s'étaient réfugiés, son cœur saigna plus encore à la pensée des mauvais traitements qu'une personne, détournée par lui de ses devoirs, subissait à son occasion. Le cœur, dominé par une forte (lassiuii , bc fait des illusions si étranges, que Gilles de Gonllans estima comme une grande fortune l'intervention de Henri IV. Non-seulement des nouvelles purent être échangées réciproquement, au moyen d'un discret message ; mais le jeune héros de Senlis sut faire naître une occasion de se roncoutror do nouveau à Compiègno, car la passion croc el invente comme le génie, f^îi cérémonie d'un baptême, où Gilles de Gonflans fut parrain, et à laquelle le gouverneur et son épouse furent invités par honneur, parut une très-heureuse solution du problème.

Le baplômc oui lieu à (lompiègne, et les deux époux ik; purenlmanquerd'y venir, parce que c'étaientdespoi hoiiiies de qualité qui les en priaient ; mais Thomme qui obéit aveuglément à ses passions, calcule d'ordinaire sans cette

* Assassiné le août 1589.

LITRE niXIÈME.v m

mysléi ieusc cl inflexible logique qui se faufile flans les anneaux de toute dcslinée ; c'est nous-mêmes qui préparons nos calaslrophes et nos déceptions. Comme Gilles de Conflans ne put dissimulersa joie, la jalousie du mari éclata de nouveau, et, dans un transport de colère^ il pensa tuer sa femme; il la ramena à son gouvernement, il lui ôta tous ses giMis, et renferma dans une chambre obscure, d^nt il se rendit le geôlier. Gilles^, désespéré, se retira dans une de ses terres.

Il y était à peine arrivé, que tnute la noblesse du pays l'y . vînt trouver, au nombre de quarante à cinquante preux

chevaliers. Venait-on saluer les nobles débuts du jeune capitaine, qui semblait devcfir l'aire revivre les talents • paternels, les exploits d'Eustache de Conilans , et le dévouement si beau du chevalier féàldu quatorzième siècle, Jean de Gonflans, massacré sur le prie-Dieu du jeune dauphin* Charles de France? Emporté par son fol amour, il fit la sdlliso de proposer à ses. jeunes visiteurs d'aller « petarder » avec lui une petite ville, pour en faire, disait-il, a déguerpir une garnison d'ennemi s. » La proposition fut acceptée par ce cercle d'étourdis batailleurs. Gilles de Conflans ne doutait pas que, se rendant maître de la place, il ne procurât la délivrance et le bonheur à la dame caplive; ses cunipa^^nons d excentricité croyaient, de leur cùlé, aller cueillir d a utiles lauriers de Seulis.yexpédition étant improvisée, la jeune troupe martiale se mit en marche. Gilles de Conflans, à la téte de ses intrépides et absurdes compagnons, se présenta de son autorité privée et sous Tcgide de ses folies idùes de jeune iionirne, devant la ville où rcsidaient le •ronverrienr qu'il détestait, et la femme à laquelle il eut du épargner son coupable et importun amour. Emporté par sa fougue, il force les portes

* Jean de Conflans, maréchal de CIi;impag:ne en 1558. Il donna, dur;int la prison du roi Jean, nne frrnndc incuve de courapre cl de lidéiité. Il tut massacré, par ordre de Marcel, prévôt des marchands de Paris.

(Ift la ville, mais aussitôt la garnison du château parut et sortit, les habitants reprirent cœur, et firent « une rude salve de mousquetades. » Uné baiie atteignit à la tète le téméraire Gilles de Gonflans, et termina, d'une manière

liagique, sa gloire et ses aventures, [.e roi, qui avait reçu et qui attendait encore d'aiidos éclalants services de ce jeune et courageux capitaine, le regretta, dit-on, extrêmement.

* Tels sont Us faits dont la princesse de Gonti a effleuré à peine un mot ; et, comme II y a quelques raisons de croire que ce di ame s'est accompli au château royal (i'Asnièressur-Oise, ce dernier rùle historique du château d'Asnières • ' intéresserait par des actes frivoles l'histoire de Royau* mont. L^histoire, en général, considérée dans sa grave austérité, accompagne Gilles de Conflans jusque sous les ' murs de Senlis, elle le quille après la vicloirc ; mais l'histoîre réduite au-x proportions plus familières et plus intimes, l'histoire comme la pratiquaient mademoiselle de Scudéri,la princesse de Gonti, et, plus tard, Saint-Simon, l'histoire qui ne recule pas devant l'indiscrétion des anecdotes, s'est emparée de toutes les démarches de Gilles de Conflans pour noter des détails de vie privée et domestique.

