LIVRE ONZIÈME
Leu des Montmorency, des Condé, de la reine Ilortense et de la marquise deGenlîs, mais cet autre Saiot-Leu, enceinte féodale, qui fut fondé par un comte de Dammartin,
lequel, pour accomplir un vœu, édifia à la fin du onzième siècle un célèbre prieuré de 1 ordre de Cluny, avec église et château, qui devinrent ensuite un monastère de bénédictins. Aujourd'iiui Ton visite, avec la curiosité de l'archéologue, soit le village encadré de murs considérables, flanqués de bastions, qui, jadis, renfermaient les propriétés des moines, soit les débris de l'antique monastère, dont l'entrée principale borne une roe pleine d'anciennes fortifications. On aime à considérer cette porte voûtée, où l'on aperçoit encore la trace des ponts-levis, des meurtrières, des machicoulis^ Les cloîtres, respectés par lé temps et par riioaune, sont remarquables par leurs vieux murs d*où ressortent tant de colonnettes, par leurs voûtes à profonds arceaux, terminés par des nœuds de feuillages, de fleurs et d'animaux*. On visite avec non moins iriiitérét plusieurs salles voùlées , tapissées de tètes de moines, puis un souterrain béant, qui parcouit un espace de plus de six lieues à travers les éboulements et les lacs% ainsi que la salle capitulaireS l'entrée des oubliettes, dont l'œil n'ose mesurer la profondeur', et
* De chaqup cAté de celte poTio s'arron^fi^'i^n! des cintres bouchés, des (ourelles en coques delimornu ; au fronton, un beau lion en relief, debout sur une jolie console, flaire un cnfanl. Au delà se détache une tour isolée, qui semble pleurer, dit madame Denoixdcs Vergnes, ses compagnes et sa force évanouies.
* La bizaiTerie dos dessins intéresse ; tandis que, dans un endroit, les pendentifs offrenl do< toufles de grosses feuille*? recourbées, ailleurs, ils présentent des tiy^uies ae démons, des reptiles, des têtes renversées, des hommes qui se tirent la barbe, qui s'agrandissent la boucbe, ou qui font des contorsions étranges.
* Sans le secours des torches, ou des cordes goudronnées, on s'égarerait dans les contre-issues, les ramifications dont le souterrain est semé.
* On y arrive par un long passage voûté; on n'y voit qu'une belle colonne; et l'on touche à la salle pénitentiaire^ petit espace aux portes de fer, où ron reconnaît le banc des captifs et la pierre qui recevait leur pahi norr et leur cruche d'eau.
Les oubliettes gardent encore, dil->on, les crampons de fer.
200 HISTOIRE DE ROYAliAlOT.
tous ces amoncellements de murailles» d'ogives» sous lesquels on a recueilli des francisques, des médailles, et plusieurs monnaies des cnii>;idLs*.
Mais c'est un pèlerinage à Saint-Leu, à son église, que l'on aurait pu recommander» au dix-septième siècle» aux religieux qui firent partie de la conférence de Royaumont. On dit que les moines de Sainf-Leu, qui ne dédaignaient pns (le vendre leur vin (dans un clos qu'on montre encore), dans des pois qu'il fallait accepter et payer, pratiquaient convenablement la charité, et que chaque pauvre en recevait par semaine, ou plutôt par jour» une miche» un hareng. Toutéfois» les pères assemblés à Royaumont auraient peut-être prudemment agi en ;i lin nt se recommander au saint vénéré dans réglise de SaiiU-Lcu, avant de commencer les conférences. On vante les beautés de cette ^lise monumentale *. Mais il faut rappeler qu'on y faisait jadis des pèlerinages spéciaux et que c'était pour la pmr; la tradition aiiirnie, dil-on, qu'avec la loi, on y était pré-
* On ne iraverie plus à Saini-Leu ce pofit romain, cité dans rhistoirc; les guerres de la Ligue l'ont coupé et n'en ont laissé que les piles.
Les can icros de pierre de Saint-Leu sont irès-oonnues; leur exploitation
a comnifMicô uès le trcizicino sièile.
* L'iiglise conventuelle de Saint-Leu, qui sert do paroisse et qui est siluée sur une roche escarpée, est un édifice remaniuable de l'époque de la transition, avec un élégant docher et desifêtaîls de sculpture fort curieux. On vante fort les zigzags normands et les arcados plein cintre siiperpo5?ée? aux arcades ogivales de la fagade. Au-dR?stîs du portail oblique, escoi'lc' de colunnettes et avant ie corps de la nef, ré^jnc une galerie transversale non moins estimée. Les croisées sont du roman le plus pur ; on en parle comme d'une rareté. Les archéologues écrivent qu'il n'est pas d'exemple d'une semblable arcliitoctiire en haut d'tin porche. Cet ouvrage, ce trésor r^^Afa de pierre, j-ejoint vers le midi un cloclier pyramidal, non moins précieux pour ie tavant, et deux lours romanef, qui se dressent contre le chœur. Le vaisseau intérieur, divisé en tranchées ogivales par des piliers et des nervures à doubles zigzags, produit un effet extraordinaire. La nef, les latéraux, les galeries ont de larges arcades séparées par des colonnes à {rros chapiteaux variés. Une galme h baies eirenlaires et pUin cintre tourne au-dessus des arches. Les latéraux s'ouvrent en 1er à cheval vei-s le chœur, et se continuent autour du rancluaire environné de cinq chapelles. La claùre-voie, du style ogival à lancettes, se forme de quarante-deux arches. Lo comble est soutenu par une foule d'arcs-boutants indestructibles. [Çà et là, par madame Denoix des Yergnes.)