LIVRE OI^ZIÈME. SOS
général. Ne se complaîsait-on pas, au dix-septième siècle,
comme dom Gcrvaise au dix-huilième, tantôt à esquisser d'nn crayon inventif une scène de repas, pour y montrer l'infraction complète des abstinences, tantôt à dépeindre avec des couleurs odieuses Tattelage d'un riche abbé, s'en allant accompagné de laquais portant l'épée? L'ouvrage de dom Gervaise abonde en objurgations et en tableaux de cette nuance tranchée; on s'y laisse prendre encore de nos jours; preuve éclatante qu'il n'était pas aisé, au dixseptième siècle, d'épouser la cause de la commune obser* vance. Aux yeux de certaines personnes exclusives et ré- IréCies d'idées, on paraissait pactiser avec le désordre. Cela explique comment la commune observance dut prendre, aux conférences de Royaumont, une altitude d'effacement. Sitôt qu'elle eut compris que Richelieu était venu, non pour examiner, étudier et délibérer, mais pour imposer un programme préconçu, n'eût-il pas été insensé d'engager la bitto, alors (jne, d'un autre côté, par la fatalité de la situation, on n'avait pas, devant une liaclion du public européen, le beau rôle, et que, par conséquent, on était momentanément condamné à l'impopularité? l^esprît français, qui est tout d'un trait, et va toujours aux extrêmes, de l'austérité au persifflage, ou janséniste ou voltairien, ne savait pas, de lui-môme, s'arrêter à un terme moyen, qui conciliât, avec la nécessité d'une rénovation appellée par tous, un caractère de modération pratique. La conférence de Royaumont devait donc ajourner, elle devait attendre un autre état des esprits (}ui laissât comprendre, qu'entre la ruine systématiquement voulue de l'ordre cistercien et les mesures proposées par l'étroite observance, il existait, il pouvait exister un milieu ; et que ce milieu était la commune observance.
Les mitigés comptèrent sur l'apaisement des passions, et sur une meilleure disposition des âmes. Autant que les réformés, ils voulaient qu'on en finit avec les désordres ;
m IIISTOIRE BE ROYAUMONT.
autant que les réformés, ils étaient d'avis que le rooino devait, par profession, s'envelopper de solitude, n*être pas rencontré journellement sur les grandes routes, dans
les villages, sur les places publiques, dans les rues des villes et dans les liolelleries. Les mitigés n'avaient pas d'autre idéal que celui des réformés. Ils sentaient comme . eux que l'abbé recevant dans son cloître le seigneur du castel voisin, le petit bourgeois du hameau, et mangeant avec eux dans le réfectoire de l'abbaye, et jouant et se divertissant avec eux, ce n'était plus un cénobile mais un homme vulgaire. Us comprenaient, en un mot, qu'il y avait à réformer des abus ; ils le voulaient, mais ils avaient le droit dépenser et d'avoir un avis autre que celui de la stricte observance pour les voies et moyens.
Ou ne l'entendit pas ainsi à KoyaumoiU, en 1655. Il fallut plier devant le cardinal dont Tobéissance absolue formait la politique, et qui tout à la fois s'était chargé et de comprimer l'esprit provincial et de réduire à une humble soumission l'allière noblesse elles familles princières. Le procès-verbal de la conférence de Royaumont ayant été rédigé, le cardinal tit ajouter au bas, par les pères assemblés, cette déclaration : « Tous lesquels articles nous pro- « mettons de faire résoudre et accepter dans l'assemblée « du 1" octobre prochain, et les rapportera Mgrl'émî- « nentissime cardinal-duc, pour être autorises et cuuiir- « inés par Son Éminence. »
Venait ensuite la formule pour clore le procés-verbal : . « Fait doubleenrabbaye de Royaumont, le 25 marsiôSô.B Signé, comme ci-dessus*.
Ce ne fut qne de la myslificalion, et l'on peut dire que la journée du 25 mars 1035, à Royaumont, fut une autre journée des dupes. Richelieu, dont le langage était ordinairement âpre, brusque, d'une rudesse militaire, et qu'on
* Hat. de la Réforme de CiteauXt par dom Gervaise, p. U».