LIVRE Î^EUVlÈMi
dont il tirait toutes ses ressources. Le (lanun fois conçu, il l'eiécuta non moins rapidement; et sitôt Tépée de Duguesclin tirée, on assista à la ruine progressive de la
puissance anglaise, et a un mouvement parallèle et ascendant de l'esprit de patriotisme inoculé à la France. Le poiat de départ fut la victoire ècla taule remportée par Duguesclin, dans la campagne de Normandie, sur l'armée du célèbre Thomas Grandson, à Pont-Vallain. Grandson devenait, après une lutte corps à corps , prisonnier de liut^ut s lin lui-môme. La chevalerie angl.uic a})prenait enfin, après un demi-sicclc de succès et d'insolence, à mordre la poussière et à payer rançon à son tour, car et il n'y eut pas, dit Lefèvre, jusqu'au moindre écuyer et goujat, qui, ce jour-là, n'eût aussi son prisonnier. »
Après ce grave échec infligé aux armes anglaises , on vit Duguesclin entamer par la prise de Saumur, deSainl- Mc^ur et de iiressuirc, celte campagne poliorcétique qu'il continua durant près de dix années en Poitou, en Saintonge, en Guienne et en Auvergne , arrachant toutes ces provinces aux Anglais ville par ville, château par château, et pour ainsi dire bastion par bastion. A chaque marche sur ce sol hérissé de lui teresses féodales, on était arrêté par une barrière, et l'on n'avançait qu'à force d'assauls. La mine et l'incendie détruisaient Tune après l'autre ces tours de granit, devenues les derniers asiles de l'étranger. D'affreuses cruautés, d'horribles souffrances, vinrent de part et d'autre imprimer à celte guerre un caractère inexorable; elles élevaient une barrière élernellc entre les combattants. A la longue apathie des populations elles firent succéder la fureur de l'agression et le désespoir de * la résistance. Le cours des idées changeait visiblement, et cette longue lutte se transformait de jour en jour en un immense duel de peuple à peuple. Ce n'était plus, comme au début, (l( ux ramilles rivales qui se disputaient un trône et une suprématie d'honneur ; ce fut la France II. 51
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et l'Angleterre qui se heurtèrent avec rage Tune contre Pautre; c'étaient deux nationalités q[ui naissaient à la tois dans des couches laborieuses et sanglantes.
C'est donc alors que se fit ce travail intérieur, curieux à étudier dans l'histoire générale^ et qui a constitué la France moderne. On commence ici à se rendre compte de cet antagonisme de deux grands peuples devant la loi de leur existence naturelle et comme la condition même de leurs développements ultérieurs. « Le roi, dit . l roibsai l, qui sage estoit et suLlil, sçavoit gens attraire et tenir à amour où son profit estoit. Il avoit tant fait que les prélats de Bretagne, les barons, les chevaliers et les
bonnes villes estoient de son accord De Fautre côté
tastoit aussi bellement ceux d'Abbeville et de Ponthieu» quels ils les trouveroit et s'ils demeureroient Ânglois ou Friançois.Et ne (lébii eroient-ils alors autre chose que d'estrc François, tant haissoient-ils les Anglois. Ainsi acqueroit le roi de France des amis de tout lex. » Mais c était surtout dans le midi du royaume que ce travail de propagande s'était opéré avec ardeur. La plus grande partie de la noblesse , froissée dans ses susceptibilités et dans ses droits par les mesures ai bili aires du goiivcrnement anglais, en appelait depuis quelques années au roi de France. « Car estoient les Anglois orgueilleux et présomptueux ; et ceux de Poitou» de Quersin, de Limosin, de Hovergnes, de la Rochelle, ne peuvent aimer les Anglois, quelque semblant qu'ils leur montrent, mais les tiennent en grand dépit et vilcté. Et ont les officiers du prince si surmonté toutes gens en Poitou, en SaiiUonge et en la Rochelle, qu'ils prennent tout en abandon, et ils fond si grand levée, au titre du prince, que nul n'a rien du sien. Avec ce» touts
^ M. de Carné ayant dessiné vivement ce travail, dans se» réfleirons Bur
le conTK^tablc Dnyuosclin, on n'avait ici qu'à s'associer à des doJuctions dont !ri icgiiimité ne pai ait pas contestable. On s'est borné presque à laisi>cr pui'lcr l'éloquent académicien.