Le récit de madeuioiselle de Guise ne dit ni les noms vér itables des personnages, ni les noms réels de lieux et de villes; elle les dissimule sous des noms d'emprunt, de même que les vrais noms sont travesti^ dans ïe Grand Cyms, de mademoiselle de Scudéri, dans la Carte de la cour de 1665, de Guéret ' ; de sorte qu'un travail reste à

^ On a donné la clef de tous les noms employés par^ademoiselle de Guise.

Alexandre

ou Alcandre, signiflait Henri IV. Chr^sante, signifiait Cabriellc ri'F=;trées.

Serquas. ... la localilé d'Arqués. Liauo la ville de Comiiic-nn.

FeUpe . . . . Dieppe. Napoléon. . . (•lilos dr Ccmllans.

Vijrennf». . . . laCtiiennp. Undamart. . . if iliu' >ie Longuevitle*

Pliileinon . . . le marquisiJe Pai alu-rc. Lari.s.se. . . . inconnu,

Eliane Madame d'Unmit'res. Polidor. . . • inconnu.

Etise U ville de Senlis. Dioclée .... inconnu.

faire au lecteur, et qu'une elet lui est indispensable pour substituer, dans le récit historique, les noms réels aux noms fictifs. .

Existe-t-il assez de documents pour assigner d'une manière certaine le château frxVsnièrcs-sui -(^ise coin me théâtre du drame qui vient d'être rapporté? y a-t-ii des preuves que ce soit le pays de Royaumont qui recueillit les dernières et regrettables sottises de Tétourdi jeune homme? La gravité historique impose de mentionner ce qui milite contre , ainsi que ce qui est on faveur. Une preuve, ou um indication dans un sens défavorable, serait le silence do la tradition populaire ; tandis que la princesse de Gonti s'est plu à raconter la fm tragique de Gilles de Gonflans, la localité d'Asnières-sur-Oise se tait; il ne s^est formé aucune légende; la fanfaronnade de nos cinquante clievalicrs n'a laisse aucune trace dans la mémoire des générations locales. (}ue les habitants d'Asnières aient oublié complètement le duc de Bedford et les rois Henri V et Henri Vi d'Angleterre, bien que ces étrangers aient pesé sur le pays, cela s'explique; mais comment n'ont-ils pas sauvé de l'oubli la mémoire des malheurs insensés de Gilles de Conllans i l onuncnt n'ont-ils pas chanté cette infortune? comment ne redisent-ils pas encore, dans des élégies tradiHonnelles, les pleurs, la fausse destinée et les coupables égarements de madame de Simiers^? Tout peuple est poêtè et chanteur.

* La femme, cause des malheurs de ConQans, est désignée, dans le récit de mademoiselle de Guise, sous le nom voilé de DIoelée. On avait d'abord supposé que éctte mystérieuse Dioclée ne saurait être que Rachel de Cocbefllet, ou madairiç de Rosny r ce qui ne donne pns la clef du problème : raadame de Rosny n'ayant épousé lUaximiiien de Béthune qu'en 1592, lotigtemps après la mort de Gilles de Gonflans. Quant à Rachel de Cocbefllet, il est vrai qu'elle avait eu un premier mari, François Ilurault, seigneur de ChStpatiprf' ; mais ce preiniiT mnri tie Rachel était maître des rcqiit'tPR, homme de i-obo oi non d épée, et moins encore gouvernmir d une ville de guerre ; or, Polidor, le mari de Dioclée, élait gouverneur de place. On a dierehé à résoudre le problème, encore* au moyen de la famille d'Humières. Le seigneur d'Iluroières se fit tuer & TUge de vingt-^ix ans, h la surprise.

