LIVRE DOUZIÈME. 37i
Les murs de la basilique de Royaumont furent
tendus de draperies funèbres où brillèrent à j>iofusion les croix de Lorraine. Dès le seizième siècle, la destinée des Guise s'était identifiée aux destinées du catholicisme. Ijc duc François de Guise, le plus grand de tous, celui qui reprît Calais sur les Anglais, et qui éprouvait éminemment les passions politiques et religieuses de sa race, celui-là surtout s'élaiL persuadé, ainsi que les prêtres et le peuple, que, lui et les Lorrains ses frères étant de sang catholique autant que de sang noble, la croix faisait partie de leur blason. Les rdles s'étaient bien amoindris au dixseptième siècle; les Lorrains n'avaient gardé que l'activité inquiète du seizième siècle, sans en avoir la grandeur et l'inspiration. Mais quoiqu'ils ne fussent plus que des chevaliers bien faibles et bien attiédis de l'orthodoxie, et bien que Tidée d'avoir reçu du ciel la mission de défendre les intérêts religieux ne remuât plus les fibres comme dans le siècle précédent, la croix restait cependant la particularijé saillante des armoiries de la maison de Lorraine.
La croix de Lorraine, ou croix double, que les ducs de Lorraine et les princes de leur maison portaient comme
une marque de distinction parliculicre, clail la inême que la croix patriarcale, ou croix des Grecs. Elle tirait son origine de la croix de Hongrie, laquelle était potencée aux extrémités, et quelquefois contournée de croisettes comme elle se voit dans les sceaux du roi René. On sait que la
Vin«, d'auir semé de croix recroîsettées au pied fiché d'or à deux barbeaux, adossés de même, qui ei>t Bqv. Suc lu tout, à la bande de gueulas, cliargée de ^ûléfimtê â'argeiUt qui est Lorraine, 0» UtmM ée 3 f^etuhmi 4e gueulet. Sur le tout en ehef, branche de Lorraine-Armagnac, à la borênre de gueuhi, chargée de 8 besans d'or.
« Support : deux aigries couronnées et retournées à droite et à gauche, portant au col le collier auquel est suspendu la croix de Lorraine. * — Voyez, dans le Dietioim. héraldique, de la CUenaye des Bels, l'article lorraine. — Voyez aussi une pièce, due à M. Ed. Lambert, conservateur de la Bibliothèque de Baveux, dans V Histoire du dioc. 4e BajfeusCt par M. l'abbé Laffetay, t. I, p. 67, aux pièces ju^tUicatives.
m HISTOIRE DE ROYAUHIOKt.
croix de Lorraine a deux travers ou deux croisons iné* gaux. Les Hongrois la portaient de gueule ; mais depuis René II, les ducs de Lorraine l'avaient toujours portée
en or*.
On ne prononça pas d'oraisoii lunèbrc aux funérailles d^Harcourt, mais le capitaine avait eu de son vivant un éhaud apologiste ; on imprima, en 1645, un grand volume in-quarto, long dithyrambe où les éloges lui éf aient prodigués avec celte éloquence verbeuse et iado des orateurs médiocres qui n'atteignent pas au second ordre; ce dithyrambe en prose était intitulé : le Héros français^ ou Vidée du Grand Capitaine^ par le sieur de Ceriziers, aumônier de Mgr le duc d'Orléans. On y suivait toutes ses campagnes depuis 1618 jusqu'en 1645, et on y délayait les • faits dans un fleuve de rédexions morales empruntées aux livres ascétiques aussi bien qu'aux écrits classiques de l'antiquité païenne ; la note laudative y devenait fatigante, parce quWle y dominait trop longtemps sans être tempérée par aucune réserve délicate. Mais il y eut mieux que des panégyriques slériies, il y eut « le grand regret de la France, » comme s'exprunent l«s contemporains. Le roi témoigna beaucoup de déplaisir de sa mort, et la douleur que ce monarque en conçut, au rapport d'un écrivain du temps, fit voir combien le jeune Louis XIV estimait ses grandes qualités et ses services. « En quoy, certes, dit « dom Michel Germain, il imita le roy Louis Xlli son pére, « qui appeloit notre prince mu bras droit. Il n'est pas « même jusques à ses envieux qui ont souvent avoué « qu'Henry de Lorraine étoit un des plus grands hommes « de son temps. »
Quand on doit mourir, il se déclare qiiohjiielois des , symptômes avant-coureurs. On voit des hommes que la mort doit atteindre bientôt, aimer à récapituler les sou-
* HiHoire de Lorninet pu* dont Calmet,