‹ Histoire de RoyaumontChapitre 48 sur 263 · II · texte numérisé non relu

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proche de Paris, pourront grandement favoriser ses estudes ^ »

L'expérience, et, par elle, la connaissance qu'on acquiert des hommes et des choses, révèlent dans les intelligences les mieux douées des endroits faibles ou incomplets. Il y aurait à s'étonner devoir un personnage comme Richelieu envisager d'une manière si étroite la question qui fut portée à Royaumont, si on n'apprenait tous lès jours que les plus forts espiiLs sont très-peu entendus, quand ils sortent de la sphère de leurs aptitudes et de leur compétence. Peu philosophe et peu moraliste, voilà Richelieu appelé) en présence d'une altération prétendue de la vie cistercienne, à ae prononcer comme médecin. Gomment ne |>a6 reprocher à Uicliciicii de s t lro montré médecin incapable, observateur superiioiel, et de n'avoir pas approfondi la nature du mal, de n'avoir point pressenti les grands et sérieux remèdes ? C'est plus de vertu, plus de vie routière, qu'on n'aurait voulu dans les cloîtres. N'y avait-il pas à étudier le secret de développer la sainteté, à l'ombre de rohéissarice passive vouée par les moines ? Étant donnée la vie des moines, telle qu'elle s'offrait au dix-septième siècle, n'y avait-il pas à rechercher ce qui énervait ou altérait leurs vertus? La règle de Tordre défendant à tout religieux d'avoir en sa propriété et puissance, son corps et sa volonté, ne fallait-il pas examiner si le courant de la vie cistercienne compensa it d'une manière surémi n en t e cette abdication de soi i]ue faisait chaque personnalité? Cette sorte de mort, en un sens moral, étant la substitution d'une vie à, une autre vie, y avait*il elTectivenient, dans le programme de la vie interne du couvent, de quoi alimenter une vie nou- ^ velie'/ lUchelieu n'aborda pas ces problèmes : il se renferma dans l'enceinte de ces mesures administratives avec lesquelles on endort les institutionsetles nations pétrifiées.

* LeUres de Richelieu, lettre lxxv«

LIVRË Ux\ZlËM£. 811

On ne doit p.'is (millier, quand on raisonne sur les religieux, quelques points essentiels, il iallait, dans le cloître, offrir à l'activité humaine un aliment. Si les bernardins se fussentappliquésaFenseignement, aux prédications extérieures, s'ils eussent fait de la propagande, cette nécessité d'agir syr la société et sur les esprits eût placé devant leur activité un but d'aspiration; ils auraient pu dépenser leurs forces devant des obstacles inépuisables. L'écueil, pour les bernardins, était dans leur genre de vie. La contemplation et le vis-à-vis avec soi-même, constitue la vie la plus difficile. Kl, si on ne rciKHivclle sans cesse les dispositions de son âme, il y a un péril flagrant, celui de glisser insensiblement dans la mollesse, dans un état mitoyen où les aises de la nature se combineront avecles convenances de la carrière. On sera un honnête citoyen, mais on ne sera plus à la hauteur d'un personnage voué à une vie el à des gènes exceptionclles.

Après la mystification de lioyaumont, le cardinal de Ai* chelieu se retira et remit toutes choses aux mains du légat apostolique. Mais l'année i655 ne s'achevait pas, que le cardinal de Richelieu reparut dans l'afTaire de Cîteaux, par une de ces évolutions qui donnent large carrière aux suppositions. Avait-il espéré en résignant sa charge et en remettant momentanément les négociations entré les mains du cardinal de la Rochefoucauld, se rendre plus iiécessnirc encore? Pensait-il qu'on reviendiitit à lui une seconde fois avec des offres de pouvoir plus grands ? On Ta assuré, « il se garda bien de laisser échapper cet ordre, que les troubles mettaient dans ses mains. Il se fait postuler secrètement j et prend si bien ses mesures, que I*ierio de Nivelles, abbé de Ciieaux, ne peut lui refuser une démission qu'il remet entre ses mains. Plusieurs historiens s'accordent sur ce point. » La Gallia christiana le dit textuellement : <c Armandus iohannes Duplessis etiam pro ipsim votis postulatur

212 IIISTÛIKË DE iiOYÂUAIONT.

abbas Cîstcrciensis pcr cessîonem prsecedentis ^ » Pour

assouvit* son ambition, a dit un moderne, Richelieu s'était fait donner les grandes abbayes deCileaux, do Clnny, de Prémontré •* » Or, voilà la situation tondue qui so produisit; tandis que Richelieu acceptait le titre d'abbé général de Clteaux, le pape, qui consentait à la démission de Pierre de Nivelles, n'agréait pas le prétendant^ lêsitecesseur. Quelques instances qui lui en furent laites, jamais il ne se rendit à donner les bulles de coniirninfion. f.e cardinal crut bon de s'en passer, et, se donnant le titre de chef général de Tordre, il en prit radministration.

Une phase nouvelle commençait pour Pabbaye de Royanmonl ; et bien (jue les débats n'eussent pas encore abouti, bien qu il faille traiter de paradoxe la maxime qui veut conduire à Tordre par le désordre, à la charité par Tacrimonie, à Tunité par la discorde, il est néanmoins vrai, en fait, que h la suite de ces controverses et de ces luttes qui occupèrent près de cinquante ans, d'abord de 1622 à ' 1655, ensuite de 1655 à 1666, Royaumont gagna en régularité, ainsi que les autres colonies. Ne fallait-il pas, dans le camp des anciens, de ceui qui voulaient le maintien du statu quo , un retour nécessaire sur eux-mêmes et sur leurs devoirs, devant les griefs articulés parles abstinents ou les réformés? El, lorsque les partisans de la commune observance demandaient quelle régularité au fond, quelle vertu nouvelle pratiquaient les réformés, force était à ceux-ci de ne pas se contenter de ces ferveurs momentanées, de ces rêves de perfection, éclos de 1 enthousiasme de la tète, et qui ne sortent pas de la lèle pour entrer dans les faits. Uoyaumont avait adhéré, dés 1650 environ, au mouvement régénérateur, et de bonne heure cette abbaye posséda à la fois des moines de l'étroite et de la commune observance, vivant paciliquement à côté les uns

* T. IV, col. 1(M4.

* MoiHCê itOecUieiU, InlroductioD,

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