Les preuves ou les indices qui déposent, au contraire, en faveur d'Âsnières-surrOise^ sont, d'abord, des circonstances purement négatives. On s'est perdu en recherelles pour savoir quelle était la ville désifriiée par le mot énigmatique de. la viîlo de Larisse^ assiégée par Gilles de ^ Conflans, et mentionnée dans le récit de la princesse de- Conti. Ën soi il n'y a pas d'incompatibilité à ce que ce soit Âsnières-sur-Oise qui donne la clef du mystère et soit la ville de Larisse; elle avait une citadelle; le château royal de saint Louis était une forteresse dont on a décrit les ncut tours dans un des premiers livres de cette histoire. Aux portes d'Asnières, on montre, dans le château de Yiarmes, la chambre où Henri iV, d'après la tradition, populaire, aurait été rapporté blessé. Enfin, sur la hauteur du mont qui domine Asiiières et dans Penceinte du parc de saint Louis, existait une forte tour (détruite seulement en notre temps), qui protéj^eait le château de saint Louis; ce qui aurait été primitivement « la prison ténébreuse ^ » dans laquelle M. de Simiers aurait, d'après la princesse de Conti, enfermé madame de Simiers. .

Mais l'indice le phis sérieux résulte du plan cadastral

du château de Hain, en Picardie, en 159â. Or, le récit de Louise de Lorraine, princesse de Conti, parle d'un événement bien antérieur au siège de Laon,qui est de 1594; el le seigneur qui se fit tuer su siège de Larisse, avait vingt ans, et non vingt-six ans, comme le seigneur d'Humiéres. Laborde, dans ses explications du récit de mademoiselle de Gnise, n'hésite pas ù voir ilf. et madame de Simiers, dans Polidor el Dioclée. Madame de Simiers était née Louise ûè FHÔpital et sceur du marquis de Vltry^gentilhomme de chambre du duc d'Alençon, dont les deux fils fiiront mïurédiaux do France.

' On s'est demandé si Larisse ne désignerait pos Mantes; mademoiselle de Guise veut que Larisse ait soutenu un siège par Henri lY ; elle ampUUe un peu, quant aux circonstances accessoires, comme les romanciers. On dit, d'ailleurs, que Hantes n'a pas soutenu de siège contre Henri IV, attendu que celte ville se sonmit volontairement et sans siège, en 1598, vingt-quatre heures après que le seigneur de ViUenenve s'y fût introduit par astuce. — Mais il ne s'agit pas de siège : Manies uiïrail-elle les uuti es particularités saillantes que requiert le récit de la princesse de Conti? Pour Asniéres, avait-il été enveloppé dans la Ligue, et fallut- il un semblant d'atlaque pour que les troupes royales le lissent rentrer dans l'obéissance?

d'Âsnières-sur-OiseS et la géographie viendrait peut-être aider ici à Thistoire. Quand on ouvre la carte d^Âsnières, on peut constater qu^on a pris, à la partie septentrionale

du château l oyal de saint Louis, qui était du domaine de la Conrouiie, un quartier ou un tief pui laul le nom de : Victoire'de'Senlis. Où est le lien entre Asoière s -sur-Oise et la ville de Sentis? pourquoi retrouve-t*on à Yiannes comme à Asnières un souvenir de Henri IV et un v^tige territorial de la célèbre affaire où se distingua notre héros malheureux ? Gilles de Confions combat contre les troupes du ducde Mayenne. Vainqueur des ligueurs à Senlis, Gilles s'en va périr ensuite, d'une manière romanesque , au siège d'une petite ville que. mademoiselle de Guise dé- 'SÎgne du nom' fictif de Larisse. Larisse, n'était-ce pas Asuières-sur-Oisc*.' Henri IV, ([ui regretta Gilles de Conflans, comme nous l'apprend son historien, ne délacha-t-il pas du parc royal d'Asnières le ûef de la Vicloire-de-SenliSy en mémoire de Gilles et de ses. nobles services? Si This* toire ne marche pas sans données et sans indications , même dans ses conjectures, on a ici des faits qui ajoutent à de simples probabilités un degré de vraisemblance*. Et, toutefois, quel que soit le résultat aiiquel conduise la discussion des présomptions historiques , la ville d'As-

* Il a déjà été dit que Ugr de Rosset de Fleury, abbé de Royaumoni, lit dresser, en 1743, un plan de Ja ville d'Asnières. le fief de la Yietoire-àe'

Senlis est indiqué sur ce plan : il fait face à l'égalise.

