‹ Histoire de RoyaumontChapitre 68 sur 263 · LIVRE DOLZIÊME · texte numérisé non relu

LIVRE DOLZIÊME

c'en était une assez considérable de posséder le comte Henri de Lorraine d'Harcourt. Autant il avait fait paraître

un grand sens, toutes les fois qu'il fallait déliliéier et prendre un parli dans les affaires qui intéressaient l'État et Tarmée, au rapport de Gualdo Priorato*, aufarit il avait satisfait notre orgueil national en contribuant à détruire le renom d*inmndbles donné jusque-là aux Es|)agnols, autant aussi sa délicate discrétion, dans le salon de Royaumont, était remarquable. Il n'y importa point nos êteriieilescpigraniiues, passe-temps des personnes désœuvrées ou envieuses; il avait assez de son passé glorieux pour fournir à l'aliment des entretiens. Si l'on n'eût jugé de son éloquence que par ses bons mots, un de ses contemporains ailii me qu'on eùlpu le croire muet.

La vie active du comte d'Harcourt semblait s'être partagée en deux fragments :|a période d'action et la période de réflexion rétrospective. Dès le jeune âge, sa vocation s'élant tournée vers les armes, on le y\i cbercher des cipitaines et rêver des conquêtes, pendant que les autres enfants parlaient de jeux. On disait au dix-septième siècle, en rapprucliant Rome et Paris, que Scipion et Henri de Lorraine n'avai^t jamais été jeunes ; qu'aussitôt qu'ils virent des armées, ils purent les conduire. Cependant d'Harcourt avait fait ses premières armes et son éducation militaire en AHemagne sous les «rénêraux Bucquoy et Tilly. Cliarles de Longueval, comte de Bucquoy, qui était l'une des gloiresdes guerres de Bohême et de Hongrie, admirait le bouillant courage avec lequel le jeuned'Uarcourt se jetait dans la inèlée des batailles; ce comte de Bucquoy fut tué au siège deNevshasel, en 1 fi 2 1 . Descartes, legrand philosophe, qui au lieu de rêver de métaphysique, servait alors dans les armées de l'empereur d'Allemagne, était à cette affaire et vit périr le brave de Bucquoy. Un autre maitre de Henri

* Cet auteur écrirait sur les guerres du dix-septième siècle.

m HISTOIRE DE ROYAUHONT.

de Lorraine fut le comte de Tilly, qui figura dans h\ guerre de Trente ans, avec Bucquoy, et le célèbre Valstein. TîUy eut pour adversaires dans les champs de bataille, Cliristian de Brunswich, administrateur d'Halberstadt, qu'on appelait le duc eurayéy parce qu'il était vaillant et cruel, et le comte de Mansfeld, aussi artiiicieux que brave, et qu'on surnommait ViJlysie de l' Allemagne.

Le comte «d'Harcourt débuta le 9 novembre 4620, à l'âge de dix-neuf ans, à la bataille de Prague ; il combattait sous les généraux de Bucquoy et de Tilly, qui à leur tour étaient sous le commandement de Maximilicn duc de Bavière. Dllarcourt débuta par une victoire, et y prit goût. A cette bataille de Prague, fut écrasé l'électeur Palatin, fils de Julienne de Nassau, Frédéric, qui était contre TEiiipereur. D'Harcoui t fil des choses si extraordiiiuires, dans celle bataille qui décida les différends de l'empereur Ferdinand et du Palatin, que depuis ce temps-là il l'ut ap- . pelé dans tous les conseils parles généraux.

Tilly se rendit célèbre par les batailles de Stadlo (enlG*25i; il était général des troupes de Bavière et rendit l'Empereur de plus en plus ndoiilaljle. Il haftit plusieurs fois, en 1626, le roi de Danemark quoique forlifié par les troupes du comte de Mansfeld et de l'adminislra- ^ teur d'Halberstadt. En 1628, il achevait de chasser le roi de Danemark de tout le continent de l'Allemagne; et ensuite, ou lui couliait le généralat des troupes impériales. Lorsque Gustave-Adolplie, roi de Suède, vainqueur rapide, parut sur la scène, c'est le comte de Tilly que l'Empereur opposa à Gustave. Tilly mourut, en 1652, d'un boulet de canon, qui le frappa au moment où il disputait au roi de Suéde le passage duLrcli; « n'ayaut rien perdu de sa gloii f puisqu'il n'avait été vaincu que par Gustave, » dit un historien.

