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Ton sWorcerait de concilier les difficultés pendantes et
les prétentions contradictoires; on pensait enfin que . la question de la réforme allait entrer dans une phase nouvelle ; que tous les droits seraient sauvegardés, et que l'honneur des maisons cisterciennes allait recevoir une consécration nouvelle, un essor . brillant et définitif, à la suite des mesures votées par l'illustre ministre. L'abbaye (le Royaumont fut choisie pour le lieu des conférences ^
C'était un terrain neutre, quoique le prieur claustral de Royaumont eài figuré aux assemblé^, et fit partie de la réforme, depuis 1630 ou 1651. On était hors de Paris, loin des influences et des agitations. Cependant,
à peine à quelques lienes de la capitale, le cardinal, chargé des grandes affaires du gouvernement, pourrait plus facilement dérober quelques heures aux absorptions d'Ëtat, pour venir écouter les discussions pacifiques de Royaumont. Royaumont offrirait le calme de ses solitudes, son silence qui prêterait aux- délibérations et en banni- ' • rait l'élément passionné. Enfin, rilluslrc fondateur de Royaumont, le monarque du treizième siècle, dont le nom est devenu le symbole de la justice, n'exercerait-il pas une mystérieuse influence sur les esprits, dans le sens de la conciliation et du droit?
Ces conférences de Koyauuiont se tinrent au mois de mars 1655.
On s'attendait à quelque découverte heureuse que Richelieu tirerait de son génie de Machiavel du bien. Quand le fier ministre qui gouvernait la France et tenait
en haleine toutes les cours de l'Europe, vint à Royaumont, il fut reçu au palais abbatial, un peu délabré par la longue absence de Henri d'Escoubleau de Sourdis. Ce n'était pas le grand train de la maison de Paris oc-
* Voyez l abbé de Muisollier, le l\, Le JSaiu, dans leurs Vies de Rancéi ie P. Uélyot, IH$toife des Ordres religieux, U l, ëdît. Migne.
m IliSTOIRE DE ROÏAUHONT.
cupée par le cardinal; il était permis à un premier mî-
iiisti c de dépenser mille écus par jour, à côlé de son souverain; mais Royauiiiont n'était point tenu de lui offrir cette splendeur et ce faste ; et le cardinal ne venait point d'ailleurs pour des réceptions d'apparat; il s'agissait de conférences qui préoccupaient tout un monde. Richelieu, à ce qu'il paraît, avait fait étudier la question par des personnes qu'il croyait compétentes; il avait fait dresser des règlements de réforme parle comité consultatif auquel il s'était confié. Lorsque ces règlements qu'il avait demandés lui*méme furent rédigés, le cardinal se transporta à ce qu'un historien appelle « son abbaye de Royaumont, » parce que les cisterciens avaient eu la courtoisie d'offrir préalablement à Richelieu les titres de perpétuel administrateur ei restaurateur desbernar^^. L'abbaye de Royaumont vit arriver, en même temps que Richelieu, l'abbé de Clteaux et les quatre premiers pères de Tordre; et, comme il s'agissait d'une cause qui intéressait plus de deux mille maisons, on se réunit immédiatement pour traiter de la grande affaire de la réforme, objet de la conférence. L'Europe entière fixait le regard sur Royau* mont.
La séance étant ouverte, lieiieu prit la parole au milieu d'un silence plem de cm iusité. On attendait de ce terme esprit, de ce diplomate consommé, quelque idée nouvelle et réalisable. L'histoire se hâte de dire que ridée provocatrice de la conférence avorta, et que cette journée pourrait se nommer la journée des avortements. On aurait espéré que, Richelieu succédant à la Rochefoucauld, le changement de négociateur ouvrirait des facilités à une solution* Le vieux cardinal , François de la Rochefoucauld, né en 1558, âgé conséquemment de soixantedix-sept ans, n'avait plus peut-être l'énergie nécessaire pour gouverner et domiaer une grande dissussion. Le cardinal de Richelieu, au contraire, était dans la pléni-
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tude de ses facultés et de ses ressources; il avait donaé la mesure du ressort prodigieux caché dans son intelligence ; ne s*étail-il pas, d'aiileurs, monlré dès l'origine
le pacificateur des divisions de famille? Le vieux cardinal de la Rochefoucauld, grand aumùnier de France, qui de fait avait présidé le conseil des ministres, et avait occupé révéché de Senlîs de 1610 à 1622, édifiait assurément le monde par ses mœurs, par sa régularité et par buu zèle pour les intérêts religieux; mais les regards s'étaient tournés vers le résolu cardinal Richelieu, l'homme par excellence à la volonté de fer, et dont le génie suppléait à tout, môme dans ce qui lui était le plus étranger, comme il Pavait monlré au siège delà Rochelle, où il prit la direction des opérations mililaires.