* Cependant l' ri peut f; ire une objection, tirée do l'article xxv de la Charte de commune (ï Asnières, donnée par î-ouis VIII, au treizième siècle. Cet article stipulait que l abbaye de Sainte-Marie-de-la-Victoire. fondée à Senlis par le roi Philippe Auguste, aurait à Asnières-sur-Oisè un pressoir à perpétuité (Abbatia Sanctœ Varie de Victoria sita juzta Silvanetum, babebit in perpetmim apud Asncrin? unnm preRsorium). Ce qti'on a désigné, dans le plan cadastral, du nom de fief de la Victoire-de-Senlis, ne pourrait-il pas tirer de là son ôtymologic? — Ajoutons ({u'un auteur ancien a émis une opinion défavorable A Asnières : c'est Jehan Vauiier. On lit ilans aés écrits : « Le seigneur d'Armentières fut tué d'une embuscade qui lui fut dressée proche delà ville de Neuilly-Saint-Front, lequel fut fort plaint et regretté de chacun, pour la grande hardiesse et expérimentation de 1 art militaire qui étaient en lui. » HiMtok'e» et àtseours des çhotet pansées e» ce roymmSf àepttU 1588 Jutqufen 1508, par Jehan Vautier, p. 3i9. . .

i54 HISTOIRE UE UOYAUMONT.

nières n*a rien à gagner* à se précipiter en mendiante après de semblables aventures. Qu'il soit yrai qu'un jeune gentilhomme ait pris le château d'Asnières pour théâtre de SOS exploits excentriques, ou que ce soit plutôt devant une antre ville qu'il ait porté les essais romanesques de sa iblle ardeur, cela n'ajoute pas beaucoup à rimmortalîté historique d'Asnières-sur-Oise ; et Royaumont n'est nullement impatient d'insérer cette page dans ses annales. Tout au plus y aiirait-il un sujet pour la fraction légère de la littérature moderne, qui est à la roclierrhe d'une Australie inlcllectuelie et d'une nouvelle mine de romans. La dignité de T histoire n'a pas besoin de .s'appesantir sur de semblables frivolités*

Néanmoins, on ne doit pas passer sous silence la popularité dont jouissait le pays irA>^rnères-sur-Oise et de Royaumont auprès de la nuhlcsse cl des oiliciers de l'armée, à laûndu seizième et dans les premières années du dix-septiéme siècle. Cette popularité indique de vieilles fréquentations avec le pays de Royaumont, qui jetteraient quelque jour sur les conjectures actuelles. Si Ton se transporte à cinq années après la mort de Henri IV, on sait que la politique avait décidé les mariages espagnols, et que la régence de Marie de Médicis soulevait des tempAtrs. Lorsquon se rendit, en 1615, vers la frontière des Pyrénées, pour le double mariage princier de Philippe IV d'Espagne et de Louis Xlll de France, il fallut que le cortège royal prit des précautions et allât à des épousailles comme à la guerre, à cause de ropposition laite à la régente de l:raiice par les huguenots, parmi lesquels figuraient le prince de Condé, le duc de Bouillon, le connétable de Montmorency, Duplessis-Mornay et Sully lui-même Ces

* Si cï'Cait à Mantes, ou à Clermont-siir-Oisr, on à Roaiimont, ou n Pontoisc, 011 h nicp|)r> que le drame aurait eu lieu, quel dommage au fond scrait-cc pour Asnières-sur-Oise?

* Le voyage du roi en Guiènne fat résolu, dit Monglat dans ses Uémoiret, qui fut le prétexte des seconds troubles, parce que les princes reprirent

