LIVRE ONZIÈME
assurer le succès, et, le 19 avril 1666, parut le fameux bref In sujirma, auquel les réformés ne se soumirent pas sans peine, mais qui triompha peu à peu de toutes les répugnances, rétablit la paix et l'unité dans 1 ordre, et devint l'une de ses principales constitutions.
C'est en suivant ces diverses phases du conibat cistercien qu'on arrive à se renseigner sur l'état intérieur, sur les dispositions morales de l'abbaye de Royaumont, au milieu du dix-seplième siècle. Les actes de coite époque et ceux des temps postérieurs ne désignent plus l'abbaye de Royaumont que sous le nom d'abbaye de l'Étroite Observance j ou de la Réforme. Si peu que Tesprit chrétien vécût dans un groupe monastique, on ne pouvait pas en principe ne pas aiiprouvcr les lendaiices de la réforme. Mais la manière adoptée pour la propager avait été maladroite; aussi Ton protesta pendant cinquante ans contre cette manière, comme inconstitutionnelle, funeste et attentatoire à l'esprit de l'ordre; elle fil rejeter l'ensemble des propositions et trouva de ropposiLion jusque dans le saint-siége. Alexandre Vil voulait, comme tous, la réforme quant au fond; s'il donna cependant son bret du 19 avril i666, malgré qu'Anne d'Autriche se fût déclarée la protectrice de la réforme, et qu'elle eût employé ses soUicitalions en cour de Home, c'est que les partisans tle l'étroite observance furent inopportuns et trop exclusifs. Les papes consultés, Innocent X comme Alexandre Vil, répondaient, après mûre et longue délibération, en donnant raison aux mitigés. Ne voulaient-ils donc pas la réforme? Qui oserait le dire? Les abbés de l'étroite observance avaient-ils tort de vouloir rinlroduire?I<Jon, œrtes, mais ils péchaient par le modej d'après un religieux de la Trappe lui-même ^ Lès supérieurs n'étaient point opposés à la réforme, ils la désiraient et la cherchaient sincèrement ; mais
* L'historien moderne d .tViguebeUe.
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ils la voulaient générale, et pour élre telle, pour qu'elle eût le droit de s'imposer, rien en elle ne devait être ou paraître
arbitraire. Il t'allnit, selon eux, dans une rc^fonne, (jue les obligations essentielles des religieux en tissent seules la base. Toutes les pratiques desurérogation,toutes les observances qui tendaient à une perfection plus élevée, devaient être laissées à la bonne volonté, se faire accepter peu à peu jKii l'exemple et la persuasion. Ils voulaient ansT^i que les constitutions demeurassent intactes, que la liirrnrchie de l'ordre ne tût point troublée, ni les rôles intervertis. Les abbés de l'étroite observance ne furent pas de cet avis. Mus par un zèle peu éclairé, ils trouvaient cette voie trop lente au gré de len^^ désirs. Ils jugèrent à propos de brusquer la position : ils ne tirent que se fourvoyer. S'élever contre Tautori lé légitime, pour se mettre à sa place, c'était aller au renversement de l'ordre. Après ces premiers par* tisans de l'étroite observance, n'en viendrait-il pas d'autres qui, sous prétexte d'une observance plus étroite encore, voudraient se faire de la pénitence un marchepied pour s'élever aux charges et aux dignités? Saint Vincent de Paul, qui fut le bras {Iroit du cardinal de la Roche* foucauld, dans l'œuvre delà réformation, n'était pas d'un autre avis; il écrivait que tout devait se taire sous l autorité et sainte conduite des pères de la commune observance^.
Des documents positifs autorisent à affirmer queFabbaye de Royaumont était certainement édifiante par la régularité de ses religieux, par leur vie austère, dans le milieu du dix-septième siècle ; les noms des liabilauls de l'abbaye eu Tanuée 1G51 sont mentionnés dans le carlulaire de Royaumont; et le carlulaire cite tant les anciens religieux ou de la commune observance, que les réformés. On retrouve, dans un contrat de bail a surcens et rente fait
* Lettre de 1652 ù Georges de Barri, HUfaire de saint VittcetUp parl'abbë Mayiurd, t. UI, p. 451.