‹ Histoire de RoyaumontChapitre 61 sur 263 · LIVRE DOCZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOCZIÈME

1650-1700. — Le prince Alphonse-Louis de Lorraine, abbé commendataire de Royaumonl pendant quarante ans. — Fréquente intervention du comte d'Harcourt comme administrateur du temporel de Tabbaye. — Pourquoi d'Harcourt se reUre de la vie publique. — Blessures de la vie sociale. — Royauinont devient le Chantilly de cet autre Coudé. — I/C Royauniont des Lorraine et le Royaumont des moines. — Les entretiens uiiiiiuircs du comte d'Harcourt à Royaumont.

— Sorte de personnage de Plutarque implanté ches les bernardins. ^ Le salon de la résidence abbaiialfi. — Les vassaux du comte d'Harcourt à Asniôres — î-e flefde Toute\ille accomplit les devoirs de vns<;d — Un poète d'AMiiev(.s-sur-Oise. — André de Joigny. — Sonnet, composé au château de Touleville. — Une vue de Royaumont, dessinée au dix-septiëme siècle. — Célébrité de la fontaine Saint-Louis, ou FmHùine-ëMX-i Moines. — Quelques taches dans la belle carrière du comte d'Harcourt.

— Qu'il n'eût pas du, lui-même, escorter Condé prisonnier. — Famille d'Uarcouri-Lorraine. — Ses membres. — 1666, mort inopinée du comte d'Harcourt à Hoyaumont. — Cérémonie des funérailles. — Conséquences de la rentrée de Royaumont dans la i^ularité. ~ Les études et la culture littéraire remises en honneur. — Dom Benoit Dauvray, religieux de Royaumont, écrivain de mémoires. — Cité par Tillemont — La Bible de Hoyaumont. — Ce qu'elle a de commun avec l'abbaye. — Le comte d'Armagnac, fils aîné du comte d'Harcourt. — Il hérite des goûts de son père pour Royaumont. Royaumont maison de plaisance des Lorraine. » — Une réunion de famiUe, en 1668, à Royaimiont, avec la coadjulrice de Notro-Danio di^ Soissons, princesse Arraande-llenriette de Lorraine. — Cas de peste à Royaumont, en 1668, malgré la salubrité proverbiale de la contrée. — Quarantaine ordonnée par le bailliage de Senlis. — Mausolée, érigé à Royaumont pour le comte d'Harcourt. — Initiative de son flls aîné. — Influence de la princesse Henrielte. — Comment le traité de Montmartre de iCG2, entre Louis XIV et le duc Charles IV de Lorraine, avait une application à Royaumont. — Description du mausolée du comte d'Harcourt, chef-d'œuvre du sculpteur Goysevox. — Supérieur au mausolée de Hazarin, du même artisie, et qui se voit aux sculptures du Louvre. — Nécessité de classer la ligure militaire du comte d'Harcourt. — Ses qualités personnelles. — L'art de la guerre. — La politique. — Le mausolée de Royaumont, page d'histoire nationale. — Royaumont, dans les dernières années du prince ' Alphonse, sous le rapport du spirituel et du temporel. « Popularité pieuse de l'abbaye. — Fondation de services religieux. — Chantilly, à la fin du dix-septième siècle. — Le fief de Touteville, dont messire fiînot

LIVUE DOliZlÈME. Ub

chevalier, était titulaire. — Le grand Condc en affaires avec Hoyauraont. — Antres affaires du fih du grand Coudé, Monsieur le Prince, avec i abbaye. — La hge de Viarmes, aux étants de Comelle, aliénée. — L'année 1072, fiitste è Tarchilecture de l'abbaye. — Le cbronogramme du cadran solaire. — ' i'escalier Renaissance construit à Royaumont.

