‹ Histoire de RoyaumontChapitre 50 sur 263 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

de 1656 à 1641, achevèrent de le mettre en relief et de créer sa réputation de général. Général de Tarmèe navale en 1657, il Favait commandée conjointement avec l'archevêque de Bordeaux, notre abbé de Royaiiinoiit ; c'est là qu'il se couvrit de gloire» eu 1657, aux yeux de la France et du monde, en reprenant, avec un nombie très-inférieur de troupes, les lies de Saiat-Uonorè et de SainlerMarguerite, en Provence, dont les Espagnols s'étaient emparés. « Je laisse à rhisloire, écrivait un contemporain, à dire connue « cette conquestc estoit moralement impossible au peu de « forces qu'il a voit K » D'Harcourt payait de sa personne, et électrisait les soldats ; on dit quHl avait un grand courage dans la mêlée*; el le comte de Bucqnois, sous lequel il servait, lors de ses débuts dans la carrière, lui reprocha, dans une occasion, d'avoir plus de cœur qu'il n'en fallait à un prince. Aussi, après le beau fait d'armes des îles Saint-Uonoré et Sainte-Marguerite, partout en France et à l'étranger, on rendait un hommage enthousiaste aux qualités de notre vailiaiil capitaine : « J'ai vcu « le marbre que le coinmendanl espagnol laissa sur la 0 porte, dit le chroniqueur cité plus haut, où il y a, que : « rien ne peut résister à Finvincible valeur du comte « d^Harcourt. » Sa gloire allait grandissant; il fut appelé à la place du cardinal de la Valette au delà des Alpes. Chargé, en 1G39, du commandement de l'armée du Piémont, il prit Quiers ou Cbieri, lit ravitailler Casai, et remporta, le ^0 novembre, à la Rotta, une victoire complète, sur âOfdOO Espagnols, armée combinée du marquis deLeganez et dn prince Thomas. On dit que le marquis de Leganez, général de l'armée espagnole, lui écrivit que : « s'il était roi de France, il ferait couper la téte au comte d'Uarcourt pour avoir hasardé une bataille contre une armée beaucoup plus forte que la sienne. — Et moi, si

* Tallemant des Réaux.

* Le Héros françaiSf par raumûnier du duc d'Orléans. Iii-4°. Paris, 1645.

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« j'étais roi d'Espagne, répondit d'Harcourt^ je ferais coûte per la téte au marquis de Leganez, pour s.'étre fait bat-

« tre pariine armée beaucoup plus faible que la sienne. » C'est sans doute à l'occasion de celte expédition, que le fameux Jean de Wertti disait qu'il aimerait mieux être le comte d'Harcourt qu^empereur. Quant à la réponse du comte d'Harcourt, aussi dure qu'aisée à faire, on répugne à la croire authentique ; elle n'a pas «in ùUe laile, dit un critique bienveillant, à un ennemi vaincu qui avait la générosité de faire à son vainqueur un compliment flatteur sous la forme d'un reproche.

Il n*est pas indifférent pour Royaumont de faire connaître, dans ses détails les moins connus, l'existence du comte d'Harconrt-Lorraine, auquel les autres expéditions d'Italie, en 1640 et 1641, le sScours donné à Cazal, le siège de Turin, la prise de Gony, firent également honneur. Les particularités du siège de Turin avaient été curieuses. La citadelle, qu'occupaient les Français, était assiégée parle prince ihomas de Savoie, maitre de la ville; celui-ci à son tour était assiégé par le comte d'Harcourt, qui l'était lui-même dans son camp par Leganev, commandant les Espagnols. Peut-être une semblable circonstance n'est-elle arrivcequ'au siège de Turin, où les assiégeants^ayant affamé ceux de la ville, le furent eux-mêmes dans leurs retranchements. Mais, quelque grande que fût la disette, le comte d'Harcourt ne se rebuta jamais, et répondit à ceux qui lui parlaient de trêve que, « lorsque « les chevaux auraieiiL niangé toute riicrbe qui était au- « tour de Turin et ses soldats tous les chevaux de l'armée, « il lèverait le siège; » concise et forte éloquence d'un soldat. La résistance dura trois mois ; les assiégés firent vingt-neuf sorties et furent contraints de capituler, le 17 septembre 1640. A une de ces sorties que fit un jour , le prince Thomas, les lignes ayant été forcées, le comte ' d'Harcourt était accouru avec sept ou huit gentilshommes,

LIVAË ONZIÈME.

qui appelèrent polirons les soldats qu'ils trouvaient fuyants: « Non, non, dit le comte d'ilarcuurl; ils sont braves gens, mais c'est qu'ils ne m'ont pas à leur lête. » Il y alla^etThistoire ajoute qu'il y faisait bien chaud lorsqu'il y fut. D'Harcourt était de ces capitaines qui persuadent à une année qu'avec eux on doit vaincre; c'est cet homme de guerre, ce grand ba la illeur, qui fut le Irait d union entre la maison de Lorraine et labbave de Royaumont.

