‹ Histoire de RoyaumontChapitre 64 sur 263 · LIVRE DOUZiÈMË · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZiÈMË

les gentilshommes d'Âsnîères^sur-Oise venaient rendre leurs devoirs féodaux auprès du comte d'Harcourt.

A l'une des extrémités d'Asnièrcs s'élevait un castel élégant, siège d'un fief, auquel les chartes donnent le titre 4ie fief de TouteviUey en lui associant celui de fief de GîbùwieL On a déjà rappelé que le 27 août iô08 , du temps du dernier abbé régulier, Guillaume de Bruyères, l'abbé et les religieux de lioyaunionU hauts, moyens et bas justiciers d'Asnières, avaient inlcodé à Pierre de la Porte, seigneur du fief de Touteviile, situé à Asnières, toutes les terres qui lui appartenaient, tant au territoire d'Asnières qu*è celui de Royaumont, et qu'ils lui avaient accordé moyenne et basse justice sur ces terres*. C'est pourquoi les seigneurs de Touteville eurent, à partir de cette époque, à observer les devoirs féodaux envers l'abbaye, à cause de leur iief mouvant et relevant de la seigneurie d'Asnières. L'on voit, le 42 octobre i552, Eustaclie de la Porte, seigneur de Touteville, conseiller au parlement, (Hudiiirc l'aven et le dénombrement légal de son ûeï de Touteville, qu'il tenait en plein ilef de messire père en Dieu Matthieu de Longuejoue, abbé de Royaumont*.

Jean de la Porle, écuyer, était le châtelain de Touteville on 1602. On le trouve, dans un acte, faisant toi et hommage de son ûef. Mais, au milieu du dix-seplième siècle, la chàtellenie de Touteville passa à la maison de Joigny. Une pierre funéraire, qui faisait partie des sépultures d'Asnières, a consigné un deuil de famille, une calastrophe survenue en 1647 dans la maison de Joigny;

* Inventaire de la marne abbatiale, p, 195.

* Le château de Touteville n'avait pas, au seizitMiie siècle, les belles dilueusions qu'on lui a dotinécs au dix-neuvièiae. Cependant, les eavcs qu'on Yoit encore aujourd'hui étaient d'une ancienne construction ; .elles sont voûtées et des colonnes gothiques les supportent. C'esi également dans le

dix-nenvième siècle qu'on y a construit ces \ i^tp-^ pièces d'eau, sorte de lac lacticCf qui sont un des gi'ands enibellissementb de ce Ijeau château.

Digitizecl by Googlt:

354 HISTOIRE DE ROYADHONT.

un des jeunes fils périt à Tâge de quinze ans en se baignant sans dottle dans l'Oise. L'inscription^ gravée sur la pierre, après avoir indiqué le genre de mort du jeune

Andié de Joigny, contient un sonnet intéressant, plein d'une grâce piquante : le poète y montre une philuiilhi opie légèrement combinée d ironie, lorsqu'à propos de la mort il donne des conseils de prudence aux vivants pour la prolongation de leurs jours. La seconde strophe du sonnet emploie une image ou locution qui n'est pas sans charme; le poète d*Asnières-sur-Oise, au lieu de diie « au printemps de ma vie» » a mieux aimé celte formule : « En l'avril de mes ans*. » Il semble que, dans cette légère variante, il y ait une nuance de naïveté plus suave, et quand on songe qu'on était alors à la première effloresccncc de Corneille, on est forcé de reconnaître que la langue française, qui achevait de se constituer dans ses éléments et ses formes actuelles, avait, en 1647, dans les manoirs aristocratiques d'Asnières-sur-4)ise, de brillants et d'aimables représentants.

Si ce sonnet était tombé sous les yeux de l'un do nos grands critiques contemporains, MM. Yillemain, Sainte- Beuve ou Nisard, il n'est pas douteux qu'ils n*y eussent démêlé plusieurs de ces beautés et de ces nuances liltéraires qui n'échappent jamais à leur Onesse et à leur coup d œil. La dernière strophe a de roriginalilé ; le poète, mettant en scène le jeune défunt de quinze ans, lui prête

* On doit la connaissance de cette inscription à la gracieuse commonication de M. Léonard, curé actuel d'Asnières et de Royaumont, et pour qui les choses de 1 esprit ont de Tattraction, ea même temps que le zèle des saintes (ravres.

* n est vrai que cela rappelle les vers de cet autre gentilliomme-poSle,

du protestant Du Rartas, qui ambitionna aussi, 'dans sa jeunesse, les délassements et la gloire de la poésie :

Je ii*estoy point enoor en ravril de mon sage,

0 11 1 1 désir d'arrrancliir mon renom dutrespÉS. Chagrin me faisoit perdre el rr pos et ropas Par le brave projet de maint sçavant ouvrage.

Page 1