Henri de Lorraine n'avait pas impunément fait son apprentissage auprès Je pareils maîtres, et la France

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contre laquelle TËspagne épuisait ses derniers efforts, put

admirer les talents militaires et la bravoure du comte d Harcourt, pendant quarante années, sur [)lus de soixante champs de bataille. A peine rentré en France, on le vit combattre dans les guerres de religion, à Saint-Jean* d'Ângely, à Clairac, à Montauban, à Royans, à Tonneîns, à Saint-Antonin, où il monta à la brèche à la tète de la compagnie de chevau-lègcrs dont Louis XIII lui avait donné le commandement. Mais depuis Tannée 1659, depuis la conclusion du traité des Pyrénées, la période d'action avait fini pour le comte d'Harcourt; elle faisait place à la période de réminiscence, de retour rétrospectif sur soi-même. Le prince Alphonse-Louis était fier de la gloire paternelle, avec cette iierlé filiale qui est touchante et légitime ; il aimait, avec la tendre véhémence de ses vingt-deux ans, à repasser les hauts faits d'armes de son père ; il en parcourait la liste glorieuse , les victoires des îles, les frayeurs de la Sardaigne, quand le comte d'Harcourt s'empara d'Oristagni, la tranquillité de la mer, le passage des Alpes, la journée de la Rolta, la libéra- . tion de Gazai, le siège de Turin, où l'on était tout à la fois assiégeant et assiégé, les campagnes d'Espagne, Celles des Pays-Das, enlin, en dernier lieu, la campagne de Guyenne.

Mais comment envisageait-on, dans la famille, le fait d'avoir conduit et escorté le prince de Gondé? S'il n'était vrai que, durant les temps de troubles, les actes peuvent

recevoir des interprétations bien diverses, on regretterail davantage que d'HnK ourt ait joué le rôle auquel il se prêta, en consentant à servir de gendarme du prince de ■Gondé que Ton transférait *de la prison de Marcoussi^au Havre. On assure que le prince de Gondé, dont rien ne pouvait altérer la gaieté, pria les gardes de se ranger de •devant sa portière pour voir plus à son aise le comte • d'fiarcourt, qui était alors avec justice Tobjet de ses raille-

m. UISTOÏKL DL aOYAUMOiST.

ries; il fit sur lui, dit-on, un couplet qui fut chanté dans toute l'Europe : ,

Cet horomo gros et court

Si connu dans Thietoire

Ce grand comte d'Harcourt,

Tout couronné de gloire.

Qui secourut Gaial et qui reprît Turin Est maintenant recon de Jules Maxarin.

Il est impossible que d'Harcourt et sa famille aient

ignoré la fàclieuse impression que produisit dans le pul)lic la fonclioa acceptée par le vainqueur de Turin ; et cela leur occasionna infailliblement de vives souHrances d^amourpropre^ «M. le Prince,. écrit mademoiselle de Scudéri le 22 février 1650, quelques jours après son arrestation, s'est trouvé l'aine plus grande que son infortune. » Le prince de Condé fut cliangé plusieurs l'ois de prison : on le transporta d'abord de Vincennes à Marcoussis. Trans- * fère-t-^n ensuite le prince de Marcoussis au Havre, Tindignation de mademoiselle de Scudéri éofate : « Je vous avoue (lettre du i8 novembre) que quand je vois ce' gagneur de balailles et ce ppeneur de villes, qui a sauvé trois fois TÊtat, aller de prison en prison, j'en ai une corn-

* On ne peut lire (ju'nvn- réserve T.illoninnt des Réaux et le duc de Saint-Simon, dans les Mémoires et dnecdotes historiques. A les en croire. d'IIarcourt aurait été i'objel de plusieurs railleries; ou lui aurait contesté rinitialive et la force du jugement. *0n lui prêtait des manies et às& systèmes de régime hygiénique : on faisait dire à Richelieu, au sujet du comte . d'If arcourt : « Il faudra voir si son apothicaire en sera d'avis ; » on ajoutait qn'U «e laissait toujours gouverner par quelque faquin ; mais de qui ne le dii-on pas? — Ou disait encore de lui « qu'il prenait tout et rendait tout; qu'il avait pris le gouvernement de 6uyenneq[uand M. d'&iiernonfutcbassé, en 16i2; et ensuite le gouvernement de Normandtet quand H. de Longueville lut arrêté, et qu'ensuite il les avait rendus.»

Saint-Simon surtout c^t iiupitoyahU' r ntre les Lorraine. Il ne leur pardonnait pas que le comte d Haixourteùieié nommé grand écuyer de France, quand le përâ de l'auteur des Mémeirei espérait cette, charge, d'après une prétendue promesse de Cliavigny; le père de Saint-Simon voulut tirer raison do cette affaire, l'épée à la main, avec le comte d llarcourt. Saint* Simon parle toujours de l'ingratitude de la maison de Lorraine.

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