LIVRE ONZIÈMB
Puisque originairement, saint Benoît, saint Robert et saint Bernard avaient fait entrer Tidée de travail, de travail matériel, dans Tidée des fonctions du religieux cistercien, on aurait pu espérer des résultats féconds, de l'instituliuii d entretiens suivis, sérieux, élevés, sur la question du travail; l'historique du travail chez les bernardins, depuis cinq cenfs ans, présenté par une bouche éloquente, autorisée, eût produit un effet considérable. Le travail, au dix-septième siècle, était-il sérieux dans les monastères? Ne devait-on pas inv()(|iier de grandes considérations thèologiques et économiques sur le rôle du travail, et bien persuader les bernardins à cet égard? On aurait de la sorte donné des gages plus sérieux et plus efficaces à la cause de la réforme véritable. Les ancêtres des bernardins avaient élé les capilaines de la grande armée du travail, au douiième et au treizième siècle, ^e^allaitil pas que les bernardins du dix-septième siècle le redevinssent aussi? Richelieu n'avait qu'à passer sa tête par Fune des fenêtres de la salle des conférences, et dire à la grave assemblée : « Voyez ces plaines et ces collines, ces champs d'Asnières-sur-ûise, ces territoires deBoran ei^e Luzarches ; donnerons-nous aux populations rurales et aux populations des villes Texemple du marasme? Ne serons-nous pas les premiers à faire sentir que l'homme ici-bas a une responsabilité envers ce sol, celte terre nourricière que nous foulons sous nos pieds? N'est-ce pas nous qui devons les premiers foire comprendre au monde que la distinction des consommations productives ou improductives, sensées ou déraisonnables, mesure Pétatdc la civilisation ? N'est-ce pas nous, en(ii), qui devons ' enseigner comment la civilisation économique doit être dominée par la civilisation morale? N'est-ce pas nous, vieux cisterciens, vieux cultivateurs delaterreS qui devons expli-
* L abbti Duk>is [Uist, de Morimud]^
quer la leçon donnée par la Pruvicience, devant Tèclosion de l'industrie moderne? Plus les siècles marcheront^ plus on verra que la ferre, le sol, ne veut plus du parasitisme, et que pour vivre de la lerre, il faut travailler la terre *, lui donner, sous une forme quelconque, de nos sueurs de corps ou d'esprit.
Bien que Richelieu ait laissé à désirer dans les confé- - renées de Royaumont pour n avoir pas donné de la grandeur au débat, ce n'est pas une raison de mettre en doute iics intentions, dont une lettre peut atteslcr au besoin la sincérité et la droiture. Mais ce que la commune observance lui reproche, c^est de n'avoir pas su pénétrer dans le grand côté de la question. Il voulait skieèrement un réveil de régularité dans le vieux Citeaux, mais il manqua de clair* voyance.
Richelieu écrivait à une personne grave de son temps : <c Le désir que j'ay de purger toutes mes abbayes des dé-: « sordres et licences qui s'y sont glissées par le temps, « m'en a fait rechercher les moyens plus convenables, et « n'en ayant pas jugé de plus doux et utiles, pour la des-
charge de ma conscience, et le salut des religieux qui « sont sous ma charge, que d'y établir les pères religieux « réformés, qui par leur exemple porteront les anciens à « suivre les bonnes mœurs et l'observance de leur règle, « qui a esté par eux négligée, cela m'a donné sujet, pour « commencer un si bon œuvre, de faire déléuces en tous ic les monastères qui dépendent de nioy de iairc donner « l'habit, ni recevoir des novices à faire leur profession, ic sinon en la forme que la font ceux de ladite réforme ;
* Il scmlilerait aujonrd'liui, à la faiblesse fies revenus que donnent les propriétés en terre, qu il ne faille pus croii e aisément que la terre puisse i la lois enrichir le riche propriétaire qui se croise les bras sans travailler et le fermier qui la cultive. Y aurait-il, dans tes faits de réconomie moderne, cette leçon sur la grande place de la loi du travail, dans le rouage industriel, et dans la production de la richesse? c'est-à-dire la terre se rcrusant à produire pour les oisUi», toute idée socittlii^te d'ailleurs mise à part ?