LIVRE DOUZIÈME
passion étrange. II a reçu cette nouvelle avec sa constance ordinaire; il fit même june raillerie délicate sur ce que c'est M. le comte dllarcourt qui les escorte avec mille
hoiiinies de pied et ciiiquaiile chevaux. A dire vrai, cet .emploi est bien étrange; car enfin il a présentement le gouvernement d'un des princes qu'il mène (la Normandie qui était le gouvernement de M. de Longueville). Jen'aurois pas aimé d'avoir cette conformité avec les bourreaux qui ont la dépouille de ceux qu'ils font mourir. » Ce que raconle ici iiiadeiiiuiselie de Scudéri de la raillerie de Condé sur le comte d'ilarcourl, donne une autorité nouvelle au bruit populaire qui attribue, dit M. Cousin, au vainqueur de Rocroy le couplet si connu :
Cet homme gros et court .. . .
L'abbé commendalaire de Royaumont conserva sa mère, Marguerite-Philippine du Cambout-Coislin Jusqu'en 1674 ; femme sensée, à laquelle la satire et la méchanceté n'ont suscité aucune guerre ; mais il ne posséda pas longtemps son illustre père. Tandis que plusieurs membres de la famille étaient réunis dans la résidence abbatiale, pendant l'été de 1666, une t riste nouvelle se répandit dans l abbaye, Je 25 juillet, à cinq heures du soir : le père de Louis Alphonse de Lorraine venait d'élre frappé mortellement d'apoplexie, à l'âge de soixante-cinq ans*. Royaumont vit mourir, en sa personne, le grand écuyer de France, le chef de la branche de Lorraine-Armagnac, dans laquelle se conserva la charge de grand écuyer jusqu'en 1789, et dont les derniers représentants ont été Charles £ugéne, princede Lambesc, cl Joseph, prince de Vaudemont, tous deux lïïorls officiers généraux au service de T Autriche.
« Le comte d'Haicourt attiail de grandes tfosAïiés militaires à des senti mente religieux qui ne s'altérèrent jamais. I.a diffusion lu rhi i^iianisme dans le monde préoccupait sa piét/", comme un rôve ; il bi ùlaiL de la jmssion de mourir en combattant contre les inUdèles; et, il en témoigna encore, dit-on, un désir extrême, deux heures airant que de rendre Vesprit.
S70 BISTOIRE DE ROYàUMOHT.
Les nombreux enfants du comte crilarcourt se rendirent à Royaumont pour la cérémonie des obsèques ; on est toujours exact à ces rendez-vous solennels, pour accompagner un être clier à son palais de Téternité. L'affluence fut grande à l'église de Royaumont, qui fui toute tendue de noir. Les fils de l'illustre capitaine commençaient à jouer un rôle à la cour; le chevalier de Lorraine exerçait, par le duc d'Orléans, une sorte d'omnipotence de prince du san^r, et le comte d'Armagnac commençait d'obtenir sur Tespiit de Louis XIV une influence et un empire qu'il devait conserver toute sa vie. La population des environs^ ' celle d'Âsnières-sur-Oise, de Beaumont, de Viarmes, de Luzarches, deBoran, de Gouvieux, se porta en masse aux funérailles du grand capitaine pour donner l'eau bénite à Sun corps; les cliàteaux des environs envoyèrent leurs .représentants laire harangue au prince abbé de Royaumont. On ne dit pas si l'illustre voisin, l'habitant de Chantilly, le vainqueur de Rocroy, faisant preuve de grande âme et imposant silence aux réminiscences vindi* calives, puisque la mort efface tout, vint payer les dei niers devoirs delà camaraderie militaire au guerrier qui vainquit si souvent les Espagnols, et mérita si bien envers la fierté nationale. Les armoiries de la famille furent appen« dues aux murs de la basilique cistercienne ; elle avait vu, au Ireizièine siècle, celles des princes enfants de saint Louis; aujourd'hui c'était tous les quartiers de Lorraine, h la bordure chargée de huit besants d'or, qui est la brisure de la branche d'Uarcourt
* Voici, en langue héraldique, les armes des Lorraine- Armagnac, issus dos dvci d'ElIieuf : « Ck)upc de 4 en chef et 4 en pointe. Le I" fascé d'argent et de gueules de 8 pièces^ qui est Hongrie. Au II*, semé de France, au lamàel4êtrm pendant de gueules, qui est Anjou-Sicile Au ni*, ifarffent, è la croix potencée d'or cantonnée de 4 crcisetles de même, qui est Jérusalem. Au !¥•, d'or à 4 pats de gnetiles, qui est Arn?on, Au Y% de la pointe, semé de France, à la bordure de gueules, qui est Anjou. Au V!". d'azur au lion contourné d ur, armé et lampassé de gueules, qui est de Gueidres Au VU% d^er au lia» de eable^ ami et lampané de gueules, qui est Flandres. Au