Le prince Alphonse Louis de Lorraine*, l'un des fils du coiîite d'IIarcourl, qui inaugura à Royaurnout la dyuaslie . des abbés comniendataires tirés de son iiluslre maison, résumait les titres et les désignations ^ui lui étaient conférées en ceux*cî : « chevalier dUarcourt et de Tordre de Saint-Jean de Jérusalem, baron, grand-croix, prince de Loi raiue, et abbé comuiendalaire de Royaumont'. » Quoique déjà très-sonores, ces litres n'étaicntpourlanl pas assez retentissants; on y ^joutait celui de primat de la pri* matiale de Nancy, fondée en 4602; il en était le cinquième primat depuis Térection^. Lorsqu'on était le fils du célèbre capitaine Henri d'Harcourt de Lorraine, qui avait rendu de si éclatants services à la monarchie, il n'y avait qu'à se présenter, et les portes de la faveur s'ouvraient d'ellesmêmes. A dater de l'avènement du prince Alphonse Louis de Lorraine, l'abbaye de Royaumont va nous offrir deux groupes parallèles et très-distincts : le corps des moines vivants de leur vie propre et régénérée, d'une part ; et, d'autre part, la maison abbatiale qui, depuis le milieu du dix-septième siècle, eut un éclat spécial.

Pendant les troubles de la Fronde, le comte d'Harcourt avait pris le parti d'Anne d'Aulriclie ; il conduisit le jeune roi en Normandie, et y fit respecter son autorité, malgré les elforts de la duchesse de Longuevilie. 11 servit avec non moins de fidélité, en Guyenne, pendant la guerre de 1651 et 1652, où il fit lever au prince de Gondé le siège de Cognac, et contint la province dans le devoir. Cepen-

* Alphonse-Louis de Lorraine était né en 4644.

* Extrait des Regitirei Ou parlement du 26 mai 1610. ^ Voir aussi le

Ccrlulaire de îlo^iaumont .

^ Histoire de Lorraine, par doni Calmet, 1. 111, p. clxux.

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dant un petit nuage s'était élevé ; se trouvant mal payé de ses services, Ilènri de Lorraine, dans un mouvement de

mécontenlomciit vis à vis la cour, avait (|uîtté tout à coup ia France, pour s'engager dans les troupes étrangères qu'il conduisit dans 1 Alsace, où il prit plusieurs villes; mais, obligé de reculer devant le duc de la Ferté, qui le battit, il rétracta une boutade trop familière aux gentilshomnnes de celte époque, trop souvent funeste à l'État; il fit la paix avec la cour, et reçut, en 1659, le gouvernement d'Anjou. Le comte d liarcourt, qui avait près de soixante ans, eut l'idée de renoncer à la vie publique et d'adopter Royaumont comme le séjour de ses dernières et calmes années. Un des contemporains du capitaine a écrit que « la vie de ce prince élait une action continuelle ; que les affaires publiques l'ayant appelé en Guyenne, dans le Poitou, dans toutes les grandes provinces qui sont au delà de la Loire, et enfin dans la Normandie, il y fut, il vainquit, et remit tous ces peuples à l'obéissante du roi ^ » Cependant le moment élait venu pour le grand homme de rentier dans la vie privée. D'après un acte de l'an 1C59 (mois de mars), on voit que Mgr Henri de Lorraine était Vadministrateur du revenu de Tabbayede Royaumont pour Mgr Alphonse Louis de Lorraine, son fils, abbé. Le dés^ œuvrement, l'ennui des allaires publiques, où il avait été meurtri de toutes façons, le besoin d'une préoccupation douce qui le captivât sans l'absorber, le penchant naturel à soulager son fils de ces soins d'affaires temporelles dans lesquelles les mains ecclésiastiques sont moins exercées, la trop grande jeunesse de Son Altesse Mgr Alphonse, qui le rendait incapable encore des affaires, expliquent cette immixtion du comte d'Uarcourt dans Tabbaye de Royaumont. Cette charge, qu*il s'imposait volontairement en qualité de père, le voisinage de son

* Dom Michel Uermrin, tiist. de ^iotre-Dame de SoimtiSf 1075.

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