‹ Histoire de RoyaumontChapitre 7 sur 263 · LIVRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIEME

les gentilshommes du pays ne peuvent venir à nul office, car tout emportent les Anglois^ »

Ainsi, Ton vif Duguesclin travailler successivement à ce qui fut l'œuvre fondamentale de sa vie, à la destruction de la puissance anglaise dans le Poitou , l'Aunis, la Saintonge, la Bretagne, l'Aquitaine, la Guienne, TAuvergne, le Midi. Mais on doit remarquer que dans cette mission de reconquérir pas à pas le territoire pour l'absorber dans ^ la monarchie française, Dugucsclin se trouva aide par un élément nouveau, pnr une force morale, par l'éveil du sentiment national. Dès lors, il y eut un motd^ordre qui signifiait aux Anglais d'avoir à évacuer la France'. Il est vrai qu'après Charles V et après DuguescHn-, Tonvragè était à refaire. « Mais le sentiment de la nationalité française avait alors poussé de trop profondes racines pour ôtre arraché du cœur des peuples. Il ne fléchit pas sous l'orage que déchaînèrent sur le royaume et les rivalités princières, et les conspirationsdomestique8,etjusqu'à cette démence royale qui vint se joindre comme une calamité suprême à cet abîme de calamités. La France fut envahie de nouveau, mais non pas domptée ; elle vécut l'épée sur la gorge, toute prête à se retli esser pour la vengeance et pour la mort, et lorsque Dieu qui se comptait à la sauver par des voies où éclate sa providence, lui envoya la houlette de Jeanne d'Arc en signe de réconciliation et de salut^ la nation la vit briller au-dessus de sa tète comme l'épée llaiiil Ml vante du connétable. Elle salua dans la fille du peuple, aussi bien que dans le chevalier breton, un aussionnaire de la même cause, un instrument de la même œuvre*. »

Il est possible que l'antipathie des deux nations n'ait

* Chronique de froUsari, iiv. 1°', seconde partie. 'Y. €€tte stratégie, décrite par N. de-PrémiiiTUle, dans soniivre sur Antiquités de Bretagne .

'M. de Carné» le» FoiuUU. de l'uMmiionale»

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pris son caractère total de furie, de chaque côté du détroit, que depuis la révolution de i688, depuis l'accueil que Louis XIY fit à Jacques H ; il est possible que ce soit la

politique renforcée de l'opposition relipeusc qui ait envenimé depuis (ieux cents ans cctie luune des deux peuples; toutefois, il n'est pas probable que Gilles de Koye contestât, dans ses travaux historiques, que le moi de la France ne commençât à s'affirmer nettement dès le quinzième siècle, et que dès lors Tantipathie des deux nations n'eût sa source dans ratleinlc portée à ce moi national par rinvasion au<^daise. Les Français n'étaient pas des individus quelconques habitantentre certaines frontières; il y avait déjà, à celte époque, une âme nationale qui avait conscience d'elle-même. Quand il fallut, au quatorzième siècle, exécuter le traité de Brétigny, dans lequel le roi Jean cédait à rAnirlelerre plusieurs provinces françaises, on vit la répuj^uaiice des Français. Presque tous les possesseurs de fiefs, ainsi que les gouverneurs et les bourgeois des villes, indignés de ce que Ton disposait d'eux et de leurs biens sans les avoir consultés et de ce qu'on les démembrait de la France, à laquelle ils étaient attachés, s'étaient fortifiés, munis de bonnes garnisons, et refusèrent de recevoir les Anglais. Le roi lit observer qu'il y allait du repos du royaume, qu'on allait le replonger dans une guerre qui allait achever de le ruiner. « Us obéirent alors, ditFrôissart, mais bien malgré eux. » On cite la réponse des députés que les Rochelais envoyèrent au roi pour le prier de les dispenser de recevoir les An^rlnis. « Eli bien donc, sire, puisque pour témoigner que nous sommes bons Français, vous voulez nous contraindre à ne plus Tôtre, nous reconnaîtrons l'Anglais des lèvres seulementy mais soyez assuré que nos cœurs demeureront fermes en votre obéissance. »

Il faut que la passion de se venger ou de gouverner ait prodigieusement tioublè l' esprit et corrompu le cœur

