LIVRE ONZIÈME
de Giteaux et des quatre abbés des maisons principales. Ils se plaignaient de ce qu*on les condamnait sans connaître ce qui se passait. Les prétendus réformés ne savaient de l'observance régulière que ce que les non-réformés leur en avaient appris. Pourquoi s'arroger le litre de réformés, lorsqne toule la prétendue réforme ne consistait qu'en un seul article, qui était V abstinence de inonde^ qu'ils faisaient trois jours par semaine plus que les au- . très religieux, et dont les papes Sixte IV, en 1475 , Alexandre VI, en 1498, avaient dispensé tout Tordre? Pour les autres règles, la commune observance affîr> roaît qu'on ne citerait pas un seul article qui ne fôt aussi exacleiuent observé, cl plus peut-être, par les nonréformés.
Richelieu ne daigna pas tenir compte de ces remontrances, qui représentaient plus de dix mille religieux , plus de trois mille monastères bernardins, dont plus de
trois ou quatre cents eu France. Sa décision était prise d'avance : il ne fit que répéter les conclusions du cardinal de la Rochefoucauld, et proposa à la commune observance de voter elle -même sa propre mort* Un bizarre historien, très-intéressé dans la cause, triomphe du désappointement cruel et de l'embarras dans lequel le cai diuaî de Hichelieu plaça les pères assemblés à Royaumont. «Le cardinal, « dit-ii, voyant l'embarras des pères, en riait intérieure- « ment. » Ironie facile, qui n'honore pas la force, mais qui ressemble trop à la commode et lâche assurance des ianiaroiis qui n'ont rieo a risquer.
On ne saurait caractériser trop sévèrement la tournure grotesque que Uichelieu donna à la conférence de Royaumont ; sorte de guet-apens où les personnes intéressées crurent avohr à délibérer, et où on ne leur accorda^ au contraire^ d'autre intervention que celle de venir subir une décision, une sentence à laquelle elles étaient parfaitement étrangères. Une telle palinodie était indigne du ca«
196 HISTOIRE DE UOYAUMONT.
ractère de Ricliclieu, el nuisait à sa dignité personnelle. Non-seulement cela, mais la manière dont Richelieu prit le
débat de Hoyaumont, faisait tort à ses capacités politiques en inènie temps qu'un semblable procédé était souverainement injurieux pour les bernardins mitigés ou de la commune observance. Quelle plus, outrageante moquerie que la prétention de faire accroire qu'on apporte une combinaison nouvelle, lorsqu'on se borne à répéter un projet ancien? * *
Un jour entier se passa, dit-on, sans que les pères nonréformés donnassent une réponse à la question posée par Richelieu. «Eh bieni mes pères, dit le cardinal dans « les dernières heures de la séance, que pense^vous de « ceci? »
L'assemblée de Royaumont pensa que le moment de l'impartialité et de la calme justice n'était . pas venu, et qu'il fallait attendre du temps des circonstances plus propices. Le cardinal-ministre n'avait pas Phabitude de
reculer devant les moyens extrêmes; on jugea inopportun d'exciter son courroux ; la conlérence de Royaumont fit bien d'adopter, pour le moment, une réponse et une adhésion purement courtoise aux propositions de Richelieu, sauf à revenir plus tard, d une manière sérieuse et pratique, sur la question pendante. D'autant plus que, dans le débat, les partisans de la coiiimunc observance n'avaient pas, de leur côté, cette popularité facile attachée aux causes qui ont l'ostentation du bien, de l'élévation mystique, de la générosité patriotique, sans en avoir toujours la réalité.
L'histoire doit proscrire lout abus de la force, font abus d'une position élevée. Les mitigés ou de la commune observance étaient les attaqués, ce sont eux qu on accusait, qu'on suspectait de la plaie qui gâtait l'ordre cistercien. Ce sont eux qu'on vilipendait. La routine populaire pouvait conclure à tort, sans doute, que c'étaient eux qui