‹ Histoire de RoyaumontChapitre 5 sur 263 · LIVRE NBUVIÊIIE. il · texte numérisé non relu

LIVRE NBUVIÊIIE. il

continua. Les rêves d'Edouard 111 et de Henri Y fuient balayés par une justice mystérieuse; Charles VII, mettant à proûi la conjoncture favorable de la guerre ^civile qui s'était déclarée en Angleterre reprit Toflensive pour chasser entièrement les Anglais de France. Rouen se rendit en 4449, les Anglais furent défaits en 1450 à la bataille de Fourmigny, entre Carentan et Bayeux, ce qui détermina leur expulsion de la Normandie; on fit la conquête de Bordeaux et de la Guyenne; et dés l'an itëU nos étemels adversaires n'avaient plus en France queCalais et le comté de Guines : on eût dit qu'un esprit invisible soufflait sur ce frêle château de cartes. La guerre de cent ans était ûaie eu 1455.

De môme que les chroniques ont été sobres sur le compte de Égidius de Gupé, dont le fait principal est sa négociation avec les Anglais concernant le sort de l'abbaye de Royaumont', pareillement, rhisloire n*a jugé à propos de nous transmettre pu sque aucun détail personnel relatif à Jean 11 de Monlirel, successeur de Gilles de Cupè, sur le siège abbatial. 11 était docteur de la Faculté de théologie et après* avoir été abbé de Val-Marie, il le devint de l'abbaye de Royaumont. Les archives de Royaumont* ont conservé quelques fragments de notes sur le mauvais état, sur « Y étal même de ruines » où se Irouvaii do î 454 à 1 450 la royale abbaye quant au temporel. Ces notes • attribuent le dépérissement de Royaumont aux guerres

* Tout ce qnf^ lo grand recueil des bénédlclins de Saint-Maur, la Gallia christiana rapporte, c'est qii'Êgidius de Cupô avait été moine au monastère de Dunes, en Flandre. Ce recueil ignore si Gilles de Cupè est cet abbé de Royaumont auquel l'abbé de saint Vincent, de Senlis, flt un envoi de vin choisi de Chaali:*. le 10 février 1434 : Vtrum ille sit abbas Regalis Montis ad qitem electnm Caroli-loci vinum misit abbas S. Yincentn SHvanectensis. 11 retusa, eu 1448, l'abbaye d'Aunet ou Alnet, à la lète de laquelle on l'avait nommé/ Aujourdliai wxus ne conrai^ns pas de famille de Cupë. n existe, en Hollande et en Plandre* une maison de Cupère, dont lésâmes sont : de sinople, nu sautoir d'hermines.

* Inventaire de la mame cmvmiuelle de Royaumont* Arclùvesd&Seineet-Oise.

iS HISTOIRE m ROYADHONT.

qui avaient lieu dans le royaume*. Mais dès l'an 1455 Jean de Moniirel se retire de la scène de la vie. La chrétienté était délivrée de la grande désolation qui avait affligé rÊglise pendant plus d'iin demi-siècle : le grand schisme

d'Occident élait complètement éteint jiiii la volontaire abdication de Clément Mil. Toutefois, l'abbaye de Royaumonl ne se relevait pas aussi promptement de ses ruines morales et matérielles. Jean de Montirel fut inhumé dans l'Église même de Royaumont, en la chapelle de la Yierge, non loin de la sacristie, où Ton voyait sa tombe, jusqu'en 1 789 j avec celle épitaphc : « Jean,abbédeRovnumont, que « Ponloise avait eu pour citoyen, fut déposé dans ce lom- « beau Tan du Seigneur 1455. Du fond de la vallée ou du a Val-Marie^ il s'éleva jusqu'à la haute dignité abbatiale « de Royaumont^ Puisse-il par vous, 6 Christ, roi du ciel, « mériter d'atteindre à un trône céleste. »

Mille quadr^gentos post quinquagenta volutOS Très annos Christi sacra de Virgiiie nati Civeni Pontisarœ quem condil petra, Joliannes Abbas conscendit Regalis culmina montis Virginis ex valle ; cui, Rex, post fata rependas Sc^ndere sidereas superorutu, CUriste, cathedras^.

L'abbaye de Royauniout eut à sa tête, après la luoi l Jean de Moniirel, un saint homme et un homme d'intelligence, Égidius , onGdles II de Roye. Gilles de Roye avait été moine de Giteaux ; il était théologien de Paris; il avait professé pendant dix-neuf ans avec éclat au coUégedesBernardins à Paris, dont il était proviseur. Il fut pendant cinq ans abbé de Uuyaumont, depuis 1 ij3 jusqu'en 4458. (]'était un homme à la fois modeste de cara( tèrc et lar^^e d'esprit et d'idées. La science formait l'une de ses grandes affections : et quelle plus belle alliance en ce monde qne ces deux sublimes choses, la charité et la science?