LITftE NEUVIÈME. SI

de l'arrièie-pelit-fils de Philippe de Valois, pour qu'il ait fait avec Henri Y, Tarrière-pelit-fils d'Edouard III, un traité qu'on ne croirait pas, si les historiens les plus édai* rés et les moins partiaux ne le reconnaissaient pour auUieuliquc. Il y dit « qu'ayant jusqu'alors méconnu la justice des droits du roi d'Angleterre et de ses nobles progéniteurs aux royaume et couronne de France,ii a tenu le parti de son adversaire en croyant bien faire ; mais que mieux informé il tiendra désormais le parti dudit roi d'Angleterre et de ses hoirs, qui, de droit, sont et seront légiilmes rois de France; qu'il reconnaît qu'il est tenu de lui faire, en cette qualité, lioinmage comme à son légitime souverain; qu'aussitôt qu'à Taide de Dieu, de Isolre-Dame et de monsieur Saint-Georges, ledit roi d'Angleterre aura fait la conquête d'une partie notable du royaume de France, il s'acquittera des devoirs qu'un vassal est obligé de rendre à son seigneur; qu'il emploiera toutes les voies et manières secrètes qu'il pourra imaginer pour que le roi d'Angleterre soit mis en possession réelle du royaume de France; que tout le temps qiie le roi d'Aur gleterre fera la guerre pour s'en emparer, lui, de son côté, combattra de toute sa puissance les ennemis désignés par A, B, C, D, et tous ceux de leurs sujets et adhérents qui sont désobéissants au roi d'Angleterre; qu'il pro* teste d'avance contre tous traités- qu'il pourrait signer par laâuîte, dans lesquels il pourrait paraître favorable au roi Charles et au Dauphin, déclarant que de semblables conventions sont de nulle valeur et dressées uni(|uenient pour les mieux tromper l'un et l'autre ». II Unit en promettant d'accomplir toutes ces stipulations par la foi de son corps et en parole de prince \ £st-il possible à un cœur français de ne pas bondir en lisant de semblables lignes? Une entrevue eut lieu entre Meulan et Pontoise en i4i9,

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où furent présents avec TAngUns, le duc de Bourgogne, la reine Isabelle, sa fille Calheriae de France ; le Dauphin y fut invité aussi. Henri quoique épris de la princesse, ne voulait pas qu'on lui imposât trop de conditions: «t Beau cousin, dit-il au duc de Bourgogne, nous voulons que vous sachiez qu'aurons la fillo et ce que nous avons demandé avec elle, ou nous déboulerons votre Roi et vous aussi hors du royaume ^ b Un individu, né en France, ne tolérera jamais un tel langage. Si l'on peut donc accorder que le sentiment national n'avait pas encore atteint la pureté et la plénitude qu'il devait atteindre, il faut ajouter cepemlmit que rhuiiiillalion de la France et de son chef commencèrent jusiement à peser sur le cœur du peuple, et à réveiller d'une manière vigoureuse^ au contact de l'étranger, le sentiment de la nationalité un peu assoupi. Auparavant, on était citoyen de sa ville, rien de plus; en face de l'Anglais, on se sentit Français. Personne, un siècle auparavant, ne s'était in(|iiiélé de Calais assiégée par Edouard ilL Mais on vit la France entière s^intéresscr au sort d'Orléans* Angers, Tours et Bourges lui avaient envoyé des vivres ; Poitiers et la Rochelle, de l'argent ; le Bourbonnais, l'Auvergne, le Languedoc, du salpêtre, du soufre et de l'acier. C'était le sentiment mal défini de la nationalité qui prenait son essor, sentiment, sinon inconnu au moyen âge, du moins destiné à un plus noble r^le dans les sociétés modernes. C'était le patriotisme français qui donnait sa première grande manifestation historique ; les effroyables misères qu'on venait de Ira- , verser, au lieu de l'abattre, Pavaient rendu plus vif-.

Telle était la situation générale vers la fin du quinzième siècle; et, lorsque la France, enfin rendue à elle-même, pouvait porter son activité du côté des progrès intérieurs,

* V. dans Honstrelet.

* Hisi. de France, Monsti elti, P. Daniel, ilichelet, Duruy.

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