UYRE DIXIÈHK. 155

. crrands seigneurs s'étaient rolirés de la cour pour se fortifier dans leur gouvernement des provinces méridionales, et là, ils publièrent leurs manifestes d'opposition. Cette disposition des esprits nécessita des mesures de prévoyance militaire, pour aller chercher la fiancée de Louis XIÎI, rinfante d'Espagne, Anne d'Autriche. Le roi, la reine mère, et madame Isabelle, marchèrent escortés d'une véritable armée. Le duc de Guise avait été cliargô du commandement de la petite expédition, où se trouvait un régiment des gardes françaises et suisses, avec les six petites Gouleuvrines du grand maître de Tartillerie. Et, comme l'on avait surtout lieu do craindre, Iors([u'oa traversa les provinces du Poitou, de la duvenne et du Béarn, remplies de huguenots et de mécontents, on ne marchait qu a petites journées, si bien que Ton mit six jours pour aller de Bourg-la-Reine à Orléans, sept d'Orléans à Tours. Après avoir franchi la Loire , on se garda plus soigneusement encore; douze'cenls cavaliers cou\rirent le front et les ilancsdu cortège. On manquait souvent de vivres; les • campagnes, entre Angoulôme et Bordeaux, étaient dévastées par la guerre civile ; et, cependant, la gaieté n'abandonnait pas ces braves gentilshommes de l'escorte. N'y avail-il point parmi ( ux les fils de ceux qui, quelques années auparavant, Iburnirent un contingent à la chevaleresque échauffourée d'Asnières-sur-Uise, en faveur de Gilles de Conflans''

Indubitablement, plusieurs d'entre eux avaient fréquenté Royaumont et les villes adjacentes. On en trouve la preuve historique dans les chansons des mousquetaires, qui s'encourageaient à supporter les privations de toute

los armes de nouveau pour rcmpêclier. Voilà donc tout en yrmes en Uil5. lie loi mil deux armées sur pied : i utic, commandée par le duc de Guise, pour raccompagner; et Tautre, par le maréchal de Bois-Dauphin, pour tenir tète en Cîiainpagnc aux princes, qui se vantaient d'empêcher l'exécution du rnr^rincïe. Ce qu'ils ne y)iirent fnii '' ui'arniioins. (NoutfClle COUeCtion des AU moires relatifs à l'IIist. de France, t. XXIX, p. 9.)

espèce, durant celte expédition périlleasc, pour les mariages franco-espagnols de i615. Les mousquetaires tournent un œil d'envie et de regret vers les champs d'As-

luères- sur-Oise cl de Uoyaumonl; ils ont des dits et des chansons moqueuses sur les mauvais clieinins, les jiiaîaladies et le manque de vivres qui les accablaient tour à tour dans les chauds climats du Midi : « La rudesse des «( chemins surpassait la créance des humains; nous « criions par monts et par vaux : Grand Dieu! quelque « peu d'avoîne ou reprenez nos chevaux ; qui ])Ilis a fièvre chaude, hydropisie, catarrhe et pleurésie venoicnt « emplir hospitaux et cabarets; quand donc reverrons- « nous à notre aise les beaux rivages de TOise^ les beaux ce champs de Bejaumont, et la campagne entre Luzarche « et Beaumont? »

Ces chanis de la petite armée, dans le voyage du Midi, se retrouvent arrangés avec des rimes, en d'anciens manuscrits :

Ne passons qu'une journée

En ces terres infortunées,

Criants i)ar monts et par vaux :

Grand Dieu ! quelque peu d'avoine.

Ou reprenez nos chevaux !

Fièvre cliaude et pleurésie,

Cathares, hydropésie.

Peu de financ«^ et grands fraix ;

Fesons relent ir nos i)l;iinles.

Hôpitaux et cabarets ;

Quand reverroiis-noiis sans uoise

Les verts rivages de l'Oise,

Les beaux champs do iioyaumont,

l*'t la caiiipagne Èly^ée,

Entre Luzarche et beaumont^?

Il n*est point improbable de supposer que ces braves

entants du Parisis, sup^orlanl si gaiement les privatiuiis,

M'. Recueil mss., BiMiothêque Impériale, iùM.— Anne d'Autriche, M. CapeCfTue.

pressés autour d^Isabelle de Bourbon, de iMarie deMédicis et du jeune Louis XIII, et qui chantaient Royaumont en te* nant la main sur leur épce, fussent ou les fils des chevaliers