* \: Inventaire dit expressément: < les rt»'«^« àe Hffyamont, * en 1454. - Gailia Christ. , l . J X .

LI?RB NEUVIÈME.

C'est par un principe d'humilité * que Gilles de Roye quitta la dignité abbatiale de Royaumont, on 1458, pour aller vivre plus modestement dans le monastère de Dunes en Flandre. Peut-être aussi le saint abbé Toulut-il se mé- *

nager plus de loisirs pour les travaux de l'intelligence. Quand le l'en du savoir brûle dans une poitrine, on ne sait pas à quels sacrifices conduit cette noble passion.

On eût pu attendre de précieux documents de cet homme lettré et consciencieux qui, mûri d'abord dans renseigne^ ment à Paris , s'était retiré dans une solitude de Flandre*, pour se livrer exclusivement aux études et consigner les observations qu'il avait recueillies sur les personnes et les choses pendant sa carrière. Il est regrettable que ses écrits aient été dispersés. On ne peut pas, à toutes les époques, écrire librement sur toute espèce d'événements, par égard pour les susceptibilités contemporaines qui s'y opposent. Mais en 14G0, on commençait à s'éloigner du temps de la domination des Anglais, et il eût été instructif de connaître Fopinion de Gilles do Roye sur la conduite qu'avait tenue, en 1421, Tabbé de Royaumont qui fit acte d'adhésion à la souveraineté de l'Angleterre sur la France. * A vrai dire, le sentiment patriotique, développé d'une manière norn;ale, doit produire à un certain degré le genre d'impression qu'on ressent en se voyant au milieu de sa famiUe.Onne se reconnaît pas seulementmembre del'humanité, on se sent fils de telle famille nationale, qu'on veut grande, glorieuse et on est fier de cette famille.Pourun Français du qualuizicuje et du i^uinzième siècle, le véritable

* La Gallia christiam nous l'apprend, t. IX.

* Notre-Dam€»des*Duiies, monastère cistercien situé en Flandre, avait

été commencé par un ermite nommé Lifi:érius, qui y réunit des moines iioi!-«; (îc l'ordre de snint l'oiioîi; ox) y nppeln cnsuifc fies cisterciens. Cette abbaye, dit le Uironicon cuUrciensn ord , tut fondée en 1107 en Mandre, dans le territoire de Fumes, tu Fumetui ierrit^, et appelée Notre-Dame' 4es-lhMeêf à cause du terrain et de la proximité de la mer, inter montosa et arenosa marié lUtora» (CArvnicoji dstere, ord* Colonie Agrippinie, 1614,

patriotisme aurait dû consister à trouver quelque chose de noble et detouchant dans ce titre de Française! à s'imaginer que tout ce qui intéresse la dignité de notre nature, était

mieux sauvegardé par la patrie fraiiçaij?c et par un gouvernement composé princes français. Malheureusement la France, à la fin du quatorzièmesiècle et dans la première moitié du quinzième, fut en proie à trop de discordes et trop de bouleversements ; elle ne pouvait presque pas se recueillir dans ce9 sentiments patriotiques qui veulent le calme, la sérénité de la l'orce et la quiétude du repos. Lorsque les institutions nationales ot le royaume luimême étaient mis en question , allez chercher ces sentiments individuels , dans lesquels on se sent fortifié par une vaste et noble alliance. Le patriotisme, c'est de penser, qu'avec les -habitants d'une même zone territoriale , on res})iie le même air, on contemple le luéiiic ciel, ou vit sous les mêmes lois protectrices, on fait partie d'une grande famille, ou d'une sorte de parenté, en vertu de laquelle, portant le même nom, on porte la responsabilité de ce nom, qui ne se peut ternir ou se glorifier dans un seul, sans se glorifier ou se temir dans tous. Mais, quand llenriV vint conquérirnos provinces, yavait-il partout cette homogénéité des groupes partiels avec le centre? N'avail-on pas besoin de stimuler les habitants du royaume à estimer leurs lois, à chérir leur nation, à s'attacher au sol de la France? Les Bourguignons, et les Armagnacs, tour à tour, avaient-ils donné à cet égard des exemples salutaires? On eut cet iniàmc traité deTroves. Oui donc sut alors gémir en voyant la patrie humiliée dans ses chefs naturels?