Richelieu n'ahoutit qu'au ridicule et à l impuissance; et la conférence de Royaumont du 25 mars 1655 ne devait être qu'une scène démystification et de déception. On doit laisser parler ici un coiiteinporain, un écrivaindes derniers jours du dix-scptièine siècle, un partisan chaleureux de la réforme, un ami de Richelieu. C'csl lui qui nous apprend que le cardinal-ministre s'était borné à démander à de& personnes plus ou moins initiées à la régularité, qu'on lui dressât un programme de TÎ^^lemeni équivalent à ceux que la commune observance rejetait de la main du commissaire apostolique, M. de la liochefoucauld. On ctiangerait la forme, mais on présenterait de nouveau ce que les mitigés avaient repoussé déjà, et Richelieu, habile en tours, se flattait Ile faire accepter sous un déguisement ce qui avait été refusé déjà^ Les grands hommes ont des procédés mesquins ; ils sont petits el inconséquents à certaines heures, et par certains côtés. Pourquoi une scène de comédie, dans une affaire grave? Et quel cas le ministre faîsait-il du discernement des cisterciens, puisqu'il espê-
* Voir dom GervaiBe, Uoiis l Histoire de la iiêforme de Cileaux, p. 110. tt. 13 '
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rait les faire croire à un changement radical de système, lorsqii'en réalité il n'y aurait eu qu'une modification ininsignifiante?
On voit Hichelicu, avec sa-barrette rouge, sa robe écarlate, relevée du cordon de l'ordre; il avait d'habitude quelque chose de froidement imposant; sa parole était claire, nette, comme son esprit résolu ; son organe était sec et sans charmes. Il abonda dans le sens de Pétroite observance, qui était déjà exclusive, magistrale, impérieuse, dans la forme. 11 prit le parti des réformés et, s'adressant à l'assemblée de Royaumont, il dit aux abbés de la commune observance : « Vous m*avez demandé que je « travaillasse moi-même à votre rérormation, pour vous « délivrer, disiez-vous, des duretés et des injustices de « M. de la Rochefoucauld. J'ai bien voulu vous faire ce a plaisir, me liant à la parole que vous m'avez donnée, « que vous vous soumettriez à tout ce que j'ordonnerais. « Voici ce que j'ai cru, en conscience et pour le bien de « voire ordre, devoir régler. En serez-vous contents*? » En même temps, Richelieu présenta aux membres de la réunion de -Royaumdnt le cahier où étaient reproduits, sauf la nouveauté de la rédaction^ les règlement du cardinal de la Rochefoucauld.
Les messieurs de la conféreucc de Royamnont essuyèrent un cruel désappointement. On ne sait lequel fut le plus atterré, de 1 abbé général de Cileaux ou de ceux de Poniigriy, de Clairvaux, de Morimond, et de l'abbé de Fou* carmont, proviseur du collège des B^ardins de Paris, et qui était dans cette réunion représentant de i alibc de la Ferté. Peu de temps auparavant, les religieux non réformés avaient adressé 4ie très-humbles remontrances* au roi Louis Xlil; elles étaient signées de l'abbé générai
1 Histêire de la Réfbrme de CUeaitXf par dom Gervaise, édit. d'Avignoo,
p. liO.
* Grand Eecaeil ia^", Affaires de CiUauiC, bMoUièque Saiate-Geueviève.