ou les chevaliers eux-mêmes, qui, dans l'exaltation de la vingtième anin'îe, se laiicèrenl dans la Iblle sottise qu'inspira GiUes de Conilans; mais l'histoire, qui est grave de sa nature, ne doit point s'opiniàtrer après des thèmes de roman. Henri IV aima le jeune Gilles de Conflans, comme son descendant, Louis XVI, devait plus tard afTectionner un descendant de cette famille, le marquis de Conllans, fils du maréchal dWrmcntières Siniilitudes éUanges de caractères aventureux, dans les mêmes races I Si Gilles aimait à guerroyer à tort et à travers, s*il s'en va batailler, avec quelques camarades, sous les murs d'une ville, pour une affaire d'intrigue féminine^, le marquis de Conflans, de l'épdque de Louis XVÏ, n'était pas inoins singulier, sans être cependant un homme ridicule. Seul de tous les hommes de son temps, il ne portait point de poudre, et la raison qu'il en donnait était étonnante, mais vraie* Sa tète fumait, et il y ressentait des douleurs insupportables ; il avait servi dans les troupes légères avec distinction, mais sa singularité le suivait partout. Comme à un repas de corps, où il se trouvait, un vieil ofticier de hussards se servait d'un verre qui tenait près d'une pinte, M. de Conilans se fit ôter une de ses bottes, la remplit de vin et la but à sa santé. Henri IV s'était-il attaché à Gilles de Gonflans pour des raisons analogues à celles du roi Louis XVI, qui, ayant la passion de la chasse, se prit d'affection pour le bizarre marquis de Gonflans, réputé habile chasseur'? Quelle que soit la raison, il n'est pas moins vrai qu*Asnières-sur-Oise ne doit revendiquer l'aventure de Gilles

* Ce maréchal, le dernier maréchal de GooOans, vice-amiral de iraiici', était premier gentilhomme de la chambre du régent. Ce Louis de Gonflans possédait la seigneurie de Puiseux, du comte de Deaumoiit.

* Voir Sawemrs de 1780-1 1S9, par H. le duc de Levie, p. I<i5.

158 HISTOIRE 1>£ ROYAUHOfit.

de Conflans que (xjinmo une hypothèse, appuyée, mais non démontrée, par quelques présomptions historiques.

Mais l'exposé de cet épisode local, ayant l'ait invoquer des souvenirs de 1615, et devancer, par cela même) de quinze années la marche naturelle des faits, on doit revenir sur ses pas et laisser les événements reprendre * leur cours vérilahle. Lorsque l'excounuunication pontificale, lancée depuis l'assassinat du duc de Guise et du cardinal de Lorraine, eut été levée en 1595, il sembla, qu'on allait respirer. Henri IV avait fait son abjuration ' (25 juillef 1595), et, dès lors, les villes les plus importantes secouèrent le joug de la Ligue pour i>c soumettre à l'autorité royale. Le traité de Vorvins, en 1598, réconciliait la France et l'Espagne, et mettait fin à la guerre étrangère. A l'intérieur , les huguenots avaient foute raison de déposer les armes, depuis que Tédii de Nantes avait été accordé; il n'y avait plus matière aux guerres de relipfion. Tout semblait donc renaître dans celle ère nouvelle de pacification ; la France restait catholique, sans rinquisilion^; le monastère de Royaumont paraissait sortir, lui aussi, de ses longues tristesses. Sous Fadministralion de son nouvel abbé commendataire, Mgr Philippe Hurault, le temporel de Royaumont fut parfaitement réparé et rétabli. Philippe Huraull fut abbé, de 1594 jusqu'en 1 020. Il a fermé le seizième siècle et ouvert le dix-septième, qui est l'inauguration de la branche des Bourbons en France; et il résulte de l'état des choses constaté par le comte de Chiverny, père de l'abbé de Royaumont, que les guerres de religion et le régime des commendataires avaient réduit noti'c abbaye à un état complet de misère. En 1594, lloyauiuout n'était qu^un iaiubeau, ou un t>que-

* Jehan Vautier racinite qu'en jnnvier 1597. i! y put dans les ('••élises de Scnlisdcs prédicaUoiis qui lait^tietil uti cei tuiiielleLel témoignent du calme irenaissant; H. Galleroent. et ¥. Le Bel, enfant deBoran» honoraieni l'éloquence de la chaire; attiiés [kw Tevéque de Sr iilis, Mgr Rose, le bmeax ligueur, Us pi*6<^aient trois tois ia semaine devaui la jeunesse*

kiic ; jjiais telles étaient les ressources naliirelles du mouabtcre, que, contiô à une adiiiiiiistralion j>lus soigneuse et plus intelligente, il suftit de quelques années sous le règne abbatial du révérendissime père en Dieu Philippe Hurault, pourremetire Royaumon! sur un excellent pied.

