LIVRE ONZIÈME. 3i
Marie d'Harcourt, sœur de Jean VU, comte d'Hareourt, tué à la bataille de Verneuil (Eure), en 1424, épousa en i417, Antoine de Lorraine, prince de Vaudemont. Devenue héritière de tous les biens de la première branche d^Harcourt, par la mort de son IVoie Jean et de sa sœur la comtesse de Rionx, plus tard dame de Beaumanoir et de Chateaubriand, tous les deux sans héritiers, Marie d'Hareourt avait laissé naturellement sa succession à ses enfants, après avoir porté le comté d'Harcourt dans la maison de Lorraine; et c'est en raison des possessions que ces princes lorrains tinrent d'elle, qu'ils prirent et conservèrent le nom d'Harcourt. Les domaines que Marie avait transmis à cette branche de la maison de Lorraine, c'està-dire les terres d'Harcourt, d'Aumale et d'Elbeuf, passèrent à Claude de Lorraine, premier duc <le Guise, et à ses descendants. Celte Marie d Hareourl, qui était une véritable héroïne, avait pris part à presque toutes les expéditions militaires du prince de Yaudemont son époux. Ne semblerait-il pas que les ducs de Lorraine, de Guise, le comte Henri, surnommé Cadct-la-Perle , descendus d'elle, avaient hérité de sa bravoure? Le cardinal de Richelieu, on le comprend, ne voyait pas avec déplaisir une alliance qui rattachait sa famille à d'aussi illustres maisons.*
Cependant, devenu époux et père, le comte d'Harcourt se sentit saisi de ces sollicitudes que connaissent toutes les entrailles de père. 11 n'avait pas de lorlune; cadet d'une maison qui déclinait, né avec huit miUe livres de rentes, il ne chercha pas à s'enrichir dans les guerres, ni à exploiter ses victoires ; il ne mena pas de flottes au Pérou. Néanmoins, il était de son devoir de penser à l'avenir social de ses six enfants. En général, la plupart des d'Uarcourt-Lorraine n'étaient pas riches ; aussi les neveux du capitaine, les fils de son frère aîné, de Charles II, duc d'Ëlbeuf, furent-ils chansonnés sur le
chapitre de leui*s prétentions, de leur pauvreté et de leur mauvaise mine S Quant au comte d'Harcourt, que des
prévoyancos relatives à sa famille pouvaient légitirnemeiil préoccupei', il venait de poi'ilrc,par In mort de Richelieu, les avantages qu'il aurait pu tirer de celte haute parenté. Toutelbis, Louis Xlil ayant bientôt suivi Richelieu dans la tombe, Anne d'Autriche avait donné à d^Harcourt la charge de grand écuyer de France, vacante depuis l'cxéculioii (le Cinq-Mai's ( 1 0 15). On devine la satisfaction du capitaine; car d'Uarxourt, au dire des Mémoires,» n'avait point de bien ; » c'est lui-même qui disait que « ses fils auraient nom, TunLa Verdure et l'autre La Violette, » cunnno de simples soldais. Ce n'est pas tout; le comte d'ilarcuurt sunjjeuit, pour l'un de ses tils, pour le prince Alphonse de Lorraine, à l'abbaye de Royaumont, célèbre par ses riches souvenirs et par son importance. Les antécédents de Henri de Lorraine, sa vie guerrière, ses différentes niissioiis, devaient lui créer des droits aux yeux du nouveau gouvernement. N'avait-il pas de splendides états de service ? Gouverneur et lieutenant général de Guyenne, en 1642, il avait commandé, la même année, Tarmée de Flandre. Vice-roi de Catalogne, en 1645, il défit, à la bataille de Norlens, les Espagnols, commandés par le comte de Mortare, et, peu après, il se rendit maitro
' Voici uue des chansons du temps :
Hentrcz, bourgcfiis, no snriez pas On a trop soing de vostre vie, Vonsieur d'Glbeuf ne le veut pas !
Rentrez, bourjfeois, m snrtoz pas.
Puisque vous garnissez ses plaUi Et tenez sa table fournie.
Ce pauvre Tnonseifrnpnr d'Elbeuf, Est réduit à son ordinaire, n ne mange plus que^du bœuf, Ce pauvre monseigneur d'Elbeuf; El pour le soir il mange un œuf Avec un petit doi^t d'eau claire; C.t' pauvre monseigneur d'ËlbeuIf r.i»t réduit à son ordinaire»