Tandis que le comte d'Harcourt conquérait, comme capitaine, une répulation européenne, le cardinal de Richelieu n'élait pas resté sj)eclateur indifférent de celte illustration militaire de la France ; il donna des preuves non équivoques de sa sympa thie"", en témoignant la satisfaction de voir le comte d'Harcourt entrer dans sa famille par une alliance. C'est Boisrobert, de l'Académie française ^ qui sonda le cardinal, sur la ({ue.sliun du mai ia^^e, avant l'expédition navale de Provence, en 1U5G ; Richelieu ne repoussa, pas la proposition : et, au retour des îles Saint- Honoré ét Sainte-Marguerite, Henri de Lorraine épousait, en février 1639, une nièce du cardinal de Richelieu, Marguerite-Philippine duCambout, fille puiuée de Charles

* TaUeinaiit des Réaux, très-incohérent dans ses récits, prétend que Nicolas Faret» de l'Académie française, pour mettre le comte d'Harcourt en train de faire quelque chose, lui proposa de s'olMr au cardinal de Richelieu pour espouser telle qu'il voudrait de ses parentes, et après en parla à Boif^Rohrrt qu'il connoissoit, comme estant de l'Académie aussy bien que luy. lioisrobert en parla au cardinal, qui iuy répondit en riant :

Le comte d'Harcourt.

Du Bois, a l'esprit bien court.

« lk)isi*obert pourtant, voyant qu'il ne luy avait pas défendu d'en parler davantage, rechtirge encore une fois. « Est-ce tout de bon ? dit le cardinal; parlei*yous sérieusement? — Oui, monseigneur, c'est un homme qui sera absolument à vous, c'est un homme de grand cœur. Il a, comme vous savez, ballu I^outevillo, ot vous pouvez vous lier ;i '^n parole.» Le cardinal lui donna empioy, et le surprit en le Itiy donuauL; car il luy dit : « Monsieur le comte, le roy veut que vous sortiez du royaume. » Le comte entonné luy dit qu'il estoit prest h obéir, a Hais, a^jousta le cardinal, c'est en commandant l'armée navale. >

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de Gambout, marquis de Coislin, baron du Pontchflteau • lieutenant général dans la basse Bretagne. Cette alliance

flattait le cardinal, il entrait flans cette double maison des d'Harcoiirt et des Lorraine, illnslres à tant de titres. L'origine de la maison de Lorraine n'était autre que celle de cette grande maison d'Âlsace, dont la réputation, dit un célèbre historiographe de France, fut toujours si grande ([lU" l'Allemagne termine encore aujourd'hui toutes les grandeurs de ses familles souveraines à l'honneur d'en être issu, parce qu'elle n'envisage rien de phis ancien et de plus illustre. C'est de cette maison d'Alsace que sortirent les tiges de trois autres maisons célèbres, de celle de Lorraine *, de celle d'Egesheim et enfin de la la maison d'Aulriclie, par les anciens comtes de liapsbourg ^.

Pour la maison d'Harcourt, ancienne famille normande, elle faisait remonter son origine à un seigneur danois, nommé Torf, petit-fils de Bernard le Danois, venu en France à la suite de liuliou, dans le dixième siècle. On trouve, comme membres les plus connus de cette famille, Philippe d'Harcourt, au douzième siècle; Jean 11 d'Harcourt, à la fin du treizième; ainsi que Raoïïl Robert et Guy, et Agnès d'Harcourt, dame d*honneur de la soeur de saint Louis. Vient Godefroy d'Harcourt, au quatorzième siècle; eniin, au quinzième, Louis, puis Marie d'Harcourt.

* Margaeiite du Camboul était veuve d'Aiitoine «Je r Age, ducdePuylaurens, pair de France, lequel avait été nourri, jusqu'à l'âge de vingt ans, eomme enfant d'bonneur auprès de Gasion de France, duc d'Orléans, qui le fit son

chambellun.

* Descendant du duc d'Alsace, en G66, Hugues I*% comte de ferreti, laissa trois ûls, qui furent les tig^ de ces trois maisons. De l'atoé vint celle de Lorraine.

* Du puîné sortit celle d'Egesheim ou Dasbourg.

* Du dernier sortit h mnison d'Autriche, par les anciens comtes de Ilapsbourg, aieux de l^odoipiie 1 ' qui ceignit la couronne impériale en 1275.

De 668 branches, la seconde, dont sortit le pape saint Léon IX, s'éteignit au dottiième siècle; le mariage de François III, duc de Lorraine, grandduc de Toscane, avrc Mai ie-TIiérèse, fdle aînée et héritière de l'empereur Charles VI, réunit les deux autres en 1136.

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