Philippe Hurault, eu Philippe de Chiverny, qui devint cvêque de Chartres après la mort de Nicolas de Thou, son grand-oncle, était essentiellement un homme d'ordre» an administrateur. II était parent de Tabbé de Royaumont, auquel il avait succédé ^ Son père, que le cardinal de Lorraine et Catherine de Médicîs avaient fait entrer aux affaires ilu gouvernement, et qui devint chancelier de France, avait pns pour devise l étoile de Vesper dans un ciel lumineux, avec ces mots : Certal majoribns astm, Philippe Hurault, son fils, remit l'ordre dans le temporel de Royaumont, mais au profit de qui, fût-il l'étoile de Vesper? Il existe une relation de la manière dont IMiilippe Hurault avait obtenu la cummende de Koyaumout, et l'on y retrouve la preuve qu'il allait de soi, dans les familles aristocratiques de l'ancien régime, de se pourvoir de nombreuses abbayes, comme aujourd'hui on se pourvoit d^actions ou d'obligations dans les entreprises industrielles. On y apprend, en même temps, dans quel état pitoyable l'abbaye de Hoyaumont èlait tombée par suite de la négligente administration de Mgr Martin de Beaune. M. le chancelier de Chiverny, du reste, se montre,'dans ses mémoires, l'homme avisé et sage, l'homme positif et clair* ■voyant,qui n'ignorait pas le pouvoir des saisons sur le moral, et Faction générale des phénomènes météorolog^iqiies sur l'état de Vàme et sur les manifestations de ses facultés.

' Martin de Beoune, évèque du Puy* — Philippe Hurault, oomfo de Giii-

Teniy, garde des sceaux de France, père de notre abbé de RoyaunKNit, éiait (ils de Uaoul do Gliiveniy et de Marie 4e Beatate, fille de Jacques» t)arou de Semblaiigay.

HISTOIRE DB ROYAUHONf.

M. de Chiverny, en effet, avait engagé le duc de Guise, dit le HalaiVé, à ne point irriter Henri 111 pendant les grands froids, parce que la gelée occasionnait chez ce prince des accès à<B fureur qu'il ne pouvait maîtriser ^ Mais, sans s'arrêter à peser ici, parce que ce n'est ps le lieu, le degré d'iiitluence qu'une cause purement physique et externe put avoir dans Tordre, donné par le roi, d'assassiner le duc de Guise à Blois, le 25 décembre 4588, il est utile de détacher un extrait des mémoires du chevalier de Chiverny et de lui laisser raconter lui-même ses affaires de famille.

(f Ce fut cette nnnée * que je commençai à séparer mes « deux fils, ayant baillé à mon aisne la demeure de ma « maison de Cheverny, avec entretien suffisant et conve- <x nable pour lui et pour sa femme, qui estoit quelque « temps auparavant venue de chez M: le comte de Charny, « grand escuyer, son père, et que j'avois premièrement « receue comme femme de celte qualité, en ma maison « d Ë^climont, laquelle voulant réserver pour moi, estant « plus proche de la cour» je les envoyai faire leur séjour « audit Gheverny; et, pour l'abbé de Pont-Levoy, mon se- « cond fils (qui fut abbé de Royaumont) , après avoir de- « meuré quel([u<'s uimécs à Chartres, depuis la réduction « de ladite ville, et là, au collège d'icclle, avec un prè- « cepteur, esludiant tousjours; je le fis venir à Paris, et « le mis dans le collège de Navarre, où il continua ses este tudes, ayant mis aussi avec lui mon dernier fils, le baron « d'Uriel, pour apprendre quelque chose convenable à sa « condition, et ce fut alors que je fis pourvoir mon second fit fils, à Home, de quatre abbayes, par une mesme bulle, « avec dispense de son âge, n ayant, pour lors que dix-sepi

* Cet exemple est cité, par le docleur Foissac, dans sou savant ouvrage de flttfluenee âe» cUmaU» Le même écrivain nomme le terrible dictateur du Paraguay, le docteur Frànda, Lancisi, Milton, sur lesquels les grands froids, ou les chaleurs extrêmes produisaient les effets les plûâ étranges.

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