Gilles de Roye écrivit^ dans sa modeste solitude de Flandre, une sorte de recueil historique qu'il intitula Chronicon Belgicum^ et qu'il dédia au supérieur général

* Égidius de T^oyc avnit dddié son Chronicon Belgicum à Hymherl, aLbé de Giteaux. Il dit» dans cet ouvrage, Hymliert avait été député à GbarleSi

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dé tout Tordre de Giteaux* Il exposait dans ces pages un fragment de Thistoire du quinzième siècle. Par sa position

indépendante, par Thumilité et l'élévation de son caractère, par la sincérité de sa piété, car il mourut en odeur de sainteté cet ancien abbé de Royaumoni aurait pu nous dire, avec celte mesure que donne la vraie charité, jusqu'à quel point, du moins en apparence, Gilles de Cupè, un de ses i)rédécesseurs, avait manqué à la France en sacrifiant, à un iulcrét particulier et local, un intérêt plus élevé et plus étendu, un intérêt national. Mais évidemment, Gilles de Hoye nous aurait éclan'c sur Pimperfection du sentiment de nationalité dans la société du commencement du quinzième siècle; il aurait indiqué ce que nous ij j elons les circonstances atténuantes.

Lorsque Gilles de Cupé parut sur la scène, on peut dire que la rivalité entre la France proprement dite et l'Angleterre, un instant assoupie, commençait à se dessiner avec ce caractère d'actiarnement qu*elle a eue depuis* L'antago* nisme des deux nations voisines est sans doute vieux comme le monde ; cependant il faut bien lui assigner une date. Aujourd'hui la jalousie poliliquo n'est pas éteinte, mais elle est un peu auiortie entre les deux peuples. On doit souhaiter qu'elle ne revienne pas par intermittences .et qu'elle se borne désormais à la concurrence industrielle et commerciale. Du temps de Gilles de Cupè, la haine entre la France et la nation britannique pouvait déjà revêtir une forme assez accentuée. Des événements immenses la précipitèrent. On voudrait trouver dans l'attaudc de l'abbé de Uoyaumont, Gilles de Cupé, cette mélancolie d'un sou* verain qui regrette son abdication , qui en est morose, oppresséqu'il est sous lepoids du remords.M ais quoi qu'il en

line nourgogne, pour les trois ordres de la province, en 1469. — Voy. GalUa c/tristiana, t. IV, p. lOOi.

* Inventaire de la marne conventuelle de Royaumont, aux Arcliives de Versailles. Ce même manuscrit rapporte que GUles de Boye avait» pour Buiwister, un secours ann^ de Royaumont.

soit de Gilles (le Cupè, il semble que, avec ses successeurs, la face des choses allait nécessairement changer. Au sortir des deux grandes crises qu^Ëdouard HI et Henri V avaient susciiéesà la France, l'un au quatorzième et l'autre au quinzième siècle, il devenait évident qu'un essor de re. constitution générale allait être imprimé à tous les groupes du corps social. La nation, surexcitée par sa récente délivrance, aurait la naturelle ambition de tout renouveler dans l'ensemble de la France. Charles Y et Du Guesclin avaient sauvé le pays de la solennelle épreuve dans laquelle l'Angleterre l'avait engagé pendant la dernière moitié du quatorzième siècle. Mais l'Angleterre avait renoua lé, nu quinzième siècle, dans dos conditions plus menaçantes encore, la tentative d Ldouard IH. Azincourt rouvrit toutes les blessures de Poitiers; et Henri Y, reprenant le débat qui semblait épuisé, avait fait traverser à la nationalité française une crise non moins terrible que celle dont elle avait triomphe sous Kdouard III. Une sainte paysanne, une fille inspirée reprit au quinzième siècle l'œuvre du chevalier breton du siècle précédent. £lle poussa cette œuvre à bout, et d'une manière définitive. Voici pourquoi : c*estque, àToccasion des magniiiques campagnes militaires de Duguesclin, le sentiment de la nationalité française, vivement stimulé, commença son évolution dans un constant progrès. La l'orcc des événements avait comme sommé ce scnLiraent de se manifester. L'histoire écrite de notre temps^ a su apprécier le poids de l'épée de Duguesclin dans le réveil de notre nationalité. S'ètant imposé la lâche de repousser l'Anglais maître de la France, le chevalier bretun contribua à corroborer le réveil (lu sentiment français. Il jugea qu'il fallait prendre l'Anglais ù revers, i attaquer au plus vite dans le Poitou et la Normandie, pour le séparer du Midi etde la mer,

« MM. d« Fréminrille et de Camé.

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