‹ Histoire de RoyaumontChapitre 45 sur 263 · LIVRE ONZIÈME. m · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME. m

aurait pris pour le paysan du Danube de la diplomatie, dissimula son ironie sous une apparence de bonhomie naïve. Il importa la ruse et le despotisme dans les affaires

(les cloîtres. Dans la journée des dupes du 1" novem- ' hre 1650, Richelieu avait joué une reine irritée qui voulait chasser le cardinal du ministère, et qui ne fit, en croyant le renvoyer du pouvoir, que Ty consolider. La journée des dupes de 1655 trompa les espérances de la grande majorité des hcrnardias, en brouillant lout, au lieu de tout racconuiioder. On dut suhii' un nouveau trait de Thomme qui était impatient de toute résistance, un nouveau détail de a cette suMsante clairvoyance d'homme d'État qui le rassumit un pea trop aisément sur Piliégitimité de ses procédés arbitraires * » C'était la nouvelle preuve que, en quelques circonstances, le grand ministre n'avait pas scrupule de jouer des scènes de comédie dans la conduite de ses négociations, comme il avait fait, dix ans auparavant, en 4624, au moment de son élévation au pouvoir, se donnant l'air de luir ce qu'il recherchait ardemment *.

Un doit à l'histoire de dire que lUchelieu fut petit à Boyaumont, quoiqu'il y ait pam comme un souverain de Gondar', avec quelque appareil d'intimidation. Richelieu, que les partis ont apprécié d'une manière trésdiverse, et auquel nul ne conleste un grand génie politique, était avant tout un administrateur, un homme pratique. Tous lui accordent le don de l'action et Fin- , flexibilité de la volonté; ses vues étaient surfout prati-

* HUt. de France, par M. Trognon, t. IV.

* Lorsque, après les longues hâitatkmsde Louis XIII, Ridielieu fut appelé an gouvernement de la France stir les insiances de laVieuville, il eut l'air

alors de fuir devant le but qu'il poursuivait depuis sept ans avec une si Jiabiie obstination. Mais il prouva, dès le lendemain de son élévatinti. combien lui était cher ce pouvoir devant lequel il reculait en appai t ncc.

* Lesaneieiis souverains d'ÉUiiopie et do Gondar gardaient, auprès d'eui, pendant leurs réceptions officielles, quatre lions apjprivoisés qui parfois étaient d'un voisinage peu ng-rêabic pour les assistants. Richelieu n'avait pas des lions, mais il avait une volonté et une inflexibilité*

ques; mais ce n'était pas Thomme des grands horizons de l'idée. Il aurait dû, à Royaumont, agrandir le débat; ce qu'il n'a pas fait. Il eût été digne du cardinal-ministre,

qui prenait fait et cause pour la réforme, de comprendre que les grandes et générales et durables reiormes-ne procèdent pas en substituant une personne à une personne. Lorsqu'on avait de la tête comme Richelieu, n'y avait^ il pas à se demander si, dans les temps modernes, il ne fallait pas renouveler et rajeunir l'idée \ieillie des bernardins? n'aurait-il pas dû convoquer des hommes d'étude, des esprits clairvoyants et initiateurs, pour instituer des colloques sur des questiotis qu'il aurait mis à Tordre du jour? Le cardinal de la Rochefoucauld demandait trop et pas assez, Richelieu ne corrigea pas la Rochefoucauld, il le copia. La régénération des bernardins, dans les temps modernes, n'exigeait-elle pas des modifications radicales? £t, en dehors des dis.sidences quv partageaient l'étroite et la commune observance, ne fallait-il pas trouver un terrain consenti par les uns et par les au f i es? Que voulaient les populations, et qu'attendaient-eiies d'un ordre religieux, d'une colonie groupée sur un point du territoire? il fallait qu'elle fût une leçon vivante, un saint et perpétuel exemple, une haute excitation à bien vivre; il fallait qu'on sentît la un niveau iiioral iilus iiauL que le niveau ordinaire. Jusque-là, les bernardnis, (juand ils faisaient de l'agriculture à la sueur de leur front, avaient pu donner une initiative à cet égard. Mais que proposait la réforme du cardinal de la Rochefoucauld? « Qu'on se remît à faire maigre chaque jour. »

Richelieu, plus pénétrant que la Rochefoucauld, ne comprit pas cependant que ce n'était pas là le point véritable de la difiiculté, mais qu'il fallait créer, dans l'âme endolorie, vieillie, du grand corps cistercien, une nouvelle âme. Des règlements, des statuts, ne sorteul qu'avec peine des papiers où ou les consigne.

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